Skip to main content
Internet Archive's 25th Anniversary Logo

Full text of "Oeuvres diverses"

See other formats


:00 



SCO 



BIBLIOTHÈQUE 



II ÉGYPTOLOGIQUE 



;o 



■CD 



co 



CONTENANT LES 



■■ - ŒIVRES DES EGYPTOLOGUES FRANÇAIS 



dispersées dans divers Recueils 
et qui n'out pa« encoi inies jusqu'à ce jour 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

G. MASPERO 

Membre de l'Institut 

Directeur d'éludés a l'Ecole pratique 'les Hautes Études 

Professeur au Collège de France 



TOME TRENTE-QUATRIÈME 
E. LEFÉBURÉ 

ŒUVRES DIVERSES 

TOME PBEMIER 



-^MM*c<Me 



P A K I S 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 23 

1910 









r 












*V 



BIBLIOTHÈQUE 

ÉGYPTOLOGIQUE 



TOME TRENTE-QUATRIÈME 




CHALON-SUR-SAONE 

IMPRIMERIE FRANÇAISE KT CtfUENTALE DE K. BERTRAND 



BIBLIOTHÈQUE 

ÉGYPTOLOGIQUE 

CONTENANT LES 

ŒUVRES DES ÉGYPTOLOGUES ERANÇAIS 

dispersées dans divers Recueils 
et qui n'ont pas encore été réunies jusqu'à ce jour 



PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE 

G. MASPERO 

Membre de l'Institut 

Directeur il'étmles à l'École pratique des Hautes Études 

Professeur au Collège île France 



TOME TRENTE-QUATRIÈME 

E. LEFÉBURE 

ŒUVRES DIVERSES 

TOME PREMIER 



P À R I S 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1910 



ic 




APR 2 1965 



976030- 




SEEN SY 
PRESERVATION 



TE. 







E. LEFEBURE 



ŒUVRES DIVERSES 



TOME PREMIER 




(Il \l ON-SUR-SAONE 

IMPRIMERIE PRANi USI II ORIENTALE DE E. BERTRAND 



E. LEFÉBURE 



ŒUVRES DIVERSES 



PUBLIEES PAR 

G. MASPERO 

Membre de l'Institut 

Directeur d'études à l'École pratique des Hautes Etudes 

Professeur au Collège de France 



TOME PREMIER 



►H 



P A lt I S 

EHNEST LEROUX. ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1910 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 

D'EUGÈNE LEFÉBURE 

Par Philippe VIREY 



Eugène- Jean-Baptiste-Louis- Joseph Lefébure naquit le 
11 novembre 1838, à Prunoy 1 , département de l'Yonne. 
Ses parents 2 avaient dans cette région des propriétés rurales; 
dans une lettre à Chabas 3 , Lefébure parle d'une pièce de 
monnaie antique que le fils d'un fermier de son père venait 
de trouver en labourant une terre. Il fit d'excellentes études 
classiques aux collèges d'Auxerre et de Sens. Les bulletins 
de notes, adressés de ces collèges à sa famille, de 1850 à 
1854, signalent son goût précoce pour les lettres anciennes 
et modernes. Ses essais poétiques attiraient l'attention de 

1. J'emprunte cette indication à la courte notice consacrée par Ernst 
Andersson (Sphinx, XII, 1) à Eugène Lefébure, d'après des renseigne- 
ments fournis par le D r Maurice Lefébure, fils du savant ég3 r ptologue. 

2. La famille de Lefébure descend du médecin Gui Patin (1601- 
1672), qui fut, sous Louis XIV, doyen de la Faculté de Médecine de 
Paris, et a laissé des lettres intéressantes pour l'histoire de son temps. 
Charles Patin (1633-1693), fils de Gui Patin et professeur de médecine 
comme son père, est surtout connu comme antiquaire, et a laissé de 
nombreux mémoires sur des sujets de numismatique. Lefébure avait 
fait une collection des ouvrages où il est question de ces deux ancêtres 
de sa famille (indication fournie par le D T Lefébure). 

3. Datée de Charny, Yonne, 10 juillet 1869. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. * 



II NOTICE BIOGRAPHIQUE 

ses professeurs. Il s'intéressait à l'étude des mœurs et des 
religions de l'antiquité 1 . Sa correspondance montre com- 
bien la littérature latine lui était familière; les lettres qu'il 
m'écrivit pendant les dernières années de sa vie contiennent 
de très heureuses citations, empruntées surtout à la poésie 
latine. Il appréciait le charme de la littérature provençale; 
ainsi le déterminatif -®~-, qui se joint quelquefois au groupe 

hiéroglyphique a~p v\ t\ QA avaler, éveillait en lui le 

souvenir de la jolie expression du poète Aubanel, mi grands 
rue bevèire, « mes grands yeux buveurs »\ Il aimait 
non seulement les poètes provençaux, mais tous les bons 
poètes; par exemple, Thomas Moore, dont il essaya de 
rendre en vers français Quelques Mélodies Irlandaises 3 . 
Il fut très lié avec Henri Cazalis et Stéphane Mallarmé'. 
Du reste, il n'avait pas cessé, depuis le collège, de s'exercer 
dans la poésie française. Il avait fait paraître quatre ou cinq 
pièces de vers dans le Parnasse contemporain, en 1866"; le 
D' Lefébure a bien voulu me communiquer le manuscrit 
d'un sonnet intitulé Le Sphinx de Memphis, daté du 15 
juillet 1868. Sans indiquer une véritable vocation poétique, 
ces essais sont intéressants comme témoignages du goût de 
Lefébure pour les belles-lettres. Avec ces dispositions, il 
fût sans doute devenu un excellent professeur d'humanités; 

1. Indications fournies par M. le l) r Lefébure. 

2. Lettre de Lefébure à Chabas, datée de Charny, Yonne, 20 juin 18tJ8, 

Lefébure y parle do mot Vï$\ wk^V ° '' U ' dU SC " S '"'"''''' 

aurait passé au sens s'assimiler, connaître, comme nous disons s'assi- 
miler une connaissance, et comme les Latins disaient bibere aure, pour 
écouter avidement. Le déterminatif -®^, qui accompagne ce mol dans 
le sens d'examiner, indiquerait alors que ce sont les yeux qui absorbent : 
mi grands iue beoèire o mes grands yeux buveurs >>. dil un charmant 
poète provençal, Aubanel. » 

3. Brochure imprimée a Lyon, chez Pitrat, en 1879. 
■1. Indication fournie par M. le IV Lefébure. 

."). Voir la notice d'Krnst Andersson, Sphinx, XII, p. 3. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE III 

et il aurait fallu, pour le bonheur de sa vie, qu'il se fût, 
dès le commencement, dirigé dans cette voie, qu'il eût choisi 
sans hésitation la carrière de l'enseignement qui lui conve- 
nait si bien. En effet, quand, après bien des tâtonnements 
et des vicissitudes, il fut entré clans l'enseignement supé- 
rieur, il sut se faire aimer de ses élèves, et leur communi- 
quer son goût et son zèle pour les études auxquelles il était 
si sincèrement dévoué. Mais il n'avait pas, dit-on, l'esprit 
pratique, qu'il aurait fallu pour continuer la tradition de sa 
famille en cultivant et administrant le domaine paternel'. 
Lefébure s'était marié jeune; mais il perdit bientôt sa 
femme. Ce fut pour se distraire de son chagrin, en occu- 
pant son esprit, qu'il se mit à l'étude des hiéroglyphes 2 . Il 
était alors à Cannes, d'où il écrivit à Chabas le 5 mai 1867, 
pour lui demander quelques conseils et le mettre au cou- 
rant de ses premiers essais égyptologiques : 

Monsieur, 

Je pense quitter Cannes le 15 courant et passer à Chalon dans 
la dernière quinzaine du mois ; je désirerais beaucoup avoir l'hon- 
neur de vous y rencontrer 

J'ai terminé l'analyse de presque tous les ouvrages que j'ai entre 



1. M. Maspero m'écrivait aussi, le 12 mars 1910 : « Lefébure 

n'était pas fait pour la vie active, et j'ai eu tort de l'y jeter. Mon 
excuse est qu'au moment où je le proposai pour le Caire , je ne le con- 
naissais que par correspondance. » 

2. Lettre de Lefébure à Chabas, du 6 janvier 1869 : « Vous seriez bien 
aimable de me donner l'adresse du jeune ingénieur dont vous me parlez, 
et vers lequel je me sens attiré par une grande conformité de situation. 
C'est en effet dans la même circonstance douloureuse que j'ai commencé 
l'étude de l'égyptien ; mais je me trouve peut-être en ce moment, malgré 
le peu de désir que j'en ai, sur le point de me remarier. » Lefébure ne 
se remaria qu'en 1876 ; ses fils sont nés de ce second mariage. 

Le jeune ingénieur dont il parle était M. Guieysse, qui chercha aussi 
dans l'égyptologie un remède à une peine semblable, et fut, comme 
Lefébure, disciple de Chabas. 



IV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

les mains; malheureusement je n'ai pas encore reçu le Sharpe 

Je n'ai pas reçu non plus les Acta Apostolorum ou le Psalterium 
coptice, de sorte que j'ai dû me borner, pour l'étude du copte, à 
lire la grammaire de Peyron. Du reste je l'aime mieux ainsi, et je 
préfère, après m'ètre mis au courant de la science, étudier le copte 
par simple besoin d'aller en avant; quant à présent c'est une 
langue qui, par elle-même, me paraît assez difficile à aborder. 

Les ouvrages que j'ai analysés cet hiver sont : le Voyage d'un 
Égyptien et le Papyrus Harris\ d'où j'ai tiré un petit catalogue 
de signes hiératiques, les Six Dynasties de M. de Rougé, l'His- 
toire de Brugsch, vos premiers Mélanges et le Décret de Canope. 
J'ai commencé tous mes vocabulaires. Je compte étudier encore, 
avant de travailler véritablement par moi-même, la Géographie 
et le Calendrier de Brugsch, deux ou trois mémoires de M. de 
Rougé, vos seconds Mélanges, vos traductions de l'anglais ainsi 
que vos travaux sur les papyrus et le Journal de Berlin. Je me 
suis abonné à partir du mois de janvier à cette feuille qui parait 
quelquefois, et j'y ai trouvé très intéressant le travail de M. Pleyte 
sur les noms de nombre. 

Je ne sais si vous me pardonnerez l'imprudence que j'ai com- 
mise en traduisant un chapitre du Rituel. En me faisant admettre 

dans la Société savante de mon département , je m'étais engagé 

sans réfléchir à donner quelque chose pour le mois de juin : je 
comptais m'en tirer p3r quelques généralités sur l'art égyptien; 
mais la besogne m'ayant absorbé, je me suis trouvé réduit à 
détacher des dix-sept premiers chapitres du Rituel, que j'avais 
traduits pour moi, tant bien que mal, le quinzième chapitre, qui 
m'a paru le plus facile. Je prends la liberté de vous envoyer cette 
traduction informe 8 fine je reprendrai à mon passage, pour que 
vous avez la complaisance de me dire, en gros, si elle est présen- 
table à peu près Le texte du Todtenbuch me paraît bien fautif; 

aussi j'ai cessé, jusqu'à nouvel ordre, de l'étudier, craignant de 
prendiv des erreurs pour des mots nouveaux. Je désire prendre 

1. Il s'agil 'lu Papyrus magique Harris, publié el expliqué par 
Chab 

2. Ce travail, retouché d'après lea indications de Chabas, parai ru 
1868; nous aurons l'occasion d'en reparler. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE V 

votre avis sur ce point et sur beaucoup d'autres, quand j'aurai 

l'honneur de vous voir 

Y a-t-il, sur la ligne de Marseille à Paris, et de Cannes à Mar- 
seille, des musées ou des collections à visiter? 

Une blessure, que Lefébure reçut au pied au moment où 
il se disposait à quitter Cannes 1 , l'obligea à prolonger un 
peu son séjour dans cette ville et à modifier ses projets de 
voyage. Le 14 juillet 1867 nous le retrouvons à Besancon, 
d'où il écrivait à Chabas pour lui raconter sa visite au 
musée de la ville, et lui soumettre ses observations sur le 
cercueil de Sar-Amen. Il avait toujours l'intention d'aller 
à Chalon-sur-Saône 2 . Nous ne savons pas s'il y réussit 
alors ; dans tous les cas, il obtint les appréciations de Chabas 
sur le mémoire qu'il lui avait envoyé. Il lui écrivait en 
effet de Cliarny (Yonne), le 19 septembre 1867 : 

Monsieur, 

Je vous envoie ma traduction du chapitre xv du Todtenbuch, 
refaite d'après vos indications, et d'après quelques fragments de 
papyrus très mutilés qui m'ont été communiqués par M. Devéria 
à la conservation du Louvre. Il parait que les premiers chapitres du 
Rituel manquent presque complètement. Vous trouverez dans le petit 
cahier de notes que j'ai mis dans le carton les quelques variantes 
de sens et de forme que j'ai rencontrées. J'ai conservé provisoire- 
ment pour le titre du Rituelle, traduction sortir au jour, parce que 
j'ai remarqué certaines phrases qui me semblent confirmer cette 
interprétation, et que d'un autre côté il ne me paraît pas impossible 

que la préposition ^j\ suive le verbe J\ avec d'autres sens 

que ex ou sicut Rien n'empêche de considérer C\ 

comme une locution adverbiale analogue à dans le jour, au jour, 
pendant le jour, en plein jour, que nous joignons indifféremment 
à tous les verbes 

1. Lettre de Lefébure à Chabas, datée de Cannes, 31 mai 18137. 

2. Lettre de Lefébure à Chabas, datée de Besançon, 17 juillet 1867. 



VI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Lefébure citait alors un très grand nombre d'exemples 
bien choisis, accompagnés de bonnes raisons, à l'appui de son 
interprétation nouvelle, qui a fini par prévaloir. Cependant, 

avec la modestie qui convient à un débutant, il ajoutait : 

Je ne sais si j'ai réussi à vous convaincre; peut-être renverserez - 
vous d'un mot mon petit échafaudage de citations' 

Si Chabas ne fut pas convaincu tout de suite, la conviction 
devait venir un peu plus tard 2 . En attendant il trouva la 
dissertation excellente, et laissa voir qu'il était flatté d'avoir 
un disciple tel que Lefébure. Celui-ci refit alors la partie 

de son travail relative au A ^. en prenant pour mo- 

dèle les discussions des seconds Mélanges égyptologiques, 
et l'envoya à Chabas le 3 octobre 1867. Le 7 octobre il lui 
écrivait de nouveau pour le remercier du bon accueil fait a 
son mémoire : 

Monsieur et cher maître, 

Je suis bien content que ma dissertation ne vous paraisse pas 
indigne d'être publiée : c'est la joie la plus vive et la plus inespérée 
que j'aie ressentie dans ma petite carrière égyptologique, et je suis 
bien plus fier de n'avoir pas déplu à un juge tel que vous, que vous 
n'aurez à l'être (je le crains bien) d'un élève comme moi. Je n'en 
continuerai pas moins à faire tous mes efforts pour mériter votre 
approbation 

Chabas avait renvoyé le manuscrit avec quelques correc- 



1. La (in de la lettre est relative à des antiquités égyptiennes de mé- 
diocre importance, qui se trouvaient au Musée d'Auxerre, et que Lefé- 
bure décrivait à Chabas. 

2. Chabas écrivait â Bru.useh, le 28 décembre 1869 : « Je crois qu'un 
débutant, au bout de deux années, peut déjà me donner d'utiles Leçons; 
tel a été le cas de mon élève M. Lefébure, à propos de l'explication du 

cr^ia ra fv o ...... 

<z^> v\ v\ .Je commence a croire qu il a raison. » 



NOTICE BIOGRAPHIQUE VII 

tions et annotations dont Lefébure le remercia dans une 
lettre du 18 octobre 1867. Il ajoutait : 

J'ai songé à grossir mon petit ouvrage d'une dissertation sur le 
ïï, que je crois être, d'après le chapitre cli du Todtenbuch, 
l'échiné d'Osiris, adorée comme symbole de l'immolation de ce 
dieu, de même que nous vénérons la Croix, le Sacré-Cœur, les 
( inq Plaies, etc., et prise pour emblème de la stabilité, de même 
que nous disons, dans un sens un peu différent, le fondement. 
Peut-être y a-t-il un rapport étymologique entre le mot toi et les 

mots ^Y\ 1 statue, stare, --'6-/-, ;j.*., etc Mais outre que c'est très 

hasardeux et que je n'ai pas en main les textes nécessaires pour 
une recherche sérieuse, je ne pourrais relier par aucune transition 

cette hypothèse à mon livre 

Je compte porter ma traduction à Auxerre vers la fin de ce mois, 
et je partirai le plus tôt que je pourrai, surtout si vous me conseillez 
d'étudier Ser-Amen, pour Chalon et Besançon 

La traduction portée à Auxerre fut acceptée pour les 
Mémoires de la Société de l'Yonne, alors présidée par 
M. Challe'. Elle devait paraître dans le premier trimestre 
de 1868: mais, la Société n'ayant pu en temps utile réunir 
les matériaux d'un fascicule, Lefébure se décida un peu 
plus tard à la publier à ses frais. 

Au mois de juin 1868, il lut le numéro de la Zeitschrift 
qui contient l'article de Chabas sur l'inscription de Takel- 
lotis II. Son imagination s'excita sur ce texte, et il essaya 
de préciser la nature du phénomène cosmique ou atmosphé- 
rique signalé par l'inscription. Il en résulta une assez longue 
dissertation qu'il adressa a Chabas *; mais il ne tarda pas à 
renoncer lui-même 1 à l'explication qu'il avait proposée. Il ne 



1. Lettre de Lefébure à Chabas, du 31 décembre 1867. 

2. Lettre de Lefébure à Chabas, du 20 juin 1868. Lefébure supposait 
qu'il s'agissait du khamsin. 

3. Lettre de Lefébure à Chabas, du 3 août 1868. 



VIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

craignait pas alors de soumettre à Chabas même les hypo- 
thèses dont il se déliait, comptant sur son maître pour 
L'avertir de ses erreurs; nous trouvons un bon exemple de 
ces interventions de Chabas, dans une lettre du disciple, du 
3 août 1868, et dans la réponse du maître, du 5 août 1868. 
Lefébure écrivait à Chabas 1 : 

Monsieur et cher maître, 

Je termine à l'instant l'analyse du chapitre xv, et viens vous 

demander la permission de vous soumettre mon travail Je 

me suis un peu amusé en route à comparer entre eux différents pas- 
sages du Rituel, ce qui m'a l'ait faire quelques petites découvertes, 
celle du rôle de Tanen, par exemple, qui signifie évidemment la 
terre, et n'est que la personnification du mot ^m, t >, qui se trouve fré- 
quemment dans des phrases comme celle du papyrus Harris : 

La terre tend ses bras pour te recevoir. 

Le chapitre xv est plus précis : Ta mère Nu et ton père Tanen 
t'embrassent. 

Le chapitre cxl nomme un dieu : la terre enfantant éternelle- 
ment l'âme et le corps du Soleil. Mais je fais peut-être là une dé- 
couverte naïve, que tout le monde a faite avant moi. Dans tous les 
cas j'ai réussi à m'intéresser moi-même, et me suis familiarisé 
l'hiératique, ce qui es1 un grand point. J'ai appris aussi à 
chercher dans les vocabulaires, de sorte que si mou ouvrage est 
détestable, il ne m'en aura pas moins été très utile, de moine que 
l'absurde dissertation que je vous ai envoyée dernièrement 5 , et que 
je vous prie d'oublier. En la mettant à la poste, il m'est venu une 
autre idée, car je ne suis malheureusement jamais à bout d'hypo- 
thèses sur le ciel mangeant la lune, c'est que cette locution pourrai! 
signifier la lune dan- son plein, la lune qui n'est pas rongée par le 
ciel. La Fontaine, dan- une de se- fables, la compare à un fromage 
fait par la vache lo pour Jupiter, et dont le renard a déjà mangé la 
moitié, ce qui en a fait un croissant. D'un autre côté, j'ai trouvé 
an Rituel une expression qui pourrait confirmer l'hypothèse que 

1 . Lett re datée de < Jharnj . 3 aoûl 1868. 

2. Sur l'inscription de fakellotis II; voir plus haut. p. vu, 1. 24-28. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE IX 

vous semblez émettre dans la Zeitschrift sur l'absorption produite 
par le ciel et les astres : le chapitre cxxxm dit au Soleil : *~~-\ \\ \\ 
1±J J<-% ?^=^ T^ ^ (1. 2) tu avales les souffles, 



mi ' ' (çfTiï 

^w absorbes l'air, ce qui exprime d'une manière saisissante la cha- 
leur excessive : j'ai remarqué bien des fois, en plein midi, l'effet 
que rend la phrase égyptienne, dans la légère vibration de l'air sur 
les champs, qui semble attiré par le soleil, et faire qu'ainsi Ton 
suffoque. 

Cliabas répondit aussitôt, le 5 août 1868 : 

Monsieur et cher disciple, 

Il est au mieux que vous m'envoyiez votre nouveau travail, vous 
n'avez pas besoin de me demander d'autorisation pour cela. Je 
serais trop charmé de former un égyptologue de valeur, pour qu'il 
ne me soit pas très agréable de venir en aide à un travailleur 
donnant d'aussi grandes espérances que vous. 

On a déjà reconnu quelque part les rapports de Tanen avec la 

terre , mais je ne sais trop où cela se trouve. Vos observations 

seront, quoi qu'il en soit, excellentes à publier. 

Quant au ciel mangeant la lune, claudite jam rioos ! Il faut 
éviter de s'acharner sur de pareils problèmes; il y a un véritable 
danger à s habituer à créer des hypothèses pour expliquer toutes 
les malices des scribes égyptiens Si l'on eût rencontré il y a 

quelques années la phrase T „ (f-A-ff Uum...4c//. lemp., 1, 

11 l 1 (5 I III llYj r 

33,1), on aurait pu faire de belles dissertations sur le nombre 7, sur 
la septième heure, sur les sept Esprits, etc. Aujourd'hui nous savons 

que cette curieuse forme n est qu une variante de x V\ 

Je connaissais la phrase du chapitre cxxxm duRituel, dont vous 
avez bien reconnu l'importance philologique. Malheureusement la 
traduction qu'il me serait possible de faire du contexte ne me satis- 
fait pas. C'est pour ce motif que je ne l'ai pas citée. Aussi long- 
temps que nous n'aurons pas plusieurs bonnes éditions du Rituel 
à consulter comparativement, nous ne pourrons pas arriver au 
moindre résultat sérieux, dans l'étude de ce livre funéraire, dans 



X NOTICE BIOGRAPHIQUE 

lequel le respect traditionnel du texte supposé original a fini par 
consacrer de nombreuses erreurs. 

Les lettres suivantes de Lefébure à Chabas nous ap- 
prennent que, pendant les derniers mois de l'année 1868, il 
étudia sommairement le copte et l'hébreu 1 ; elles nous in- 
diquent aussi 5 qu'il s'occupait activement de faire paraître 
sa Traduction comparée des Hymne* au soleil composant 
le XV e chapitre du Rituel funéraire égyptien. Une lettre 
qu'il adressa de Charny à Chabas le 23 décembre 1868 montre 
que l'impression de ce mémoire à Auxerre 3 fut assez oné- 
reuse pour lui : 

Monsieur et cher maître. 

Voulez-vous me donner les noms et adresses des égyptologues 
auxquels je dois adresser mon livre? Je l'aurai dans quatre ou cinq 
jours; il n'y a plus qu'à le brocher. C'est un in~4° de 125 pages, 
avec trois planches donnant le texte corrigé du Todtenbuch. L'im- 
pression et le papier en sont très beaux, trop beaux pour ce qu'il 
contient; je me fais l'effet de ces vieux propriétaires égyptiens qui 
confiaient à la pierre pour l'éternité le nombre de leurs ânes.- 
Aussi je sais ce qu'il m'en coûte : je ne serai pas quitte des 
150 exemplaires que je fais tirer à moins de mille francs, somme 
que j'aurais beaucoup plus fructueusement employée à l'achat des 
textes qui me manquent. Mais je voulais prendre date, et prouver 
que j'ai appris l'égyptien sans le secours des livres élémentaires 
qui paraissent en ce moment 

Quelques jours plus tard, il revenait sur cette question 
des livres élémentaires, en annonçant à Chabas qu'il lui 
envoyait sou livre, et en lui exprimant encore sa recon- 
naissance ' : 



1. Lettre de Lefébure à Chabas, datée de Charny, 17 septembre 1868. 

2. Lettres du 6 et du 17 septembre 1868. 

3. L'ouvrage Eut mis en venteà la Librairie Franck, à l'.-iris. 

4. Lettre de Lel'ébure à Chabas, datée de Charny, 6 janvier 1869. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XI 

Je partage votre avis sur la publication des ouvrages élé- 
mentaires : les adeptes ne seront plus triés par les difficultés des 
commencements, et les débutants, mis tout à coup en possession 
des résultats de la science, ne s'astreindront plus aux analyses sé- 
vères dont vous donnez l'exemple dans tous vos travaux. Nous 
allons voir venir des traductions faites à coups de dictionnaires, 
sans aucune expérience des habitudes de la langue ni des acceptions 
variées de chaque mot 

J'irai à Paris vers le 15 du mois, et je compte y voir M. de 

Horrack. Vous seriez bien aimable de me donner l'adresse du jeune 
ingénieur dont vous me parlez' 

Chabas répondait à Lefébure, le 7 janvier 1869 : 

Monsieur et cher disciple, 

Je ne perds pas une minute pour vous complimenter. Peu de nos 
collègues ont eu le bonheur de débutera la publicité par un travail 
de pareille valeur. Vous voilà bien lié à la science, et déjà vous 
avez un titre dont on pourra dire, j'en suis convaincu, que noblesse 
oblige; la science a donc le droit d'attendre de vous d'éclatants 
services 

Le livre de Lefébure fut en effet bien accueilli, notamment 
par Lepsius 2 , Birch, Leemans, Rongé, Prisse d'Avennes. 
Mais Lepsius discuta l'interprétation du <z=>f\ "v\ , 

et Lefébure fit connaître à Chabas" les objections du profes- 
seur de Berlin : 

Il ne partage pas mon opinion sur le sens des groupes 



1. M. Guieysse; voir p. m, note 2. 

2. Leemans offrit à Lefébure sa belle édition d'HorapolIon, et Lepsius 
sa grande publication des Vieux Textes du Todtenbuch. M. Guieysse 
apprit aussi à Lefébure, qu'il vit à Paris au mois de janvier, qu'E. de 
Rougé avait à son cours fait l'éloge du nouveau livre. 

3. Lettre de Lefébure à Chabas, datée de Charny, 18 mars 1869. Le- 
fébure terminait cette lettre en parlant de son voyage à Paris, où il 
avait passé une soirée avec M. de Horrack, qui l'avait reçu de la manière 
la plus aimable. 



XII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

<= X > >wv V ^ u ^ a tra duits de nouveau dans sa préface 1 ; 

son interprétation se rapproche grammaticalement de la mienne, 
...... m f\ o 

mais il fait de Y\ un jour particulier, comme ceux qui sont 

<c — - > -"■ ' rD IV o D w 

désignés au chapitre xvm par la formule v\ , etc. ; et 

il est obligé, par conséquent, de voir une faute dans le membre de 

pnrase <^> ^~_ (j i 23), qui ne se trouve pas qu'au 

Todtenbuch, car je l'ai remarqué au papyrus de Leyde. On pourrait 
adm ettre, en effet, que la phrase devait être lue, par exemple, 

K^k O l 1 : ' ma is je trouve un peu 

hasardeux d'appuyer une vue sur la supposition d'une faute de 
texte que rien ne démontre encore. 

En résumé, il me semble que mon livre a été bien vu par les 
plus savants égyptologues, et je suis heureux, mon cher maître, de 
vous faire part d'un succès que je n'aurais pas obtenu sans vous, et 
dont la meilleure moitié vous revient 

L'impression de mon livre a absorbé la somme que je destinais 

l'an passé à des achats de recueils Je voudrais aussi vous faire 

part de mes projets d'avenir, et vous exposer leur inconvénient et 
leur avantage pour mes études 

Depuis longtemps la famille de Lefébure le voyait avec 
inquiétude s'adonner avec tant d'ardeur à des études qui 
coûtaienl fort cher et ne rapportaienl rien 2 . On lui chercha 
donc une occupation qui lui permîl de gagner sa vie par 
son travail et de se remarier. Un mariage l'ut projeté entre 
lui et une jeune tille des environs de Charny ; la condition 



1 . La préface des Aeltcste Texte. 

2. Dès le 31 décembre 1867, Lefébure écrivait a Chabas : «Ma famille 

me bl.'n !'• mi' livrer à une occupation qui, suivant elle, ne rapporte 

rien; comme si une plus grande connaissance de l'homme n'était pas 
plus utile que le droit 'I'' bâiller à des soirées préfectorales. Je \ :iis donc 

m 'occuper sérieusement de chercher une place qui me donne à la 

Cois l'indépendance et le loisir dont j'ai besoin pour continuer en paix 
mes études. » 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XIII 

fut qu'il entrerait d'abord dans l'administration des Postes. 
On lui faisait espérer, grâce aux relations de sa famille, et 
après les délais de stage nécessaires, une place de receveur 
qui lui laisserait quelques loisirs pour ses études 1 . Le projet 
de mariage n'aboutit pas; mais avant la rupture des négo- 
ciations Lefébure avait été nommé, au mois de juillet 1869 2 , 
employé des postes à Saint-Germain-en-Laye. Avant sa 
nomination, il avait envoyé à Chabas un mémoire sur les 
chapitres cxn et cxin du Tocltenbuch 3 ; il refît plus tard ce 
travail et le publia, beaucoup plus développé, dans son grand 
ouvrage sur Le Mythe osirien*. 

Dans ses nouvelles fonctions d'employé des postes, Lefé- 
bure n'avait plus beaucoup de temps à donner à l'étude. 
Il lisait cependant les Aelteste Texte qu'il avait reçus de 
Lepsius, et remarquait, à la planche 29, « un nom divin extrê- 
mement curieux », écrivait-il à Chabas le 7 septembre 1809. 

C'était n^^Srl]; qu'il supposait « n'être qu'une variante 
développée du nom d'Isis, lequel signifierait alors le lieu 
de l'œil sacré, c'est-à-dire l'espace céleste où se trouve le 
soleil ». Il allait travailler, dans les rares moments dont il 
disposait, à la bibliothèque du Musée de Saint-Germain'. 
Il transmettait a M. Guieysse les préceptes qu'il avait lui- 



1. Lettre de Lefébure à Chabas, du 18 mars 1869. 

2. Lettre de Lefébure à Chabas, datée de Saint-Germain-en-Laye. 
21 juillet 1869. 

3. Lettres de Lefébure à Chabas, datées de Charny, 29 avril, 24 juin 
et 10 juillet 1869. C'est dans la lettre du 10 juillet 1869, que Lefébure 
parle de la trouvaille d'une pièce de monnaie antique par le fils d'un 
fermier de son père. Lefébure porta cette pièce à M. Ponton d'Amécourt, 
qui la fit acheter par M. de Saulcy, et proposa à Lefébure de le pré- 
senter à la Société de Numismatique et d'Archéologie, avec M. de 
Saulcy comme second parrain. Le 7 septembre 1869, Lefébure annonçait 
à Chabas son admission dans la Société. 

4. Le Mythe osirien, l re partie, p. 18 sqq. 

5. Lettre de Lefébure à Chabas, du 14 novembre 1869. 



XIV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

même reçus de Chabas 1 . Il voulait aussi, d'après les conseils 
de son maître, étudier le papyrus de Soutimès, qu'il publia 
plus tard en collaboration avec M. Guieysse; mais il n'en 
trouvait pas le temps. Sa correspondance avec Chabas fut 
donc alors moins active qu'elle n'avait été depuis l'année 
1867. Nous trouvons cependant, datée de Saint-Germain- 
en-Laye, 15 juillet 1870, une longue lettre où l'on voit que 
Lefébure avait modifié et refondu le travail soumis à Chabas 
l'année précédente"; il venait de recevoir les deux premiers 
volumes de la Bibliothèque internationale, contenant sa 
traduction du chapitre xv du Todtenbuch, et remerciait 
Chabas de lui avoir facilité l'accès de cette publication. 

La guerre de 1870 arrêta complètement pour quelque 
temps cette correspondance. Lefébure, que ses fonctions à 
Saint-Germain-en-Laye avaient retenu dans la région 
envahie, n'écrivit à Chabas que le 14 mars 1871 : 

Mon agréable métier m'a conduit tout droit à la prison prus- 
sienne de Versailles, où j'ai gelé du 10 janvier au 15 février. J'en 
suis sorti assez souffrant, et je crois que notre service français, qui 
est rétabli, a repris trop tôt pour ma santé. Je m'en tirerai avec le 
temps, lorsque l'affreux gâchis des lettres et des affaires attardées 
aura cessé 

J'ai beaucoup travaillé dans ma prison. J'ai ébauché, entre 

autres choses, un appendice à mon mémoire sur le nom d'Isis, où 
je crois pouvoir prouver que le dieu Seb est la terre, considérée 
comme s'ouvrant pour laisser passer le soleil : c'est la porte dont 
l'tah est le portier. 

J'ai appris que M. Guieysse a été décoré pendant le siège 

M. Guieysse informa un peu plus tard Lefébure de l'élec- 
tion de Chabas comme correspondant de L'Institut. Lefé- 



1. Lettre de M. Guieysse à Chabas, du 10 Novembre 1869; et lettre 
de Lefébure à Chabas, du 22 mars 1870. 

2. Voir p. xin, 1. 8-9. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XV 

bure écrivit à son maître le 20 août 1871, pour le féliciter. 
Il lui adressa une autre lettre, le 11 novembre 1871, pour le 
remercier de lui avoir envoyé un ouvrage de Lieblein, par 
l'intermédiaire de Valdemar Schmidt. Il ajoutait : 

M. Ancessi m'écrit qu'il sera dans les premiers jours de no- 
vembre à Paris : je compte avoir le plaisir, si j'ai le temps, de le 
voir et de faire sa connaissance- M. Guieysse est, je crois, en Bre- 
tagne, et ne reviendra qu'en décembre. Pour moi, je tâche de me 
faire nommer à Paris, où je serais à même de consulter tous les 
textes possibles, mais je ne sais si je réussirai, et si j'aurai beau- 
coup plus de temps à moi. il faudrait, pour que je puisse vérita- 
blement travailler, que je sois nommé à l'administration centrale, 
ce qui ne me paraît pas facile. 

Je ne puis pas dire que j'aie travaillé bien sérieusement depuis la 
fin de la guerre ; cependant je n'ai pas passé une journée sans ouvrir 
le Todtenbuch et les Anciens Textes publiés par Lepsius. J'en ai re- 
tiré une sorte d'impression générale de la religion égyptienne, que 
je crois vraie, et que je tâcherai d'expliquer dans mon travail sur 
une variante du nom d'Isis; je vous demanderai la permission de 
refondre ce travail, qui me parait pécher en ce sens que j'y assimile 
trop Osirisau ciel : ce dieu me paraît être, au contraire, l'intérieur 
mystérieux de la terre dans lequel se cachait et se reformait le 
soleil, ce qu'indiquent les momies figurées avec le globe solaire 
inséré dans leur poitrine. L'Osiris végétant est aussi une représen- 
tation de la terre, et je comprends maintenant la métaphore égyp- 
tienne qui faisait de l'Egypte l'œil même d'Osiris, et de l'aimant 
ses os, tandis que le fer était l'os de Typhon, suivant Plutarque. 
Typhon, le frère d'Osiris, ne doit pas être autre chose que la terre 
dans son rôle malfaisant, lorsqu'elle dévore, comme un crocodile 
ouvrant sa gueule à l'Occident, le soleil, la lune et les étoiles, ou 
qu'elle dissout les cadavres. Au Todtenbuch il est presque toujours 

nommé l , avec le déterminatif de la pierre, ou de la terre dure. 

I EED -j Q 

qui accompagne aussi le mot vg^ inna (ch. 125, 59, 55). M. Pierret, 

dans son mémoire sur la résurrection, cite une phrase des 

Fouilles d'Abydos, qui me paraît significative, et qui contient la 
métaphore à cause de laquelle, sans doute, Set est devenu un ser- 



XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

pent; c'est ' JL ~ jj ^a v&^ï' ^^ 41- 1\ ^^"^ \> ■ Je 

trouve dans le même ouvrage une autre phrase bien curieuse 
aussi : Osiris v est dit Q < = > ^^ t\ °J) ^ ^ I 

f] |. Osiris serait, d après ce passage, le caput mortuum du soleil, 

ce qui saccorde à merveille avec nos théories astronomiques d'au- 
jourd'hui. Je ne sais si vous donnerez votre approbation à cette 
manière d'envisager l'enfer égyptien, considéré tantôt comme lieu, 
tantôt comme dieu, de même que le Hadès grec et l'Orcus latin. Je 
serais bien content si mes idées là-dessus ne contredisaient pas les 
vôtres, et si elles trouvaient grâce, lorsque je les aurai appuyées de 
quelques preuves, devant la sévérité sagace de votre critique. 

Chabas critiqua, suivant le désir exprimé par Lefébure, 
les mémoires soumis à son examen. Il semble aussi qu'il ait 
alors manifesté un peu d'inquiétude de voir son disciple 
s'adonner trop exclusivement aux études mythologiques. 
Lefébure lui répondit de Saint-Germain-en-Laye, le 22 no- 
vembre 1871 : 

Monsieur et cher maitre. 

Vous êtes trop aimable d'avoir songé à me renvoyer mes deux 

mémoires manuscrits J'aurai, en effet, bien des corrections à 

faire j'espère montrer que les deux chapitres étudiés du 

Rituel se rapportent aux éclipses solaire et lunaire : pour le 112 e 
c'est évident, d'après ce que les auteurs grecs nous ont dit du 
pourceau dans la mythologie égyptienne; pour le 113 e , j'ai été 
longtemps embarrassé par la présence du corps d'IIorus dans le 
pays des poissons, c'est-à-dire dans l'eau où on le repèche. Un 
passage de Diodore (1, 2) lève toute difficulté : Isis, y est-il dit, 
rappela à la vie son (ils Horus tué par les Titans, et dont le corps 
fut trouvé dans l'eau. Je crois que tout le chapitre 113 est là, car 
Horus, dans quelques particularités de sa légende, rappelle Osiris : 
c'est ainsi que les Grecs lavaient assimilé, sous sa forme de Khem, 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XVII 

à Persée, fils de Danaé, qui fut abandonné à l'eau dans un coffre 
[Hérodote, II. 91). Le chapitre 113 du Todtenbuch, d'après les 
dates qu'il donne et la mention qu'il fait des yeux d'Horus, rap- 
porte à l'éclipsé cet épisode de la vie du dieu ; mais il me reste 
à me renseigner sur le filet de Sebak, que je retrouve au cha- 
pitre 148, 17, où il est dit >5:; î>- c==Tj) des hommes et des dieux, 

t ^ m \ 

groupe que vous traduisiez autrefois par couper la parole, mais 

auquel il me semble que vous donnez maintenant un autre sens. 
J'aurai aussi à voir, pour le rôle bon ou funeste de ce même filet, 
le chapitre des pêcheurs (qui est illisible dans le Todtenbuch) dans 
les variantes du Louvre. 

Xe me croyez pas noyé pour cela à tout jamais dans les textes 
mythologiques. La seule raison qui m'a fait les étudier, c'est que 
je n'en ai pas d'autres, et que, de toute la littérature égyptienne, je 
n'ai entre les mains que le Todtenbuch . Ne vous effrayez donc pas, 
si je le sais par cœur, pour mon petit avenir d'égyptologue. Je 
pense avec vous que ces sortes d'écrits ne doivent pas détourner 
de l'étude de la langue, et qu'il faut, si l'on s'en occupe quelque- 
fois, apporter dans leur examen la plus grande prudence. A ce 
compte-là, il sera possible au moins de mieux comprendre et de 
mieux traduire certaines allusions qui ne font que présenter d'une 
manière fuyante des événements inconnus. Voulez-vous me per- 
mettre de vous donner un exemple de la manière dont je com- 
prends qu'on peut tirer parti des textes en question ? Une inscription 
d'Edfou, citée par M. Lepsius dans son mémoire sur les dieux des 
quatre éléments, dit de Ra-hut : « il ouvre la nuit par le jour, 
les dieux sortent de sa bouche et les hommes de ses yeux » 



. Cette phrase est claire, et, si on se 



la rappelle, on traduit sans difficulté d'autres phrases plus concises, 
qu'on ne comprendrait pas sans cela, telles que celle-ci (ch. 64, 25) : 
« donnez-moi la main, enfants qui êtes sortis de la bouche, et vous 

êtes élevés hors de l'œil de Rà », iïj I % 



S- — *— I 

/wvw\ 



a © 1 1 1 1 JÏ I -A <=> I fl I I I 

. C'est faute de s'être souvenus de cette explication d'une partie 

de la création que les égyptologues qui ont voulu tirer quelques 
déductions du tableau dit des quatre races au tombeau de Séti I er 
se sont trompés. M. de Rougé, entre autres, fait naître les Égyptiens 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. ** 



XVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

du soleil même par une sorte d'excellence, tandis que la race asia- 
tique serait seulement sortie de Sekhet. Le texte est beaucoup plus 

simple ^__^ ( ( | ^^J^i] 



ra r\ r\ -<s>- /$\ <^ <o "czz> g s /wwv\ 

AAAAAA 'C___> 
O O 5^^ » ' ' ' _(_r\J* I I ô— — ' -I _l Oi r J AA/VW\ I I I g > 

2±rîli . vous, vous a pleures ma khut, sous vos noms (Ou dans cas 
111 

personnes) d'hommes, et il n'y a ici qu'un retour à l'idée, proba- 
blement familière aux Égyptiens, de la création des hommes par 
l'œil d'Horus ou du Soleil. Khut, comme Sekhet, est un des noms 

de cet œil, comme le montre le chapitre 140, 4 : (I 

9, <*> H I 1 <TN, A 1 



.ft 



□ ' 



n@ 



. Quant aux larmes fécondes de 



I 

l'ut'a, on en trouve plusieurs exemples au papyrus magique tra- 
duit par M. Birch dans la Reçue archéologique 

A la lin de l'année 1871, on fit espérer à Lefébnre qu'il 
pourrait bientôt être nommé à Paris. Ce fut en etîet de 
Paris, 191, boulevard Malesherbes, qu'il écrivit à Chabas 
le 18 juin 1872 : 

vous me faites espérer votre arrivée à Paris, où vous me 

trouverez installé. J'aurais dû vous l'écrire; mais je voulais, en 
me remettant au travail, vous demander votre avis sur quelques 
points, et malheureusement j'ai été jusqu'à ce jour empêché de 
faire quoi que ce soit par mon unique collègue, qui s'est avisé, 
dès mon arrivée, de prendre un congé illimité. J'avais obtenu 
d'être nommé à un bureau de nouvelle création, qui est beaucoup 
moins chargé que les autres, et où je prévoyais beaucoup de loisir. 
Il n'en ;i pas été ainsi jusqu'à ce jour; mais mon collègue absent 
sera remplacé ;'i la fin de ce mois, et je reprendrai l'égyptien avec 
d'autant plus d'ardeur que j'en ai été plus longtemps éloigné. 

J'ai pu assister un»! l'ois ou deux au cours du Collège de France, 
el j<' suis resté en relations avec M. Guieysse. qui travaille très 
consciencieusement, et qui copie en ce moment au Louvre le 
curieux manuscrit des choses du ciel inférieur. Je lui ai emprunté 
les textes du mi/thc d'Horus de M. Naville, et j'en ai copié la 
moitié dans mes rares heures inoccupées. J'y ai trouvé peu d'allu- 
sions aux symboles primitifs, et j'aurais préféré de beaucoup une 
composition plus ancienne, car je voulais l'étudier pour le com- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XIX 

parer avec les conclusions que j'ai tirées de mon étude sur les 
chapitres 112 et 113 du Rituel. La première page, cependant, con- 
tient un texte curieux', qui me semble éclairer certaines locutions 
plus concises 

Lefébure ajoutait qu'il avait vu deux fois M. Pierret, en 
allant au Louvre étudier le chapitre des pêcheurs. Mais 
depuis son arrivée à Paris, il n'avait eu de relations suivies 
qu'avec M. Guieysse; il demandait aussi à Chabas l'adresse 
de M. de Horrack. Il savait l'adresse de M. Maspero, qui 
demeurait alors très près de lui; mais il s'abstint, dit-il, de 
l'aller voir, se croyant tenu à une certaine réserve 5 . 

1. PI. I, 1.3-6. 
" 2. La correspondance de Lefébure à cette époque ne fait pas connaître 
avec précision les causes de ce sentiment de réserve. Peut-être Lefé- 
bure, très dévoué à Chabas, craignait-il de trouver chez M. Maspero 
des idées un peu différentes des siennes, d'autant plus que Chabas lui- 
même, dans une lettre à Lefébure du 7 janvier 1869, supposait que 
M. Maspero avait dû être prévenu contre lui (cf. Notice biographique 
de F.-J. Chabas, p. xci, note 3). D'ailleurs Lefébure avait conscience de 
sa très grande valeur égyptologique ; peut-être éprouvait-il un peu de 
malaise à voir l'avenir ouvert à M. Maspero dans l'enseignement de 
l'égyptien, tandis que lui-même, pour gagner sa vie, devait donner à 
son service postal la meilleure part de son temps, au détriment de ses 
études. 

M. Maspero avait bien remarqué cette réserve, et cherché à s'en ex- 
pliquer la cause. « En 1872 ou 1873, dit-il, au moment où je demeurais 
place Wagram, puis rue Jouffroy, j'eus un jour l'occasion d'aller 
affranchir moi-même, au bureau de poste qui avait été établi récem- 
ment vers l'espèce de carrefour formé par la rencontre des rues Ampère 
et Jouffroy avec le boulevard Malesherbes, des brochures que j'avais à 
expédier à l'étranger. L'employé qui les reçut se fît connaître comme 
étant Lefébure : à partir de ce moment, chaque fois que je me pré- 
sentai au bureau, j'essayai de lui parler, mais je ne tardai pas â rn 'aper- 
cevoir que cela le gênait , il avait déjà un peu de cette répugnance 

au monde qui caractérisa sa vieillesse. Je n'insistai donc pas, et d'ailleurs 
à la fin de 1874 je quittai la rue Jouffroy pour aller demeurer 64, boule- 
vard Saint-Germain ; ces relations superficielles furent interrompues 
du coup. » (Lettre de M. Maspero à Ph. Virey, du 6 février 1910.) 



XX NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Il continuait ses études sur le Mythe osirien, autant que 
ses occupations le lui permettaient, et de temps en temps 
soumettait à Chabas les résultats de ses recherches', mais 
en s'excusant toujours de s'adonner ainsi aux études mytho- 
logiques : 

Je m'empresse de vous adresser mes remerciements pour la 
bienveillance avec laquelle vous appréciez mon mémoire : rien ne 
peut m'ètre plus agréable que de savoir qu'il ne vous a pas déplu, 
malgré votre prévention contre les recherches mythologiques. Je 
tiens à vous dire, à ce sujet, que je n'ai pas jeté l'ancre aussi pro- 
fondément que vous pourriez le croire dans cet océan : j'avais 

entre les mains des textes exclusivement mythologiques ; je les 
ai étudiés faute de mieux, et je me débarrasse maintenant des 
réflexions qu'ils m'ont fait faire 

je vous enverrai la deuxième partie de mon travail inces- 
samment ; cette partie comprend mes remarques sur Osiris, et une 

conclusion que je crois curieuse Je l'aurais terminée depuis 

longtemps, sans un maudit coup d'air que j'ai gagné auprès du 
sarcophage de T'a-ho*, et qui m'a donné une fièvre qui ne m'a 
pas quitté depuis quinze jours. Joignez à cela les nécessités de mon 
métier 

Me ferez-vous l'honneur d'accepter quelque étude de moi pour 
votre série de Mélanges? J'aurais voulu vous présenter mes 
recherches sur Isis et Osiris, mait elles sont liées si intimement à 
la conception de mon livre, que je ne pourrais les en séparer sans 
dommage. Je ne puis pas vous offrir davantage des recherches sur 
les dieux portes ou portiers, car je les retranche de mon mémoire 
comme trop conjecturales. Une étude sur le per m hru convien- 
drait peut-être mieux, mais ce que je voudrais dire sur ce sujet 
n'est pas écrit. Je n'ai de complètement achevé maintenant que 
quelques pages sur l'art égyptien, qui, avec un titre modeste 
comme Un moi sur l'art égyptien ou Idée il- l'art égyptien^ ne 
seraient peut-être pas déplacées dans un recueil de recherches sur 
la v ie ordinaire ou intime. Je vous les envoie à tout hasard ; mais 

1. Lettres à Cli;ib:is, du l.*> novembre et du 2 décembre 1872. 

2. Au Musée égyptien du Louvre. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXI 

je crains que vous ne trouviez trop sévère mon appréciation, car 
j'admire peu les artistes pharaoniques. 

Je tiens à dire dans la deuxième partie de mon livre que c'est 
vous qui avez le plus fait pour l'étude de la mythologie, par l'im- 
portance des documents que vous avez publiés, et la précision avec 
laquelle vous les avez traduits. Une seule pièce me manque pour 
juger complètement votre travail en ce sens : c'est Y Hymne à Osi- 
ris, que je ne puis trouver que chez M. Guieysse, qui est absent, 
et dont j'attends le retour avec impatience 1 

Chabas indiqua à Lefébure dans quel volume de la Reçue 
archéologique il avait publié son Hymne à Osiris et le re- 
commanda à M. Zotenberg, pour qu'il lui fût permis d'obte- 
nir à la Bibliothèque nationale un estampage du texte. Lefé- 
bure le remercia le 13 décembre 1872 : 

Je vous remercie infiniment d'avoir pensé à moi, car jusqu'ici 
je n'avais pu me procurer votre Hymne à Osiris, que j'ai demandé 
à tous les libraires : je l'aurai facilement dans les bibliothèques 
publiques, sachant la date à laquelle il a paru dans la Revue 
archéologique. J'en copierai le texte qui est très intéressant, sans 
recourir à l'estampage: mais je ne vous en suis pas moins recon- 
naissant de la recommandation que vous me donnez pour M. Zoten- 
berg. Il y a longtemps que je désire prendre connaissance des 
Notices manuscrites de Champollion,et je pourrai le faire mainte- 
nant grâce à lui, et par conséquent grâce à vous. J'avais demandé, 
étant à Saint-Germain, une carte d'entrée à la Bibliothèque natio- 
nale; mais on s'est borné à me répondre de passer au secrétariat, 
et là un imbécile d'employé m'a fait toutes sortes d'objections, 
tirées de ma qualité de commis des postes et de mon éloignement 
de Paris, si bien que, congédié sans avoir de carte, je n'ai pas fait 
de nouvelle tentative. 

J'ai lu la traduction dont vous me parlez dans la Bibliothèque 
internationale; mais ce dont j'ai besoin, c'est surtout du résumé 
très intéressant que vous avez fait des textes classiques se rappor- 
tant à Osiris. Comme j'étudie spécialement ce dieu dans la 

1. Lettre de Lefébure à Chabas, du 2 décembre 1872. 



XXII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

deuxième partie de mon mémoire, j'espère trouver dans le vôtre 
bon nombre de renseignements qui me seront d'un grand secours, 
car l'antique momie osiriaque est singulièrement difficile à dérou- 
ler. Je ne désespère pas néanmoins d'en venir à bout, et je crois 
que la mythologie égyptienne, qui est une mythologie comme une 
autre, ne doit pas être plus inexplicable que les autres, au moins 
dans ses grandes lignes 

Le 18 janvier 1873, Lefébure adressait à Chabas la dernière 
partie de son Mythe osirien, « celle », écrivait-il, « qui traite 
d'Osiris ». Il ajoutait : 

Je comptais vous l'envoyer pour le 15, mais je l'ai communiquée 
à M. Guieysse, et ne l'ai entre les mains que depuis hier soir. 
Puisque vous voulez bien la lire, je vous serai obligé de me faire 
part des points qui vous sembleront douteux ou faibles. Il n'en 
manque certainement pas, le sujet étant à peu près neuf, et le 
mémoire assez long 

Je n'ai pas encore reçu de M. Guieysse, qui me le communi- 
quera. Y Hymne à Osiris, une des pièces les plus importantes à 
consulter pour mon travail. Il m'amènera certainement à des 
retouches 

Lefébure faisait savoir à Chabas que M. Zotenberg l'avait 
parfaitement reçu, et le remerciait de la recommandation 
à laquelle il était redevable de ce bon accueil. Il lui de- 
mandait encore s'il conviendrait de lire Le Mythe osirien à 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Chabas lui 
offrit alors une lettre d'introduction auprès de Maury'. 
Lefébure répondit le 24 janvier 1873 : 

Je vous remercie du temps que vous avez bien voulu consacrer 

1. Lefébure «accepta la Ici lie d'introduction auprès de Maury (lettres 
de Lefébure à Chabas, du 24 janvier et du 20 mars 1873). Il lut reçu 
par M;ihi'\ (lettre de Lefébure à Chabas, du 11 avril 1<S7:{); mais celui- 
ci déclina s;i compétence pour apprécier Le Mythe osirien, cl conseilla 
à Lefébure de soumettre son mémoire au jugement de M. Pierrot (lettre 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXIII 

à mon mémoire, et de votre bienveillance à l'apprécier. J'y 

ferai quelques retouches, et je le soumettrai, lorsqu'il sera 

remis au net, à M. Maury, comme vous me le conseillez. J'accepte 
très volontiers la lettre d'introduction que vous m'offrez. Ma meil- 
leure recommandation auprès de M. Maury sera d'être votre élève, 
si vous voulez bien me donner ce titre 

Je n'ai eu de détails sur la mort de M. de Rougé que par 
M. Pierret. Il était depuis longtemps souffrant, et son voyage en 
Egypte, pendant lequel il aurait beaucoup trop travaillé, lui a été 

fatal, et a préparé la paralysie du cerveau qui l'a emporté Le 

second fascicule de la Revue qu'il dirigeait contiendra une notice 
nécrologique par M. de Saulcy. La mienne, qui aurait été beau- 
coup plus courte, a failli être mise à l'ordre du jour mercredi 
dernier. En sortant du Louvre, et en plein trottoir, j'ai reçu le 

choc d'une voiture trainée par un cheval emporté je me suis 

relevé sans grand mal 

Cela ne m'empêchera pas de vous envoyer de nouveaux textes 
de la rubrique du chapitre 64, si ceux que je vous ai copiés sont 
insuffisants, comme je le crains. Les trois premiers (de Rougé, 
3091 et 5450) ont été pris par moi sur les papyrus. Les cinq autres 
viennent d'un travail de M. Devéria sur le même sujet, qui m'a 
été communiqué par M. Pierret. Le papyrus de Ptahmès est écrit 
en colonnes 

Lefébure s'était décidé à rédiger un mémoire sur le per 
m hru, pour sa contribution a la troisième série des Mé- 
langes de Chabas'. Le 20 mars 1873, il adressait à son 
maître le manuscrit de ce mémoire, en lui demandant un 
tirage à part ; il lui écrivait en même temps : 

Je vois de temps en temps M. Zotenberg à la Bibliothèque, où 

de Lefébure à Chabas, du 15 avril 1873). Le mémoire fut pourtant re- 
tenu pour être lu à l'Académie. Mais la lecture ne lut jamais faite. 
Lefébure écrivit à Chabas, le 17 mai 1873 : « J'ai assisté à quelques 

séances de l'Institut sans avoir pu lire encore mon mémoire » ; et le 

24 juillet 1873, il annonçait qu'il y avait définitivement renoncé, son 
tour se faisant trop longtemps attendre. 

1. Lettre de Lefébure à Chabas, du 6 mars 1873. 



XXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

j'étudie les Notices manuscrites de Champollion. M. Guieysse se 
propose de publier le manuscrit du ciel inférieur, et je lui donnerai 
peut-être un coup de main ; puis je me mettrai à l'étude des papy- 
rus, que j'ai trop longtemps négligés, forcément, du reste, mais 
que mon séjour à Paris me met à même de consulter maintenant à 
la conservation du Louvre 

Il reçut au mois de mai la visite de M. Rhône, que Chabas 
lui avait adressé. En rendant compte à son maître de cette 
visite, il lui soumettait de nouvelles observations mytholo- 
giques 1 : 

J'aurai bientôt recours, je le crains, à votre bienveillance, 

pour élucider un texte qui me parait important, en ce qu'il précise 
la doctrine qui fait de Râ l'ùme et d'Osiris le corps d'un même 
dieu. Je crois être le premier à signaler cette théorie, et je tiens à 
l'éclaircir. Le texte, que je voudrais étudier et publier dans le 
Journal de Pierret, ouvre le bel exemplaire sans nom du Rituel 
qui est au Musée du Louvre. Je vous en adresserai une copie avec 
une traduction, et vous demanderai si vous n'en connaissez pas 
d'autres semblables. Je ne serais pas étonné qu'il fût identique à 
l'adoration de Râ dans l'Amenti, par laquelle débutent les textes 
des hypogées royaux 

Il revint sur ce sujet, dans une lettre du 26 juin 1873 : 

Je vais prendre à partir du 15 juillet un congé de quinze 

jours : j'en profiterai pour faire une courte étude sur un texte iné- 
dit, sorte d'hymne sur la réunion du soleil couchant à Osiris, dans 
le inonde souterrain. Le dédoublement de la personne divine en 
deux personnages, dont l'un est l'âme, et l'autre le corps, me semble 
bon à mettre en relief. Les textes y font des allusions sans nom- 
bre 

An mois de juillet 1873, Mariette passait par Paris, se 

1. Lettre de Lefébure à Chabas, du L7mai 1873. Lefébure écrivit aussi 
à Chabas le 22et h; 2-\ juin 187:5, puni- lui envoyer plusieurs dessins de 
barques représentées au Musée Campana. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXV 

rendant à Boulogne-sur-Mer. Lefébure pensa à se présenter 
à lui, et à lui demander de l'emmener en Egypte 1 . Il voulait, 
pour lui permettre d'apprécier ses aptitudes égyptologiques, 
lui faire lire son travail sur le Mythe d'Osiris. N'ayant pas 
réussi à rencontrer Mariette avant son départ pour Boulogne, 
il lui écrivit. Mariette, déjà renseigné sur sa valeur scienti- 
fique, lui répondit de ne pas lui envoyer son mémoire. Mais 
il lui demanda un article pour son Recueil, et Lefébure se 
mit à préparer une dissertation sur une cérémonie men- 
tionnée dans les Textes du Mythe d' H or us, publiés par 
M. Naville. Il voulut, comme d'habitude, soumettre à Cha- 
bas son interprétation de cette cérémonie, et lui écrivit le 
19 septembre 1873 : 

Si j'ai rencontré juste, j'aurai fait une curieuse trouvaille, 

celle de l'origine d'une fête qui se célèbre encore en Egypte au 
solstice d'été, et qui s'appelle la nuit de la goutte. Voulez-vous me 
permettre de vous demander votre avis sur les deux ou trois points 
principaux de mon argumentation, au point de vue de l'interpré- 
tation des textes? 

Lefébure citait alors le passage des Textes du Mythe 
d' H or us qui se trouve à la planche XIII, 1. 2 et 3\ qu'il 
proposait de traduire ainsi : 

Har-hut vint, au corps :l multicolore, en grand disque ailé, sur 
la barque de Râ-har-khuti. Thoth dit à Râ, maître des dieux 



1 . Lettre de Lefébure àChabas, du 24 juillet 1873. Lefébure demandait 
l'avis de Chabas. Mais soit qu'il ait renoncé à son désir, soit que 
Mariette n'ait pu lui donner satisfaction, il ne fut plus question de ce 
projet dans les lettres suivantes. 

2 C'est au début de la campagne des dieux, l'an 363 du règne d'Har- 
khuti, pi. XII. 

3. ^^. Ce mot, qu'on lit aujourd'hui âkhem, était lu shenebt par 
Lefébure. Chabas doutait que le mot français corps fût la traduction 
tout à fait exacte du mot égyptien. 



XXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

d'Edfou : est venu au corps' le grand disque Râ s'unit avec 

son corps et dit à Har-hut : tu as jeté des gouttes 2 sur l'eau sortie 

de lui ( () ) , rendant par là ton âme satisfaite. On l'appelle le maitre 
de l'eau d'IIar-hut, qui est appelé ( ,*<j ] le maitre du 

\ Jf>9 AAAAAA V y I 

corps multicolore depuis ce jour. 

Pour montrer qu'il s'agissait de la fête de la goutte, dont 
l'origine était rapportée au temps des dieux, Lefébure faisait 
des comparaisons avec d'autres passages des Textes du 
Mythe d'Horus, pi. XIX, 1. 8-11, et pi. XX et XXI. 

Sollicité de donner son avis, Chabas s'empressa de faire 
connaître ses cloutes ou ses objections, que son disciple dis- 
cuta longuement, dans une lettre écrite le 23 septembre 1873. 
Il revint encore plus tard sur l'interprétation du mot 
(1 o , qu'il compara au mot -c2>-^K °o du papyrus d'Or- 

biney : . 

Mais le commencement de l'année 1871 ne fut pas favo- 
rable à ses études égyptologiques. Le 9 juin 1874 il écrivait 
à Chabas : 

J'ai eu peu de loisirs au commencement de cette année. Le 

collègue que j'avais alors s'étantfait renvoyer, j'ai eu aie remplacer 
seul pendant longtemps. Depuis je me suis remis à l'ouvrage, et 
j'achève en ce moment mon mémoire sur Osiris, que j'ai refondu 

1. "~W^ / S^y - Chabas lul d'avis que czz devail signifier non 

pas i). mais hors de, ex; ce qui amena Lefébure à traduire venir du 
corps, sortir du corps ou de la monde. 

2. (I o . La traduction gouttes parut discutable à Chabas; Lefé- 
bure lui présenta des arguments à l'appui de cette interprétation, dans 
sa letl re du 23 septembre 1873. 

:}. Lettre de Lefébure à Chabas, datée du bureau de poste de Paris- 

Batignolles 2% 31 décembre 1873 : « (I ° esl bien un fruit, tou! 

en étanl l'équivalenl de la goutte. C'esl l'-<2>- v\ ° du papyrus d'Or- 
biney,dans lequel Baïta mel son cœur » 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXVII 

et très augmenté, après avoir fait le recensement de presque tous 

les textes se rapportant à ce mythe 

J'ai parcouru ces jours-ci à la Bibliothèque nationale le 

Rituel de Sutimès que vous m'aviez signalé, et j'y ai trouvé la con- 
firmation décisive d'une de vos vues, dans le groupe *è\ <^\ i 
remplaçant ~" A ~ , r , que vous avez lu ati et non anti. J'ai vu un ins- 
tant ces jours-ci M. de Horrack à la Bibliothèque- M. Guieysse, 
depuis son mariage et sa nouvelle position de répétiteur à l'École 
polytechnique, est fort occupé. M. Rhône, qui vous avait demandé 
autrefois quelques renseignements pour une relation de voyage, 
paraît s'adonner à l'égyptologie. J'ai eu. l'an passé, quelques rap- 
ports avec M. Grébaut, un élève de M. Maspero, qui avait fait un 
article dans la Bévue archéologique, mais il a depuis disparu de 
la scène, et je ne sais ce qu'il est devenu 

La première partie du travail sur le Mythe osr'rien, dont 
la lettre du 9 juin 1874 annonçait l'achèvement, parut en 
effet en 1874 : la seconde partie, l'année suivante. Cette se- 
conde partie fut envoyée à Chabas le 25 mars 1875. Un peu 
plus tard Lefébure écrivait à son maître, le 21 mai 1875 : 

Je ne fais plus grand chose depuis quelque temps; j'ai dé- 
ménagé pour venir habiter dans la maison de M. Zotenberg, et 
j'ai de la peine à me remettre au travail. Je compte commencer 
avec M. Guieysse, en juillet, la publication en fac-similé du Rituel 
de Sutimès, qui sera édité par Leroux. 

Je ne suis pas du tout au courant des publications nouvelles. Je 
ne sais si M. Pierret a fait paraître son Dictionnaire d'Archéolo- 
gie égyptienne; c'est un ouvrage pour les gens du monde : il a en- 
trepris d'un autre côté un dictionnaire égyptien tenant le milieu 
entre celui de Brugsch et le vocabulaire de Birch. M. Grébaut a 
édité la première partie d'un énorme travail qui aura plus de mille 

pages M. Maspero fait une histoire ancienne de l'Orient, dans 

le genre de celle qu'a publiée F. Lenormant 

J'ai envoyé à M. Birch un article pour le Recueil de la Société 
d'Archéologie biblique : je ne sais s'il a paru, mais j'en ai corrigé 
les épreuves il y a plus d'un mois. C'est la traduction de tous les 



XXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

textes du pylône infernal contenant le tableau des quatre races au 
sarcophage de Séti I er : je fais remarquer qu'il y a là une confir- 
mation de vos idées sur le jugement dernier, avec les justes à droite 
et les méchants à gauche, etc Je donne une interprétation nou- 
velle du texte relatif aux quatre races humaines 

Lefébure eut alors un moment l'espoir d'obtenir une 
situation qui lui permettrait de consacrer tout son temps à 
l'égyptologie. Il rit connaître ses espérances à Chabas, dans 
une lettre du 27 mai 1875 : 

Je viens de recevoir, avec un volume de M. Lieblein, votre très 
intéressant mémoire sur les bâtons de main. Vous avez très bien vu 
l'emploi qu'on devait faire des baguettes magiques, et je crois que 
ces objets sont désignés, au sarcophage de Séti I er , par les * — ° " f 
**"- "^ ' que portent, en les courbant en arc avec les deux mains, cer- 
tains personnages qui charment Apap ( |[Jv\ i ). Au tombeau 

Va _û^ I / / c^^\(à 

du même roi, d'autres demi-dieux frappent avec des ~ v\ 

i un serpent mythologique qui a avalé des têtes qu'on veut faire 

sortir. Je cite de mémoire, mais je suis sûr de la prononciation. 

M. Pierret m'a offert, sur la recommandation de M. Zoten- 

berg, et, je crois, aussi de M me de Ilorrack, la place de conserva- 
teur-adjoint au Musée du Louvre. On devait créer un conservateur 
au commencement de l'année, et la place de conservateur-adjoint 
eût été vacante. Le manque de fonds a fait échouer pour cette fois 
la combinaison, qui reviendra sur l'eau l'année prochaine. Je ne 
vous parle de ceci qu'en secret, parce que M. Pierret m'avait re- 
commandé de ne rien en dire, mais vous le savez déjà, puisqu'au 

jour de l'an vous m'avez mis en garde contre l'espoir du succès 

M. Guieysse a fait une étude très complète, au point de vue 
delà comparaison des textes, sur le chapitre 64 du Rituel, et il 
se propose de la publier. Nous commencerons le Sutimès en 
juillet. Je n'oublie pas que c'est vous qui m'avez donné l'idée de 
l'éditer. La mère de M. Guieysse a été très souffrante. ... Pour lui, 

1 Ce signe ne rend qu'imparfaitement la l'orine indiquée par Le- 
fébure. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXIX 

il est en voie de prospérité, et sur le point de devenir père une 
troisième fois. Je ne connais pas par expérience, comme lui et 
comme vous, les agréments et les désagréments attachés à l'état de 
père de famille ; aussi ai-je été bien tenté, dans ces derniers temps, 
de me mettre sous le joug. A mon âge on y regarde deux fois, mais 
je ne suis cependant pas encore hors de danger 1 

Chabas avertit alors Lefébure de sa propre candidature 
au poste de conservateur du Musée égyptien 2 . Lefébure lui 
répondit le 3 juin 1875 : 

Vous pouvez compter sur ma discrétion au sujet de votre de- 
mande, qui du reste ne peut manquer de réussir. J'ai fait autrefois 
une visite à M. Reiset pour poser ma candidature au poste d'atta- 
ché à la conservation, en cas de vacance, et M. Reiset m'a dit dans 
le cours de la conversation que la place de conservateur reviendrait 
de droit à M. Pierret, à moins qu'une candidature hors ligne ne 
s'imposât. Il faisait certainement allusion à la vôtre, dont le se- 
cret me parait avoir été bien gardé, car je ne sais pas si M. Pier- 
ret s'en doute Les fonds ont manqué pour remplacer M. De- 

véria; mais M. Reiset tient à ce que la place ne demeure pas 
vacante, et je vois par les journaux qu'il a envoyé aux députés une 
sorte de pétition exposant l'insuffisance des différents services du 
Louvre 3 

1. Lefébure se maria en effet peu de temps après; dans une de ses 
lettres à Chabas, datée du 21 juin 1876, il est question de la santé de 
M ffi ° Lefébure. 

2. Voir la Notice biographique de François-Joseph Chabas, dans la 
Bibliothèque égyptologique, t. IX, p. cxxx, note 1. J'avais indiqué 
que la demande de Chabas datait du mois de juin 1875 ; la lettre écrite 
par Lefébure le 3 juin 1875 fait voir que cette demande était un peu 
plus ancienne. 

3. Lefébure écrivait encore à Chabas le 10 juin 1875 : « J'ai eu avant- 
hier quelques nouvelles de la conservation du Louvre, par M. Zoten- 
berg, qui ne m'a pas défendu d'en parle:' : c'est pourquoi je vous les 
transmets. M. Pierret a été prévenu par M. Reiset que sa candidature 
à la place de conservateur rencontrait deux obstacles, l'un consistant 
dans une candidature plus sérieuse que la sienne, l'autre dans la fusion 



XXX NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Lefébure renonçait donc à l'espoir d'être nommé au Musée 
du Louvre. Il obtint cependant à la fin de l'année 1875 une 
petite faveur officielle ; le Ministre de l'Instruction publique 
lui fit don d'un exemplaire des Notices de Champollion 1 . La 
Société d'Archéologie biblique de Londres le nomma mem- 
bre honoraire 5 . Il voulut justifier cette nomination, et nous 
voyons que, dès L'année suivante, il pensait à son mémoire 
sur l'Adam égyptien 3 . On sait que ce mémoire ne parut 
qu'en 1887, sous le titre Le Cliam et l'Adam égyptiens 11 . 
Mais Lefébure étudiait aussi d'autres sujets capables d'inté- 
resser la Société d'Archéologie biblique. Nous en trouvons 
l'indication dans une lettre à Chabas, du 29 juillet 1873, où il 
annonçait à son maître l'envoi d'un mémoire sur le texte de 
la Destruction des hommes publié par M. Naville. Il termi- 
nait cette lettre par une demande à Chabas. Il avait appris 
qu'il était question de créer une chaire d'égyptologie dans 
une ville de province, et il priait son maître d'intervenir 
auprès du Ministre de l'Instruction publique, pour lui faire 
obtenir cette chaire : 

M. Zotenberg m'engage vivement à faire auprès de vous 

une démarche dont il m'a dit vous avoir entretenu lors de votre se - 
jour à Paris. Le Ministre de l'Instruction publique ayant décidé la 
création de trois Universités, à Nancy, Lyon et Bordeaux, je crois, 

possible du Musée égyptien avec le Musée des Antiques. Dans ce dernier 
cas la place de conservateur serait sans doute supprimée ; mais le Musée 
égyptien me semble trop important pour qu'on s'arrête définitivement à 
cette mesure. » 

1. Lettre de Lefébure à Chabas, du 31 décembre 1875. 

2. Lettre de Lefébure à Chabas, du 19 juillet 1875. 

3. Lettre de Lefébure à Chabas, du 21 juin 1876 : « Pourrai-je 

vous soumettre un petit mémoire destiné à la Société d'Archéologie bi- 
blique, et ayant rapport à une représentation qui m'a fait l'intituler 
l'Adm» égyptien ' Je crains d'y avoir traité les mêmes sujets que vous 
dans vus Hebrœo œgyptiaca. » 

4. Transactions of the Society of Biblical Archœology, vol. IX, 
1" partie, 1887. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXI 

il serait assurément désirable que la science égyptologique, née en 
France où ellea toujours été florissante, y fût représentée au moins 
dans une ville, lorsqu'elle l'est dans cinq au moins en Allemagne. 
Nulle voix n'aurait l'autorité de la vôtre pour provoquer l'établis- 
sement d'un cours d'égyptien, et une lettre de vous au ministre, 
coïncidant avec d'autres recommandations dont je pourrai peut- 
être user, suffirait assurément pour me faire nommer, clans le cas 
où l'on nommerait quelqu'un 

Chabas, après l'insuccès de sa récente démarche pour se 
faire nommer conservateur du Musée égyptien du Louvre, 
était beaucoup moins convaincu que Lefébure de son crédit 
auprès du ministre. Il répondit donc, le 13 août 1876, qu'il 
ne voulait pas s'exposer à un nouvel échec et n'interviendrait 
pas officiellement, mais se bornerait à signaler publique- 
ment le mérite de Lefébure. C'est à son mérite en effet, 
nous le verrons tout à l'heure, que celui-ci dut d'être plus 
tard désigné au choix du ministre par M. Maspero, et 
chargé, au commencement de 1879, d'enseigner l'égyptologie 
à l'Université de Lyon. Mais le refus de Chabas d'interve- 
nir en sa faveur dès l'année 1876 lui causa une déception, 
qu'il m'exprimait encore avec un peu d'amertume bien des 
années plus tard'. Une petite compensation lui vint de 

1. Lettre de Lefébure à Ph. Virey, du 6 août 1905 : « J'ai relu ces 

jours passés, non sans mélancolie, votre livre sur la vie de Chabas, 

et j'y ai retrouvé par petits indices une partie de la mienne, déjà bien 

éloignée maintenant J'ai été disciple de ses ouvrages plutôt que de 

lui-même. C'est l'égyptologue que j'ai le moins vu, de tous ceux que j'ai 
vus, n'ayant jamais eu avec lui que trois entretiens de moins d'une 
heure chacun. Bien que son chef-d'œuvre soit le Papyrus magique 
Harris, il avait pris en grippe mon genre d'études, et je me trouvais par 
là bénéficier d'une attitude toute spéciale de sa part, une sorte de neu- 
tralité hostile. Zotenberg lui ayant demandé un jour, non sans quelque 
malice peut-être, de s'intéresser à moi, il se fâcha, et jura ses grands 
dieux qu'il n'en ferait rien, en arguant de mes insanités sur les Yeux 
d'Horus. Voilà à quoi avait abouti pour moi l'amitié de Chabas, et 
encore j'aurais mauvaise grâce à m'en plaindre, car j'ai trouvé bien pis 



XXXII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

l'administration des Postes. Il obtint de l'avancement, et 
fut nommé receveur à Lille'. C'est de là qu'il écrivait 
à Chabas le 27 mai 1877 ■ : 

L'égyptologie est comme la gloire, qui vend tr*ès cher les 

plaisirs qu'elle donne, et c'est ce qui la perdra chez nous, main- 
tenant que les hiéroglyphes n'ont plus l'attrait de la nouveauté. 
Les gens qui peuvent se donner quelque luxe ne choisiront pas 
celui-là. 

Je ne me plains pourtant pas trop pour mon compte : il y a ici à 
la Bibliothèque quelques recueils de textes que je pourrai facile- 
ment, je pense, emporter chez moi. J'ai en outre plus de loisirs et 
de tranquillité qu'auparavant, un coin de jardin avec du soleil, et 
une petite maison beaucoup trop grande encore, puisqu'elle n'est 
pas pleine de livres égyptiens. 

J'ai travaillé un peu depuis mon installation, et j'ai traduit le 
papyrus de Sutimès, que M. Guieysse et moi publions. J'ai eu, à 
l'occasion du chapitre du cœur, à examiner l'idée de M. Naville 

sur le V\ prohibitif, et je crois avoir précisé les objections que 
vous lui avez déjà faites, en remarquant que C\ gérondif exige 

un membre de phrase correspondant à celui où il figure : en faisant 
telle chose, telle autre s'ensuit; or il n'est pas possible de tourner 

ainsi le chapitre du cœur et plusieurs autres textes 

Je pense que M. Guieysse vous offrira demain un exemplaire du 

d'un autre côté. D'ailleurs a mon âge les choses du passé affectent de 
moins en moins et n'apparaissent plus qu'à travers un nuage : il faut 
s'occuper du grand voyage. » 

Lefébure supposa donc qu'en refusant de s'occuper de sa demande, 
Chabas avait eu l'intention de lui l'aire expier sa tendance vers les re- 
cherches mythologiques. La raison indiquée par Chabas lui-même nous 
paraît beaucoup plus vraisemblable. 

1. Lettres de Lefébure à Chabas, datées de Paris, 31 décembre 1876 ; 
et de Lille, 111, rue d'Arras, 27 mai 1877. 

2. A cette date s'arrête la correspondance de Lefébure avec Chabas, 
qui nous a été si utile pour la première partie de cette notice. A la fin 
de 1877, Chabas était condamné à l'inaction par la maladie dont il 
mourut un peu plus tard. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXIII 

texte de Sutimès, et je vous prie de vouloir bien l'accepter comme 
un bien faible témoignage de notre reconnaissance 

Un fils naquit à Lefébure, en 1878 ' . Sa vie à Lille semble 
avoir été paisible et heureuse; sans doute il pensait n'avoir 
plus qu'à suivre sa carrière dans le service des postes, bien 
que cette carrière ne fût pas celle qu'il aurait préférée. Mais 
alors l'occasion s'offrit à lui d'entrer dans l'enseignement 
supérieur ; le désir qu'il avait exprimé à Chabas en 1876 ! 
allait donc se réaliser moins de trois ans plus tard. 

En 1878, Armand du Mesnil, directeur de l'Enseigne- 
ment supérieur au Ministère de l'Instruction publique, fit 
appel aux conseils de divers savants, Paris, Berthelot, 
Renan, Bréal, etc., au sujet de quelques enseignements 
nouveaux à introduire clans les Facultés de province 3 . L'idée 
de cette diffusion de l'enseignement supérieur n'était pas 
tout à fait nouvelle, puisque Lefébure en avait entendu 
parler deux années auparavant ; mais les circonstances 
n'avaient pas été jusqu'alors propices à la réalisation de cette 
idée. Bréal, consulté par Armand du Mesnil, s'adressa à 
M. Maspero, et lui demanda son avis sur l'opportunité de 
créer en province deux ou trois chaires d'égyptologïe \ 
Mais les égyptologues disponibles pour l'enseignement, et 
disposés à enseigner en province, étant fort peu nombreux, 
il parut que pour commencer il suffirait de créer une seule 
chaire; et il fut reconnu que cette chaire devrait être d'abord 
offerte à Lefébure. « Il fut convenu », écrit M. Maspero " , 

1. Son fils Edmond, qui mourut à Alger en 1890. C'est aussi en 1878 
que Lefébure publia la première partie de son mémoire The Book of 
Hades (j'rom the sarcophagus of Seul) dans les Records of the Past, 
l il Séries, 1878, t. X, p. 85-135. La seconde partie de ce mémoire parut 
en 1881 (Records of the Past, t. XII, p. 3-35). 

2. Voir plus haut. p. xxx-xxxi. 

3 et 4. Indications fournies par M. Maspero; lettre à Ph. Virey, du 
6 février 1910. 
5. Lettre â Ph. Virey, du 6 février 1910. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. *** 



XXXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

«que nous choisirions Lyon, où il était question de la chaire 
de sanscrit pour Regnaud, et d'une chaire de chinois ou de 
japonais qui ne fut créée que beaucoup plus tard, et, je crois, 
aux frais de la Chambre de Commerce. J'écrivis à Lefébure 
pour lui faire part des intentions de Bréal, et pour lui 
demander si, au cas où la chaire serait créée, il accepterait 
d'en être le titulaire. Après quelques hésitations 1 , il accepta, 
et Bréal se mit en campagne : l'affaire fut enlevée de haute 
main, et dès janvier 1879 elle était achevée. » L'arrêté qui 
nomma Lefébure à Lyon comme maître de conférences est 
en effet du 27 janvier 1879 '. 11 ouvrit son cours le 26 avril 
1879 par une leçon qui obtint le plus grand succès 3 , et fut 
imprimée chez Pitrat 1 . Les conférences qui suivirent cette 
première leçon furent consacrées les unes à l'enseignement 
de la grammaire égyptienne, les autres à l'étude des peuples 
en relations avec les Égyptiens'. Le mémoire que Lefébure 

1. Après très peu d'hésitations; presque tout de suite Lefébure re- 
mercia chaleureusement M. Maspero de l'avoir désigné (lettres de 
Lefébure à M. Maspero, du 14 décembre 1878, du 5 janvier et du 
5 février 1879). 

2. Indication donnée par le Secrétariat de l'Université de Lyon. 

3. Lettre de M. Maspero à Ph. V'irey, du 6 février 1910. 

4. Sous le titre L'Egypte ancienne, Discours prononcé à l'ouverture 
des conférences d'archéologie égyptienne à la Faculté des Lettres de 
Lyon, le 'J<> avril 1879. Ce fut aussi chez Pitrat, en 1879, que Lefébure 
lit imprimer sa traduction en vers français de Quelques mélodies irlan- 
daises de Thomas Moore ; mais il est probable que cette traduction était 
écrite a\ anl son arrn ée à 1 .\ on. 

5. Indications fournies par le Secrétariat de l'Université de Lyon. 
I efébure écrivait à M. Maspero le 22 décembre 1879 : «J'ai à faire par 
semaine dois cours dont l'un est public; je comptais retrouver pour 
celui-là mes quelques auditeurs de l'an passé, et par conséquent me 
borner à des explications de textes, mais j'ai rencontré au contraire un 
auditoire aouveau, el qui m'a entre parenthèse fort cm barrasse', parce 
qu'il m'a fallu modifier entièrement ma leçon séance tenante. J'ai pris 
pour sujel du cours public les relations des Égyptiens avec les autres 
peupl s, el il lai it naturellement plus d'un ou\ rage pour traiter ce sujet, 
comme pour traiter d'ailleurs tout sujet concernant l'Egypte. » 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXV 

fit imprimer en 1880 sous le titre Les races connues des 
Égyptiens' est sans doute un résumé de ces conférences. 
Le monde universitaire de Lyon avait jugé très favora- 
blement le nouveau professeur, et l'avait fort bien accueilli. 
On le trouvait un peu timide et réservé" ; mais il n'en était 
pas moins estimé de ses collègues, et aimé de ses élèves 3 . 
Toutefois n'ayant pas le grade cle licencié, il ne pouvait ar- 
river au doctorat qui seul lui aurait permis de changer sa 
maîtrise en chaire. Il s'adressa donc à M. Maspero qui obtint 
pour lui du Ministère et de la Sorbonne la dispense de li- 
cence 4 , et il se mit aussitôt à l'œuvre. Il avait pris pour 

Or la bibliothèque de l'Université de Lyon manquait de livres 
d'égyptologie. Lefébure, appuyé par M. Maspero, obtint du Ministère 
une allocation pour l'achat des livres les plus nécessaires a son ensei- 
gnement (lettre de Lefébure à M. Maspero, du 10 octobre 1879, relative 
à la demande d'allocation; lettres du libraire Vieweg à M. Maspero, 
du 20 décembre 1879, et de Lefébure à M. Maspero, du 22 décembre 1879, 
relatives à l'envoi à Lefébure d'un exemplaire des Denkm&ler de 
Lepsius). 

1. Annales du Musée Gui met, t. I. Mne Note sur les chars de guerre, 
adressée par Lefébure au baron Textor de Ravisi, parut aussi en 1880, 
dans le Bulletin du Congrès provincial des Orientalistes français, ses- 
sion de Saint-Etienne, t. II. 

2. « Des rapports faits alors à Bréal, et qui me furent confirmés par 
des lettres privées venant de plusieurs anciens camarades, alors profes- 
seurs à la Faculté, nous le montrent on peu timide et réservé, mais 
nullement sauvage à ses débuts. » (Lettre de M. Maspero à Pli. Virey, du 
6 février 1910.) 

3. Indication donnée par M. de Milloué, conservateur du Musée 
Guimet. 

4. Dès le mois de février 1879, Lefébure cherchait avec M. Maspero 
les moyens d'obtenir cette dispense. Il se fit inscrire à l'École pratique 
des Hautes Études dont le diplôme aurait pu lui fournir un titre pour 
l'obtention de cette faveur (lettres de Lefébure à M. Maspero, du 20 fé- 
vrier et du 21 août 1879, et du 30 août 1880); mais le directeur de l'En- 
seignement supérieur, Albert Dumont, consulté par M. Maspero, 
trouva plus régulier d'accorder purement et simplement la dispense de 
licence, ce qui fut fait peu de temps avant le départ de Lefébure pour 
l'Egypte (indications fournies par M. Maspero). 



XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

sujet de thèse L'ancienne Egypte chez les Grecs'. M. Mas- 
pero se chargea de présenter à M. Himly, doyen de la Fa- 
culté des Lettres de Paris, la demande officielle pour que le 
sujet fût inscrit; Lefébure lui écrivait de Lyon, le 31 dé- 
cembre 1880 : 

J'ai tardé à vous remercier pour ce que vous voulez bien faire 
maintenant en ma faveur; c'est que j'ai préparé une petite thèse 
et cela m'a mené plus loin que je ne pensais. Je vous l'adresserai 
dans le courant de janvier avec une demande officielle et quelques 
notes pour le Recueil. 

Mais en janvier 1881 M. Maspero n'était plus à Paris. Il 
était en Egypte, et Lefébure lui-même allait bientôt l'y 
rejoindre, pour prendre la direction de la Mission perma- 
nente, ou Mission archéologique française au Caire. 

Cette mission permanente n'existait alors que depuis 
quelques semaines. Elle avait été instituée le 28 dé- 
cembre 1880, avec M. Maspero comme directeur. Mais à 
peine arrivé en Egypte, M. Maspero fut appelé à succéder 
à Mariette-Pacha, directeur du Service des Antiquités de 
l'Egypte, qui venait de mourir au Caire 2 ; et le Gouverne- 
ment français dut chercher pour la Mission permanente un 
autre directeur. «Mais alors, écrit M. Maspero, il n'y avait 
personne que Lefébure qui fût en état de diriger l'Ecole. Je 
priai Charmes 3 , qui avait à Paris la responsabilité de l'cn- 

1. li avail pensé d'abord au sujet auquel il revint ensuite, aprèsavoir 
étudié les Tombeaux des Rois, llécrivail en effel à M. Maspero le 10 octobre 
1879 : ti Je désirerais vous demander quelques conseils sur le choix des 

js : j'avais lait un travail sur le sarcophage de Séti I er , traduction 

mmentaire... l'ensemble de mon travail pourraitil servir encore de 

thèse?... le sujel a'est-il pas trop spécial à 1 Egypte? Puis-je aussi, 

comme thèse latine traiter la question de l'espèce humaine et de ses 

d'après les documents égj pi iens '.'... » 

2. Mariette mourut le 17 janvier 1881; M. Maspero lui nommé à sa 
place le * fé^ rier. 

:;. M. Xavier Charmes, qui était alors Directeur du Secrétariat au 
Ministère de l'Instrucl ton publique. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXVII 

treprise, de demander à Albert Dumont, qui avait succédé 
à Armand du Mesnil dans la direction de l'Enseignement 

supérieur, de nous prêter Lefébure. Dumont y consentit, 
et fit venir Lefébure à Paris, dans les premiers jours 
février, pour lui exposer l'affaire 1 . » C'était encore un des 
désirs de Lefébure qui se réalisait ; on se rappelle ses 
démarches de 1873 pour se faire emmener en Egypte par 
Mariette 2 . Il accepta tout de suite et écrivit à M. Mas- 
pero pour le remercier de l'avoir désigné : 

M. Dumont songe à m'envoyer en Egypte sous votre direction, 
et j'ai accepté avec le plus grand plaisir, non sans quelques ap- 
préhensions pour la santé de ma femme et de mon enfant, ni sur- 
tout sans quelques doutes sur mon aptitude à remplir la tache, 
encore inconnue de moi, que j'aurai à remplir Je crois com- 
prendre que je dois ma nouvelle nomination à votre bienveillance, 
et je ne puis mieux vous témoigner ma gratitude qu'en me mettant 
à votre disposition de la manière la plus complète, et en vous pro- 
mettant de faire tous mes efforts pour ne pas rester trop au-dessous 
de ma tâche. 

Cette lettre est datée de Monplaisir (Lyon), J2 février 
1881. Lefébure écrivit encore de Paris le 20 février a 
M. Maspero, pour lui annoncer sa prochaine arrivée en 
Egypte : 

J'ai vu ces jours-ci M. Dumont et M. Charmes, qui m'envoient 
décidément auprès de vous. Nous partirons donc de Marseille le 

jeudi 3 mars Je crains dans tous les cas qu'il ne vous soit pas 

facile ou possible de nous loger à l'École, et je compte me ca>er 
quelque part dans le voisinage en arrivant. M. Dumont m'a dit 
avoir réservé une somme de 8.000 francs pour la bibliothèque de 
l'Ecole; j'ai justement entendu dire, d'une manière très vague il 

1. Lettre de M. Maspero à Ph. Virey, du 6 février 1910. M. Maspero 
ajoute : « L'attitude de Lefébure pendant l'entrevue fut si réservée et si 
silencieuse, que Dumont m'écrivit : « En voilà un qui ne vous causera 
)) pas d'ennuis par des excès de volonté!» Lefébure consentit à venir en 
Egypte, etc. » 

2. Voir plus haut, p. xxv. 



XXXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

est vrai, que la bibliothèque de M. Chabas est à vendre. Je vais 
me renseigner auprès de Maisonneuve, qui est chargé du cata- 
logue, et je crois que 8 ou 10.000 francs au plus suffiraient pour 
l'achat de cette bibliothèque. Si l'affaire est possible, j'en référerai 
au Ministère, à moins de contre-ordre de votre part. 

Lefébure était au Caire le mercredi 9 mars, avec M me Lefé- 
bure et son fils Edmond'. Il descendit àl'Hôtel d'Orient, M. Mas- 
pero n'ayant pu lui céder tout de suite la place 5 dans la maison 
Zarifah 3 , qu'il avait louée pour la Mission permanente. Mais 
M. et M me Lefébure vinrent dîner presque tous les soirs à la 
Mission, et M. Maspero en profita pour mettre Lefébure au 
courant de la situation 4 . Il le présenta aux principaux per- 
sonnages officiels de la colonie française, Blignières, Liron 
d'Ayrolles, Bellaigue de Bugas, Bouteron, directeur français 
de l'administration des Domaines, Gay-Lussac, de la Daïra- 
Sanieh, Rochemonteix, inspecteur des Domaines ; et aussi 
à Nubar-Pacha, à Tigrane-Bey, à Artin-Bey, depuis Artin- 
Pacha. Lefébure se lia sans peine avec Rochemonteix, qui 
le connaissait déjà, étant lui-même égyptologue; mais son 
attitude réservée en présence des personnages officiels ne 



1 «Mon frère aîné Edmond avait été emmené en Egypte. Il était né 
en 1878... » (Lettre du D r Lefébure à Ph. Virey, du 29 avril 1910). Le 
traitement de Lefébure, d'après une lettre écrite en février 1881 par 
M. Charmes à M. Maspero, était alors de 10.000 francs, dont 2.000 qu'il 
conservait de son traitement à la Faculté des Lettres de Lyon, et 8.000 
prélevés sur le fonds des Missions. A la (in de 1881, l'indemnité fournie 
par le fonds des Missions lui. à la demande de M. Maspero, portée à 
l'i 000 francs, ce qui éleva à 12.000 francs le traitement total de Le- 
fébure. 

2. M Maspero, alors souffrante, avait besoin de quelques jours de 
repos avant de quitter la maison de la Mission permanente. 

3. Ain^i désignée par le aom de sa propriétaire, M"" Zarifah, sage 
femme des barems khédiviaux, cette maison était située dans la ville 
a l'a 1rs à l'entrée d'une' ruelle qui s'embranche sur le boulevard Méhémel 
Ali. 

4. Lettre de M. Maspero à Ph. Virey, du 23 février 1010. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXIX 

fut généralement pas jugée avec bienveillance 1 . Il réussit 
mieux dans les milieux non officiels, auprès de Baudry, 
Gambard, Vassalli et Brugsch, et fut bien accueilli par les 
membres de la Mission permanente. Ceux-ci étaient Alctor 
Loret qui succéda plus tard à Lefébure comme professeur 
d'égyptologie à l'Université de Lyon, et fut pendant quelques 
années directeur général du Service des Antiquités de 
l'Egypte ; Boudant, qui fut directeur de la Mission, de 
l'année 1886 à l'année 1898 ; Charles Loret, frère de Victor 
Loret; l'arabisant Dulac; A. Rhône, que Lefébure con- 
naissait depuis longtemps 2 ; l'architecte Jules Bourgoin, 
sous-directeur de la Mission. 

Vers le milieu de mars, M. Maspero partit pour visiter la 
Haute Egypte comme directeur du Service des Antiquités. 
Loret, Bouriant et Bourgoin partirent avec lui, et Lefébure 
resta au Caire avec l'arabisant Dulac. On lui reprocha de 
s'être alors trop renfermé chez lui et de n'avoir vu personne; 
son ardeur au travail expliquerait peut-être cette réclusion, 
qui fut attribuée à la timidité et à la sauvagerie. C'est en 
effet au Caire, et précisément à cette époque, que Lefébure 
écrivit son étude Sur différentes formes des mots dérives, 
qui fut imprimée dans le Recueil de Travaux, année 1883. 

M. Maspero revint de son inspection au commencement 
du mois de mai 1881, et repartit pour la France des le mois 
de juin. Quant à Lefébure, il ne prit pas de vacances en 1881, 
ou plutôt il prit trois semaines de vacances sans sortir de 
l'Egypte, au commencement de l'automne, en voyageant 
trois semaines avec Rochemonteix sur le Nil et ses canaux. 
Mais auparavant il eut le privilège, à la fin de juillet, 
d'avoir à reconnaître les momies royales que Brugsch 3 
ramenait de Déir-el-Bahari à Boulaq. Avec les deux égyp- 

1. Lettre de M. Maspero à Ph. Virey, du 23 février 1910. 

2. Voir plus haut, p. xxiv, 1. 7. 

3. Emile Brugsch-Bey, aujourd'hui Brugsch-Pacha, alors conserva- 
teur-adjoint du Musée de Boulaq. 



XL NOTICE BIOGRAPHIQUE 

tologues de la Mission permanente, Victor Loret et Urbain 
Boudant, il dressa le catalogue de ces momies royales, et 
travailla si activement, malgré la chaleur de la saison, que 
le 6 août 1881 il avait achevé sa notice intitulée Le pu ils 
de Déir-el-Bahari. Cette notice, qui parut presque aussitôt 
dans les Annales du Musée Guimet, t. IV (1881), donna 
en France les premières nouvelles un peu détaillées de la 
fameuse découverte. 

Aussi Lefébure ne regrettait pas d'avoir dû passer l'été 
en Egypte, et supportait fort bien les chaleurs. Au com- 
mencement de l'automne, Rochemonteix lui proposa de 
l'emmener en inspection dans les Barari ; ce furent ses 
vacances. Le voyage se passa très gaiement d'après le récit 
que Rochemonteix en fit à M. Maspero : 

Il avait en même temps sur sa dahabiéh un des moufattiches 

de l'administration des Domaines, qui avait appris un peu le 
français et qui voulait se perfectionner dans la langue. Lefébure 
de son côté ne demandait qua parler arabe ; ils convinrent de se 
donner des leçons au pair, et Rochemonteix, qui était farceur, les 
aida à sa façon. La veille de la première leçon il montra à son Cir- 
eassien la conjugaison du verbe aller, qui était, assurait-il, la plus 
irrégulière de toutes les conjugaisons françaises. Le lendemain matin 
Lefébure, interrogeant son compagnon, entendit que l'arabe anagaî 
signifiait djimlakass. Djimlakass bétonna un peu, puis il songea 
que l'autre était Circassien, et il lui demanda aimablement si djim- 
lakass était le tcherkess pour ana gai. < le l'ut seulement en voyant 
Rochemonteix se tordre de rire qu'il flaira une plaisanterie : djim- 
lakass était l'argot je me la casse, et tout le reste de la conjugaison 
était à l'avenant. Le voyage dura trois semaines, partie sur le Nil, 
partit' sur les canaux, et Lefébure m'en parla avec enthousisasme : il 
avaiteu enfin une première vision de l'Egypte, et il avait deviné par 
le paysage présent la réalité des paysages fluviaux représentés 
dans Les mastabas 1 . 

Quand M. Maspero reparti 1 pour son inspection en Haute 

lv_<\ pi'', I .efébure demeura au ( îaire, où il avait à diriger le 

1. Lettre de M. Maspero à l'h. Virey, du 23 février 1910. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XLI 

travail des membres de la Mission permanente. Ceux-ci, 
qui rendaient justice à son mérite scientifique, appréciaient 
aussi sa bienveillance. Une fois cependant son autorité fut 
méconnue, un des membres arrivés avec M. Maspero ayant 
eu la prétention de ne recevoir d'instructions que de 
M. Maspero lui-même; celui-ci dut intervenir à son retour 
au Caire. La douceur de Lefébure le laissait trop désarmé 
en présence de semblables difficultés; une lettre qu'il écri- 
vit à M. Maspero le 30 décembre 1881 montre que, malgré 
les recommandations de M. Xavier Charmes, il hésitait à 
commander nettement et à faire sentir son autorité. 

M. Charmes m'a écrit aussi de surveiller M. Bourgoin et 

de lui donner des ordres précis : je compte m 'autoriser de cette 
recommandation pour proposer à M. Bourgoin différents travaux, 
du moins au cas où vous n'y verriez pas d'inconvénient et où lui- 
même n'aurait pas d'autres occupations. En premier lieu je dési- 
rerais qu'il copiât tout le tombeau de Séti I er , de manière à en 
soustraire au moins les textes aux ravages inévitables des touristes 
et des Arabes M. Bourgoin songeait à faire le voyage de Ro- 
sette, mais je crois qu'il a abandonné ce projet. S'il copiait le tom- 
beau de Séti I er , il aurait sans doute besoin de conseils, et en con- 
séquence j'ai demandé à tout hasard au Ministère l'autorisation de 
passer une dizaine de jours à Thèbes, où j'ai quelques textes à re- 
lever, tant à Karnak qu'aux tombes royales. ■ — M. Charmes espère 
qu'en cas d'épidémie (on craignait le choléra) vous voudrez bien 
mettre la maison de Saqqarah à la disposition de l'École, et je 
l'espère comme lui, d'après ce que vous avez eu l'obligeance de 
me dire à ce sujet. 

Il semble ressortir de cette lettre que certaines qualités 
d'initiative faisaient défaut à Lefébure. Il faut dire toutefois 
que les travaux qu'il n'osait pas ordonner, les déplacements 
qu'il n'osait pas se permettre sans en référer au Ministère 
ou à M. Maspero, devaient entraîner des dépenses qu'il lui 
était peut-être difficile d'engager sans savoir si son initia- 
tive serait approuvée. La situation financière de la Mission 



XLII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

était encore mal définie et un peu précaire 1 ; il en résultait 
pour le directeur des inquiétudes et des ennuis. Ces ennuis 
ne l'empêchaient pas de travailler avec courage. Au com- 
mencement de l'année 1882, il crut que le moment était 
venu de présenter ses thèses pour le doctorat es lettres, 
dont la présentation avait été retardée par son brusquedé- 
part pour l'Egypte en 1881 \ M. Maspero s'occupa de nou- 
veau de la demande officielle qui avait dû être faite l'année 
précédente; et Lefébure le remercia de ses démarches en 
lui écrivant du Caire 3 le 23 mars 1882 : 

Je vous remercie de l'aimable lettre que vous m'avez écrite 
quoique souffrant, ainsi que de la nouvelle que vous m'apprenez : 
je n'en ai pas été informé officiellement, et mon collègue de sans- 
crit m'en avait seulement renouvelé l'assurance. 

Il voulut alors partir en congé pour la présentation de 
ses thèses à Paris, qui devait être faite avant les vacances. 
Le 15 mai 1882, il écrivit du Caire au Ministre de l'Instruc- 
tion publique : 

Monsieur le Ministre, 

J'ai l'honneur de vous informer que conformément à l'avis de 
M. Maspero, qui regarde comme urgente la présentation de mes 
thèses, je compte ne pas attendre mon autorisation de congé et 
partir par le bateau du 16 courant. M. Maspero veut bien se char- 
ger de la comptabilité de l'École à partir de cette date*. 

M. Maspero reçut en eiîet du Ministère, dès le 17 mai, 
l'annonce d'un crédit de 16.000 francs destiné à l'École. 

Le 27 mai Lefébure était à Monplaisir près de Lyon, 
d'où il repartit bientôt pour Paris afin de présenter ses 
thèses. Nous avons vu 5 que le sujet de sa those française 

1. Lettre de M. Ma<pero à Ph. Virey, du 23 février 1910. 

2. Voir plus haut, p. xxxv-xxxvi. 

3. M. Maspero était alors en Haute Egypte. 

4. Texte communiqué par M. Maspero. 

5. Voir plus haut, p. xxxvi. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XLIII 

était L'ancienne Egypte chez les Grecs; cette thèse, dé- 
posée à la Faculté des Lettres de Paris, fut renvoyée pour 
examen à Egger, le 22 juin 1882'. De retour à Mon plaisir 
le 1 er juillet 1882, Lefébure écrivit à M. Maspero, pour lui 
rendre compte de ses démarches à Paris : 

J'arrive de Paris, où j'ai vu MM. Himly, Bouché-Leclercq et 
Egger, qui ont accepté sans trop de difficulté mes sujets de thèse, 
en demandant toutefois que les documents classiques tiennent au- 
tant de place dans mes recherches que les documents égyptiens. Je 

tâcherai de les satisfaire autant que possible M. Egger m'a 

paru un bien excellent homme, et m'a accueilli, venant de votre 

part, de la façon la plus obligeante A distance les affaires 

d'Egypte ne paraissent pas s'éclaircir beaucoup; j'espère néan- 
moins que vous n'en ressentez pas trop d'ennuis à Boulaq 2 . 

Peu de temps en effet après le retour de Lefébure en 
France pour le dépôt de ses thèses à Paris, l'agitation poli- 
tique qui troublait l'Egypte depuis le soulèvement militaire 
du 8 septembre 1881 avait pris un caractère tout à fait 
violent. Le 11 juin 1882 un grand nombre d'Européens 

1. M. Bouché-Leclercq, à qui nous sommes redevable de cette indi- 
cation, découverte dans un carnet du doyen Himly, ajoute les obser- 
vations suivantes : «J'ignore si la mention, écrite sur la même ligne 
que le titre précédent : Apothéose che~ les Égyptiens, est un sous-titre, 
ou le titre traduit d'une thèse latine (langue obligatoire en ce temps-là) 
qui a été renvoyée à M. Bouché-Leclercq. Les deux thèses n'étant pas 
nécessairement déposées en même temps, il se peut qu'il s'agisse de la thèse 
française, laquelle m'aurait été renvoyée par M. Egger (?) pour révision 
complémentaire. Pour quelle raison cette première tentative de M. Le- 
fébure n'a pas abouti, les rapports ayant disparu, on ne peut plus le 
savoir. Peut-être a-t-on attendu, pour se prononcer, le dépôt de la thèse 

latine qui n'est pas venue.» (Communication transmise par le 

R. P. Scheil, de la part de M. Bouché-Leclercq.) 11 est possible que 
Lefébure ait simplement renoncé à ses premiers sujets de thèses, parce 
que les hypogées royaux de Thèbes, qu'il étudia quelques mois plus tard, 
lui offrirent un autre sujet, qu'il trouva plus original. 

2. Lettre de Lefébure à M. Maspero, datée de Monplaisir, 1" juillet 
1882. 



XLIV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

furent massacrés dans Alexandrie par la populace. Il n'y 
eut pas cependant de massacres au Caire, comme il y en 
avait eu à Alexandrie et sur d'autres points de la Basse 
Egypte. Mais il était permis de craindre que l'ordre n'y pût 
être maintenu pendant toute la durée de la crise. En l'ab- 
sence de Lefébure, M. Maspero pourvut à la sécurité des 
membres de la Mission archéologique. Il licencia l'École, 
et envoya Victor Loret au Liban, Urbain Boudant à Port- 
Saïd, et Dulac à Salonique '. 

Après la bataille de Tell-el-Kebir et le rétablissement de 
l'ordre en Egypte, la Mission permanente se reconstitua au 
Caire. M. Xavier Charmes aurait désiré pour elle un direc- 
teur bien pourvu d'énergie et de qualités pratiques. Il jugeait 
que ces qualités faisaient un peu défaut à Lefébure. Il vou- 
lut pourtant ménager celui-ci, et lui fit pour le retenir en 
France des propositions qui auraient pu le séduire 2 . Mais 
Lefébure comptait toujours étudier les tombes royales de 
Thèbes. 11 insista pour être envoyé de nouveau en Egypte, 
et M. Charmes, espérant de lui un travail qui ferait honneur 
à la Mission, le laissa repartir. Lefébure reprit donc la di- 
rection de la Mission au mois d'octobre 1882, et s'occupa 
de préparer son voyage à Thèbes. Le 15 décembre 1882 il 
renouvela le bail de la maison Zarifah. La propriétaire im- 
posa une augmentation de loyer; enfin Lefébure disposait 
encore de 7.000 francs pour le voyage et pour le séjour 
à Thèbes 3 . Il partit du Caire le 22 janvier 1883, avec Victor 
Loret et Urbain Bouriant; il comptait aussi sur le concours 
de l'architecte J. Bourgoin, d'après une lettre que le 21 jan- 
vier, veille de son départ, il écrivit à M. Maspero : 

1. Lettre de M. Maspero à Ph. Virey, du 23 février 1910. 

2. Indications données par M. Maspero, d'après une lettre de 
M. Xavier Charmes, du mois d'octobre 1882. 

3. Une lettre de M. Charmes à M. Maspero, du 22 décembre 1882, 
indique qu'une soin un- de 10.000 francs dut être mise à la disposition de 
Lefébure au commencement du mois de janvier 1883. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XLV 

Je crois que M. Bourgoin viendra à Thèbes; mais il ne se met- 
trait en route que 8 jours après nous, qui partons demain lundi. 
— Vous avez fait en traduisant les textes d'Unas un tour de force 
dont personne que vous n'était peut-être capable. Permettez-moi 
de vous en féliciter, et de vous en remercier personnellement pour 
tous les secours que j'en ai tirés. 

Bourgoin ne vint jamais 1 . Lefébure ressentit sans doute 
trop de satisfaction, lorsqu'il fut arrivé au but de son 
voyage, pour regretter beaucoup l'absence du collaborateur 
qui lui échappait. 

On ne peut guère n'être pas sensible au charme du mer- 
veilleux paysage de Thèbes. Lefébure a essayé d'exprimer 
la jouissance qu'il ressentit en se rendant de Louqsor à la 
Vallée des Rois, dans une fort jolie description qui se trouve 
aux pages 3-9 de sa publication du Tombeau de Séti I er . 
Mais il était venu pour travailler plutôt que pour jouir des 
beautés de la nature. Il eût été fort agréable de s'établir à 
l'Hôtel de Louqsor, alors tranquille et construit dans un site 
délicieux, sur la rive droite du Nil, de traverser chaque 
matin le fleuve, les champs parfumés de la rive gauche, et 
les gorges sauvages qui conduisent aux tombes royales, et 
de revenir chaque soir à Louqsor. Ces longues promenades 
du matin et du soir, à travers une campagne où l'air est si 
pur, auraient reposé l'archéologue des journées passées dans 
les galeries souterraines et mal aérées du tombeau de Séti I er , 
qui s'étendent sous la montagne jusqu'à la distance de 
145 mètres, et descendent à 56 mètres au-dessous du niveau 
de la vallée. Mais de telles promenades auraient pris plu- 
sieurs heures chaque jour, et en présence de l'immensité de 
la tâche le temps de Lefébure était compté. Il fit donc comme 
avait fait Champollion, et s'installa dans une des tombes 
royales, « où il coucha pendant des semaines entières», écrit 
M. Maspero, « sous la garde des ghafirs du Musée. Cham- 
pollion avait agi de même, et avait pris là les germes de la 

1. Indication donnée par M. Maspero. 



XLVI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

maladie dont il mourut à son retour en France. M. Lefébure 
a été plus heureux que Champollion : il a pu achever son 
œuvre sans que sa santé en souffrît 1 . » 

Lefébure a indiqué 2 quelle fut dans ce travail la part de 
Bouriant et de Loret, qui, bien qu'occupés eux-mêmes à 
d'autres études, lui donnèrent une partie de leur temps et 
collaborèrent à son œuvre. Il profita aussi des travaux de 
ses devanciers ', et du concours que lui offrirent généreuse- 
ment MM. Naville et Schiaparelli '. Il n'en accomplit pas 
moins lui-même, dans les mois de février 3 et mars 1883, une 
œuvre des plus considérables, en préparant la publication 
complète du Tombeau de Séti I er6 . 

Les autres tombes royales, et particulièrement celle de 
Ramsès IV 7 , furent consciencieusement étudiées pendant 

1. Maspero, Les hypogées royaux de T/ièbcs, dans la Bibliothèque 
ègyptologique, t. II, p. 2. M. Maspero écrit encore : «Je lui rendis visite 
à plusieurs reprises pendant mon inspection, et je le trouvai installé 
dans un tombeau, assez gai et très bien portant : j'ai l'impression que 
ce fut une des meilleures années de sa vie. » (Lettre de M. Maspero à 
Ph. Virey, du 12 mars 1910.) 

2. Le Tombeau de Sèti /", p. 15-16. 

3. Champollion, Rosellini, Lepsius, etc. Voir Le Tombeau de Sèti /", 
p. 15-16. 

4. Ibid. 

5. Lefébure avait presque achevé, le 24 février 1883, son travail dans 
le tombeau de Séti I er . Il écrivit alors de Gournah à M. Maspero : 
« J'aurai terminé dans trois jours seulement le brouillon complet du 
tombeau de Séti I er ; le relevé de tous les détails est assez long à faire, 
surtout sans le concours de M. Bourgoin, qui, paraît-il, ne va pas bien 
du tout. » 

6. E. Lefébure, Les Hypogées royaux de Thèbes. Première division : 
Le Tombeau de Sèti T\ publié in-extenso, avec la collaboration de 
MM. U- Bouriant et V. Loret, et avec le concours de M. Ed. Naville 
'forme !<■ tome II des Mèmoit-rs publiés par les membres de la Mission 
française permanente d'archéologie au (.'aire. Paris, Ernest Leroux, 
1886). 

7. Les Hypogées roi/aux de Thèbes, par E. Lefébure : Seconde divi- 
sion. Notices des Hypogées, publiées avec la collaboration de MM. Ed. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XLVII 

cette fructueuse campagne, par laquelle Lefébure justifia 
amplement les espérances de M. Charmes, et le choix que 
M. Maspero avait fait de lui pour conduire les travaux de 
la Mission permanente. 

Il avait, dès le mois de janvier 1883, demandé au Minis- 
tère de l'Instruction publique l'autorisation de retourner en 
France dès le mois d'avril, afin d'y ramener M rae Lefé- 
bure. Celle-ci attendait pour le mois de juin la naissance 
de son second enfant ' et le D r Dacorogna lui conseillait de 
rentrer vers le quatrième mois de sa grossesse 2 . L'autorisa- 
tion fut accordée. Cependant M. Xavier Charmes regretta 
que Lefébure demandât si souvent des congés, et le 5 mars 
1883 il écrivit à M. Maspero : 

Il est déplorable que M. Lefébure manque si complètement 
d"énergie, et qu'il se soit entêté à revenir en Egypte pour songer, 
à peine arrivé, à reprendre le chemin de la France. Nous rappor- 
tera-t-il au moins un travail qui fasse honneur à notre Institut? 
La lettre que j'ai reçue de vous hier m'en donne l'espoir ! . 

Le 1 er avril 1883, Lefébure était de retour au Caire', d'où 
il annonça à M. Maspero son prochain départ pour la France. 

Pardonnez-moi si je n'ai pu vous faire une visite avant votre 
départ (de Louqsor), obligé que je me trouvais d'achever en hâte, 
avant l'arrivée définitive des grandes chaleurs, ce que j'avais com- 
mencé à Biban-el-Molouk. J'ai espéré un moment qu'il me serait 

Naville et Ern. Schiaparelli. — Troisième division. Tombeau de 
Ramsès IV (forment le premier et le second fascicule du tome III des 
Mémoires publiés par les membres de la Mission archéologique fran- 
çaise au Caire, Paris, Ernest Leroux, 1889). 

1. Cet enfant, qui naquit le 23 juin 1883, est devenu le D r Lefébure. 

2 et 3. Communications de M. Maspero. 

4. Il avait donné à l'Institut égyptien, en 1883. un mémoire sur L'Art 
égyptien, qui parut en 1884, dans le Bulletin de l'Institut, 2 e série, n° 4. 
Il avait aussi envoyé à la Zeitschrift fur âgt/ptischc Sprache und 
Altertumskunde un remarquable mémoire, intitulé Un chapitre de la 
chronique solaire, qui fut publié en 1883. 



XLVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

possible de vous présenter mes excuses à Dendérah, mais notre 
bateau ne s'y est pas arrêté, et aujourd'hui, la situation de ma 
femme [tressant, me voici sur le point de partir pour la France par 
le prochain bateau, conformément d'ailleurs à l'autorisation qui 
m'a été donnée par le Ministère'. J'emploierai les deux premières 
semaines que je passerai en France à recopier mon travail de 
Biban-el-Molouk, et je l'adresserai ensuite soit au Ministère, soit 
à vous-même, selon les instructions qui me seront données. 

Il s'occupa dès son retour en France des moyens de pu- 
blier ce grand travail. La bienveillance éclairée de M.Guimet 
lui offrit ces moyens, et il put écrire de Lyon à M. Maspero 
le 23 mai 1883 : 

J'ai vu avant-hier M. Charmes, qui venait de s'entendre avec 
M. Guimet pour publier le travail de la Mission à Bab-el-Molouk. 
Il m'a chargé d'écrire à MM. Loret et Bouriant pour leur deman- 
der leurs copies, et à M. Bourgoin pour le faire venir en France 
aux frais de la Mission, s'il se charge des planches du tombeau 
de Séti I er . L'entente définitive avec M. Guimet a eu lieu un peu 
tard : M. Guimet se proposait de voir M. Charmes le 5 mai et me 
paraît ne l'avoir pu faire avant le 21, d'où une certaine perte de 
temps qui ne sera pas d'ailleurs irréparable, si je ne me trompe. 

Lefébure exprima sa reconnaissance envers M. Guimet 
dans une lettre qu'il écrivit le3 juillel a M. de Milloué,con- 
servateur au Musée Guimet, et où il annonçait la naissance 
de son second fils. Le choléra venail alors de se déclarer en 
Egypte, vers la tin de juin 1883. La mortalité devint presque 
aussitôt très forte au Caire. M. Maspero, qui veillait sur la 
Mission pendant l'absence du directeur, sut pourvoir à toutes 
les nécessités de la situation. Il avança aux membres de la 
Mission les sommes dont ils axaient besoin pour quitter 

1. Cornu a 1.S.X2, M. Maspero repril alors la direction de la Mission 

pendanl l'absence de Lefébure. Il eut à faire revenir au Caire Victor 

que Lefébure avail laissée Thèbes pour les tr.-i\ aux de la Mission, 

sans avoir pu assurer son retour. M. Maspero y pourvut, avec le con- 

■I" M. Pagno q, directeur de l'agence Cook au Caire, el <le M" 11 ' Au- 

eur de M. Pagnon, et propriétaire de l'Hôtel de Louxor. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XLIX 

l'Egypte, et les renvoya tous, à l'exception de Boudant qui 
entrait au Musée de Boulaq 1 . 

On ne pouvait accuser Lefébure d'avoir fui devant le dan- 
ger, puisqu'il était parti en congé régulier plus de deux 
mois avant l'apparition du fléau. Mais son absence à ce 
moment critique fit remarquer la fréquence et la durée des 
congés qu'il prenait. Ses pouvoirs de directeur de la Mission 
expiraient au mois d'octobre 1883. Ils ne furent pas renou- 
velés 2 ; peut-être n'en avait-il pas lui-même demandé le re- 
nouvellement. Son séjour en Egypte avait été fructueux 
pour la science; il y avait affirmé de nouveau ses mérites de 
savant et de professeur; mais, avec le titre de directeur de la 
Mission, il n'avait pas joué le rôle d'un véritable directeur; 
M. Maspero avait dû le remplacer chaque fois qu'une auto- 
rité vigoureuse avait été nécessaire. 

Lefébure reprit donc ses cours à la Faculté des Lettres 
de Lyon. Il lit alors paraître, dans l'Annuaire de cette Fa- 
culté (année 1884), une étude sur V ancienneté du cheval en 
Egypte". Il donna aussi, dans une conférence municipale 
faite à Lyon le 29 février 1884, une intéressante étude de 

1. Lettre de M. Maspero à Ph. Virey, du 12 mars 1910. 

2. M. Grébaut fut alors nommé directeur de la Mission permanente 
à la place de Lefébure; mais il n'entra effectivement en fonctions qu'à 
la fin de 1884, et pendant l'année 1883-1884 M. Maspero resta directeur 
intérimaire. 

3. Il écrivait à M. Maspero le 20 Juillet 1884 : « Je pense que vous 
devez être arrivé à Paris: je vous y adresse donc une première livraison 
du Tombeau de Séti I er ... J'y joins une note sur l'ancienneté du cheval 
en Egypte : c'est à peu près là tout ce que j'ai à mon actif cette année, 
la mise au net de nos matériaux, le travail préliminaire de la publica- 
tion du Tombeau de Séti I er et la confection de mes deux thèses m'ayant 
pris le plus clair de mon temps. — Nous avons une session d'examens 
pour le baccalauréat qui est très chargée, mais je pourrai dans tous les 
cas faire le voyage de Paris vers le 15 août ou quelques jours après. 
Je dois apporter ma thèse latine à M. Egger pour la lui lire... quant à 
ma thèse française, elle est entre les mains de M. Bouché-Leclercq. » 
La thèse française ayant été ajournée, la thèse latine ne fut remise ni à 
M. Maspero (indication fournie par M. Maspero), ni à Egger. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. **** 



L NOTICK BIOGRAPHIQUE 

folklore, qu'il intitula Le Conte \ et qui fut imprimée chez 
Pitrat (1885). Il y parlait de la revue Mélusine, où pa- 
rurent ensuite quelques-uns de ses meilleurs travaux. 

Il avait présenté au sixième Congrès international des 
Orientalistes, tenu à Leide en 1883, un mémoire Sur quel- 
ques fouilles et déblaiements à faire dans la Vallée des Rois''. 
Après l'étude si consciencieuse qu'il avait faite des tombes 
royales de Tlièbes, aucun savant n'était mieux qualifié que 
lui pour donner sur cette question des indications précises 
Il préparait en même temps la publication des résultats de 
son grand travail. Mais son goût pour cette étude lui 
lit croire trop facilement que les hypogées royaux de Thè- 
bes seraient aussi intéressants pour d'autres que pour lui, 
et qu'il en pouvait tirer le sujet d'une thèse pour le docto- 
rat es lettres. Il laissa donc les sujets qu'il avait déjà pré- 
parés 1 ou choisis : L'ancienne Egypte chez les Grecs, Apo- 
théose ches (es Egyptiens, et prépara une nouvelle thèse 4 , 

1. C'est le 29 décembre 1884 que Lefébure écrivit pour la première fois 
de Paris, 41, rue Laugier, à M. H. Gaidoz, directeur de Mélusine, en 
lui envoyant sa conférence sur Le Conte. 

2. Publié dans le volume II des travaux de la 6° session du Congrès, 
international des Orientalistes à Leide. — Leide, E.-J. Biïll, 1884. Le- 
fébure écrivit aussi un article intitulé Une scène de harem sous l'ancien 
empire égyptien, pour le volume des Études dédiées à M. le D 1 Leemans. 

3. Voir p. xxxvi et xliii. 

3. «... M. Lefébure choisit alors un autre sujet. Le 9 mai 1884, dépôt 
d'une nouvelle thèse, intitulée Biban-el-Molouk, remise à M. Bouché- 
Leclercq, Lequel L'a communiquée (évidemment comme se reconnaissant 
upétent) à M. Maspero. Le manuscrit a été alors retourné à l'au- 
teur, avec demande de corrections, le 22 décembre 1884. Est-il jamais 
revenu à la Sorbonne? je l'ignore. Je ne sais pas davantage si la thèse 
mentionnée à La date du 29 mars 1887 sous le titre Osymandias de Dio- 
d'/re, thèse renvoyée à \I. Collignon, était une thèse latine, qui devait 
s'apparier avec La thèse précédente, — ou avec la suivante, — peut-être la 
même? corrigée el représentée, Le 9 février 1888, sous le titre : Étude 
des Hypogées royau c [de Thébes ?]. Celle-ci est examinée par B.-L., qui, 
d'après La uote 'lu doyen, «hésite et renvoie à M. Collignon». Elle est 
enfin retournée «à correction », sans doute, sur avis conforme des deux 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LI 

« qui traitait », dit M. Maspero 1 , « des représentations des 
Tombeaux des Rois. C'était, autant qu'il m'en souvient », 
ajoute M. Maspero, « après l'introduction qu'il inséra presque 
mot pour mot comme préface en tête de son Séti I er , une 
étude sur la vie de l'autre inonde telle qu'elle est décrite 
dans les livres divers insérés aux tombeaux des Rois. Il y 
étudiait les dieux des morts, leur rôle, leur parenté, et d'une 
manière générale la façon dont les Égyptiens étaient passés 
de la conception d'une vie dans la tombe à celle d'un pa- 
radis osiriaque. » Ce nouveau sujet n'était pas heureusement 
choisi, à cause de son caractère trop spécial'", et Lefébure 

examinateurs, le 9 août 1888. Il n'est pas question, cette fois, de 
M. Maspero La Faculté, qui n'avait pas encore pris le parti de re- 
courir aux lumières du dehors, n'aura pas voulu se laisser entraîner à 
une discussion sur des matières totalement étrangères à son enseigne- 
ment. » (Communication transmise par le R. P. Scheil, de la part de 
M. Bouché-Leclercq.) 

1. «... Bouché-Leclercq se chargea sur ma demande d'examiner sa 
thèse française, la seule qu'il eût faite, et qui traitait des représentations 
des Tombeaux des Rois. L'introduction de ses Hypogées royaux en est 
un extrait presque littéral. Bouché-Leclercq trouva le travail assez bon, 
mais plein de références inexactes aux auteurs classiques, et il renvoya 
le manuscrit à Lefébure avec des notes, lui demandant de revoir le 
tout... » (Lettre de M. Maspero à Ph. Virey, du 12 mars 1910.) 
M. Maspero ajoute que la thèse lui avait été antérieurement communi- 
quée directement par Lefébure, et qu'il avait donné un avis favorable 
pour l'égyptien. 

2. Lefébure lui-même écrivait de Lyon à M. Maspero le 31 décembre 

1883 : a Permettez-moi de vous adresser mes vœux du jour de l'an 

les plus sincères pour vous et pour M'" e Maspero Un de ces vœux 

serait que ma thèse ne vous arrivât point, car elle est peu récréative; 
pourtant je ne puis que l'adresser à M. Himly,qui vous la transmettra 
sans doute, ou que vous l'adresser moi-même directement dans le cou- 
rant de janvier, au cas toutefois où vous auriez l'obligeance de consentir 
à y jeter un coup d'œil. » — Il écrivait encore de Lyon le 14 avril 1884 : 
« Je vous adresse en même temps que cette lettre le manuscrit de ma 
thèse à laquelle il manque la conclusion, puisque celle-ci dépendra de 
vos observations; du reste, en ce qui concerne l'enfer, Râ, et Osiris, 
les croyances égyptiennes ont peu de rapport avec les croyances 



LU NOTICE BIOGRAPHIQUE 

eût été sans doute mieux inspiré de s'en tenir à sa thèse 
de 1882. Le nouveau travail fut au moins rapidement com- 
posé, puisqu'il était déposé à la Sorbonne le 9 mai 1884, 
après avoir été communiqué à M. Maspero. Le 22 mai 1ns 1, 
Lefébure avait reçu de M. Ilimly, doyen de la Faculté des 
Lettres, une réponse qu'il transmit encore à M. Maspero, 
avec la lettre suivante : 

Je vous transmets la réponse de M. Himlyà la réponse que vous 
avez bien voulu me faire. — Je vous serais très reconnaissant, si 
en dehors de la communication demandée vous aviez la bonté de 
me signaler d'un mot les points particulièrement faibles de ma 
thèse, afin que je tâche dès maintenant de les retoucher. J 'entrevois 
par exemple que la théorie de l'évolution religieuse que j'ai hasardée 
ne ferait pas fortune en Sorbonne, et je l'atténuerai; mais il y a 
bien d'autres cas où j'ai dû abonder dans mon sens en ne pré- 
voyant pas les objections. — Mon autre thèse (sur Diodore) est à 
peu près terminée, et je l'adresserai à M. Egger, qui a consenti à 
la revoir sans autre formalité ' , J'espère bien pour vous qu'il n'aura 
pas changé d'avis*. 

Nous ne pouvons pas parler de ces thèses, qui n'ont pas été 
publiées 3 , et que nous n'avons pas connues. Lefébure soup- 

grecques, qui ne comportaient ni la descente du Soleil aux Enfers, ni 
l'existence d'un dieu personnifiant les Mânes. La partie descriptive de 
ma thèse est bien longue : il faudrait sans doute qu'elle fût reproduite 
en petits caractères ou rejetée en appendice. J'ai complété la partie 
explicative par quatre petits chapitres portant sur des points de détail. 
mai- mon copiste est fort lent, et je ne les joindrai à la thèse qu.> si j,. 
puis vous les adresser à temps, c'esl a dire dans une dizaine de jours. — 
La bibliographie esl incomplète en plusieurs points: je n'ai pu consul 
terni me procurer encore ni Rosellini, ni Le Fétichisme de Pietschmann, 
ni Belzoni, ni les dernières publications. » (Communications de 
M. Maspero.) 

1 . C'est sans doute cette thèse qui fut renvoyée à M. Collignon (voir 
plus haut, p. l, note 3) après la mort d'Egger. 

•J. Communication de M. Maspero. 

3. A l'exception de la jolie description du paysage de Thèbes qui 
forme l'introduction de la publication des Hypogées royaux (indication 
de M. Maspero; voir la noti- 1 de la page li). 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LUI 

çonna, parait-il, que l'avis de M. Maspero ne lui avait pas été 
favorable, et attribua à cette intervention l'ajournement de 
sa thèse principale. On sait qu'il se défiait de M. Maspero; mais 
les indications dont nous sommes redevables à M. Bouché- 
Leclercq 1 ne nous paraissent pas confirmer ses soupçons. La 
cause de son insuccès dut être plutôt, comme M. Bouché- 
Leclercq l'indique, le choix qu'il avait fait d'un sujet tota- 
lement étranger à l'enseignement de la Faculté. M. Maspero 
traita lui-même ce sujet en 1888 dans la Revue de l'His- 
toire des religions - et le traita de telle sorte que Lefébure 
ne pouvait plus ensuite y revenir 3 . Mais il semble que le 
travail de M. Maspero, si bon qu'il soit, n'aurait pas fait 
une thèse aisément discutable à la Faculté des Lettres. Les 
examinateurs devaient donc n'être pas favorablement dis- 
posés pour de tels travaux, et se montrer d'autant plus 
sévères pour les imperfections qui pouvaient s'y découvrir, 
comme les erreurs de références signalées par M. Maspero 4 . 
Les leçons de Lefébure à la Faculté des Lettres de Lyon 
ne durèrent que jusqu'aux grandes vacances de 1884. 
M. Grébaut, qui faisait le cours de philologie et d'archéolo- 
gie égyptiennes au Collège de France comme suppléant de 
M. Maspero, avait été nommé directeur de la Mission per- 
manente du Caire à la place de Lefébure', et se disposait 
à partir pour l'Egypte. Il fallait trouver un autre suppléant 
de M. Maspero pour le Collège de France. La place fut of- 
ferte à Lefébure, qui accepta. Agréé par l'assemblée des 
professeurs, sur la proposition de M. Maspero, il fut nommé 
suppléant par arrêté du 14 novembre 1884. 

1 . Voir la note 3 de la page l. 

2. Tome XVII, p. 251-310, et tome XVIII, p. 1-67 ; mémoire reproduit 
dans le tome deuxième de la Bibliothèque ègyptologique, p. 1-181. 

3. A moins que ce ne fût pour discuter celles des idées de M. Maspero 
qui n'étaient pas tout à fait conformes aux siennes. 

4. Voir p. li, note 1. 

5. Voir p. xlix, note 2. 



LIV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Mais soit qu'il eût besoin d'un peu de temps pour ordon- 
ner les leçons qu'il allait faire, soit plutôt que par défaut 
d'esprit pratique il ne se fût pas mis au courant des usages 
du Collège de France, il ne parut pas à l'époque où il aurait 
dû commencer ses cours. Le Secrétariat n'avait même pas 
son adresse. On finit cependant par le trouver et le convo- 
quer. Il commença donc ses cours le 5 janvier 1885 \ quand 
les autres professeurs avaient déjà donné plusieurs leçons. 
Il continua ensuite fort exactement. Les lundis à dix heures 
c'était l'Explication du texte égyptien du rituel de l'ha- 
billement des statues; les mercredis à dix heures c'était 
Y Exposition de la conception du monde infernal dans l'an- 
cienne Egypte*. 

De tels sujets n'étaient pas de nature à attirer de nom- 
breux auditeurs. Quelques-uns cependant vinrent fidèlement 
entendre les leçons de Lefébure; nous devons à l'un d'eux 3 
les appréciations suivantes qui donnent une idée bien pré- 
ci-.- de ceque furent ces leçons, et de coque furent les leçons 
faites l'année suivanteà la Section des sciences religieuses 
de l'Ecole pratique dos Hautes Etudes : 

...Ce cours ; était fortsérieux et intéressant. Seulement M. Lefé- 
bure parlait d'une voix bien faible, dans cette grande salle où jadis 
nous avons écouté ensemble les leçons de M. Grébaut 5 . L'incon- 
vénient, du reste, n'était pas grand, les auditeurs, très peu nom- 
breux, occupant le premier banc, si voisin, comme vous le savez, 
île la chaire du professeur... 

1. M. Picavet, secrétaire 'lu Collège «le France, ;i bien voulu nous 
indiquer les dates d'ouverture el de clôture des cours de Lefébure, ci les 
-h >■!< traités dans ces cours. 

2. En iin' temps Lefébure publiail dans la Zeitschrift (année 1885) 

Remarques sur différentes questions historiques. 

:>. M. I). Mallet, qui avait suivi avec moi pendant les années précé- 
dent M. Grébaut, suivit encore à Paris les leçons de Le 
fébure, pendant que j'él ii en Ég3 pte. 

1 . I /■ cours du < Collège de France. 

5. I )e l'a nnée L881 ;t l'année 1884. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LV 

Je me rappelle surtout la portion du cours qui traitait du monde 
infernal. M. Lefébure se servait beaucoup des représentations du 
Tombeau de Séti, dont il préparait alors, je crois, la publication. 
Et il commentait textes et figures avec cette abondance d'érudition 
que vous lui avez connue. (Abondance qui à mon sens a toujours 
été chez lui un peu excessive.) 

Quant au cours de l'École des sciences religieuses, je n'en ai 
suivi qu'une partie, avec Amélineau 1 , ce me semble. M. Lefébure 
nous remettait à chacun des copies faites par lui de textes religieux, 
Livre des Morts, Hymnes aux dieux (transcriptions de l'hiérati- 
que); j'en possède encore quelques exemplaires. Il les expliquait 
avec une aisance qui me surprenait, je l'avoue. On le sentait là 
sur son terrain; on voyait qu'il avait médité profondément ces 
questions si difficiles; qu'il possédait une connaissance étonnante 
du détail des cultes, des idées philosophiques dont ils s'inspiraient, 
et aussi de la langue qui avait servi à les exprimer 2 ... 

On peut dire en effet que dans la connaissance de la reli- 
gion égyptienne Lefébure ne fut surpassé par personne. 
Mais l'observation sur l'abondance excessive de son érudi- 
tion est aussi très juste ; cette abondance est telle que par- 
fois on s'égarerait dans la documentation accessoire, au ris- 
que de perdre de vue l'idée principale. 

Aussi nous est-il impossible de croire que Lefébure 
n'aurait pas été capable de donner à son enseignement 
l'ampleur nécessaire pour tirer de son programme le nombre 
de quarante leçons que l'usage demande annuellement aux 
professeurs du Collège de France. La richesse pour ainsi 
dire inépuisable de sa documentation lui aurait plutôt per- 
mis, s'il l'avait voulu, d'aller bien au delà du nombre régle- 
mentaire. 

Il ne fit cependant que trente-cinq leçons. Nous avons dit 3 
qu'il avait commencé son cours seulement le 5 janvier 1885, 

1 . Qui remplaça Lefébure comme directeur de ce cours. 

2. Lettre de M. D. Mallet à Ph. Virey, du 29 juin 1910. 

3. Voir plus haut, p. liv. 



LVI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

plus d'un mois après la plupart des autres professeurs. Il se 
trouva ainsi en retard de plusieurs leçons à la fin du pre- 
mier semestre. Pendant le second semestre il donna ses 
leçons avec exactitude. Cependant il perdit encore un lundi, 
car le jour des funérailles de Victor Hugo tous les cours 
publics furent obligatoirement interrompus. Au commen- 
cement de juin presque tous les professeurs cessèrent leurs 
cours, ayant donné leurs quarante leçons. Lefébure s'arrêta 
aussi, après le mercredi 3 juin 1885 ; il aurait dû faire encore 
cinq leçons. Il est probable qu'il n'y prit pas garde; car il 
lui aurait été possible de compléter le nombre d'usage en 
continuant ses cours jusqu'à la fin de juin. Renan, qui adminis- 
trait alors le Collège de France, ne fut pas indulgent pour 
cette négligence. Le cours de Lefébure, d'une grande valeur 
scientifique pour les spécialistes, n'avait pas dû paraître 
brillant, à cause de la faible voix du professeur et du petit 
nombre des auditeurs 1 ; Renan ne put le juger que d'après 
les apparences. Au mois de septembre 1885, au moment où 
M. Maspero se disposait à demander à Lefébure de rester 
son suppléant pour l'année 1885-1886 \ une lettre de Renan 
lui fît savoir que Lefébure ne serait plus agréé par l'assem- 
blée des professeurs. L'insuffisance du nombre de leçons 
était ainsi attribuée à l'insuffisance du suppléant. C'était un 
peu désobligeant pour M. Maspero, qui, en proposant lui- 
même Lefébure l'année précédente, s'était implicitement 
porté garant de sa valeur. C'était surtout cruel pour le mal- 
heureux professeur, si durement puni d'une négligence dont 
un simple avertissement eût certainement empêché le 
retour '. On a reproché plus tard à Lefébure sa défiance et sa 

1 . Voir plus haut, p. liv. 

'■t. Lettre de M. Maspero à Ph. Vircy, du 12 mars 1910. 

.''.. Il étail arrivé àd'autres professeurs que Lefébure de ne pas savoir 
exactement le nombre des leçons qu'ils avaienl données; en 1884, Renan 
avail adressé un avertissemenl ;'i M. Grébaut, qui aes'arrêtail pas après 
avoir dépassé Le nombre de quarante leçons. Il p.-ii'aîi d'ailleurs (lettre 
de M. Maspero à Pli. Virey, du 23 juin 1010) qu'il n'avait pas eu 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LVII 

misanthropie. La misanthropie n'était qu'apparente, mais la 
défiance existait bien, Lefébure se croyait persécuté, et il eut 
en elïet, comme nous le voyons, quelques occasions de lecroire. 
M. Maspcro dut alors prier M. Guieysse d'être pendant 
une année son suppléant au Collège de France 1 . Quant à 
Lefébure, il fut désigné pour enseigner la religion égyp- 
tienne à l'École pratique des Hautes Etudes, dans la Sec- 
tion nouvellement créée des sciences religieuses 5 . Il com- 
mença ses conférences dans les premiers jours du mois de 
mars 1886*. Nous avons vu tout à l'heure '' l'appréciation d'un 
de ses auditeurs sur la valeur de l'enseignement qu'il donna 
dans cette École. Mais il cherchait à s'éloigner de Paris. 
Apprenant qu'un cours d'égyptologie venait d'être créé à 
l'Ecole supérieure des Lettres d'Alger 5 , il demanda et 
obtint d'être chargé de ce cours 6 . C'était en 1887 7 . 

d'abord l'intention de sévir rigoureusement contre Lefébure; ce serait, 
dit-on, Berthelot qui l'aurait poussé à la sévérité, parce qu'il aurait pa- 
tronné un candidat désireux de remplacer Lefébure (indication fournie 
par M. Maspero). On a reproché à M. Maspero de n'avoir pas défendu 
celui-ci; on ne voit pas ce qu'il aurait pu faire, donné les circonstances. 

1 . M. Maspero revint d'Egypte l'année suivante, et reprit sa chaire 
au Collège de France. 

2. Il venait de publier dans la Reoue de L'Histoire des religions (an- 
née 1885) un mémoire sur Les Fouilles de M. Naoillc à Pithonx, 
L'Exode; le canal de la Mer Ronge. Il donna à la même Revue, en 
1886, un article sur L'étude de la religion égyptienne; c'était sa leçon 
d'ouverture à l'École des Hautes Études. 

3. Lettre de M. Maspero à Ph. Virey, du'23 juin 1910. 

4. Voir plus haut, p. lv. 

5. Aujourd'hui Faculté des Lettres de l'Université d'Alger. 

b. Ce cours avait été créé pour M. Amélineau, qui fut en dédomma- 
gement nommé à la place de Lefébure à la Section des sciences reli- 
gieuses de l'École pratique des Hautes Études. M. Victor Loret fut 
chargé des conférences d'égyptologie à la Faculté des Lettres de Lyon. 

7. M. René Basset, aujourd'hui doyen de la Faculté des Lettres de 
l'Université d'Alger, a bien voulu me donner d'utiles renseignements 
sur l'arrivée de Lefébure et sur sa vie à Alger. M. Héricy, professeur au 
lycée d'Alger, qui s'intéressait à l'enseignement de Lefébure et assista 
fidèlement à ses leçons, m'a montré aussi par des détails fort intéres- 
sants, quel attachement existait entre le maître et son petit auditoire 
d'élite. 



LVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Après tant de vicissitudes, il avait trouvé la place où il 
demeura jusqu'à sa mort, pendant plus de vingt années. 
Alger aurait pu sembler un lieu d'exil pour un égyptologue 
qui avait été à la tête de la Mission française en Egypte. 
Mais le zèle fécond des maîtres qui représentaient dans cette 
ville l'enseignement supérieur en avait fait un des centres 
les plus intéressants de l'activité scientifique française. Si 
Lefébure n'y était plus en Egypte, il y était encore en 
Afrique. Pour justifier sa présence en Algérie, il allait 
bientôt élargir le champ de ses études, et porter son atten- 
tion non seulement sur l'Egypte, mais sur toute l'Afrique 
du Nord, et même sur l'intérieur de l'Afrique. Il fut ainsi 
un des initiateurs du mouvement qui nous porte maintenant 
à chercher dans l'étude générale de l'Afrique l'explication 
au moins partielle des origines de la civilisation et des 
croyances égyptiennes. Ses relations avec son confrère 
M. Flamand, le savant explorateur du sud de l'Algérie, 
furent profitables aux études africaines en général ; en 1907 
il m'écrivait combien il avait été heureux de recevoir la 
visite du D 1 ' Schweinfurth, le célèbre explorateur de 
l'Afrique intérieure, et de profiter de son intéressante con- 
versation'. 

Mais s'il devait trouver à Alger un lieu propice à ses 
études, il aurait pu craindre d'y trouver plus difficilement 
des disciples tels que ceux qui avaient, pendant les années 
précédentes, suivi ses leçons à Paris. Ses disciples à Alger 
furent assurément assez peu nombreux; et il valait mieux 
pour lui, à cause de la faiblesse de sa voix, n'avoir pas un 
auditoire trop considérable. En revanche, il eut encore un 
auditoire d'élite, avec lequel il travailla fructueusement. 
Groff, que j'avais connu à Paris, se trouva à Alger en même 
temps que lui, et suivit longtemps ses leçons, avant de se 

1. Lettre de Lefébure à Pli. Virey, du 28 décembre 1907. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LIX 

rendre au Caire ' . Lefébure fut pour lui un excellent direc- 
teur d'études, et le prépara à tirer le meilleur parti possible 
du séjour qu'il devait faire en Egypte 2 . Si Groff ne tarda 
pas à donner de bons travaux, qu'on n'aurait peut-être pas 
d'abord espérés de lui, c'est, je crois, que l'influence de 
Lefébure avait efficacement contribué à la mise en valeur 
des qualités de son disciple. Je vis Groff bien souvent à 
Gizeh en 1892 ; il me parlait avec complaisance de ce qu'il 
avait appris auprès de Lefébure. Le maître savait en effet 
captiver ses auditeurs; et l'un de ceux-ci a fort bien 
exprimé l'action qu'il exerçait sur eux : 

Les élèves de M. Lefébure pleurent un maître aimant et 

aimé 1 . Sans doute ils n'ont jamais été très nombreux; mais ce petit 
groupe n'a cessé d'être d'une ponctuelle assiduité. C'est que l'en- 
seignement du maître était attachant à un rare degré. D'une 
curiosité sans cesse en éveil, étranger à tout préjugé, armé d'une 
critique pénétrante et sûre, fidèle à une méthode rigoureusement 
scientifique, M. Lefébure, grâce à des rapprochements ingénieux 
de textes et de monuments figurés, a réussi à projeter la lumière 

sur une foule de points jusqu'alors obscurs Grand était le 

charme de ses leçons, lorsqu'il nous apportait le résultat de ses 
recherches, et nous offrait la primeur de ses trouvailles délicates 
avant de les communiquer aux revues spéciales. Alors on voyait 
sa physionomie si fine s'éclairer d'un rayon de joie, lorsque ses 

arguments et ses conclusions nous avaient convaincus En 

l'écoutant, en le contemplant, nous devinions tout ce qu'il y a de 
délicieux, d'exquis, dans la joie désintéressée du savant qui est 
parvenu à soulever un coin du voile d'Isis ou à arracher au Sphinx 
un de ses secrets qu'il ne consent à révéler qu'aux patients et aux 
opiniâtres 1 

1. Après plusieurs années de séjour en Egypte, Groff se rendit à 
Athènes, où il mourut. 

2. Il demeura longtemps à Gizeh, près de la route conduisant du 
palais de Gizeh aux grandes pyramides. 

3. Extraits des paroles prononcées par M. Héricy, professeur au 
lycée d'Alger, sur la tombe de Lefébure, après le discours d'adieux de 
M. René Basset. 



LX NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Avec M. Héricy et Groff, on peut citer parmi les audi- 
teurs de Lefébure E. Galtier, professeur agrégé de l'Uni- 
versité, qui devint bibliothécaire du Musée égyptien du 
Caire', et qui est mort en Egypte il y a peu de temps; 
M. l'abbé Saint-Paul 2 , alors professeur au Séminaire de 
Saint-Eugène près d'Alger, et qui continue maintenant ses 
travaux à l'Institut catholique de Paris; M lle Bercher, 
licenciée es lettres, qui en 1907 alla en Norvège et rendit 
visite àLieblein 3 , etc. Mais de plus Lefébure communiquait 
volontiers les résultats de ses recherches aux nombreux 
égyptologues qui correspondaient avec lui; on savait aussi 
qu'on pouvait toujours avec sécurité, et souvent avec profit, 
lui confier une idée nouvelle, une trouvaille encore inédite. 
L'influence qu'il exerça ainsi pendant ses dernières années 
peut être comparée à celle qu'avait exercée son illustre 
maître Chabas. J'eus le bonheur d'être alors un de ses cor- 
respondants. Nous avions quelques sujets de prédilection 
sur lesquels nous aimions à échanger nos idées; ces dis- 
cussions paraissaient l'intéresser un peu, et m'intéressaient 
beaucoup. 

En 1887, au temps de son arrivée à Alger, Lefébure avait 
fait paraître dans les Transactions of the Society of Bi- 
blical Archœoloijy son remarquable mémoire sur Le C/iam 
et l'Adam égyptiens, qu'il avait préparé bien longtemps 
auparavant 4 . Il achevait le second fascicule de sa grande 
publication Les hypogées royaux de Tkcbes, qui parut en 
188'J '. Mais il voulut aussi contribuer aux publications de 

1. Le 20 juin 1907, Lefébure m'écrivait qu'il comptait sur l'aide de 
M. Galtier pour préparer la réimpression de ses œuvres actuellement 
en cours. 

2. C'est par M. l'abbé Saint-Paul que je lus sans retard averti de la 
mort 'I'' Lefébure. 

:j. Lettre de Lefébure à Ph. Virey, du 20 juin 1907. 
4. Voir plu- haut, p. \.\.\, Dotes •'! et 4. 

r>. Ce fut aus-i en 1889 que Lefébure écrivit son étude sur Le bouc 
des Lupercales, longtemps inédite, que son ami M. H. Gaidoz recueillit 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXI 

l'École supérieure des Lettres d'Alger. Il composa donc, 
sous le titre Rites égyptiens', un mémoire fort important, 
qui parut en 1890 2 , et qui est certainement un de ses chefs- 
d'œuvre. On remarque dans cette étude non seulement 
l'abondance d'érudition et la sagacité qu'on est habitué à 
admirer dans les travaux de Lefébure, mais aussi la clarté 
de l'exposition, et l'intérêt du récit. C'est un travail de ce 
genre que Lefébure aurait dû présenter comme sujet de 
thèse pour le doctorat es lettres; un tel sujet ainsi traité 
eût été certainement jugé acceptable. 

Mais un grand malheur frappa Lefébure dans l'année 1890. 
Son fils aine Edmond, alors âgé de douze ans, mourut à 
Alger. Ce fut pour ses parents une bien cruelle douleur; 
ce devait être bientôt pour Lefébure la fin de sa vie de 
famille. M me Lefébure, à qui le climat d'Alger avait 
pris son premier enfant, retourna en France avec le second. 
Retenu lui-même à Alger par les exigences de sa situation, 
Lefébure ne cessa pas de veiller avec sollicitude sur sa 
famille, et pourvut à ses dépenses et aux frais de l'éduca- 
tion de son fils. Mais après le deuil qui venait de l'affliger, 
l'isolement fut encore pour lui une pénible affliction. 
Ses amis remarquèrent dès lors la tristesse qui le reprenait 
constamment, malgré ses efforts pour s'y dérober 3 . L'étude 
seule lui permettait de s'en distraire. Il usa de ce remède 

après sa mort, et fit paraître en 1909 dans la Revue de l'Histoire des 
religions. 

1. Rites égyptiens, construction et protection des édifices (Publi- 
cations de l'École des Lettres d'Alger, Bulletin de correspondance 
africaine) ; in-8°, 104 pages, Leroux, 1890. 

2. Ce fut la même année que le commencement du mémoire de Le- 
fébure Sur différents mots et noms égyptiens parut dans les Pro- 
ceedings of the Society of BiblicalArchœology, juin 1890. La suite fut 
publiée en février, en avril et en juin 1891. 

3. « 11 avait dû être gai, et parfois il avait le rire facile et franc, 
mais la tristesse reprenait bientôt le dessus. » (Lettre de M. René 
Basset à Ph. Virey, du 5 juillet 1910.) 



LXII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

avec exagération 1 , au détriment de sa santé, mais au profit 
de la science. Nous avons déjà vu qu'il étudiait non seu- 
lement les traditions de l'Egypte, mais les traditions de 
tous les pays et le folklore 2 . La revue fondée en 1877 par 
M. II. Gaicloz 3 , Mélusine, profita ainsi de sa collaboration 4 . 
Il dirigea aussi sa curiosité vers les sciences psychiques, si 
bien qu'on supposa qu'il inclinait vers le spiritisme 5 ; mais 
il s'en défendit auprès de moi à plusieurs reprises, tout en 
me déclarant qu'il s'intéressait vivement au surnaturel et 
aux choses de l'autre monde. Ainsi il m'écrivait peu de 
jours après la mort de M. de Horrack : 

De Horrack était spirite et membre de la Société anglaise 

For Psyeliical Research. Vous avez, je crois, signalé à ce propos 
ses discussions avec Chabas, peu tendre pour les idées qui ne 

1. Lettre de M. Héricy àPh. Viiey, du 13 juillet 1910. 

2. Voir la notice d'Ernst Andersson sur Eugène Lefébure, Sphinx, 
XII, p. 6. 

3. M. Gaidoz a bien voulu me communiquer les manuscrits d'un 
certain nombre d'études inédites de Lefébure : Le double psychique, avec 
examen des idées de M. de Rochas sur le double; il est question dans 

cette étude du ka égyptien et du titre 1^; — L'aruspicine; — Le chant 

du cygne; — Saint-Paul de Londres et tes sables qui chantent ; — Le 
mirage psychique et sa nature; — Les substitutions de personnes ; — 
Les personnalités illusoires ; — La réaction de l'animal sur l'homme ; — 
La queue du Martichoras ; — La queue du loup (Egypte); — L'emploi 
du fer et du feu contre les sortilèges ; — ■ Théorie du bon et du mauvais 
ange; — Le vampirisme et la possession; — L'œuf de serpent; — La 
télégraphie sympathique, etc. 

4. 11 donna à Mélusine : La Jlèche de Nemrod (1888) ; La motte de 
terre (18'.)0-1891); La vertu et la vie dunom (1896-1897); Le lièoredans 
la mythologie; — Le lièvre de la lune (1896-1897); Les origines du 

fétichisme (1896-1897), etc. A partir de 1896, Lefébure, sans aban- 
donner Mélusine, donna la plupart de ses travaux au Sphinx, revue 
égyptologique alors fondée par son ami Karl l'iehl. 

5. « Je crois qu'au fond il préférait la société des morts, qu'il invo- 
quait ou plutôt qu'il évoquait, à celle des vivants. » (Lettre de M. René 
Basset a l*li. Virey, du 5 juillet 1910.) 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXIII 

cadraient pas avec les siennes. Aujourd'hui de Horrack doit savoir 
à quoi s'en tenir, et, sans être spirite le moins du monde \ je vous 
avoue que j'éprouve pour les choses de l'autre monde une curio- 
sité, ou une attraction, qui me fait oublier le désagrément du 
passage- 

Il m'écrivait encore, au sujet des faits dits surnatu- 
rels : 

En faisant des recherches sur lacoupe divinatoire en Egypte, 

je trouve mentionné, dans le Mémoire sur la faculté de prévision, 
de Deleuze, l'ouvrage suivant : Virey, L'art de perfectionner 
l'homme, 1808. Peut-être êtes-vous de la même famille quel'auteur ? 
Il admet les faits dits surnaturels, que les encyclopédistes d'autre- 
fois et les francs-maçons d'aujourd'hui rejettent avec tant d'opi- 
niâtreté ; je crois bien qu'il a raison (lui et bien d'autres), d'après 
les faits historiques de ce genre qui sont à ma connaissance. Les 
documents égyptiens conduisent à la même conclusion; seulement 
il faut y regarder d'un peu près 3 

Les études accessoires * entreprises par Lefébure devaient 
ainsi, d'après lui-même, l'amener à mieux deviner les secrets 
de la religion égyptienne. Nous sommes donc tout à fait 
d'accord avec Ernest Andersson, lorsqu'il écrit : « Au sujet 
de ces matières Lefébure a publié toute une série d'articles 
d'un grand intérêt, qui sont dispersés dans différentes 
revues, telles que Mélusine, l'Initiation, l'Echo du Mer- 
veilleux. Ces sujets, notamment les traditions et le folk- 

1. Il protestait encore, dans une lettre qu'il m'écrivit le 8 mars 1903, 
contre l'accusation de gnosticisme et de spiritisme dirigée contre lui, 
parce qu'il avait écrit huit à neuf pages sur la magie égyptienne dans 
les cinq premiers volumes du Sphinx. « Je ne suis», affirmait-il, « ni 
gnostique, ni spirite. » 

2. Lettre de Lefébure à Ph. Virey, du 23 octobre 1902. 

3. Lettre de Lefébure à Ph. Virey, du 7 février 1902. 

4. Lefébure excella dans ces études accessoires, où ses qualités de 
sagacité et sa judicieuse loyauté furent très admirées, et lui valurent 
d'abord l'estime, puis l'amitié de spécialistes tels que MM. H. Gaidoz, 
Andrew Lang, etc. 



LXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

lore, devaient assurément influencer fortement la marche 
de ses recherches sur la religion égyptienne 1 . » 

Nous avons vu qu'il avait donné d'assez nombreux articles 
égyptologiques aux Proceedings de la Société d'archéolo- 
gie biblique de Londres 2 . Il contribua aussi à la publication 
des Mélanges Charles de Harlez, en 1896, par un article 
intitulé La mention des Hébreux par les Egyptiens s'ac- 
corde-t-elle arec la date de l'Exode? Dans cette même 
année 1896 paraissait le premier numéro du Sphinx, nou- 
velle revue d'égyptologie fondée par le professeur suédois 
Karl Piehl. Celui-ci était grand admirateur des travaux de 
Lefébure. Il demanda pour sa revue la collaboration du 
savant égyptologue français, et obtint de lui le concours 
le plus assidu. Le Sphinx était surtout consacré aux tra- 
vaux de critique, pour lesquels son fondateur avait un 
goût qu'on a généralement trouvé excessif. Lefébure y 
écrivit un seul article de critique 3 , uniquement, disait-il, 
pour se défendre '. Mais il donna au Sphinx un très grand 
nombre d'autres mémoires sur divers problèmes égyptolo- 
giques. Nous ne voulons énumérer ici que les principaux de 
ces mémoires : L'importance du nom chez les Egyptiens 
(Sphinx, I); Le sacrifice humain d'après les rites de Bu- 
siriset d'Abydos (Sphinx, III) : Khem et Amon (Sphinx, IV); 
L'arbre sacré d 'Héliopolis (Sphinx, V) ; Osiris à liyblos 
(Sphinx, VetVI); La certu du sacrifice funéraire '(Sphinx, 
VII et VIII) ; Le bucrâne (Sphinx, X) ; L'abeille en l''mjpte 
(Sphinx, XI) ; Le mot neb et le troyhdytisme (Sphinx, XI). 

1. Sphina , XII, p. 6. 

2. ' Hitre les articles que nous avons déjà cités, il donnaaux Proceed- 
ings de remarquables études intitulées Abydos, qui parurent en 
juin 1893, et en rnar< 1895. 

:;. L'Amtuat et son texte, à propos du travail de Jéquier Le livre de 
ce qu'il y " dans l'Hadès. 

A. « Je ne lai- jamais de critique», écrivit-il à Ernst Andersson, 
h pour me défendre comme il m'est arrivé une luis ». [Eugène Le- 
fébure, par Ernsl Andersson, Sphinx, XII, p. 8.) 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXV 

«C'est dans notre revue», écrit Ernst Andersson, aujour- 
d'hui directeur du Sphinx, « c'est dans notre revue que les 
œuvres les plus magistrales de Lefébure ont été insérées... 
on ne saura trop apprécier les immenses services qu'il lui a 
rendus... si l'on jette un coup d'œil en arrière sur la marche 
de Sphinx pendant les quatre dernières années, on verra 
que les ouvrages de Lefébure y constituent l'élite et la sub- 
stance même 1 . » 

Le mémoire intitulé Kliem et Amon fournit déjà un exem- 
ple intéressant de la tendance de Lefébure à demander aux 
études africaines la solution de quelques-uns des problèmes 
que lui proposait l'étude de l'antiquité égyptienne 2 . Mais 
en 1902 il fit paraître dans le Bulletin de la Société de 
Géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord un remarqua- 
ble mémoire sur La politique religieuse des Grecs en Libye, 
qui l'amena à faire connaître le résultat de ses recherches 
sur la religion libyenne dans la Cyrénaïque et la Mauritanie, 
et à dire un mot des fables relatives à l'Atlantide. Il y 
avait alors un peu de temps qu'il avait bien voulu entrer 
en relations avec moi en m'adressant un de ses mémoires. 
J'avais répondu avec empressement, et une correspondance 
assez active s'était établie entre nous. Dans une lettre qu'il 
m'écrivit le 27 octobre 1901', il avait été question de mes 
recherches sur l'épisode d'Aristée. Alors déjà il m'exposait 
ses raisons de croire à l'origine africaine de la tradition que 
j'avais étudiée \ 

Le taureau de Khem ou Men m'a fait plus d'une fois penser au 
vôtre, sur lequel vous avez émis des idées si curieuses et si bien 

1. Sphinx, XII, p. 8-9. 

2. Cette tendance devait se manifester ensuite encore plus ouverte- 
ment dans d'autres mémoires, tels que Le bucrùne (1906). 

3. Il habitait alors 94, rue de Lyon, Alger-Mustapha. 

4. Il développa ses raisons dans son mémoire Les abeilles d'Aristée, 
tradition d'origine écjypto-berbère, Bulletin de la Société de géographie 
d'Alger, 1903. Mais il publia ensuite plusieurs autres articles sur cette 
question des abeilles. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. *##*# 



LXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

systématisées. Voici ce qui m'a frappé : c'est que, dans la proces- 
sion thébaine du taureau blanc de Khem, certains assistants ou 
prêtres sont les aftiu ou « abeilles » du dieu, comme à Dendérah. 
Or son habitacle a la forme d'une hutte en ruche, avec une porte 
à l'égyptienne et le talisman protecteur des deux cornes, comme 
dans les villages africains (Khem avec son prêtre noir paraît bien 
être un dieu africain). Il y a, je crois, à El-Khargeh un Khem 
couché dans sa ruche. 

Je crois qu'il y aurait encore nombre de choses à trouver, dans 
votre sens, en examinant le rôle assez peu connu du smam-ur, le 
taureau du sacrifice' 

Il revint sur cette question dans une autre lettre qu'il 
m'adressa le 20 novembre 1901 : 

J'ai l'impression que Khem est àdemi libyen, comme Aristée, 

opinion que j'ai soutenue autrefois dans le Museon (en ce qui 
concerne Khem) Peut-être connaissez-vous le nom de M. Fla- 
mand, à qui l'on doit d'avoir amorcé la question marocaine par 
la conquête d'In-Salah. M. Flamand n'est conquérant qu'à l'occa- 
sion; et c'est, à l'ordinaire, un savant très consciencieux et très 
chercheur qui s'occupe en ce moment du chameau en Egypte 

Lefébure s'associa aux recherches de M. Flamand; l'un et 
l'autre devaient exposer plus tard les résultats de leur en- 
quête, lors des Congrès d'Alger, en 1905, dans une savante 
discussion avec M. René Basset. 

M. René Basset était devenu en 1894 directeur de 
l'École supérieure des Lettres d'Alger 5 . Il m'a dit combien 
il appréciait la valeur scientifique et le caractère de Lefé- 
bure, qu'il aurait voulu l'aire récompenser par des distinc- 
tions honorifiques : 

Je n'ai eu que de bons rapports avec lui; et depuis ma 

direction (1894) je me suis toujours appliqué à le proposer pour 

1. Leféburevtraita lui-môme ce sujet un peu plus tard, dans son mé- 
moire sur La vertu du sacrifice funéraire. 

2. Aujourd'hui Faculté des Lettres de l'i université d'Alger; M. René 
Bi ''test le Doyen de cette Faculté. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXVII 

les distinctions qu'il méritait, et à défendre son cours dont on 
contestait l'utilité. J'ai pu le faire maintenir jusqu'à sa mort 1 

Les Délégations financières algériennes tendaient en effet 
à réduire les dépenses de l'Enseignement supérieur par la 
suppressiond'un certain nombre de cours. Lefébure était un 
des professeurs les plus menacés parce projet 2 ; mais les 
démarches de M. Basset amenèrent le Gouverneur général à 
s'intéresser au maintien de son cours, et à en faire ajourner 
la suppression'. 

Malgré les soucis, malgré sa mauvaise santé dont il se 
plaignait quelquefois parce qu'elle gênait son activité scien- 
tifique, Lefébure continuait à travailler avec une ardeur 
excessive, tant pour secouer sa tristesse que parce qu'il 
sentait qu'il n'avait plus beaucoup de temps à dépenser avant 
l'éternel repos. Il m'écrivit ainsi le 4 décembre 1902 : 

Je trouve que la critique est un peu du temps perdu, et mainte- 
nant, à mon âge, je dois tenir compte plus que personne de la fuite 
des jours, pour préserver autant que possible 

Mon traçait taciturne et toujours menacé*. 

A l'occasion de son mémoire sur Le Vase divinatoire'' , 
il voulut examiner avec moi 6 la valeur des recherches de 

1. Lettre de M. René Basset à Ph. Virey, du 5 juillet 1910. Dès 
l'année 1896 il avait été question de remplacer le cours de Lefébure par 
un cours complémentaire d'archéologie arabe. M. Basset n'accepta 
cette idée qu'à condition que Lefébure fût d'abord dédommagé par une 
situation équivalente à celle qu'il aurait quittée ; et la difficulté de lui 
trouver cette situation fit abandonner le projet (lettres de M. Maspero 
à Ph. Virey, des 26 août, 10 septembre et 13 septembre 1910). 

2. Lettres de Lefébure à Ph. Virey, du 30 juillet 1902, du 30 dé- 
cembre 1902, du 2 juin 1903. 

3. Le cours fut supprimé après la mort de Lefébure. 

4. La menace venait alors précisément du projet des Délégations 
financières de réduire les dépenses de l'Enseignement supérieur. 

5. Sphinx, vol. VI. 

6. Lettres de Lefébure à Ph. Virey, du 26 septembre et du 1 er no- 
vembre 1902. 



LXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

M. de Rochas, dont il s'était inspiré en composant lui- 
même son article sur Les origines du fétichisme*. Il me 
disait en même temps ce qu'il pensait de mes tentatives pour 
reconnaître en Egypte l'origine de quelques mythes de la 
Grèce : 

Bien qu'il faille se méfier des coïncidences dont Tarde lui- 
même tient compte dans ses Lois de limitation, j'approuve en- 
tièrement votre tentative de retrouver des idées égyptiennes chez 
les Grecs, dans le mythe d'Hercule comme dans d'autres, il peut 
y avoir des divergences d'opinion en pareilles matières; mais je 
pense qu'il faut avant tout épuiser le filon, et, s'y l'on n'y met pas 
la main, ne pas troubler les chercheurs par des objections hypo- 
thétiques' 

Loin de me troubler dans mes recherches, Lefébure cher- 
chait lui-même tout ce qui pouvait m'encourager à soutenir 
mes idées. Je lui dus ainsi des notes intéressantes au sujet 
de l'Orion porteur du ciel :1 que j'avais signalé dans mon 
étude Si//' quelques données égyptiennes introduites par 
les Grecs dans le développement de leur mythe d'Hercule. 
Mais il revenait de préférence au sujet des abeilles d'Aristôe 
et du sacrifice du taureau. Dans une lettre du 8 mars 1903, 
il me parlait du sacrifice considéré comme condition du 
maintien de l'ordre dans le monde. Le 19 mars 1903, il 
était question de l'âme-abeille 1 ; le 14 mai 1003, d'Aristée, 
du sacrifice du taureau, et de l'abeille égyptienne. Lefébure 
ajoutait : 

1. Publié dans Mèlusine, vol. VIII. 

2. Lettre de Lefébure à Ph. Virey, du 2G septembre 1902. 

3. Lettres de Lefébure à Ph. Virey, du 29 mai, du 4 et du 17 juin 1902. 
Dans une autre lettre, du 11 août 1902, Lefébure revenait sur la ques- 
tion du syncrétisme gréco-romain. 

1. Il était question dans la même lettre du symbolisme de la pomme, 
Lefébure s'était intéressée ce sujet, et se préparait à le traiter, quand 
M Gaidoz, qu'il avail informé de son projet, lui fit savoirqu'il était en 
train de traiter lui-même la question. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXIX 

Je compte, si j'en ai la possibilité, étudier séparément le tau- 
reau sacré et l'abeille égyptienne. Le dernier sujet, en l'étendant 

un peu, est très intéressant J'ai parcouru à ce propos le Prœ- 

dium rusticum du P. Vanière, qui m'a paru bien plat à côté de 
Virgile 

Le 2 juin 1903, il examinait les lectures ®J , (1 J et 1(1 
du nom de l'abeille, et admettait l'identité d'origine de ces 
lectures. Le 25 juillet 1903, il revenait sur le nom du miel 
et le nom de la guêpe, et cherchait la ruche dans l'ancienne 
Egypte : il finit plus tard par retrouver à la fois la ruche 
égyptienne et l'opération de l'enfumage des abeilles clans 
une scène du tombeau de Rekhmara, où j'avais cru recon- 
naître l'emmagasinement du miel 1 . 

Le 25 août 1903, il s'occupait des origines de la danse de 
l'abeille : 

Je serais curieux de savoir si la danse de l'abeille est d'origine 
ancienne. Aux temps du romantisme cette danse était célèbre; 
maintenant on n'en parle plus, du moins à ma connaissance. Je 
n'en trouve pas trace non plus dans les géographes ou les historiens 
arabes, ni dans les Mille et une Nuits, ni dans nos vieux voyageurs, 
sauf peut-être dans Savary, quand il dit des aimées : « à me- 
sure qu'elles se mettent en mouvement, les formes, les contours de 
leur corps semblent se détacher successivement » (t. 1, p. 151). 
Mais c'est bien vague; le tableau de Sakountala, dans le drame 
hindou, rappelle mieux ce genre de pantomime (Sakountala taqui- 
née par une abeille). 

Vous intéressez-vous aux abeilles? Il y a sur elles un joli 

livre moderne, de Maeterlinck, presque digne de Virgile, et très 
supérieur à ce que dit le P. Vanière dans son Prœdium rusticum. 

Je lui indiquai ce que je savais de la bibliographie relative 
à la danse de l'abeille. Je lui fis savoir aussi que, pendant 
mon séjour à Louqsor en 1885, des voyageurs avaient en 

1. Lettre de Lefébure à Ph. Virev, du 25 mars 1905. 



LXX NOTICE BIOGRAPHIQUE 

vain demandé aux danseuses de profession qui se trouvaient 
dans cette ville d'exécuter la danse de l'abeille. Les dan- 
seuses n'avaient même pas compris ce qu'on leur deman- 
dait; cette danse paraissait donc tout à fait oubliée à 
Louqsor. 
Lefébure me répondit le 30 septembre 1903 : 

Ce que vous me dites de la danse de l'abeille est très curieux, et 
je ne vois guère qu'une façon d'expliquer l'oubli de cette danse. 
C'est que le grand art des aimées se sera perdu peu à peu à la 
suite de leur exil du Caire, de sorte que le ballet de l'abeille, peut- 
être d'importation hindoue, n'a été que de passage en Egypte. Il 
a dû se fondre très vite à Esneh dans la grossière danse des 
Nauches Je regrette que la danse de l'abeille n'ait pas été na- 
tionale et d'origine ancienne en Egypte : si elle n'est pas poussée 
trop loin, l'idée en est gracieuse 

Mais s'il ne retrouva pas en Egypte l'origine de la danse 
de l'abeille, il put établir l'origine égyptienne de la tradi- 
tion qui fait renaître les abeilles du corps d'un taureeu 
sacrifié. Il m'informa de sa découverte par une lettre du 
1G novembre 1903 : 

J'ai dû sembler peu hardi dans mon petit mémoire sur Aristée, 
en suppposant que les Égyptiens pouvaient attribuer la naissance 
des abeilles aux bœufs enfouis les cornes dépassant (Hérodote, II, 
41). Et, en réalité, je ne croyais pas si bien dire; mais voici ce que 
rapporte Antigone de Caryste 1 , 23 : « En Egypte, si l'on ensevelit 
quelque part un bœuf les cornes hors de terre, et qu'ensuite on 
les scie, il sort de là des abeilles, assure t-on, par suite de la 
décomposition de l'animal. » 'Ev A \-/'j--.» k > xov Boôv èàv xaxop'j?7j<; Iv 
-.■'-.'>:■ tialv, i<rt~.i Tj-.'y. ~.y. xépaxa -/c]- y/j; fricepéy l'.'i , eTG' ttaxepov a-o-v!?/,;, 
/ y.j-'. < xz /.'—.-.y.; IxTrÉxeffôaij crocrtévca yàp stùxov e'iç xoûxo SiaXueaOai xà 

1. Antigone de Caryste, écrivain crée du IIP siècle avanl notre 
ère, vécul à la cour d'Alexandrie auprès des deux premiers IMnlémëes. 

2. Lefébure avait rencontré ce texte dans une thèse sur les abeilles. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXI 

Cela veut dire, je pense, que le sacrifice ou la mort du bœuf 
(consacré au dieu des moissons et des abeilles, Khem ou Osiris, 
l'Aristée égyptien) donnait naissance à la prospérité agricole, 
symbolisée par les abeilles. Les cornes étaient sciées, donc conser- 
vées, pour l'emblème | , par exemple. En résumé nous sommes 
tombés juste au sujet d'Aristée, vous et moi, mais vous avez le 
mérite d'avoir le premier trouvé la voie. 

J'ai bâclé tant bien que mal pendant les vacances un long mé- 
moire, trop long, sur le sacrifice, sans y parler néanmoins des 
abeilles et du taureau, sujet qui mérite bien d'être traité à part. 
Ce que j'y ai dit du ma-Kheru ne s'écarte pas de votre interpré- 
tation, mais sur la déesse Mat mes idées ne sont peut être pas 
celles qui ont cours, car je traduis généralement Mat, quand il 
s'agit des mânes et du jugement, par Justice et non par Vérité. 
Vérité n'est là qu'un sens secondaire, à mon avis. 

J'ai eu au commencement de ce mois la visite d'un ancien ami 
de Mariette, qui a écrit dans le temps un remarquable voyage en 
Egypte. C'est aussi un ami ou un correspondant de Maspero 

Ces indications paraissent désigner M. Arthur Rhône 1 . 
Lefébure avait aussi reçu en 1903 la visite de M. Romieu, 
directeur de l'École d'hydrographie d'Alger, qui avait en 
1864, lorsqu'il était professeur d'hydrographie à Agde, 
demandé à Chabas quelques conseils égyptologiques \ 

Le 15 janvier 1904, Lefébure faisait, contrairement à ses 
habitudes, un peu de critique, au sujet de l'ouvrage de 
M. Palanque sur le Nil ; mais c'était pour revenir aussitôt à 
la question du taureau sacré et du sacrifice. 

Je trouve à notre bibliothèque un fascicule de l'École des Hautes 

publiée quatre ans après mon mémoire sur l'épisode d'Aristée. Le titre 
de cette thèse est : De Apium Mellisque apud oeteres Significatione et 
Symbolica et Mytkologica scripsit Gualterus Robert-Tornow, Be- 
rolini apud'W eidmannos, 1893. 

1. Voir plus haut, p. xxivet xxxix. 

2. Voir Bibliothèque ègyptologique, tome neuvième, p. lviii. 



LXXII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Études sur le Nil ancien par Charles Palanque; c'est, à ce qu'il 
me semble, dans une bonne moyenne,...- mais.... avec ce genre 
de travaux on ne sait pas encore à qui l'on a affaire. Sera-t-il dieu, 
table ou cuvette? 

C'est un peu l'inconvénient de la haute éducation universitaire 
de développer surtout la tendance à la vulgarisation, chose 
excellente pour l'exposition d'une science faite, mais défavorable 
au progrès d'une science incomplète. Le professeur alors se 
hâte trop de présenter un système d'ensemble, modelé sur les 
idées régnantes et documenté presque toujours de seconde main ; 
il en résulte que les recherches qui devraientalimenter son enseigne- 
ment languissent : on vit trop longtemps ainsi sur l'acquis, d'où 
une sorte de stérilité. 

Une des erreurs de Palanque, à mon avis, est de croire que 
les taureaux sacrés sont des dieux Nils : je n'ai jamais vu cela, 
pas même pour Apis, malgré la ressemblance du nom. Le bœuf 
Apis est Osiris par un côté, et le fleuve Hapi l'est par un autre : 
il n'y a pas équation. 

J'ai cherché dans le mémoire que je prends la liberté de vous 
adresser, et dont le premier tiers m'arrive à l'instant, quel était le 
rôle des taureaux sacrés, surtout dans leur rapport avec le sacrifice. 
Je crains d'exposer des idées un peu singulières dans ce travail, 
peut-être trop original. Je sens bien l'inconvénient, et je me 
trouve par là obligé de m'appuyer sur l'exacte similitude des 
théories, symboles, rites, métaphores, etc., concernant le sacrifice 
hindou. Je réserve cette comparaison pour la troisième et dernière 
partie de mon travail, si je puis la faire paraître. J'espère y mon- 
trer que votre opinion sur le rôle de la peau de taureau est pleine- 
ment justifiée non seulement en elle-même, mais encore par l'ana- 
logie védique. 

Je ne vois guère que l'Inde qui ait compris le sacrifice comme 
l'Egypte : ni les peuples sémitiques, ni la Grèce, ni Home, ni 
même le Mexique n'ont été aussi loin 

Ces recherches sur les religions antiques ne lui faisaient 
pas perdre de vue les productions de la littérature moderne; 
il m'écrivit le 25 juin 190 1 : 

Je ne vous apprendrai sans doute pas grand chose si je vous 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXIII 

dis que L'enlèvement innocent^ a été mis au théâtre en avril der- 
nier : Le roi galant, jolie comédie dramatique en 4 actes, par 
L. Marsolleau et Maurice Soulié (Odéon). 

Je voudrais être l'auteur d'un enlèvement non moins innocent, 
et vous décider à faire le voyage d'Alger l'année prochaine pour 
le Congrès 

Son projet d'enlèvement innocent devait en effet réussir ; 
et il me décida à me rendre à Alger l'année suivante, pour 
le Congrès international des Orientalistes et le Congrès des 
Sociétés savantes. Mais auparavant lui-même vint en France. 
Ce fut de Vichy où il soignait sa santé négligée depuis trop 
longtemps, qu'il m'écrivit, d'abord le 30 juillet 1904 2 , puis 
le 3 août : 

Je vous suis très reconnaissant de vouloir bien vous intéresser à 

ma santé, et d'avoir songé à moi pour le voyage de Prisse 

Après ma saison à Vichy, je compte aller passer quelques jours 
dans la Nièvre, chez mon frère, avec mon fils qui est élève à 
l'école de médecine militaire à Lyon. Mais ce n'est qu'un projet 
dont ma santé décidera. 

Je suis, grâce à un long séjour en Algérie, arthritique, de sorte 
que les eaux de Vichy ne me conviendraient guère ; mais le gou- 
vernement général ne nous offrant que celles-là, je les ai préférées 
à rien, d'autant plus que pour un demi Algérien souffrant le meil- 
leur traitement est encore de respirer l'air de France. Cela m'au- 
rait fait de la peine de mourir avant d'avoir respiré l'odeur d'un 
champ de trèfle. Vous verrez par vous-même combien l'Afrique 

du Nord est sèche en comparaison de l'Europe C'était bien 

différent il y a quelques milliers d'années : l'éléphant, la girafe, le 

1 . a L'enlèvement innocent, ou La retraite clandestine de Monseigneur 
le Prince avec Madame la Princesse sa femme, hors de France, 1609-1610, 
vers itinéraires et faits en chemin par Claude-Enoch Virey, secrétaire 
dudit Seigneur », publié par E. Halphen, m. d. ccc. lix, A. Aubry, 
éditeur. 

2. Au sujet de la belle broderie représentant des scènes du mythe de 
Bacchus, que M. Gayet avait rapportée d'Antinoë. 



LXXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

bubalus antiquus vivaient dans les régions les plus stériles au- 
jourd'hui du Sud-Oranais. Je ne sais si vous connaissez les 
curieuses découvertes faites par les explorateurs, Flamand en par- 
ticulier. Ces découvertes portent sur des dessins rupestres repré- 
sentant, à côté du bubalus antiquus, animal préhistorique, des 
béliers ammoniens, avec disque et urseus, qui ont été gravés en 
même temps que le bubalus. Il y a aussi des taureaux fort sem- 
blables aux taureaux sacrés de l'Egypte, notamment celui d'Er- 
ment; ils ont quelque chose comme les deux plumes entre les 
cornes. Tout ceci milite fort en faveur d'une vaste extension en 
Libye de la civilisation égyptienne. Quant à la date préhistorique, 
il est fort possible que le bubalus ait prolongé son existence en 
Libye jusqu'à une époque relativement assez récente. La tendance 
des égyptologues est aujourd'hui de faire habiter l'Egypte primi- 
tive par un fond de population libyenne dans lequel se seraient 
immiscées des invasions sémitiques. 

Voici, en faveur d'un sémitisme égyptien très archaïque, une 
observation qui n'a pas encore été faite, à ce qu'il me semble. Le 
syllabique an GsEE). l'œil dans une source, suppose l'existence des 
deux mots œil et source en égyptien, avec la prononciation an, à 
l'époque où le système graphique a été constitué; or, dans la 
langue plus récente, celle que nous connaissons, ni l'œil ni la 
source ne se disent an. De même, au moins en partie, pour la va- 
leur atcn de l'oreille comme hiéroglyphe, alors que l'oreille se dit 
généralement medjer, mot berbère. 

Je vous remercie beaucoup de votre obligeance à vérifier mon 
appréciation hypothétique des noms delà broderie Gayet. Les vers 
de Virgile que vous me citez m'ont fait beaucoup de plaisir 

Il retourna à Alger à la lin de septembre, et m'écrivit le 
18 novembre 1901 comment s'était achevé son séjour en 
France et comment s'était accompli son retour en Algérie. 
Il m'exprimait en môme temps les regrels qu'il ressentait 
de la morl de son ami Piehl, directeur du Sphinx : 

Je ne suis guère sorti de chez moi' plus de trois fois avant la 

1. 94, rue de Lyon, Alger Mustapha. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXV 

reprise des cours, après mon retour à la fin de septembre, ayant 
gagné en France une forte bronchite qui vient seulement de me 
quitter. Je comptais passer 15 jours chez mon frère près de Nevers 
après une saison de Vichy, puis repartir ; mais la malheureuse 
grève de Marseille ' m'a retenu beaucoup plus longtemps que je 
n'aurais voulu sous un climat froid et humide. Après cela, la tra- 
versée sur le fameux transport de l'État, le Mytho*, n'a pas contri- 
bué beaucoup à me guérir. Nous étions plus de mille passagers 
entassés les uns sur les autres, par une mer épouvantable, un 
temps pluvieux, etc. Je suis resté deux jours et deux nuits sans 
bouger ni manger, sur le pont. Aujourd'hui que ce voyage est à 
l'état de souvenir, je le considère de loin avec une certaine admi- 
ration, et je suis fier de penser que ceux-là détiennent le record de 
la plus mauvaise traversée possible, qui ont été sur le Mytho. 
Mais je ne suis guère en humeur de plaisanter, ayant à vous parler 

de Piehl, dont la mort m'a beaucoup affligé Piehl n'avait que 

53 ans et était loin d'avoir donné toute sa mesure. Sa revue est 
continuée par son élève, Ernst Andersson, maître de conférences à 
Upsala : remplacera-t-il son maître? 

J'ai été sur le point de revenir de la Nièvre par Chagny pour 
avoir le plaisir de vous faire une petite visite, mais je n'ai pas osé 
prendre le chemin le plus long, dans la crainte d'abuser de ma 
santé : je pressentais le Mytho 

Lefébure savait que son ami Piehl m'avait parfois critiqué 
avec quelque âpreté; il m'expliquait, dans une lettre du 
29 novembre 1904, la cause de cette disposition de Piehl à 
mon égard : 

Ne vous étonnez pas que Piehl vous ait été hostile à un certain 
moment : il Tétait à toute l'école française, et en particulier à qui- 

1. La grève des équipages de la C' c Générale Transatlantique, com- 
mencée le 22 août 1904, fut suivie de la grève générale de tous les équi- 
pages de Marseille, et dura jusqu'au 11 octobre 1904. 

2. Le Mytho, transport de l'État, conduisit en Algérie vers la fin de 
septembre les voyageurs que la grève avait empêchés de partir de 
Marseille. 



LXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

conque passait à tort ou à raison pour protégé de Maspero. Celui- 
ci, après avoir laissé passer l'orage sans recourir aux moyens 
violents, s'est servi du procédé de la Sibylle : 

Melle soporatam et ruedicatis frugibus offam 
Objicif 

Le gâteau c'était un lot d'antiquités égyptiennes suffisant pour 

former un musée Bien que Piehl m'ait offert de publier mes 

travaux et que je lui doive en retour la plus grande reconnais- 
sance, jamais il n'a rendu compte d'un seul de mes mémoires 

publiés ailleurs que dans sa revue : il est vrai que je ne le lui ai 
jamais demandé, tout en lui faisant hommage de ces mémoires 

Après la mort de Piehl, Lefëbure resta l'ami du Sphinx 
et de son nouveau directeur ; il aida de son mieux celui-ci 
de ses conseils 2 et la revue de sa collaboration. Mais lui- 
même pensait à sa mort prochaine; il m'écrivait le 29 dé- 
cembre 1904, en me pressant d'accepter quelques brochures 
qu'il voulait me donner : 

A mon âge on n'a plus besoin de beaucoup de papiers autour de 
soi pour se préparer à quitter ce vilain monde. 

Mais tout de suite sa pensée revenait à ses études, et il 
continuait ; 

Je n'ai pas encore reçu la fin (qui vient de paraître aux Pro- 
ceedings) du mémoire de Naville sur le déluge. Est-ce le déluge? 
Je ne sais pas trop, d'abord parce que Naville soupçonne son texte 
d'avoir été copié à l'envers, c'est-à-dire à l'inverse de l'ordre des 
colonnes ; ensuite parce que l'idée de la légende rentre dans celle 
de la Destruction des hommes, laquelle à mon avis est une descrip- 
tion dramatisée de la crue du Nil. 

L'œil solaire, c'est-à-dire la chaleur estivale, fait périr par 

1. Virgile, Enéide, VI, \. 120-121. 

2. Cf. Eugène Lefèbure, par Ernst Andersson, Sphinx, XII, p. 9. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXVII 

l'aat annuel la race des hommes, dont le sang forme le Nil rouge, 
précurseur de la crue qui annonce la fin de l'été et du fléau. La 
déesse boit la liqueur, s'enivre et ne voit plus les hommes, c'est- 
à-dire ne leur fait plus de mal : Yaat cesse avec la chaleur. C'est 
ainsi du moins que je comprends le texte, où le déluge aurait un 
effet diamétralement opposé à celui du cataclysme biblique. 

A propos de la Bible, j'ai fait pour un volume que notre école 
prépare à l'occasion du Congrès quelques recherches sur les noms 
divins d'origine sémitique ou autre en Egypte. Le sujet serait in- 
téressant si l'on pouvait arriver à quelque chose de précis, mais 
c'est bien difficile 

La préparation des Congrès, Congrès international des 
Orientalistes et Congrès des Sociétés savantes, qui devaient 
se tenir à Alger au mois d'avril 1905, imposait alors à Le- 
fébure un travail supplémentaire qu'il accomplissait vail- 
lamment, malgré son âge et la faiblesse de sa santé. Aussi 
quand le Congrès des Orientalistes ouvrit ses séances le 
19 avril 1905, Lefébure était parfaitement préparé. Il était, 
dans le Comité d'organisation du Congrès, président de la 
IV e section (égvptologie, langues africaines et Madagascar), 
avec M. Héricy pour secrétaire. Il ne voulut cependant 
présider aucune des séances ; mais il fut par son activité 
l'âme de la section. La première séance de la IV e section 
fut présidée par M. Wiedemann. Cette séance fut très bien 
remplie, et les bonnes dispositions prises par Lefébure con- 
tribuèrent à ce succès. Le lendemain 20 avril, il assista à 
l'ouverture de la deuxième séance, puis se rendit au Con- 
grès des Sociétés savantes 1 pour lire quelques passages in- 
téressants d'un mémoire sur les abeilles 2 , et, sa lecture faite, 

1. M. Gazier, professeur de littérature française à la Sorbonne, pré- 
sidait la séance du Congrès des Sociétés savantes où Lefébure fit cette 
lecture. 

2. Les Abeilles dans l'Afrique du Nord d'après les documents anciens 
(Bulletin historique et philologique). 



LXXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

retourna à la séance de la IV e section du Congrès des 
Orientalistes. Le 21 avril ce fut au Musée que nous enten- 
dîmes MM. René Basset, Flamand etLefébure discuter sur 
l'antiquité du chameau clans l'Afrique occidentale du Nord'. 
Le 22 avril, Lefébure prit encore une part active aux tra- 
vaux de la quatrième et dernière assemblée de la Section 
d'égyptologie et langues africaines, et lut un mémoire sur 
La plus ancienne date sothiaque*. Il publia le compte 
rendu des travaux de la IV e section du Congrès international 
des Orientalistes dans la Revue africaine publiée par la So- 
ciété historique algérienne, année 1905, p. 330-333. On peut 
faire un reproche à ce compte rendu : Lefébure n'y fait pas 
assez ressortir l'importance du rôle qu'il joua dans le Con- 
grès ; mais il met bien en valeur les travaux des autres con- 
gressistes. 

En quittant Alger j'étais allé visiter Constantine, Lam- 
bèse, Timgad, Biskra, Sidi-Okba, Tunis et Cartilage. Le- 
fébure m'écrivit le 12 juin 1905 qu'il allait aussi se rendre 
en Tunisie : 

Je vais faire comme vous, dans quelques jours, mais dans des 
conditions moins agréables, le voyage de Tunis. C'est pour les 

1. Le mémoire de M. Basset est intitulé Le Chameau chez les Ber- 
bères; celui de M. Flamand Le Chameau préhistorique en Afrique; 
celui de Lefébure Le Chameau en Egypte (Actes du XIV e Congrès in- 
ternational des Orientalistes, t. II). 

2. Actes du AI V' ('nin/rès international des Orientalistes, t. I. Le- 
fébure donna aussi au Congrès une étude intitulée Canope, qui parut 
aussi dans le tome I des Actes du Congrès. Son mémoire sur Les Noms 
d'apparence sémitique ou indigène dans le Panthéon égyptien l'ait partie 
du Recueil de Mémoires et de Textes publié par l'Ecole des Lettres et 
Les Médersas en l'honneur du XIV Congrès des Orientalistes à Alger, 
11M)5. Dans cette même année 1905, Lefébure (it encore paraître dans la 
R( i ue africaine son étude sur Le Miroir d J Encre dans la Magie arabe; 
et dans la revue AWi/t la (l'Abeille), juillet-août 1905, un article intitulé 
L'Abeille en Libye. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXIX 

examens du baccalauréat. Je verrai ce que vous avez vu, en sui- 
vant le même itinéraire et d'après vos indications : seulement je 
n'aurai pas beaucoup de temps pour visiter Carthage, et je réser- 
verai Biskra, etc., pour un autre voyage, quand j'irai à Constan- 
tine pour d'autres examens, si je suis encore de ce monde 

Après son retour à Alger il me raconta, dans une lettre 
du 6 juillet 1905, ce qu'il avait vu à Tunis et à Carthage : 

J'ai vu Tunis à la hâte et dans une sorte de tourbillon, n'ayant 
eu à moi qu'une matinée et une après-midi, un jour en somme. 
Les examens du baccalauréat m'ont pris le reste de mon temps, et 
comme de plus c'était là un travail pénible, surtout entre deux 
voyages d'aller et retour aussi longs, par cette chaleur, je ne suis 
pas resté à Tunis les examens finis. Je n'ai donc fait qu'entre- 
voir la ville, les souks, les grands monuments, Hammam-Lif, le 
Belvédère, Carthage et le Bardo, tout cela en courant. Ainsi je 
n'ai pu consacrer qu'une demi-heure au Musée Alaoui où l'on n'a 
pas voulu m'ouvrir un peu avant l'heure, de sorte que j'ai attendu 
dehors par un orage épouvantable. Je suis resté un peu plus de 
temps au Musée Lavigerie, que le Père Delattre a eu l'obligeance, 
bien que ce ne fût pas l'heure, de me faire voir dans tous ses dé- 
tails. Je lui en suis très reconnaissant, et j'ai été aussi charmé de 
sa science que de son amabilité. Je lui ai envoyé ces jours-ci quel- 
ques références sur la divinité du palmier, qu'il a trouvée à Car- 
thage, comme vous à Thèbes 1 Il m'a montré le petit texte 

que vous avez étudié et qui m'a paru comme à vous un fragment 
d'Horus sur les crocodiles : il parait d'ailleurs que les crocodiles 
figurent au dos de l'objet. J'ai admiré naturellement la belle prê- 
tresse d'Astarté entourée d'ailes égyptiennes, et aussi, je puis dire, 
tout le Musée, qui est très beau et organisé avec amour 

J'avais laissé à Lefébure, après le Congrès d'Alger, quel- 
ques documents que j'avais rapportés d'Egypte. Il me ren- 
voya ces documents, en m'écrivant le 6 août 1905 : 

1. J'ai publié l'image de cette déesse- palmier de Thèbes, flg. 16, 
p. 243, de La Religion de l'ancienne Egypte, Paris, Beauchesne, 1910. 



LXXX NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Voici enfin les quatre cahiers et les calques que vous avez eu 

l'obligeance de me confier il y a plus de trois mois J'ai trouvé 

des choses très curieuses dans vos notes Je vous remercie 

aussi de grand cœur pour les renseignements que vous avez bien 
voulu me fournir sur Khnoum. Je connaissais par Jablonski la 
légende de Rufin, relative au dieu Canope de Canope, légende qui 
me paraît bien concerner Khnum. Mon impression est toujours 
qu'il persistait à l'époque grecque, dans la ville dont il s'agit, des 
restes d'un vieux culte de Khnum à demi oublié, ou tout au 
moins primé par celui de Sérapis 

Il m'indiqua, dans une lettre du 29 décembre 1905, qu'il 
utilisait mes documents pour une étude sur Le bucràne : 

J'ai tiré quelque chose, au moins je le pense, des bucrânes dont 
vous avez eu l'obligeance de me communiquer les dessins : ce sont 
des représentations exactement semblables aux crânes de bœufs et 
de chèvres ou de gazelles trouvés dans des puits spéciaux datant 

du Moyen-Empire, à Diospolis parva. Pétrie en a publié deux' 

Les crânes en question n'ont pas de mâchoires, et sont semés de 
taches peintes en rouge ou en noir. Pétrie attribue la coutume de 
préparer ainsi les bucrânes à une branche relativement récente de 
la race libyenne qui aurait occupé l'Egypte, suivant lui, à l'époque 
préhistorique. Je ne sais s'il est bien dans le vrai. En tous cas, la 
présence de ces bucrânes à Diospolis parva, la ville des sistres, 
est intéressante, car un sistre c'est originairement une tête de 
vache La tète bovine, p-^— ,, a le même nom que le sistre. 

Si réellement la race qui peignait les bucrânes est africaine, ce 
sera un fait à noter à côté de l'affichage des têtes ou cornes de 

bu'iif qui caractérise la hutte de Khem, dieu du Haut Nil, et 

la ville de Crocodilopolis dans le Fayoum, lequel est une sorte 
d'oasis libyenne, m m . 

Si j'ai le temps, je ferai pour la Revue d'Upsala, celle de Piehl, 
un mémoire là-dessus ; mais je suis obligé de dire si j'ai le temps, 

1. Diospolis pqrna, pi. 39 et p. 46. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXXI 

car les manœuvres dont mon emploi a toujours été l'objet recom- 
mencent de plus belle 1 

Il y a longtemps qu'il n'a été question des mémoires du Congrès. 
Tant que je serai ici, j'aurai naturellement à m'occuper de l'im- 
pression de la partie égyptologique, et je vous enverrai vos 
épreuves 

Il semble que le temps de Lefébure eût été bien employé 
pendant l'année 1905 ; et pourtant il s'occupait encore de 
publier un volume d'études psychiques. Le volume ne parut 
pas ; mais le plan préparé par Lefébure nous a été conservé 
dans une lettre qu'il écrivit le 28 juin 1905 à M. Gaidoz 2 , 
directeur de Mélusine : 

Monsieur et cher Maître, 

J'accepte avec beaucoup de plaisir et de reconnaissance votre 
aimable offre de parler à Alcan 3 , sans grand espoir peut-être 
d'aboutir ; mais il est toujours permis d'essayer. 

Mes mémoires publiés ou inédits sur le psychisme peuvent re- 
présenter un volume de 300 à 350 pages in-8. Ils ne composent pas 
un tout bien suivi ; ce sont plutôt des Études psychiques ou méta- 
psychiques, pour employer le mot proposé par Ch. Richet. La 
méthode que je suis n'est pas expérimentale, mais historique : je 
me borne à recueillir d'anciens témoignages montrant que les faits 
vrais ou faux qui sont mis à l'étude aujourd'hui ont été connus de 
tous temps. 

Voici les titres de 12 mémoires, les inédits marqués + et ceux à 
demi inédits marqués — : 
-f- 1. L'orphisme de V. Hugo (à refaire). 

1. Il s'agissait d'une nouvelle tentative pour faire supprimer le cours 
de Lefébure. 

2. M. Gaidoz a bien voulu nous communiquer un certain nombre de 
lettres de Lefébure, et nous permettre d'en faire usage dans cette Notice. 

3. « J'ai eu, dit M. Gaidoz, une fin de non-recevoir chez Alcan, parce 
qu'on m'y a dit ne pas publier de volumes de Mélanges, mais seulement 
des ouvrages inédits, comme si l'inédit était, par cela seul, original ! » 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. *#*#*# 



LXXXII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

-(- 2. La coupe et la couronne (la pomme aurait fait une trilogie, 
mais elle n'est pas seulement psychique). 

3. Les petites hantises, tableaux, tapisseries, miroirs et hor- 

loges (à terminer). 

4. Le nagal (une des origines possibles du totem). 
-4- 5. L'aruspicine. 

6. Le miroir d'encre dans la magie arabe (moins les textes en 

arabe). 

7. ( La vision dans le cristal. 

8. < Madame Piper (Deux chapitres traduits de Lang, The 
f ma km g of Relig io n ) . 

9. Musset sensitif. 

— 10. La télépathie au XVII e siècle (d'après M me de Sévigné et 

la mère du Régent, à refaire). 
11 . L'expérience cruciale de la force psychique. 
-f- 12. Les mirages psychiques (à faire; ce n'est pas la même 

chose que les Mirages visuels et auditifs dans Mélu- 

sine '). 

Je pourrais joindre à cela les Origines du Fétichisme et la Vie 
du nom, si Mélusine le permettait; mais je crois qu'à la mode des 
fées elle garde exclusivement pour elle son acquis, comme Viviane 
avec Merlin 

Cette lettre nous fournit un témoignage de plus de l'acti- 
vité de Lefébure et de la variété des recherches auxquelles 
l'entraînaient ses études. Mais s'il ne réussit pas a l'aire pu- 
blier par Alcan le volume d'Études psychiques dont il avait 
préparé le plan, l'occasion s'offrit à lui un peu plus tard de 
publier l'ensemble de ses œuvres diverses. Il m'en informa 
dans une lettre du 20 juin 11)07 : 

Maspero m'a fait proposer de republier l'ensemble de 

mes mémoires- Si ma santé ne me permet pas d'y participer 

;i'-ti\ fuient, je pense qui- je serai aidé par un de mes anciens au- 

1. Tome X, n°2, mars-avril 1900, col. 25-39. 

2. Dans la Bibliothèque ègyptologique. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXXIII 

diteurs d'Alger, M. Galtier, qui est en ce moment bibliothécaire 
au Musée du Caire. 

J'ai un autre auditeur qui songerait à se présenter à l'École du 

Caire c'est l'abbé Saint-Paul 1 , professeur au séminaire de 

Saint-Eugène, près d'Alger. Le mérite ne lui manque pas, mais 
sa robe serait sans doute un obstacle 

Vous serez bien aimable de présenter mes amitiés à M. Mallet 
si vous lui écrivez, et aussi de me donner son adresse : j'ai à lui 
envoyer mes mémoires du Congrès. 

Je vous félicite, à propos de Congrès, d'être membre du Con- 
grès préhistorique. S'il a lieu pendant les vacances, peut-être y 
rencontrerez- vous un de mes collègues et amis, M. Flamand, qui 
étudie la préhistoire africaine d'après les dessins rupestres où il y 
a pas mal de béliers ammoniens d'époque très ancienne. 

J'ai eu des nouvelles de M. Lieblein, toujours très alerte, par 
une de mes élèves, qui est licenciée ès-lettres et qui a passé l'hiver 
en Norvège, M lle Bercher, fille d'un médecin militaire d'Alger. 
Elle a un frère qui est au Val-de-Grâce avec mon fils 

Le 12 juillet 1U07, il m'écrivait encore au sujet de la 
réimpression de ses œuvres : 

Je comptais partir ces jours-ci, mais je ne me sens pas bien en 
état de faire le voyage, et d'autre part je vois qu'il ne fait pas 
chaud du tout en France, de sorte que je me décide à passer l'été 
à El-Biar. village plus élevé qu'Alger, donc plus frais et plus sain. 
Je m'y rendrai vers le 20 de ce mois. 

Je viens de terminer ma propre bibliographie, et je vais l'en- 
voyer au bibliothécaire 2 du Musée, au Caire, qui me paraît chargé 
de la réimpression de mes travaux. On la commencera quand de 
Horrack sera terminé. Je pense bien qu'il ne s'agit pas de repu- 
blier les ouvrages en volume, mais simplement les articles de 
Revue. J'espère aussi qu'il est permis de rectifier au moins en 
note les erreurs reconnues, et d'ajouter quelques références au be- 
soin 

1. Voir plus haut, p. lx. 

2. Son élève Galtier; voir plus haut, p. lx et lxxxiii. 



LXXXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Je ne pouvais pas me refuser à ma réimpression, mais j'aime- 
rais beaucoup mieux employer le temps qu'elle me prendra à ter- 
miner les travaux que j'avais en train quand je suis tombé malade. 
On ne fait pas toujours ce qu'on voudrait. M. Flamand' ne vien- 
dra pas à Solutré : il devait aller à Lyon et reste à Alger 

Nous venons de voir que Lefébure, se sentant trop fatigué 
pour se rendre en France pendant les vacances de 1907, 
s'était décidé à passer une partie de l'été à El-Biar, village 
situé au-dessus d'Alger, non loin de la porte du Sahel. Il me 
parla brièvement cle ce séjour à la campagne, dans une lettre 
qu'il m'écrivit le 3 septembre 2 , après son retour à Alger : 

J'ai passé deux mois à El-Biar, un village plus élevé qu'Al- 
ger, mais non moins humide, au moins cette année Je ne m'en 

suis pas très bien trouvé sous ce rapport. A un autre point de vue 
le site est plutôt agréable. J'habitais une villa au milieu des vignes, 
de sorte que j'ai assisté au commencement et à la fin des ven- 
danges, qui ont été assez abondantes, malgré quelques coups de 
sirocco 

M. Héricy, professeur au Lycée d'Alger, et auditeur des 
leçons de Lefébure, a bien voulu nous raconter 1 comment 
celui-ci se reposa à El-Biar, où il l'avait lui-même attiré : 

1. Voir plus haut. p. lxxxiii. 

2. Dans la môme lettre, Lefébure m'exposait le résultat de ses re- 
cherches sur les habitants des '^ :;:: ' ,::: ^ 7 mentionnés dans la stèle triom- 

v - , 

phale de Thoutmès III ; on sait que son article sur ce sujet parut après 
sa mort dans le Sphinx sous le titre Le moi neb cl le troglodi/tisme. 
Il me parlait des palettes archaïques étudiées par MM. Capart et N'a- 
vilie, et se préoccupait de l'avenir des études de M. l'abbé Saint-Paul : 
« J'ai vu dans l'Encyclique du pape que les prêtres ne devront plus 
suivre les cour< des I fniversités civiles, et je le regrette beaucoup pour 
l'abbé Saint-Paul, qui ne pourra pas non plus songer maintenant à 
l'Ecole du Caire, et que d'autre part la loi de séparation appliquée ;'i 
l'Algérie va obliger à s.' chercher uni' situation. Dans ces conditions je 

ii'- pense pas qu'il ;iii donné suite , ; i son intention de vous écrire » 

:'.. Lettre de M. Héricy à Ph. Virey, du 13 juillet 1910. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXXV 

En 1907 je ne suis pas allé passer mes vacances en France. 
J'avais loué à El-Biar, à 7 kilomètres d'Alger, un petit apparte- 
ment, où nous nous étions déjà bien trouvés en 1901. Justement, 
dans la même villa, un autre petit appartement se trouvait vacant. 
J'en informai M. Lefébure, qui s'empressa d'en profiter. Mais ce 
ne devait pas être pour se reposer. Il était arrivé avec une véri- 
table bibliothèque. Au lieu de faire comme moi, de vivre constam- 
ment dehors, sous les pins, il restait à sa table de travail le jour 
et une grande partie de la nuit. C'est à peine si je pouvais le déci- 
der à prendre un quart d'heure de répit dans toute la journée. Il 
venait de rester au lit de longs mois, échappant à une maladie 
pour devenir la proie d'une autre, grippe infectieuse, phlébite, 
congestion pulmonaire. J'aurais voulu le soustraire à cette intensité 

de vie cérébrale qui le consumait. Je n'ai pu y réussir C'était 

le moment où venait de paraître l'ouvrage de Frazer : Adonis, 
Attis, Osiris. Lorsque j'arrivais à le décider à sortir quelques mi- 
nutes, il ne se séparait point de cet ouvrage et l'emportait sous son 
bras. Si nous nous arrêtions sur un banc, il ouvrait Frazer, et en 
dévorait à la hâte quelques fragments. A cette occasion je lui 
adressai un sonnet acrostiche pour l'amuser : 

A mon cher et savant maître M. Lefébure. 

Mst-il, mon savant maître en Égyptologie, 

Gn plus grand bien que Vie. et que Force et Santé ? 

Cardons-nous d'oublier que tout est Vanité 

— t pâture de vent, tout, Science ou Magie. 

négligez Adonis, Osiris, pour Hygie ; 
Mt, sans prendre souci d'Attis ressuscité, 
faissez-vous griser d'air, de gai soleil, d'été, 
Mt brûlez-moi ces dieux de mort en effigie. 

*r]rêle proie arrachée à peine à VAmenti, 
—veillez-vous au prime essor d'Hor-em-Khouti ; 
M uvez à ses rayons YAnkh à pleine poitrine ; 

Cdja soit avec vous, de Senb réconforté ! 
pja veuille de vos maux extirper la racine, 
Mt vous rendre vigueur pour chercher vérité ! 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. ##*###_ 



LXXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE 

Je n'obtins pas plus heureux résultat en vers qu'en prose ; mais 

j'appris que j'avais porté de l'eau à la fontaine 1 Je ne 

me proposais que de le distraire; mais j'avais touché, sans le savoir, 

une corde sensible qui se remit à vibrer Quelques semaines 

après mon retour à Alger, je reçus une lettre anonyme, renfermant 
trois quatrains acrostiches 

>vez-vous quelquefois le soupçon du mystère, 
lorsque, par les soirs vaporeux des lins d'été, 
bdien au-dessus des bruits de la Blanche Cité, 
Msprit libre et hardi, vous songez, solitaire"? 

£?epos, calme, inertie? oh ! non, car bien souvent 
Hout un monde endormi dans vos pensers s'éveille, 
— indou, juif ou chrétien, évoquant la merveille 
étrange du passé toujours mort et vivant. 

p:econnaissez-vous là l'esprit Un qu'on devine 
—nnombrable pourtant dans l'infini de l'ost 
Oosmique, ce Cosmos dont vous êtes le Faust ? 
kj voyez-vous combien l'âme humaine est divine ? 

Pas de signature!!! mais j'avais deviné sans peine Alors je 

lui adressai, également sans signature, les distiques suivants : 

O sphinx ! absque tuo cur nomine carmina mittis? 
Vere auctor patuit callidus arte Faber '-'. 



Iiaud eadem ratio nobis apparet habenda 

Temporis; hic noctem carpit, at ï 1 le diem. 
Te vigilem assiduumque, sopor quando occupât uibem 

Mens rerum exagitat, Vox quoque Praeteriti. 

1. « A ce moment, ajoute M. Héricy, je fis emplette de ['Anthologie 
des Poètes français contemporains, publiée par »i- Walch, chez Delà- 
grave, 3 vol. Dans le tome I, page 107, Biographie de Louis-Xavier de 
Ricard, le nom d'Eugène Lefébure figure parmi les trente-sept collabo- 
rateurs du /'iirnussr contemporain en 1866. » 

2. Faber = le fèvre. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXXVII 

Intima nox tibi fert per amœna silentia vulgi 

Manatque ubertas lactea sideribus. 
Te dudum agnovi Parnassi rnontis alumnum, 

Osque animadverti magna sonare tuum. 
Me juvat alternas rerum observare vices, et 

Nox ubi fit. jaceo; dormit itemque liber. 
Blanda tegrum recréât, mœrentis tsedia mulcet, 

Interdum infundit, somnia grata, jocos, 
Cum luce hesternos mens matutina labores 

Instaurât, scriptis imbuta tota tuis. 
Œdipus Icosii jubeo salvere poetam 

Faustus, si velles Sole fovente frai ! 

Il me répondit par une lettre aussi aimable que gaie. Mais jamais 
il ne consentit à suivre mes conseils bien cordiaux de s'arracher à 
ses études et de ménager ses forces 

La mort seule devait bientôt arracher Lefébure à son 
travail, et lui procurer le repos. Le 27 octobre 1907, il m'écri- 
vait de nouveau au sujet de M. l'abbé Saint Paul, dont la 
situation l'intéressait. Il comptait alors le revoir à son 
cours ; mais ce cours devait être interrompu avant la fin de 
l'année 1907 ; la grippe le ressaisit et l'obligea à prendre 
un congé. Il travaillait chez lui ; il me tenait au courant de 
ses recherches sur le mot ^~? , neb, employé avec le sens de 
cuvette ou bas-fond ; enfin il se préoccupait de la réimpres- 
sion de ses œuvres : 

Je suis 1 entraîné bon gré mal gré (plutôt mal gré à cause de la 
fatigue qui en résulte pour moi) à m'occuper de ma réimpression. 
Maspero m'a déjà fait interviewer de 6 à 7 côtés différents à ce 
sujet. J'ai donné à Leroux quelques mémoires pour les transmettre 
à l'imprimeur 

Je serais fort embarrassé pour entreprendre ma biographie, sur 
laquelle pèse sans interruption l'hostilité de Maspero, car je ne 

1. Lettre de Lefébure à Ph. Virey, du 27 octobre 1907. 



LXXXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE 

saurais guère m'en expliquer dans une publication à lui 1 . Je ne suis 
d'ailleurs guère en état pour le moment d'entreprendre un pareil 
travail, pour lequel, si je m'y décidais, je tâcherais de prendre le 
biais de me borner à l'historique de mes travaux et de mes idées. 
Je vous remercie beaucoup d'avoir bien voulu me renseigner 
sur les annotations à faire aux mémoires republiés, et en outre 
pour le volume de Horrack 2 . J'ai écrit à sa veuve pour lui adresser 
aussi mes remerciements- Je n'ai pas connu beaucoup de Horrack, 

mais dans tous les cas je l'ai vu assez pour apprécier sa science 

et son amabilité. Il m'était très sympathique 

Le 12 novembre 1907, Lefébure m'exposait ses idées sur 
les palettes archaïques d'Egypte, comparées aux churinga 
des Australiens, à l'occasion de la communication faite par 
M. Capart à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 
le 30 août 1907 : 

Je vous remercie beaucoup du renseignement que vous avez bien 
voulu me donner, et qui m'arrive très à propos pour m'épargner une 
petite gaffe, en ce sens que j'allais probablement, après coup, 
donner comme mienne l'opinion de Capart. Voici pourquoi je dis 
■probablement : en m'occupant des palettes archaïques à godet cen- 

1. Il y eut entre Lefébure et M. Maspero un malentendu presque con- 
tinuel. Les lettres de Lefébure, antérieures à 1878, montrent qu'il avait 
fort peu de sympathie pour M. Maspero (voir plus haut, p. xix, note 2). 
Lorsque celui-ci l'eut fait nommer maître de conférences à la Faculté 
'!'•- Lettres de Lyon, el ensuite directeur de la Mission permanente du 
Caire, il lui en fut très reconnaissant, mais il semble qu'il n'ait jamais 
cessé de le craindre; un certain malaise exista toujours dans leurs re- 
lations, malgré les efforts que M. Maspero lit d'abord pour y remédier. 
L'insuccès de la thèse de Lefébure et la mesure brutale dont il fut 
victime au Collège do France augmentèrent encore sa défiance à l'égard 
de M- Maspero, qu'il rendit responsable de ses malheurs. De son côté 
M. Maspero ne semble pas avoh eu l'occasion de connaître ce qu'il y 

t d'aimable dans le caractère de Lefébure, sans doute parce qu'il 
n'y eut jamais entre eux assez d'intimité. 

2. .1" Déméritais pas ces remerciements; je m'étais borné à indiquer 
L'adresse de Lefébure à M"' de Horrack, qui voulait lui offrir elle-même 
un exemplaire du volume de son mari. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXXIX 

tral pour répondre à Naville 1 , j'avais comparé ce godet aux cupules 
préhistoriques signalées depuis assez longtemps par l'anthropolo- 
gie, et comme lesdites cupules ont été étudiées par A. Lang dans 
son livre intitulé Magic and Religion, je me proposais de revoir le 
chapitre spécial où il en parle. Or ce chapitre, que je me rappelais 
d'une manière assez vague, contient une description détaillée des 
churinga de Capart, assimilés aux cupules, de sorte que j'aurais 
été conduit à peu près forcément à rapprocher les churinga des 
palettes. Ces objets bizarres seraient, pour les Australiens, des 
réceptacles d'àmes d'ancêtres, mais je n'oserais pas aller jusque-là 
en ce qui concerne l'Egypte. Je ne sais si Capart l'a fait. Il y a, 
dans tous les cas, analogie de forme 

A la fin de l'année 1907, Lefébure reçut la visite du 
D r Schweinfurth, qui était venu passer l'hiver à Biskra. La 
conversation de l'illustre explorateur l'intéressa vivement, 
et il aurait voulu le voir davantage ; mais il était alors très 
malade de la grippe, et condamné à rester chez lui 2 . 

Il m'écrivit pour la dernière fois le 1 er février 1908, à peu 
près en même temps qu'il m'envoyait son mémoire sur La 
main de Fathma, publié dans le Bulletin de la Société de 
Géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord. Il avait appris 
avec intérêt que je devais donner des conférences sur la 
religion de l'ancienne Egypte à l'Institut catholique de 
Paris ; et bien qu'en principe il ne fit pas de critique., il 
m'écrivait qu'il aurait aimé à lire ces conférences pour en 
rendre compte dans le Sphinx. 

Mais cette lettre du 1 er février fut la dernière que je reçus 
de lui. Ce fut son disciple M. l'abbé Saint Paul qui m'écri- 
vit le samedi 11 avril 1908 pour m'annoncer sa mort : 

Mon excellent maître et votre ami M. Lefébure est mort presque 

1. 11 s'agit du mémoire de M. Naville intitulé Le Dieu de l'Oasis de 
Jupiter Ammon, et publié dans les comptes rendus de V Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres, année 1906, p. 25-32. 

2. Lettre de Lefébure à Ph. Virey, du 28 décembre 1907. 



XC NOTICE BIOGRAPHIQUE 

subitement dans la nuit de jeudi à vendredi ; et ses obsèques auront 
lieu ce soir samedi à 2 h. 1/2. 

C'est un long martyre qui finit Depuis trois mois il ne faisait 

plus son cours, affaibli aussi par le travail et sa vie d'anachorète. 
Rien cependant ne faisait prévoir le coup qui nous frappe si dou- 
loureusement. 

Son fils M. Maurice Lefébure, aide-major à Grenoble, ne pourra 
guère arriver à Alger que dimanche dans l'après-midi. 

La famille qui accompagna Lefébure jusqu'à sa dernière 
demeure terrestre fut sa famille universitaire, composée de 
ses collègues et de ses disciples. Sur sa tombe M. Basset lui 
adressa un dernier adieu au nom de l'École des Lettres, et 
M. Héricy parla au nom de ses anciens élèves. Nous avons 
déjà cité 1 la première partie de son discours, relative à l'en- 
seignement du maître : M. Héricy terminait par ces paroles : 

M. Lefébure était un laborieux, un infatigable. Le travail était 
pour lui un besoin, jamais assouvi. Il travaillait le jour, mais il 
prolongeait sa veille fort tard dans la nuit, et disputait au sommeil 
des heures qui, pourtant, consacrées au repos, eussent été répara- 
trices. 

Depuis deux ans qu'il était en butte aux assauts répétés de la 
maladie, il ne se plaignait point de ses souffrances. Cependant un 
jour je le trouvai véritablement triste et accablé, ("était lorsqu'une 
phlébite le condamna à l'immobilité complète pour de longues 
semaines. Il venait de constater avec douleur que sa vue se 
brouillait et que toute lecture lui devenait impossible. Mais lorsque 
plus tard ses yeux reprirent leurs forées, il se sentit renaître. Il lui 
sembla que c'était le signe du retour définitif à la santé, et nous 
aussi nous nous primes à espérer que c'était la convalescence tant 
désirée. 

Hélas 1 notre illusion ue devait pas être de longue durée ! Ce 
sommeil qu'il ne s'accordait qu'avec tant de parcimonie, il y est 
maintenant plongé pour jamais. Et nous pleurons notre excellent 

1. Voir plus ii.nii . p. lix. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE XCI 

maître; et emportant au fond de nos cœurs les traits de cette figure 
si expressive et pourtant sereine, reflet d'une âme haute, nous 
avons conscience de conserver la vivante image d'un sage. 

Lefébure a beaucoup souffert ; mais l'amour de ses disciples 
a dû faire sa consolation et sa gloire. L'admiration de ses 
collègues ne lui a pas non plus fait défaut 1 ; elle lui a été 
clairement affirmée lors des Congrès de 1905 ; et il a pu sans 
vanité se dire dans ses dernières années que, si sa vie n'a pas 
été heureuse, elle n'a pas été inutile. 

1. On ne peut en effet, comme l'a fait observer Ernst Andersson, con- 
sidérer sans admiration le nombre des problèmes égyptologiques que 
Lefébure a définitivement résolus. 



HYMNES AU SOLEIL 1 



AVANT-PROPOS 



Les hymnes qui suivent sont extraits du Livre sacré de 
l'antique Egypte, appelé Rituel funéraire par Champollion, 
et Todtenbuch, c'est-à-dire Livre des Morts, par M. Lep- 
sius. Les Égyptiens le nommaient Chapitres pour sortir le 
jour, ou du moins je pense qu'ils le nommaient ainsi, car 
son titre n'a pas encore été traduit de cette manière. 

Ce livre est un recueil de formules et de prières que le 
défunt, pour devenir un élu, devait savoir par cœur sur la 
terre, ou posséder par écrit dans l'hypogée. Grâce à l'effi- 
cacité de ces chapitres, il repoussait les serpents, les croco- 
diles et les monstres de l'autre monde, il pouvait revenir 
sur la terre et prendre les formes qui lui plaisaient, il deve- 
nait immortel, il recouvrait son cœur et sa bouche, son âme 
et son corps étaient réunis, il montait avec les dieux dans la 
barque du Soleil, il recevait une demeure, des champs et 
beaucoup de nourriture dans les plaines arrosées de l'Aaur, 

1. Publié dans la Bibliothèque internationale universelle, Paris, 
1870, t. II, p. 189-193. C'est, avec quelques modifications légères, la 
traduction que Lel'ébure avait déjà donnée, en même temps que le texte 
hiéroglyphique et un commentaire dans son ouvrage intitulé Traduc- 
tion comparer des Hymnes au Soleil composant le XV e chapitre du 
Rituel funéraire éfjuptien, Paris. Vieweg, 1868, in-4 u . — G. M. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 1 



2 HYMNES AU SOLEIL 

L'Elysée égyptien, il franchissait les portes de ce paradis, 
gardées par les dieux armés dont il lui fallait connaître les 
noms, enfin il faisait tout ce qu'il voulait. Mais, pour ob- 
tenir ces avantages, il fallait encore que le défunt fût déclaré 
juste par Thoth, après avoir été pesé dans la balance de la 
justice devant Osiris. Sinon, il subissait différents supplices, 
qu'on appelait la seconde mort. 

Le chapitre xv, le plus poétique de tous, contient les 
hymnes au Soleil que nous publions. Il rend, d'une façon 
assez complète et assez claire l'idée que les Egyptiens se 
faisaient du plus grand de leurs dieux, et l'explication peut 
s'en résumer ainsi : 

Le dieu Soleil, Ra, nommé Horus des deux horizons, 
Haremkhu à son lever, et Tu m ou Atum à son coucher, 
est le dieu suprême, Khepra, chef des dieux et père de dieux, 
qui a formé lui-même ses membres, qui s'est créé et qui a 
créé les Paut-Neteru, c'est-à-dire la société des dieux qui 
raccompagnent. 11 s'engendre lui-même au sein de sa mère 
Nu, le Ciel, que les Egyptiens regardaient comme un abîme 
d'eaux, le Non. (Le chapitre xvn fait du Nun le Soleil lui- 
même, créanl ses membres pour être les dieux qui le sui- 
vent.) Sur cette mer d'en haut, le Soleil vogue dans sa 
barque, dirigée par les Akhimu Seku et les Akhimu Urtu, 
astres dont le nom est d'un sens très incertain. Dans son 
coins, le Soleil triomphe de ses adversaires et anéantit le 
serpent Apap, une des personnifications du mal. 

Arrivé a la montagne occidentale, sa mère, le Ciel, le re- 
çoit dans ses bras; son poreTanon, que je croisètre la Terre, 
le soutient, et il secouclie dans la demeure de Sakar, c'est-à- 
dire d'Osiris infernal, qui est une (\<^s formes solaires; la 
contrée mystique du couchant rs\ Manun, Aker, Ta-ser, le 
Kher-neter, le pays ^\>- la Vie, et l'Amenti, c'est-à-dire l'oc- 
cident, lieu où résidenl Osiris et les âmes ^\(^ morts, les- 
quelles, après leur justification, s'identifient avec ce dieu et 
prennent son qoeq. C'est, pour ce motif que le Rituel, en 



HYMNES AU SOLEIL 6 

parlant du défunt, dit toujours : l'Osiris un tel justifié. 
Les lecteurs qui voudront bien parcourir le chapitre que 
j'ai traduit jugeront eux-mêmes de sa beauté, relative ou 
réelle. Je ferai remarquer seulement, au sujet de la forme 
de ces hymnes, que les Égyptiens songeaient peu à composer 
leurs poèmes : au lieu d'en grouper les détails de manière a 
produire un effet voulu, ils ne faisaient guère que les réunir, 
sans beaucoup d'ordre, suivant les hasards de la verve ou 
de la mémoire. Ils ne connaissaient pas non plus, à propre- 
ment parler, la versification, mais ils usaient- de certains 
artifices qui la rappellent, et dont le plus important est le 
parallélisme, c'est-à-dire le rapprochement d'idées sem- 
blables rendues par des mots différents et des tournures 
analogues. L'hymne qui commence à la ligne 18, par 
exemple, se compose, surtout vers la lin, de parallélismes 
serrés, espèces de distiques rimant, non par le son, mais par 
le sens : 

Toi, le grand dominateur dans la barque, — le très terrible dans 

[l'arche, 
Rends heureux l'Osiris justifié dans le Kher-neter, — fais qu'il 

[soit dans l'A menti, 
Qu'il maîtrise le mal, — qu'il surveille l'iniquité, 
Place-le parmi tes saints zélateurs, — réunis-le aux âmes qui sont 

[dans le Kher-neter, 
Qu'il parcoure la campagne de l'Aaur, — et qu'ensuite il voyage 

[en triomphe ! 

On peut voir là aussi, comme dans les versets hébraïques, 
l'ébauche d'un vers blanc très libre, coupé d'une césure à 
peu près régulière et animé par des oppositions qui, dégé- 
nérant parfois en répétitions, rappellent alors les vers inu- 
tiles ou faibles qu'amène la rime dans nos poésies modernes. 
Ces phrases cadencées, qui rendent le style plus saisissant 
et plus nombreux, ne sont jamais obligatoires et ne se pré- 
sentent que dans les endroits où l'auteur était échauffé par 



4 HYMNES AU SOLEIL 

son sujet, à peu près comme les chants ou les vers dans les 
pièces théâtrales de l'Inde ou de la Chine, et les alexandrins 
moins brisés dans nos drames de 1830. 

Outre le verset, les Egyptiens employaient encore les 
assonances, rimes immédiates dont le chapitre xv offre 
quelques exemples, et les refrains, surtout en tète des 
phrases, comme dans les invocations au Soleil couchant de 
ce même chapitre, et dans la poésie connue sous le nom de 
Stèle de Toutmès III, où, pendant une dizaine de lignes, 
deux refrains différents commencent tour à tour les versets. 
Les bis sont fréquents aussi dans les textes. Ce sont bien là, 
mais épais, sans lien ni règle, tous les éléments du système 
rythmique. Le rythme a pour but d'exprimer le retour 
d'une impression agréable, et la véritable versification, 
c'est-à-dire le raffinement du rythme, n'apparaît guère dans 
l'extrême antiquité que chez les peuples à imagination déli- 
cate, comme les Indous et les Chinois. 



HYMNES AU SOLEIL 



ADORATION OE RA HAREMHKU 

lorsqu'il sk lève à l'horizon ORIENTAL DU CIEL 

L'< )>i ris Aufankh justifié dit : « Ra, seigneur du rayon- 
nement, brille sur la face de l'Osiris Aufankh justifié ! Qu'il 
soit adoré au matin el qu'il se couche le soir, que son âme 
sorte avec toi vers le ciel, qu'il vogue dans la barque, qu'il 
aborde dan- l'arche, qu'il s'élève comme les Akhimu Urtu 
dans le ciel. » 



HYMNES AU SOLEIL 5 

L'Osiris Aufankh justifié dit, en invoquant le Seigneur de 
l'éternité : « Salut à toi, Ra-Haremkhu-Khepra, qui existes 
par toi-même ! Splendide est ton lever à l'horizon, les deux 
mondes s'illuminent de tes rayons. Tous les dieux se ré- 
jouissent en voyant le roi du ciel. La déesse Neb-Un est 
établie sur ta tête, le diadème du Midi et le diadème du 
Nord sont établis sur ton front, elle se place devant toi; 
voilà qu'elle est attentive, à l'avant de la barque, à châtier 
pour toi tous tes adversaires. Ceux qui sont dans le ciel in- 
férieur viennent au devant de ta sainteté pour voir ce bel 
emblème qui est le tien. Je viens à toi, je suis avec toi pour 
voir ton disque chaque jour. Je ne suis pas enfermé, je ne 
suis pas repoussé. Mes membres se renouvellent à l'éclat de 
tes beautés, comme tous tes fidèles, car je suis un de ceux 
qui sont tes favoris sur la terre. J'arrive à la terre des siècles, 
je rejoins la terre de l'éternité; toi, voilà que tu as voulu 
pour moi, ô Ra, que je sois ainsi comme chaque dieu. » 

L'Osiris Aufankh justifié dit : « Salut à toi, qui brilles à 
l'horizon le jour, et qui parcours le ciel uni à la déesse Ma' ! 
Tous les humains se réjouissent de te voir marchant dans 
ton mystère vers eux. Toi qui leur es donné au matin de 
chaque jour, ils prospèrent, ils progressent avec ta sainteté, 
ceux qui sont éclairés de tes rayons. Or inconnu ! Incompa- 
rable est ton éclat ! C'est le pays des dieux ! On y voit toutes 
les couleurs de l'Arabie. Dieu apprécié par ceux qui ont les 
mystères devant eux, tu étais seul formé lorsque tu prenais 
naissance sur le Nun. Puissé-je marcher comme tu marches, 
et ne pas m'arrêter, pareil à ta sainteté, ô Soleil, qui n'as 
pas de maitre ! Grand voyageur par les millions et les cen- 
taines de mille d'aturs, en un petit instant tu les parcours; 
tu te couches et tu subsistes. Les heures ou les jours comme 
les nuits, tu les multiplies; tu subsistes suivant la règle que 
tu t'imposes, te faisant toi-même le matin Ra qui te lèves 
à l'horizon. » 

1. Déesse de la Justice et de la Vérité, 



6 HYMNES AU SOLEIL 

L'Osiris Aufankh justifié dit, en t'adorant le matin quand 
tu brilles, il te dit quand tu resplendis : « Dieu adoré lorsque 
la forme s'élève. Dieu dominant on grand par cette beauté 
qui est la tienne, toi qui as formé et fondu tes membres, qui 
t'enfantes et n'es pas enfanté à l'horizon, toi qui brilles du 
haut des cieux, fais que je parvienne au-dessus des siècles, 
dans la demeure de tes favoris, que je sois réuni aux Esprits 
augustes et parfaits du Kher-neter, que je sorte avec eux 
pour voir tes beautés à ton lever et le soir, lorsque tu te 
réunis à ta mère Nu et que tu places ta face vers l'occident. 
Mes bras sont en adoration à ton coucher dans le pays de la 
Vie. Toi, en effet, auteur des siècles, qui es adoré à ton 
coucher dans le Nun, celui qui te place clans son cœur sans 
se relâcher, tu le divinises plus que tous les dieux. » 

L'Osiris Aufankh justifié, fils de Sa-t-khem justifiée, dit : 
« Gloire à toi, qui brilles dans le Nun, qui as illuminé les 
deux mondes le jour où tu es né, enfanté par ta mère de sa 
propre main! Tu les illumines, tu les divinises, grand illu- 
minateur qui brilles dans le Nun ! Toi qui organises tes 
familles par l'irrigation, toi qui mets en fête les nomes, 
toutes les villes et tous les temples, bienfaisant par tes 
bontés ! Toi qui prépares les aliments el la nourriture déli- 
cieuse, loi, le tics redoutable, le maître des maîtres, qui 
détruis toul refuge pour l'iniquité, toi, le grand dominateur 
dans la barque, le très terrible dans l'arche! Rends heu- 
reux l'Osiris Aufankh justifié, fils do Sa-t-khem justifiée, 
dans le Kher-neter, fais qu'il soit dans l'Amenti, qu'il maî- 
trise le mal, qu'il surveille l'iniquité, plâce-le parmi tes 
saints zélateurs, qu'il se joigne aux Esprits qui sont dans le 
Kher neter, qu'il parcoure h campagne do l'Aaur, el qu'en* 
suite il voyage <'n t riomphe. » 

L'Osiris Aufankh justifié, lils d<- Sa t khem justifiée, dit : 
" J'apparais au ciel, }>- traverse le in marnent, je m'agenouille 
auprès des astres; il m'est fait appel (\c la barque, je suis 
demandé du navire; j<' contemple Ra dans son sanctuaire, 



HYMNES AU SOLEIL 7 

je fais coucher son disque chaque jour; j'aperçois YAn\ eu 
sa forme, sur le courant d'eau sortant semblable au métal 
Mafek, j'aperçois YAbet à son instant. Le malfaiteur est 
abattu lorsqu'il se dispose à me frapper de coups sur la 
nuque. Je t'ouvre, ô Ra, avec un vent favorable, la barque, 
et elle vogue, elle arrive au port. Les nochers de Ra se ré- 
jouissent en le voyant, la maîtresse de la vie a le cœur dans 
les délices, elle abat les ennemis de son maître. Je vois Horus 
au gouvernail et Thoth avec ses bras. Tous les dieux se ré- 
jouissent de voir ce dieu venant en paix et béatifiant les 
cœurs des mânes. 

II 

ADORATION DE RA 
QUAND IL SE COUCHE DANS LE PAYS DE LA VIE 

L'Osiris Aufankh justifié, fils de Sa-t-khem justifiée, est 
avec eux dans l'Amenti, son cœur est dans les délices. 

L'Osiris Aufankh justifié, (ils de Sa-t-khem justifiée, dit : 

« Salut à toi, qui es venu en Tum, et as été le créateur 
des dieux ! 

Salut a toi, qui es venu en âme des âmes saintes dans 
l'Amenti! 

Salut à toi, supérieur des dieux, qui illumines le ciel 
inférieur par tes beautés ! 

Salut à toi, qui viens dans les splendeurs, et qui voyages 
dans ton disque ! 

Salut à toi, plus grand que tous les dieux, dominant au 
ciel d'en haut, gouvernant au ciel d'en bas ! 

Donne les souffles délicieux de l'air à l'Osiris Aufankh. 

Salut â toi, qui pénètres au ciel inférieur et disposes de 
toutes les portes ! 

1. L'An et YAbet étaient probablement des poissons de l'Océan 
céleste. 



8 HYMNES AU SOLEIL 

salut à toi, parmi les dieux, appréciateur des paroles dans 
le Kher-neter ! 

Salut à toi, qui es dans ton nid, créateur du ciel intérieur 
par ta vertu ! 

Salut a toi, dieu grandi, magnifié! Tes ennemis tombent 
au lieu de leur supplice. 

Salut à toi, tu as massacré les coupables, tu as anéanti 
Apap! 

Donne les souilles délicieux de l'air a 1 Osiris Aufankh 
pistil ii''. 

Il ouvre l'Amenti, Haroëris 1 le grand dieu qui ouvre la 
terre, le grand dieu qui se couche dans la montagne de l'oc- 
cident, qui illumine le ciel d'en bas, par ses splendeurs, et 
les aines, dans leurs demeures secrètes, en éclairant leurs 
sépulcres. Lançant le mal contre le coupable, tu anéantis 
l'ennemi. » 

. L'Osiris Aufankh justifié, fils de Sa-t-khem justifiée, dit 
en adorant Ra-IIaremkliu, quand il se couche dans le pays 
de la Vie : « Gloire a toi, Ka, gloire à toi, Tum, quand tu 
viens redevenu beau, couronné, puissant! Tu traverses le 
ciel, tu passe- sur la terre, tu arrives au haut du ciel dans 
la clarté. Les deux régions s'abaissent devanl toi et te glo- 
rifient; les dieux de l'Amenti se réjouissent de tes beautés. 
Tu es adoré par les demeures mystérieuses, cl les grands te 
font (\^> offrandes, eux qui ont été créés par toi. le salut du 
inonde. Tu es conduit par ceux (pli habitent l'horizon, tu es 
mené par ceux qui sont dans l'arche divine, et ils disent : 
Gloire au retour de Ta Majesté! Viens, viens, arrive en 
paix ! 

Honneur a toi, acclamation a toi, seigneur du ciel, roi 
d'Aker! Ta mère Nu te serre dans ses bras, voyanl son lils, 
• ■il toi, en seigneur de la crainte, très terrible, se couchant 
la nuit dans le pays de la Vie. Ton père Tanen te porte, il 

1. Horus L'alné, I' 1 Soleil. 



HYMNES AU SOLEIL 9 

étend ses bras derrière toi, qui es devenu divin sur la terre. 
Tu es confié par lui aux zélateurs de l'Osiris Aufankh justi- 
fié, fils de Sa-t-khem justifiée, en paix, en paix : c'est Ra 
lui-même! » 

On dit ces paroles lorsque Ra se couche dans le pays de 
la Vie, en abaissant les bras. 

L'Osiris Aufankh justifié, fils de Sa-t-khem justifiée, dit 
en adorant Tum quand il se couche dans le pays de la Vie et 
envoie ses clartés au ciel inférieur : « Salut à toi, qui te 
couches dans le pays de la Vie, père des dieux, qui rejoins 
ta mère dans Manun et es reçu dans ses bras chaque jour, 
quand ta sainteté renait dans la demeure de Sakar, joyeux 
d'amour. Tu ouvres les portes à l'horizon, tu te couches 
dans la montagne de l'occident, et tes lueurs sillonnent la 
terre pour illuminer les mânes : ceux qui sont au ciel infé- 
rieur poussent des acclamations et prennent confiance en te 
voyant chaque jour. Tu donnes le repos aux dieux sur la 
terre : ils sont tes serviteurs et ta suite, âme sainte, toi qui 
as engendré les dieux et qui es investi de tes facultés, grand 
aine inconnu dans son mystère! Que ta face soit favorable à 
l'Osiris Aufankh justifié, fils de Sa-t-khem justifiée, Khepra, 
père des dieux ! » — On ne soutire jamais, grâce à ce livre 
qui me donne la stabilité. Celui qui écrit cela dit : « Que mon 
cœur ait le repos en récompense, qu'il me soit donné de 
disposer des pains et des breuvages, et que je sois réuni, 
après la durée de ma vie, a ce livre écrit pour la grande 
paix du cœur. » 






LE « FER M HROU » 

ÉTUDE SUR LA VIE FUTURE CHEZ LES ÉGYPTIENS 



M. Chabas a bien voulu m'engager à compléter tes expli- 
cations que j'ai déjà présentées sur le titre du Livre des 
Morts. Le sujet est difficile, et demande pour être bien traité 
une érudition sérieuse et une critique sûre. Si j'y reviens, 
malgré le sentiment de mon insuffisance, c'est que je crois 
pouvoir, par le groupement des textes, poser comme elle 
doit l'être une question d'autant inoins claire pour nous 
qu'elle l'était plus pour les Égyptiens. Ceux-ci, familiers 
avec l'expression per ni hrou, ne se donnaient guère la peine 
de la développer, et pourtant, puisqu'elle reste obscure par 
elle-même, son vrai sens ne peut apparaître que dans les 
détails accessoires qu'elle comporte et qui l'accompagnent. 
De pareils indices, en montrant l'ordre d'idées auquel elle se 
rapporte, restreindront le nombre des interprétations qu'on 
en donne ou qu'on en peut donner. 

1. Extrait des Mélanges ègyptologiques de Chabas, IIP série, t. II, 
p. 218-241. Un tirage à part de cinquante exemplaires en a été publié 
à Chalon-sur-Saône, chez Dejussieu, 1873, in-8 J , 24 p. — G. M. 



12 LE « PER M HROU » 



LA SORTIE ET LA RENTREE DANS LE MONDE SOUTERRAIN 

On sait que le Livre des Morts ou Todtenbuch, d'après 
le nom donné a l'exemplaire qu'en a publié M. Lepsius, est 
un recueil de textes qu'on plaçait souvent dans les tombeaux 
avec les momies, et qui avait pour but de procurer au mort 
les avantages d'une vie heureuse clans l'autre monde : ces 
avantages sont désignés d'une manière générale par le per 
m /trou, qui est le résumé du livre, puisqu'il en est le titre. 

La sortie m hrou se rattache certainement à la résur- 
rection, car l'entête du Todtenbuch porte : Commencement 

des chapitres pour sortir m hrou et relever f I ~\ ) les 

élus dans la Kher-neter, et le titre du chapitre 17 : Textes 
pour releoer les élus, faire entrer et sortir dans la Kher- 
neter, et.-. Le chapitre 31 dit que le défunt sort m hrou et 
marche sur la terre comme un vivant (1. 11 et 12) ; le cha- 
pitre 65, qui procurait la sortie m hrou, fait dire je me tiens 
sur mes jambes (1. 3) à l'élu que le chapitre 68, conçu dans 
le même sens, représente comme maître de son cœur, de sa 
bouche, de ses lu-os et rie ses jambes (1. 7), puis comme se 
levant <'i sa droite , se plaçant à sa gauche, et réciproque- 
ment (1. 8). Au chapitre 68, il sort m hrou et marche sur 
ses jambes (1. 6), expression que répète à peu près le titre 
du chapitre 92, qui ajoute dans le texte : Mon pas s'arque, 
mes jambes se lèvent, je jais le grand voyage (1. 2). Le cha- 
pitre 142 esl un livre pour perfectionner l'élu, le faire 
marcher, élargir ses pas\ le faire sortir m hrou, etc. On 
lit de même : Chapitre pour faire que Velu soit maître de 

1. Élargir ses pas es! un idiotisme de la langue égyptienne qui signiflç 
marcher lil>rrni<>,u. harâtimenU — (F. Chabas.) 



LE (( PER M HROU » 13 

ses jambes dans la Kher-neter, aux anciens Textes du Livre 
des Morts (Lepsius, pi. 43, 1), où cxovx /Ç\ 



i 

i i a rn 

marcher m hrou (pi. 34, ligne 12), varie avec <=> ^|\ 

v ou vfck. nt sor ^' r m nrou c* u m ra (pl- 21, 15, et 
8, 58). La marche symbolisait la vie : Tu ne marches plus, 
tu es mort, ô intendant Mentouhotep. Lève-toi avec ta 
personne ( ) ; plus loin, un texte correspondant à 

q A/WW\ » < I 

9 , pi. 25 et 26 : O intendant Mentouhotep, marche 

e£ ws/ (anciens Textes, pi. 5, 12 et 13). L'auteur du traité 
D'Isis et d'Osiris (62) cite une légende qui se rapportait sans 
aucun doute à la renaissance du Soleil, le seigneur ressuscité 
sortant de la nuit (ch. 64, 2), à qui l'on rendait la possession 
de ses jambes (ch. 145, 79), et d'après laquelle Isis aurait 
décollé les jambes de Jupiter. C'est bien là ce que le cha- 
pitre 74 appelle ouvrir les jambes et sortir de terre (titre). 
Le dernier exemple montre, avec quelques-uns de ceux 
qui précèdent, le défunt ressuscité quittant la région sou- 
terraine : la sortie m hrou n'était pas autre chose. Le cha- 
pitre 17, aux anciens Textes, est intitulé : Chapitre pour 
sortir m hrou de la Kher-neter. Au Todtenbuch, les cha- 
pitres 72 et 73 s'appellent : l'un, Chapitre pour sortir m 
hrou et traverser A mmah (titre qui se retrouve dans le beau 
pnpyrus sans nom de la salle funéraire au Louvre) ; le se- 
cond, Chapitre pour traverser l'Amenti m hrou et traverser 
Ammah, ce qui fait de per m hrou et de uba A menti m 
hrou deux manières de parler très voisines. La rubrique du 
chapitre 86 {Todtenbuch et papyrus sans nom) promet que 
celui qui saura le chapitre sortira m hrou de la Kher-neter 
et entrera après sa sortie, tandis que celui qui ne le saura 
pas n'entrera point après sa sortie, et ne pourra pas sortir 
m hrou, phrase que les anciens Textes abrègent ainsi à la 
suite du chapitre 17 : (Celui qui sait) ces chapitres entre 
dans l'Amenti après qu'il est sorti, celui qui ignore ce 



14 LE « FER M HROU » 

chapitre n'entre pas (dans l'A menti ) et ne sort pas, car il 
tie le peut (pi. 19, 60 et 61). 

Cette formule prouve que la sortie m hroa n'était pas dé- 
linitive, mais temporaire : on sortait et on rentrait dans la 
demeure infernale, cette demeure que Yâme bâtit dans 

Tattou (eh. 124, 1), c'est-à-dire dans la terre, | -'-«= Z, 

Un U ^^f 

comme le montre le chapitre 153 qui lui est consacré : Les 
Savants, /ils de leurs pères (les Sesennou), te rendent 
hommage quand ils voient que S ho a t'a livré l'ennemi, 
et A nabis acclame l'Osiris véridique, qui a bâti dans la 
terre sa demeure ayant ses fondations dans An et son 
enceinte dans Kherau. Le dieu qui est dans Sekhem l'a 
/teinte et embellie. Les hommes y apportent des offrandes 
pour elle sur leurs épaules, et Osiris dit aux dieux qui 
sont à sa suite : Venez voir ta construction de ce palais 

(/\ /WW\A \ 
y j renouvelé 

parmi vous, etc. ; il amène du bétail par la porte du sud 
et des grains par celle du nord, (1. 1 à 5). Le Siiaï n sinsin 
(édition Brugsch, p. 21) dit aussi quel'élu se bâtit un pylône 
dans la Kher-neter, et le chapitre 47, qui représente en 

effet, comme le 132 e , la résidence du défunt f jj et j 
sous la forme d'un pylône, empêchait qu'elle ne fût ravie 
à son maître. 

Celui qui avait appris de son vivant, ou qui possédait par 
écrit sur son cercueil, les chapitres 1 ou 72, sortait m hrou 
de celte demeure ( | ), de même qu'il y rentrait sans 
être repoussé. La demeure est distincte du tombeau, puis- 
qu'elle est bâtie par le mort ou par sou âme, mais la nuance 
n'esl pas toujours marquée, et ailleurs c'est du monument 
funèbre (lift I ) qu'on sort m hrou (ch. 92, titre). Sur 
une stèle portant le nom d'Achéri (Musée du Louvre, C 55), 
le défunt demande la faculté de sortir et d'entrer dans sa 
chapelle funéraire } a a /v <=> (1 j [ I 



LE « PER M HROU » 15 

La sortie m /trou était donc suivie de la rentrée soit dans 
le tombeau, soit dans le palais de l'élu, ou d'une façon plus 
générale dans la région souterraine; aussi faut-il voir une 
expression abrégée de cette doctrine dans les titres qui 
disent : Chapitre pour entrer et sortir, ou pour entrer 
après être sorti, ou pour entrer après être sorti dans la 
Kher-neter (cli. 120 à 122), de même que dans les phrases 
nombreuses qui mentionnent l'entrée et la sortie. Ainsi le 
chapitre 1 dit : Faire sortir m hrou et ressusciter les 
mânes dans la Kher-neter,, tandis que le chapitre 17 a : 
Ressusciter les mânes et faire entrer et sortir dans la 
Kher-neter, ce que rend avec plus de concision le chapitre 41 : 
J'entre et je sors en ressuscitant, ~p ^ a nft (1. 2). Le 
titre sortir m hrou et être maître de ses ennemis (ch. 65) 
ne paraît pas différer beaucoup de sortir contre ses ennemis 
de la Kher-neter (ch. 11, titre), et le parallélisme traverser 
l'A menti m hrou et traverser Ammali (une des parties ou 
même ici un des noms de l'Hadès) se retrouve sous la forme 
déjà citée : sortir m hrou et traverser Ammali, comme 
dans sortir vers le ciel et traverser Ammali (ch. 115, titre). 
Un chapitre pour entrer et sortir dans la Kher-neter, au 
papyrus sans nom du Louvre, dit : Son âme sort avec les 
vivants, il sort m hrou, il est puissant, etc. Enfin, une 
phrase qui représente, au chapitre 68, l'Osiris véridique 
sortant vers tous les endroits où son cœur désire aller (1. 3). 
a pour variante aux anciens Textes : L'Osiris véridique 
sort m hrou, ou marche m hrou vers tous les endroits, etc. 
(pi. 21, 15, et 8, 58). Au chapitre 99, l'élu, d'après le texte, 
sort m hrou sous toutes les formes qu'il veut (1. 32), et, 
d'après la rubrique, sort de l'Elysée sous toutes les formes 
avec lesquelles il veut sortir (1. 34). 

Rien ne montre, au surplus, que les Égyptiens aient dis- 
tingué deux manières de sortir, et l'idée d'ouverture, cor- 
rélative de l'idée de sortie avec laquelle elle varie dans le 



16 LE (( PER M HROU » 

s^ 5 * ' <==* ) , figure sans ditîé- 

rence appréciable d'expression dans les textes qui annoncent 
la sortie m hrou, comme dans ceux qui parlent simplement 
de sortir. On trouve, par exemple, d'une part : 

a Je traverse le monde souterrain, je vois mon père 

« Osiris , j'ouvre tous les chemins qui sont au ciel et 

» dans la terre , je voyage (ch. 73 et 9 pour traverser 

» l'Amenti m hrou et traverser Ammah) ; ouvrez à moi et 
» à la déesse qui est avec moi ! (ch. 122, 1-, pour entrer et 
» sortir dans la Kher-neter). Ouvre(-toi) ! retraite de ceux 
» qui sont dans le Noun ! (ch. 67), etc. » 

Et d'autre part : 

« J'ouvre le monde souterrain et je sors m hrou (ch. 2, 3) ; 
» ouvre-toi, ouverture! ferme-toi, fermeture de la mort! 

» J'ai ouvert l'ouverture à mon âme ; j'ai livré passage 

» à mon âme (ch. 92, 1 et 3, pour ouvrira l'âme et sortir 
» m hrou), et j'ai ouvert les portes du ciel, de la terre, et 
)) les verrous de Seb (ch. 68, 1, pour sortir m hrou), etc. » 

Ce dernier début est analogue à celui du chapitre 130 
{ouvre ciel! ouvre terre ! etc.), qui faisait descendre, , dans 
la barque de Ra. La descente dans la barque équivaudrait 
par conséquent à la sortie m hrou. En eiïet, les chapitres qui 
se rapportent à. la barque solaire mentionnent comme les 
autres l'ouverture des portes : J'ai ouvert les portes dans 
Sekhem (ch. 98, 6 et 7) : ô Ra, en ton propre nom de Ra! 
quand tu ouvres la retraite mystérieuse d'Ammah, joie du 
cœur des dieux, oh! donne-moi mon e<vur(o\\. 101, 4 et 5) ! 
J'ai ouvert la retraite du Nil et frayé le chemin au disque 
(ch. 100, 1) ; Isis a préparé le chemin de Ra (ch. 133, 2). 

L'entrée dans la barque du Soleil était une ùo* suites de 
la résurrection. Thoth comptait l'élu pour sortir (de l'Hadès) 
et entrer dans la hurijiie (ch. 129, 9). Bien qu'il y ait là 
comme une nouvelle doctrine, qui n'apparaît d'une manière 
assez tranchée que vers le milieu du Livre des Morts, on 



LE (( PER M HROU » 17 

trouve cependant des traces de la même croyance dans les 
autres chapitres. Ceux qui mentionnent simplement la sortie 
ou l'entrée et la sortie disent : J'ai navigué au ciel, j'ai 
franchi la terre (ch. 48 et 10), et je suis sorti et je suis 
descendu dans le naos qui est dans la barque de Ra 

(ch. 67, 2) ; au chapitre 122, le défunt qui navigue, J ^£\ ^ç 
(1. 2), donne les noms mystiques de certaines parties de la 
barque; au chapitre 119, 2, il s'écrie : Lève-toi, Osiris, par- 
cours le ciel avec Ra! ce qui signifie navigue a ver Ra, 
comme au chapitre 131 la phrase du titre : arriver au ciel 
près de Ra, devient dans le texte descendre dans la barque, 
et naviguer en paix vers VAmenti (1. 6 et 7). Par contre, les 
chapitres de la barque mentionnent quelquefois le per m 
hrou : il sort m hrou comme Horus (ch. 136, 14), et on sort 
m hrou sous toutes les formes qu'on veut (ch. 99, 32). Les 
chapitres du per m hrou parlent aussi de la navigation du 
défunt dans la bari céleste : Ra le passe en barque par ses 
soins (ch. 148, 21), et /'/ marche à la barque sans que son 
âme soit écartée d'avec son maître (ch. 1, 19 et 20). 

L'idée de ne pas être repoussé est commune aux trois 
espèces de chapitres étudiés ici. Le chapitre 1, 18, a : Je ne 
suis pas repoussé pour voir les seigneurs du monde souter- 
rain, et le chapitre 125 (pour entrer dans la grande salle 
de la Justice) : on nest écarté ( ~ Q IO v ) d'aucune 

\ A/vwv\ I —21 / t r*r\\ 

porte de VAmenti, et on est remorqué avec les /vis (1. 69). 
Le défunt demande, au chapitre 100, à n'être pas séparé 
( ' ^j] |0%) de la barque (1. 4), et au chapitre 130 (pour 

V /VWM I -Il ) , A 

faire entrer dans la barque de Ra), a n être pas repousse 
loin de Ra et d'Osiris (1. 5 et 6), à n'être pus repoussé de 
l'horizon ou de Ra (1. 13), ci n'être pas écarté, à n'être pas 
repoussé (1. 22, etc.). 

Les rapprochements qui précèdent montrent qu'il n'y 
avait en réalité qu'une manière de sortir, mais qu'on l'ex- 
primait de différentes façons. Le Livre des Morts est rempli 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 2 



18 LE « PER M HROU » 

d'allusions à la sortie, à la rentrée, à l'ouverture des portes, 
etc., allusions qui prouvent jusqu'à l'évidence que le pèr m 
hrou consistait à quitter l'Hadès. On sortait de la Kher-neter, 
de Rosta, de l'Amenti, d'Ammah, de la campagne d'Aarou, 
du monument funèbre, de la terre (cli. 74), de la contrée 
d'Apap (ch. 99), de la salle de la Justice (ch, 125, pi. 50 du 
Todt.), du monde souterrain, d'avec les sujets d'Osiris 
(ch. 2), de la vallée mystérieuse (ch. 148), etc. On entrait 
réciproquement dans la Kher-neter, dans Rosta, dans 
l'Amenti et le bassin d'Osiris (ch. 122), vers les magistrats 
d'Osiris (ch. 124), par la porte des Mânes (ch. 107), dans la 
salle de la Justice (ch. 125), dans Sekhem (ch. 64, 29), dans 
la campagne d'Aarou (anciens Textes, pi. 10, 31), dans la 
terre (ici, pi. 36. 37), etc. Cette double idée est développée 
au chapitre 1 et résumée au chapitre 125. Le chapitre 1 
dit : « vous qui ouvrez les chemins, ô vous qui préparez 
» les voies aux âmes accomplies dans la demeure d'Osiris, 
» ouvrez les chemins, préparez les voies â l'Osiris véridique 
» auprès de vous ! Qu'il entre par cette porte dans la demeure 
» d'Osiris ! lui qui entre en chancelant, qu'il sorte en paix, 
» l'Osiris véridique ! qu'il ne soit ni repoussé ni écarté ! 
» qu'il entre favorisé, qu'il sorte aimé ! etc. (1. 13, 14 
» et 15). » 

Le second texte s'adresse ainsi à Osiris : « Accorde-moi 
» de traverser le chemin de la nuit, de me réunir à tes ser- 
» viteurs qui sont dans le inonde souterrain, d'entrer et de 
o sortir dans Rosta et dans la grande salle de Ma-li, ainsi 
» que d'ouvrir Amman et le monde souterrain (pi. 50 du 
» Todt.). » Les Égyptiens avaient inventé à ce sujet toute 
une topographie de portes et d'enceintes qu'on peut étudier 
à la fin du Todtenbuch, dans le Livre de l'Hémisphère in- 
férieur ou sur les sarcophages, et qu'ils reproduisaient quel- 
quefois en partie dans leurs temples. Plutarquc (D'Js. et 
d'Os., 29) cite les portes du Léthé < i l du Cocyte, a Memphis, 
qui résonnaient lugubrement lorsqu'on en faisait l'ouverture 



LE « PER M HROU » 19 

aux funérailles d'Apis, et Diodore (I, 96) ajoute qu'on voyait 
près de là ces portes de la Vérité qui se retrouvent au cha- 
pitre 149, 48 : J'ai ouvert la porte de Ma-ti. 

La rentrée de l'élu s'explique facilement, car on sait qu'il 
était comparé au soleil, et que le soleil était supposé des- 
cendre chaque soir dans l'Hadès. Voici quelques phrases qui 
se rapportent à cette assimilation : Je suis Ra sorti de 
l'horizon contre ses ennemis (ch. 11, pour sortir contre ses 
ennemis de la Kher-neter) ; Horus, à qui son œil est donné 
le matin, c'est mon nom, son nom (ch. 64, 22, pour soriir 
m hrou); j'entre en épervier, je sors en bennou, étoile du 
matin (ch. 13 et 121, pour entrer après être sorti) ; l'urœus 
de ma couronne est avec moi chaque jour; je suis Ra 
(ch. 32, 10, pour repousser les crocodiles), et je viens chaque 

jour avec la lumière, je traverse l'obscurité , je suis Ra 

le matin (ch. 146, 24 et 30, texte des pylônes de la demeure 
d'Osiris dans l'Elysée). 

La division du temps en journées apparaît ici, et il n'est 
pas inutile de faire observer qu'elle existe d'un bout à l'autre 
du Livre des Morts. L'élu volait vers le ciel et se posait 
sur la terre chaque jour (ch. 64, 26); il descendait dans la 
barque de Ra avec le jour de chaque soleil (ch. 100, 7 et 8, 
et ch. 139, 5 et 6) ; il moissonnait et rassemblait des pro- 
visions chaque jour dans l'Elysée (ch. 110, 10) ; il /'epjoussait 
le crocodile loin de Ra chaque jour (ch. 136, 9); ses ali- 
ments étaient sur l'autel de Ra avec le jour de chaque soleil 
(ch. 120, 30) ; il mangeait et buvait avec Osiris chaque 

jour et sortait le jour comme Horus (ch. 136, 13 et 14) ; 

il recommençait, la vie après la mort aujourd'hui comme 
chaque jour (ch. 38, 4). L'expression sortir m hrou et vivre 
après la mort (ch. 2) est évidemment paraphrasée dans l'apo- 
strophe finale du chapitre 111 : O Osiris véridique, lève-toi 
à ta gauche, vivifié, renouvelé, rajeuni, aujourd'hui comme 
chaque jour! C'est là précisément ce que Plutarque, au 
trente-deuxième paragraphe de son Traité, dit d'Osiris, 



20 LE « PEU M HROU » 

qui, d'après les hymnes, naissait à gauche pour mourir à 
droite, et ce que symbolisait, au chapitre 153, 9, la céré- 
monie faite le jour de la naissance d'Osiris, dans laquelle on 
représentait l'élu entre deux barques, la sekti, celle de l'oc- 
cident suivant les sarcophages, à sa droite, et à sa gauche 
celle de l'orient, la maat, barque dans lesquelles montait 
aussi Osiris, qui recevait, au chapitre 145, 7, la sekti avec 

la maat pour sortir sur - -^^^^l (celle (jui est dans 

J <^ 
/'étendue), et descendre vers les pylônes. Les cynocéphales 

assis à l'avant de la barque de Ra disaient au mort : Entre 
dans Rosta } passe par les portes mystérieuses de l'Amenti, 
sors et entre à ton gré, comme les Khou, appelé chaque 
jour du fond de l'horizon (ch. 12G, 5 et 6), et l'élu qui com- 
parait ses années à celles de certains personnages infernaux 
(ch. 147, 9), demandait des années nombreuses, des jours 
nombreux et des nuits nombreuses, en outre des années, des 
jours et des nuits de sa vie (ch. 71, 13 et 14, pour sortir 
m Iirou). 

La rentrée de l'élu pendant la nuit, l'ait qui complétait 
son identification avec le soleil, n'est pas oubliée au Livre 

des Morts : Je me couche ( = !" j la nuit (ch. 149, 17), je 

ferme les yeux la nuit (ch. 64, 7), et^'e suis enterré pendant 
le temps de la nuit dans ce canal du bassin de Maaa 
(ch. 125, 49). Le défunt, qui élevait la flamme, illuminait 
lu nuit après le jour (ch. 137, titre et 1. 2), et il cherchait 
son père dans la nuit (ch. 38, 3). Il est à remarquer cepen- 
dant que cette partie de l'existence extra-terrestre était 
mentionnée assez rarement, sans doute parce que la nuit 
offre l'image la plus naturelle du deuil et de la mort. Le 
soleil, même dans l'hérésie du roi Khounaten, où il était 
considéré comme 1<' dieu unique, naissait au ciel chaque 
jour [Denkmàler, III, pi. 106), et par conséquent mourait 
chaque soir : c'esl pourquoi le Shaï n sinsin donnait au dé- 
funt l'assurance que son âme vivrait au ciel chaque jour 



LE (( PEU M HROU » 41 

(éd. Brugsch, p. 19). On disait /' lie are fâcheuse de la nuit 
(ch. 21, 2), la nuit triste pour les morts et pour Osiris 
(ch. 78, 22); on demandait à ne pas marcher par la vallée de 
l'ombre, à ne pas entrer dans le bassin des égorgés, à ne 
pas être dans la nuit (ch. 130, 6 et. 7), et le chapitre 163, 
12, contient une invocation dans ce sens : Viens à V Osiris 
véridique, qui est dans ce pays de la Justice! ne le laisse 
pas seul ! Il est dans le pays où l'on n'y voit plus ! Le cha- 
pitre 32, 9 et 10, nous apprend que, dans l'Amenti, le sei- 
gneur de l'affaiblissement ou de lafaiblesse était fort chaque 
jour : aussi le défunt préparait-il la barque, dans la Kher- 
neter, pour sortir de cette région vide (d'Apap, les domos 
Ditis vacuas et inania régna de Virgile), où les étoile* 
tombaient renversées (ch. 99, 4) ; elles s'y relevaient ensuite, 
et reculaient en cheminant dans la flamme de Ra qui en- 
toure et dirige la terre (id.), comme faisaient les mânes 
qui sortaient par derrière (ch. 67, titre), et qui, suivant le 
chapitre 144,31 et 32, quittaient les ténèbres de V Hadès à 
une heure fixée : il est quatre heures, sors m hrou ! 



II 

ORIGINE ET EFFETS DE LA SORTIE DES ÉLUS 

Il parait maintenant hors de cloute qaeleper m /trou avait 
le caractère d'une sortie, généralement quotidienne, hors 
du monde souterrain, ce qui combat les interprétations de 
MM. Lepsius et Devéria, voyant dans l'expression étudiée, 
l'un la sortie à un jour spécial, l'autre la sortie du jour, 
c'est-à-dire l'entrée dans l'enfer, malgré la vignette du pa- 
pyrus de Neb-Khet où le défunt figure sortant à mi-corps 
de la tombe en face du soleil rayonnant, avec l'explication : 
sortie m hrou du scribe Neb-Khet. Les autres traductions, 
sortir au jour ou comme le jour, bien que plus vraisem- 



22 LE « PER M HROU » 

blables, ont aussi contre elles que hrou, comme MM. Lepsius 
et Devéria l'ont fait observer, signifie durée du jour et non 
lumière du jour ; le mot vrai dans ce dernier sens serait 
shou. La clarté solaire que Thoth avait fait briller sur le 

corps d'Osiris (ch. 101, 8) : R\> J° ' {Denkmâler, VI, 



pi. 123, passage correspondant à la ligne G du chapitre 64) 

rr~\ ^\ /www < ; ;> 

était l'éclat cle chaque soleil, et v\ ^v37 ou 



J 



(anciens Textes, pi. 7, 40 et 2, 18), la journée de 

chaque soleil. La seule interprétation à laquelle il ne parait 
pas qu'on puisse objecter quelque chose, est celle que j'avais 
proposée en 1868, et que M. Brugsch a donnée de son côté 
dans la Zeitschrijt (1872, juillet et août). Elle fait sortir 
l'élu pendant le jour, et s'accorde avec les passages où le 
contexte contredit les autres traductions, par exemple avec 
per m hrou neb (ch. 1, 23), remplaçant per m /trou, variante 
où M. Lepsius veut voir une faute produite par tous les 
textes, et qui se retrouve implicitement dans Le souhait 
exprimé par le dédicateur d'un petit monument (Musée du 
Louvre, A 110), d'entrer et de sortir dans In Kher-neter 
pour voir chaque soleil, y\/v / — o |L <^=> *J^ . La fille 
de Mycérinus, peu confiante dans la protection divine, avait 
demandé qu'on la sortit de son tombeau pour voir le soleil 
une fois chaque année [Hérodote, II, 132). Le Shaï n sinsin 
exprime d'une façon moins triste l'idée que les Egyptiens 
se faisaient de l'autre vie dans un passage qui est l'explication 
la plus claire du per m hrou : Tu t'éveilles chaque jour, tu 
rois les raijons du soleil; A m mon rient n loi tirer les 
souffles de la vie et te fait respirer dons ton cercueil; tu 
sons cens la terre chaque jour, <=» ^3^ (1 ^è\ <r^ ' (éd. 
Brugsch, p. 17). 

Cette dernière phrase montre dans la sortie vers la terre 
une dos faces du per m hrou, dont l'antre mode était, comme 
on l'a \n, la sortie vers le ciel : Tu n'es repoussé ni du ciel 



LE (( PER M HROU 23 

ni de la terre, dit encore le Shaï n sinsin (éd. Brugsch, 
p. 15). Toute la doctrine sur les effets du per m krou est 
contenue là, et il ne reste plus, avant de préciser ces effets 
par quelques exemples, qu'à dégager le principe de l'ex- 
pression pour la connaître complètement. 

On sait que la sortie le jour accompagnait la résurrection; 
mais avant tout il fallait évidemment que l'élu reprit ses 
jambes, et par conséquent tous ses organes, qu'il fût réta- 
bli comme il était sur terre (ch. 1, fin), que son corps ne 
se corrompit point (ch. 45), mais redevint vigoureux dans 
la Kher-neter (ch. 101, 8), que ses chairs et ses os fussent 
préservés des vers (ch. 163, titre), et sains comme ceux de 
quelqu'un qui n'est pas mort (ch. 164, 15) ; que sa tête, son 
cœur, ses bras, ses yeux, ses oreilles, sa bouche, son élocu- 
tion et sa force lui fussent rendus (Todt., passim), bref 
qu'il ressuscitât dans la Kher-neter (ch. 140, 13). Son retour 
à la vie ramenait pour lui toutes les conséquences du jeu des 
organes reconstitués : il recevait donc des pains, des breu- 
vages et beaucoup de viandes sur l'autel de Ra (ch. 1, 23), 
des pains shenes, des boissons, des pains persen, des 
grains, etc. (ch. 99, 32 et 33), du lait (ch. 125, 68), du 
blé avec de Vonje dans la campagne d'Aarou (ch. 156, 4), 
et des approvisionnements dans la Kher-neter (ch. 148, 19); 
il buvait l'eau à la source du fleuve (ch. 136,14; ch. 164, 
15; ch. 165, 15), et mangeait auprès d'Osiris (ch. 135, 3). 
Ces avantages impliquent une existence pareille à celle que 
les Grecs donnaient aux mânes dans la prairie des aspho- 
dèles, remplacée ici par le champ d'aarou ou des fleurs, si 
aarou est une variante, avec chute de l'aspiration initiale, 

to ^^*ouf^2(*»W e r,m,pl.l06), 

ou Xjj i (anciens Textes, pi. 14, 45), fleurs, mot repré- 

senté dans aarou par le premier déterminatif de son Tswi, se 
rapportant au serpent, ft<rr>WM., ou à l'imous, arar, et par 
le second déterminatif de sens, \J[. 



24 LE « PER M HROU » 

Mais l'élu ne restait pas enfermé dans la région occidentale, 
qui rappelait trop la nuit et la mort : il revenait sur la terre, 
et c'était là proprement le pcr m hrou. Il marchait sur 
terre comme un vivant (ch. 31, 12), ou était dans le lieu 
des virants (ch. 136, 12), dont il pouvait prendre toutes les 
formes, j\ ^£ \M (ch. 64, 30). Il avait alors atteint la plé- 
nitude de la puissance ; il était devenu un khou parfait, 
<=> ; accompli, ~w*w » ; ou muni (de ses avantages) 

Q < > , et formé par la réunion du corps avec son âme, qui 
ne l'abandonnait plus (ch. 89, 7). Le chapitre 110 appelle 
en effet une des divisions de l'Egypte la demeure des Khou 
de sept coudées de haut, où les épis ont trois coudées pour 
les momies parfaites qui les moissonnent (ch. 110, vignette). 
Le khou, opposé ailleurs à X'ombrc (ch. 149, 40), varie ici 
avec la momie, et on trouve partout le cœur (ch. 148, 2), 
le cou (ch. 155, 156, 159, 160), la tête (ch. 162, titre), la 
bouche, le ventre (ch. 90, 1), les membres (ch. 130, 28) du 
khou, ainsi que l'ombre (ch. 64, 18 et 101, 7), l'âme (ch. 100, 
titre, 127, 0, etc.), et même le ka du khou (Denkmàler, III, 
pi. 114). Le ka parait être le type de l'individu, car il varie 
avec ce qui représente l'homme delà façon la plus abstraite, 
le nom. Le défunt, au Todtenbuch, lui dit : Salut à toi, 
mon ka pour ma durée (ch. 105, 1), et les monuments mon- 
trent souvent derrière le pharaon son ka personnifié qui le 
protège et que les légendes appellent le lai royal qui est 
dans l'i tombe (Denkmàler, passim); c'est le genius des 
Latins. < v hi;nil au khou, le mot qui le désigne se rattache 
étymologiquemenl au radical Lliou, lumière, et par suite 
honneur, avantages, etc. Les scribes se plaisaient a rap- 
procher du khou, par assonance, ses avantages ou khou 
(ch. 1 18, L2, 1 19, 20, 26, etc.). 

La faculté Refaire tout cequ'on roulait (ch. 163, titre), 
el de prendre, en sortant le jour , toutes les formes qu'on 
voulait (ch. IN, 39 et 40, ch. 72, 10, etc.), entraînait la . divi- 



LE (( PER M HROU » 25 

irisation des élus, qui faisaient tout ce qu'ils coulaient 
comme les dieux (ch. 72, 11), et qui pouvaient se métamor- 
phoser soit en dieux, comme en Ptkah et en Osiris, soit en 
symboles divins, comme en bennou, en hirondelle, en shenti, 
en lotus, en épervier, etc. (Toclt., ch. 76 à 88). On disait 
donc du mort : Ses membres à lui sont comme ceux des dieux 

(ch. 99, 34) : il est comme les neuf dieux , il est un dieu 

à jamais (ch. 101, 5 et 88); il est comme un dieu et adoré 
par les vivants comme le Soleil (ch. 136, 15); il est avec 
les dieux (ch. 141, titre); il est divin dans la Kher-neter 
(ch. 162, 10); il se réunit aux dieux qui sont à la suite de 
Ra (ch. 100, 7, etc.). 

Cette divinisation parait avoir eu l'âme pour principe : 
le corps, membres divins (du Soleil, ch. 133, 10), était di- 
vinise par son ame, | ^zzx> \ v\ ffe^<v3^ (ohai n 

sinsin, éd. Brugsch, p. 18). L'àme, qui sortait après la 
mort (ch. 154, 5), rendait en effet la vie au cadavre quand 
elle revenait se poser sur lui, ce que les scènes funéraires 
symbolisaient par l'oiseau apportant à la momie l'hiéroglyphe 
ankh (ch. 89, vignette). L'attention extrême que l'on mettait 
à conserver le corps par l'embaumement prouve qu'on le 
croyait dans le principe nécessaire à la vie d'outre-tombe, 
mais on fut bien vite convaincu qu'il ne quittait pas l'hypo- 
gée, et son rôle actif passa à l'àme : c'était à l'àme qu'on 
ouvrait la chapelle funéraire pour sortir le jour et être maître 
de ses jambes (ch. 92, titre). Le Todlenbuck dit : L'âme 
(du khou) sort le jour avec les vivants (ch. 148,4), son 
ombre est un dieu avec les hommes (ch. 101, 7) ; son âme 
vit à jamais et ne meurt pas de nouveau dans la Kher-neter 
(ch. 130, 29), et le Shaï n sinsin, dont cette doctrine fait le 
fond : Ton âme sort au ciel chaque jour (éd. Brugsch, 
p. 19), et marche où elle veut (?>/., p. 24). Le serpent à deux 
jambes humaines qui illustre le chapitre 74, pour ouvrir 
les jambes et sortir de terre, est ligure au chapitre 163 
avec le disque solaire, et avec les cornes de bélier qui dési- 



26 LE « PEH M HROU » 

gnaient l'âme : c'était l'emblème de la sortie du soleil noc- 
turne, dont la marche avait sur les sarcophages le serpent 
pour type. 

Ce fut sans doute cette indépendance de l'âme vis-à-vis 
du corps qui, en s'accentuant, fut cause de l'extension prise 
par les textes se rapportant au passage du défunt dans la 
bari solaire; il y est introduit sous le nom de khou, mais le 
sens du mot khou dut incliner vers celui à' âme, car il n'est 
pas probable qu'on se soit, par exemple, représenté comme 
une momie ce khou qui hantait la fille du roi de Bakhten. 
C'était en effet l'âme et non le corps qui accompagnait le 
Soleil ; le chapitre 130 (titre) faisait vivre l'âme à jamais, 
et la faisait entrer dans la barque de Ra. Inscris, dit 
ailleurs Ra à Thoth, son âme pour sortir et pour entrer, 
dans la barque de Ra ; son corps /'estera dans sa demeure 
(ch. 129, 9). Si la terre est le lieu des corps, le ciel semble 
au contraire celui des âmes, et c'est évidemment pour cette 
raison qu'on attribuait quelquefois à chacun des élus un 
astre au ciel (ch. 101, 7, et 104, 10). 

Une théorie finit même par s'établir sur la séparation de 
l'âme et du corps, et sur l'assimilation du mort au Soleil et 
;i Osiris; elle avait pour formule la phrase souvent répétée 
et appliquée à l'homme comme aux dieux : Son âme est au 
ciel, son corps est dans ht terre L'âme céleste ou Ra reve- 
nait chaque soir se coucher dans le corps terrestre ou Osiris 
i rj<s=-, le séjour de V œil d'Horus ou du ciel), ot (h 1 même 
l'âme du défunt, s'élevanl au ciel avec l'astre, quittait et 
rejoignait son corps tour a tour. Cotte doctrine n'apparaît 
bien nettement qu'après l'expulsion des Pasteurs, niais sur 
les] sarcophages et non dans les compositions, généralement 
antérieures, du Livre des Morts, où elle ne pénétra qu'à 
peine. I n texte important, qui lui est consacré en tête d'un 
exemplaire de la bonne époque (le papyrus sans nom de la 
salle funéraire au Louvre), n'a pas pris place dans le recueil, 
et, a part le chapitre 163 qui appartient a un supplément 



LE « PER M HROU » 27 

peu ancien, on la retrouve seulement dans quelques cha- 
pitres, surtout dans ceux qui paraissent avoir été retouchés 
ou composés à une date assez récente ; ce sont les cha- 
pitres 83 et 127. Le premier, où figure le dieu thébain 
Khons, intitule le bennou ces- quatre hier (sans doute les 
quatre âmes divines), les sept urœus, et le cjrand qui brille 
dans le lie a de son corps (1. 2) : le second, d'un style re- 
dondant, et qui joint au mot ant, vallée, l'article ta (L 5), 
fait dire à l'élu : Je m'élève en âme vivante de Ra au ciel 
(1. 11), et l'âme d'Osiris se repose en lui (1. 12). Osiris, le 
khou par excellence (Asar K/iou neb ankh, ch. 149, 20), 
était appelé l'âme du Soleil et son corps même (Chabas, Un 
Hymne à Osiris), et le nom de gabbaras donné aux momies 
(Parthey, Vocabulaire copte, p. 581) pourrait trouver là 
son explication, Kha-ba-ra, le corps et l'âme du Soleil. 

L'ensemble des textes, en effet, montre une certaine ten- 
dance à l'absorption des mânes dans la divinité sous sa double 
forme. Les momies, dans le sein destructeur de la terre, 
souvent alors appelée Set, <=> , s'identifiaient avec le dieu 
mort ou Osiris au point de prendre son uom et de recevoir 
comme lui le Soleil au dedans d'elles, ce qui fut sans doute 
le motif pour lequel on disait assez fréquemment, en parlant 
d'Osiris, les corps mystérieux. D'un autre côté, les âmes 
qui accompagnaient le Soleil diurne pouvaient également se 
confondre d'une manière plus ou moins métaphorique avec 
l'astre lui-même, ce qui ressort de plusieurs passages du 
Todtenbuc/t cités plus haut. L'espèce de fusion indiquée là 
était surtout affirmée des pharaons, qui occupaient une 
place d'honneur clans la barque divine et dans la mythologie 
égyptienne, ainsi qu'on peut le voir sur les sarcophages et 
au Todtenbuc/t (ch. 17, vignette, et ch. 125, fin). A la grande 
époque de leurs conquêtes notamment, les rois d'I^gypte 
passaient pour couronner leur destinée en s'unissant à la 
divinité, comme plus tard les empereurs romains, et l'ex- 
pression la plus claire de cette croyance qui a laissé sa trace 



28 LE « PER M HROU » 

jusque dans les livres hermétiques (dernier fragment), se 
rencontre dans la remarquable inscription de Qournah pu- 
bliée par M. Ebers. M. Chabas a eu l'obligeance de me 
signaler le passage qui s'y rapporte, et le traduit ainsi : 
Il (Thothmès III) s'éleva au ciel et s'unit à Aten, suioant le 
dieu et se répandant pour sejaire l'illumination de la terre, 
devenu Aten, brillant au ciel fécondé. La curieuse apothéose 
du nom d'un Ramsès dans le disque solaire, copiée à Biban- 
el-Molouk par Champollion (Notices manuscrites), illustre 
en quelque sorte l'orgueilleuse prétention desjils du Soleil. 
Aménophis IV, sorti des rayons du disque, avait été fa- 
briqué (par le dieu) avec ses propres rayons pour accomplir 
la durée du disque qui navigue au ciel (Denkmfder, III, 
pi. 107). Ramsès II, dans la stèle des Mines d'or, est appelé 
l'image virante de Ra, surnom du reste très commun, et 
le sens de cette désignation, qui faisait du roi le dieu ma- 
nifesté temporairement ici-bas, apparaît tout entier dans le 
culte qu'institua de son vivant, à son image vivante sur la 
terre, Aménophis III, dont un monument du Louvre (C 54) 
montre le cartouche ailé remplaçant le Soleil qui figure 
presque toujours en haut des stèles. 

L'analyse duper m hrou et de toutes les expressions qui 
l'accompagnent d'ordinaire permet d'entrevoir maintenant 
la marche qu'a dû suivre la conception égyptienne de 
l'autre vie. D'abord le défunt, grâce à l'efficacité des céré- 
monies accomplies par lui ou en sa faveur, des textes sacrés 
qu'il possède et du jugement qui le fait véridique, ressuscite, 
reprend ses organes, et, devenu immortel, jouit de la béa- 
titude dans le monde souterrain, où il se construit une 
demeure. Mais l'Hadès, séjour des mânes pour toutes les 
mythologies primitives, était aussi le royaume désolé des 
ténèbres, et l'on finit par ramener les morts sur la terre 
(per m hrou) pour y recommencer la vie diurne avec plus 
de liberté et de puissance, et même avec la faculté de 
prendre toutes les formes possibles. Si ce n'était pas la mé- 



LE (( PER M HROU » 29 

tempsycose, comme l'ont cru les Grecs, c'était du moins le 
passage de la personne humaine dans plusieurs corps en 
quelque sorte éphémères, et par conséquent l'abandon l'ait 
momentanément par elle de son corps véritable. Il ne pou- 
vait en être autrement, puisqu'on savait que les momies, 
d'abord regardées comme indispensables à la résurrection, 
ne quittaient pas le monument funèbre. De là vint une 
nouvelle manière de voir qui fit rester le corps dans la tombe, 
tandis que l'âme, plus dégagée de la terre et divinisée, 
s'élevait au ciel pendant le jour avec le Soleil, pour rentrer 
avec lui dans l'Hadès. Il faut remarquer cependant que les 
mânes n'étaient pas immatérielles, puisqu'elles bâtissaient 
(oh. 124, 1), et que, d'après le tombeau de Séti I er , elles 
vivaient de pains et de végétaux (Sharpe et Bonomi, pi. 14, 
A). Là s'arrêtent, au moins dans le Livre des Morts, les 
théories égyptiennes sur la destinée des élus. Si je n'ai pas 
complètement réussi à la mettre dans un jour vrai et à dé- 
gager le sens réel de l'expression qui les résume, j'espère en 
avoir rassemblé et résumé les éléments principaux et avoir 
facilité la tâche des savants qui voudront me suivre sur ce 
terrain difficile'. 

Paris, le 20 mars 1873. 



1. Cette dernière phrase a été ajoutée par Chabas. (Note manuscrite 
de Lefébure dans son exemplaire. j 



LE 

CHAPITRE CXV DU LIVRE RES MORTS 



M. Goodwin, à qui la science doit tant de découvertes 
utiles, semble porter son attention sur les textes mytholo- 
giques : après avoir interprété le chapitre cxn du Livre des 
Morts" 1 , puis une ancienne inscription restaurée par Sha- 
baka 3 , il vient de publier, dans la Zeitschrift de Berlin*, 
une traduction du chapitre cxv. Si M. Goodwin est aussi 
heureux sur ce terrain que sur celui de la philologie, on ne 
peut que souhaiter de le voir s'y engager de plus en plus, 
car les croyances religieuses de l'Egypte restent entourées 
pour nous d'une obscurité si grande, qu'il serait encore im- 
possible de commenter, d'une manière complète, le plus 
petit chapitre du Livre des Morts. Cette ignorance justifie 
la présente communication, dont le but est d'ajouter au 
travail de M. Goodwin, qui a revu le texte d'après les pa- 
pyrus du British Muséum, quelques matériaux propres à 
faciliter, peut-être, l'explication future de la doctrine con- 
tenue dans le chapitre. 

La première remarque qui se présente à l'esprit quand on 
aborde l'étude d'une composition de ce genre, c'est que le 

1. Publié, en 1874, dans les Mélanges cl' Archéologie égyptienne et 
assyrienne, t. II, p. 155-166. 

2. Zeitschrift fur œgyptische Sprac/ie, 1871, p. 144. 

3. Chabas, Mélanges éggptologiques, 3 e série, t. I, p. 247. 

4. Zeitschrift, etc., 1873, p. 104. 



32 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 

sujet en est supposé connu, de sorte de l'auteur l'indique sans 
le développer. C'est là une difficulté qu'on ne peut vaincre 
qu'en cherchant ailleurs un certain nombre de textes ana- 
logues, et en groupant ainsi des détails qui s'éclairent ou se 
complètent les uns les autres. Il faut tenir compte en outre 
de l'accord du texte avec lui-même, et ne pas croire que les 
Égyptiens, si réelle que paraisse leur infériorité littéraire, 
aient travaillé suivant un procédé spécial, consistant à ras- 
sembler des phrases sans lien sous un même titre. L'expé- 
rience enseigne au contraire qu'il y a toujours un motif à 
leurs réunions les plus disparates d'idées ou de symboles, et 
que ce motif gît dans un point de doctrine qui forme le 
centre caché des divergences apparentes. 



I 

Il sera donc utile de rechercher ici les concordances ex- 
térieures et intérieures du chapitre cxv. Ce texte appartient 
à un ensemble de chapitres dont les plus intéressants n'ap- 
paraissent guère qu'à partir de l'époque saïtique au Livre 
des Morts, et seulement dans les éditions les plus complètes. 
Ceux-là (les chap. cxn, cxm et cxv) sont narratifs et ce sont 
les seuls du livre; aussi M. Goodwin, qui leur attribue une 
haute antiquité, les croit-il extraits de quelque ancien 
poème 1 . Il est difficile de se faire une opinion sur leur âge, 
car le style dans lequel ils sont écrits emploie les mêmes 
procédés de dialogue que celui des textes ptolémaïques du 
mythe d'IIorus, recueillis au temple d'Edfou par M. Naville; 
toutefois, étant donnée la stabilité bien connue des coutumes 
et des croyances égyptiennes, on peut conjecturer que, s'ils 
axaient été composés au moment de leur introduction dans 
le Livre sacré, ils n'y auraient apporté pour cela aucune 

1. Zeitschrift, 1871, p. 117. et 1X7:',, p. 101. 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MOUTS 33 

doctrine nouvelle. Il faut ajouter aussi que, parmi les 
exemplaires du Musée du Louvre qui, au nombre d'une 
quinzaine, contiennent le chapitre cxv, se trouve le papyrus 
du duc de Luynes, regardé par M. Devéria 1 comme l'un 
des plus anciens textes hiératiques. 

Le groupe complet était destiné à faire connaître les âmes 
de deux régions, l'Orient et l'Occident ; de deux sanctuaires, 
Pa de Bouto, dans la Basse Egypte, et Nekhen d'Éléthya, 
dans la Haute; enfin de deux villes, An et Sesennu, ou 
Héliopolis et Hermopolis, consacrées, comme l'indiquent 
leurs noms grecs, au Soleil et à Thoth. La qualification 
d'âme se rattache à l'idée d'un dieu créateur, ou nocturne, 
ou mort : c'est pour ce motif que, le bélier étant l'un des 
hiéroglyphes de l'âme, le dieu fabricateur par excellence, 
ou Num, portait la tôte du bélier, tandis qu'Osiris, la vic- 
time légendaire, était adoré comme bélier ou comme bouc à 
Mendès, et que le soleil souterrain, aux hypogées royaux de 
Thèbes, était un criocéphale. 

Ici, les chapitres des âmes font tous allusion au dieu de 
la lumière vaincu, puis triomphant, et, ce qui leur donne 
une physionomie spéciale, représenté souvent sous la forme 
de l'œil ou des yeux d'Horus (le soleil et la lune), variantes 
de l'âme'. 

Le chapitre des âmes de l'Occident dit qu'après avoir 
enchaîné Set, on lui fait vomir tout ce qu'il a mangé, 

°°£> ^¥\^=£aA k ^ 7 ', et l'an- 



J/ 



teur du traité D'Isis et d'Osiris, si bien informé de ce qui a 
rapport à la légende égyptienne, raconte, en effet, que l'œil 
d'Horus fut avalé par Typhon, qui le rendit ensuite au 
Soleil'. Le chapitre des âmes de l'Orient, qui représente le 

1. Catalogue des Manuscrits égyptiens, p. 87 et 52. 

2. Todtenbueh, ch. xci, 1, 4 ; Mariette, Fouilh-s d'Abr/dos, p. 58. 

3. Todtenbueh, eh. cvm, 5. 

4. Plutarque, D'Isis et d'Osiris, 55. 

BlIÎL. ÉGYPT., T. XXXIV. 3 



34 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 

soleil navig uant sous des vents orageux', montre l'épervier 
divin s'élevant au ciel avec l'œil et le côté gauche noirs*. 

Au chapitre des âmes de Pa, il s'agit de l'œil d'Horus 
qu'attaque Set changé en un pourceau noir, I j\ ^è\ ^^^ 

Ë Hfcî il! k ^ W M a k^' " mbo1 ^ 

1 éclipse lunaire, puisque, d'après Hérodote' et Plutarque 5 , 
on sacrifiait le porc une fois par an, à la pleine lune, époque 
à laquelle ont lieu les éclipses de cet astre. Le chapitre 
suivant, celui des âmes de Nekhen, a trait à la délivrance 
des yeux d'Horus (et non des mains d'Horus, comme le dit à 

tort le Todienbuch) : i ls so nt repêchés avec un filet le 2 et le 

-, - i • Œ== - i ^ v^/ , in . , , . , , , 

lo du mois, -^^x _ , H ^5^ \ dates de 1 apparition 

du croissant et de la pleine lune. 

Enfin, le chapitre des âmes de Sesennu, qui est répété 
deux fois, mais d'une manière bien incorrecte, au Todten- 
buch (chap. cxiv et cxvi, intitulés à tort Chapitres des âmes 
d'Ari), parle aussi de l'œil avalé. - -v\ £\7\ K , ainsi que 
de l'œil noir, ? i ^X '', et sa seconde version peut se 

traduire ainsi : Que la lumière soi/ dans Mata, et que Ma 
([) J), au lieu de ^^ du Todt., cf. Papyrus de Taho) soif 
a meure dans les bras (du dieu à) l'œil dévoré, par celui qui 
l'examine. J'en sors (de cet œil?). Si j'entends (quelque 
chose), je ne le dirai pas aux hommes, je ne le répéterai 
pas aux dieux, réciproquement, -le suis entre parmi ceux 

1. Todtenbuch, ch. cix, 3. 

2. hi, ibid.,L 8. 

3. Papyrus Cadet el Papyrus du Louvre. 

4. II. 17. 

5. D'Isis et d'Osiris, 8. 

6. Papj rus du Lom re. 

7. Todtenbuch, chap. cxm, 5. 

8. Id., en. (xvi, 1. 

9. Papyrus n° 3397 du Louvre, el Papyrus de Neb-qed, publié par 
MM . 1 ><■ . éria el l 'ierrel , iv, 5. 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 35 

que je ne connaissais pas ; je n'avais pas vu les mystérieux. 
Salut à vous, ces dieux d" Hermopolis, qui grandissez le 

2 du mois et qui frappez le 15, - — o 1\ © ^^ 

*â^^\ 1 1 <=> : ce sont Thoth le mystérieux, San et 

Tum. Thoth, dans son rapport avec l'œil sacré, est un dieu 
lunaire, et on le voit ' , ainsi que son emblème le cynocéphale", 
frappant le pourceau de l'éclipsé avec un glaive. 



II 

En résumé, l'on rencontre partout les yeux d'Horus 
éclipsés ou avalés, puis revomis, ou repêchés, ou délivrés par 
un coup frappé pendant le mois; allusions au démembre- 
ment d'Horus', spécialement indiqué dans les chapitres de 
Pa et de Nekhen, où les génies des canopes sont attribués 
à ce dieu pour ses entrailles'', ou pour gardiens de ses en- 
trailles ■ , et où le premier sanctuaire lui est donné pour lieu 

de repos \ et le second pour séjour de ses membres' . 

Le chapitre cxv se rattache au même ordre d'idées, car, 
dès la première ligne, l'élu a découvert la face pour /'mil 
de l'Unique, et le cercle des ténèbres s'est ouvert. 

L'expression de la face découverte se retrouve au cha- 
pitre cxin. Ra donne à Horus l'ouverture de la face pour 



1. Papyrus n° 1420 de la Bibliothèque nationale. 

2. Sharpe et Bonomi. le sarcophage' de Séti I er , et Musée du Louvre, 
sarcophage de Taho. 

3. Plutarque, De la création de l'âme, et D'Isis et d'Osiris, 20; cf. 
Diodore, I, 25. 

4. Todtenbuch, ch. cxn, 7. 

5. Id., ch. cxin, 6. 

6. Papyrus Cadet et Papyrus du Louvre. 

7. Todtenbuch, ch. cxin, 5. 



36 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 



^. lllllllll (3 ^i 

ses yeux, -^^ r 



*l^\ et elle est expliquée 

I ^s>-\\ 



doublement au sarcophage de Séti I er : une scène y repré- 
sente la face elle-même traînée dans une barque vers la bari 
solaire, tandis que le texte dit : Empare-toi, à Ra, de ta 
face (qui est) ta vérité (ou l'air ^ 7 2Z3 qui, lumineux, est 
vêridique parce qu'il dévoile tout), unis-toi, ô Ra, avec ta 
face, la vérité. La face de Ra (sans doute le ciel, ) 

est découverte, et les deux yeux de Khuti (y) entrent, 



O I V. ■* — û V --0 I V ^0 u w 1 lllllllll MAA« I 

~|^ -<s=- — . Un-her varie avec ¥^v^ ^v> dans le sens 

de découvrir 2 , et il est probable que le dernier groupe con- 
serve cette signification à la fin du chapitre, de même que les 

^v @ (1 (j _JS) Jn i '' doivent être analogues aux 1 (](] 
'i ■', les momies dévoilées (qui voient Seb). Le Soleil est 

dit kfa-n-tu à l'Orient (Todt., chap. cxlv, 3). 

L'œil de l'Unique rappelle un passage du Todtenbuch qui 
rentre dans les données des chapitres étudiés ici, et où l'élu, 
qui s'intitule le second de Thoth, ^ , demande à péné- 

trer dans la deuxième ari d'Osiris : laisse-moi passer (et) 
délivrer le Vouant unique ! {L ~ n X ^^^^^ < T^J 6 - 

Un autre chapitre parle du grand Voyant, ^* Z^J? 3 , qui 
voit son père 1 , probablement Horus, qui vient pour voir 

1. Papyrus n" 3071) du Louvre, variante de la ligne 5 du Todtenbuch, 

ch. (XIII. 

2. Sharpe et Bonomi, XI, B. 

3. Todtenbuch, ch. cxlix, 23; Champollion, Notices publièes[, t. I], 

p. 77S, 7T0, etc. 

4. Todtenbuch, ch. cxlv, 79. 

5. /(/., ch. < Lvm, 1. 

6. /'/., ch. cxlvii, 10. 

7. ld., ch. xciv, 1. 



LE CHAPITRE CXV Dr LIVRE DES MORTS 37 

son père Osiris\ ou l'âme qui parle avec son père le grand 1 . 
Une qualification analogue figure à la ligne 6 du chapitre cxv, 
dans la phrase qui dit du fils divin ^^ Jj^ t grande 
est sa vue. Ces titres s'appliquent aux dieux de la lumière : 
de même que le personnage divin du chapitre cxv est, 
d'après une variante citée par M. Goodwin', le Voyant, 
Horus était le Vouant, V\ °JU 7 M ' > 0L1 I e Viyilont,\\j^- , 
et l'on demandait à voir ce que lui et le Soleil voyaient à 
l'Orient". La grande vue du fils désigne donc le lever de 
l'astre renaissant et victorieux. 

Uexiension du bras, ï n£\ (1. 2), parait avoir ici le 

même sens, mais la phrase qui la mentionne n'est pas claire ; 
on peut la traduire, en adoptant le sens interrogatif que 
propose M. Goodwin, par : Je connais les âmes d' Héliopolis : 
est-ce que le Très-Vaillant ne naît pas ( 1 M , cf. Décret 
de Canope, 1. 13) d'elle (Héliopolis, ou d'elles, les âmes) au 
passage (hors des bandelettes de la momie?) de l 'extension 
du bras de celui qui est là, le Voyant ? ™^(j k\ °JJ? [Pap. 

Hay, cité par M. Goodwin), c'est-à-dire quand se produit 
l'extension du bras, qui caractérisait les dieux solaires re- 
prenant leur puissance. Le soleil avait étendu le bras pour 
amener à lui la jambe d'Hathor et s'en faire une barque 7 ; 
au chapitre xxxix, dont la connaissance permettait de re- 
pousser le serpent typhonien, Nu s'écrie : Allons! repous- 
sons cet ennemi qui s'approche de celui qui est dans son 
naos, et seul ou solitaire étend les bras, Xebert'er, 

1. Todtenbuch. cb. xxxvn, 2. 

2. Id., cb. xxxii, 1. 

3. Zeitschrift, etc., 1873. p. 105. 

4. Shai n sinsin, éd. Brugseh, p. 19. 

5. Naville, Textes relatifs au mythe d'Horus, vi, 1. 

6. Mariette, Fouilles d'Abydos, p. 71 ; et Champollion, Notices pu- 
bliées^ t. I], p. 775. 

7- Todtenbuch, cb. xcix, 22. 



38 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 

J <ks/ ' "^ô (1. 12 et 13). Les dieux, par- 

courant le bassin de Mafek, viennent alors à celui qui est 
dans son naos, celai de qui sortent les dieux, et le protègent. 
Le bras était, en effet, comme l'œil, guetté par l'ennemi, et 

il avait été volé par le crocodile Maka, fils de Set : (J£¥\ 
^|\ ^=. v n (1(1 y^|wpS^ o vjv. Horus- 

Khem, dont la légende, assimilée par les Grecs à celle de 
Persée 2 , paraît avoir donné naissance au conte égyptien des 
deux voleurs', lève, en ressuscitant, un bras encore momifié 
et manchot. Le symbolisme du bras était si bien analogue à 
celui de l'œil qu'au chapitre cxm les bras d'Horus, 1. 4, 
varient avec les yeux d'Horus. Au chapitre cix, 1. 8, l'éper- 

vier divin a l'œil gauche noir comme le côté, 9 ^K q, 

et le porc, que le chapitre cxn montre attaquant l'œil d'Horus 

ou la lune, est appelé le décorateur du bras, 7 a, dans 

la scène des sarcophages où il est chassé d'une barque par le 
singe lunaire 1 . La tête, séjour des yeux sacrés, est souvent 
citée aussi avec les bras. 

Un des passages les plus importants du chapitre cxv est 
celui qui donne la date de la victoire divine : Ra conversait 
avec Amhauf; voici qu'un fléau (s'éleva) contre lui : c'est 
alors que le coup fut frappé le 2 du mois. Ra dit à Amhauf: 
Prends la lance (1. 3 et 4). Le chapitre suivant indique le 
moine jour, quand il parle dos dieux d'Hermopolis qui 
grandissent le 2 et qui frappent le 15 (1. 3) ; c'étaient là les 
deux époques de la délivrance de l'œil sacré : j'ai délivré 
l'œil d'Horus de son éclipse arrivant à la Jeté du quinzième 



1. Sharpe, Eyyptian Inscriptions, I, pi. LVII, 31, 32, et pi. LVIII, 22. 

2. Hérodote, Û, 91. 

3. I<l., II, 121. 

4. Sarcophage de Séti I'\ publié par Sharpe et Bonomi, V; et Musée 
du Louvre, sarcophage de Taho, 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 39 

four. ^ ^ v&^sk- $ ^-^^^ - - ' ' ' 



jour, * — •'aa wrfj] ' M U n 

et ce filet amène à Haras ses peux et l'ouverture pour sa 

face le 2 et le lô du mois*. On peut comparer à cette derrière 

phrase une allusion du chapitre cxlviii -au filet ou au pêcheur 

dangereux, oaJ- ^¥l\ %s, en ce jour, en cette nuit , 

en cette fête du quinzième jour, en cette année", et une 
ënumération analogue, qui figure au début des Te, îles du 
mythe d'Horus, lorsque Thoth célèbre le triomphe du dieu, 
établit d'une manière certaine le sens qu'a dans ces légendes 

le mot ©1 ouqpqbx, variante du mot *}>x, deux 

termes que M. Chabas traduit, ainsi que M. Brugsch, par 
frapper : un jour de fête à Horus, seigneur de cette terre, 
fis d'Isis, aimable et chéri, etc., un jour de fête en ce jour 
pendant la minute duquel on a frappé, un jour de fête en 
cette nuit pendant les heures de laquelle on a frappé, un 
jour de fête en ce mois au quinze duquel on a frappé, un 
jour de fête en cette année pendant les mois de laquelle on 
a frappé, un jour de fête en ce siècle pendant les années 
duquel on a frappé, un jour de fête en cette éternité! 

O AAAAAA JS «si 



i 6 o ^ Jr «2i <=>© É\ s *_ o 

X 



D dbcfcxfx ^ O *© IM0 I^0 D 



AAA/WV 



«(iJ «siJ _Cr\> AA/WNA CS *\^. I \J '"^7-^ XAAAAA V7 \7 



, vS7 I _û*tf /www «=i ^ / — O —h— <=> o m 

nnn ° 

La lance ou p, ° que le Soleil fait prendre par Amhauf 

Do 1 , . . nnn 

ne diffère évidemment point de larme divine , - , 

® et £3 > portée par le Ptolémée des Textes du mythe 

III ooo 

1. Todtenbuch, cli. lxxx. 4. 

2. /</., cli. cxiii, 4 et 5. 

3. M, t&i'd., 1. 17 et 18. 

4- Naville, Textes relatifs au mythe d'Horus, i, 3, 4 et 5. 



40 LE CHAPITRE CXY DU LIVRE DES MORTS 

d'Horus, ainsi que par le dieu lui-même. Eusèbe' rapporte 
qu'à Edfou cette lance, aux mains d'un personnage hiéraco- 
céphale frappant un hippopotame, était la lumière de la 
lune, et il est a remarquer que les dates mentionnées dans 
les textes réunis ici ne concernent que les phénomènes lu- 
naires, même lorsqu'il s'agit, comme au chapitre cxm, des 
deux yeux sacrés, ou uniquement du soleil, comme au cha- 
pitre cxv. On entrevoit là une trace de l'arrangement pour 
ainsi dire littéraire et artificiel qui, dans toutes les mytho- 
logies, finit par coordonner les légendes en une sorte de 
récit épique. Horus et Ra, dont les rôles dépassent de beau- 
coup les attributs solaires, représentent le dieu suprême ou 
le Zeus égyptien en guerre avec le mauvais principe, qui, 
figurant les ténèbres, cherche à détruire les deux yeux cé- 
lestes, dans lesquels se personnifie la lumière. Le combat 
qui s\ mbolisait les phases de la lune aurait été dans le cycle 
légendaire la dernière tentative de l'ennemi, car il est suivi 
d'une résurrection divine annonçant un nouvel ordre de 
choses. 

Magnus ab intepro seclorum nascitur ordo. 

C'est ainsi qu'Adonis, après avoir été blessé par un san- 
glier, non pas a l'œil, mais à la cuisse, autre emblème de la 
vie, renaissait chaque année avec la végétation. 



1," chapitre exil montre Horus, après sa lutte contre le 
poiv, prenant une forme adolescente, - :5 ^ C\ / — © 



«^ il.ôet fi>, et h> chapitre cxv, lorsque Ra a frappé ou 
fait frapper avec la lance, raconte la naissance mystérieuse 

d ' un ''"" enfant < k-^IsfîkVsflTH 

1. Préparation ècangèlique, III, 12. 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 41 

=^ (1. 7), lequel, appelé Très-Vaillant comme Horus, 

qui était 1 <x=> f)f|, doit être le même que le fils ainéd'Osiris 
nommé au chapitre lxiii, 2 : Je suis Baba, /Ils aîné d'Osiris, 
le purificateur (t) de chaque dieu par son œil dans Hélio- 
polis; je suis l'aîné, le grand dévoilé, le grand qui se re- 
pose, la propriété d'Osiris, voilà son nom : 



O O 



■*u>- n -9 d /?> v y -<2>- a^_ ♦ n o 



£ _JS) ^^ ^* <=^ (S\ <Z ^ "h^S^ 



Cette naissance est un nouveau point à éclaircir. 

Le titre indique déjà une résurrection assimilée au lever 
du soleil : Chapitre pour sortir vers le ciel et franchir 
Ammah ; de plus, le premier mot de l'élu est celui-ci '.j'ai 
grandi hier avec les grands (les personnages divins), et je 
suis né dans le lieu des naissances (cf. sEltesteTexte, x, 32). 
Le papyrus magique Harris parle du Souffle (Shu), r fils 
unique conçu hier et enfanté aujourd'hui*. A la ligne 6 du 
chapitre cxv, il est dit du fils que sa vue est grande, expres- 
sion qui a été appréciée plus haut comme se rapportant aux 
dieux de la lumière. Si cet enfant parait nommé lejils de 

l'homme, j£^ ?^ v& i , à la ligne 4, c'est parce qu'il 

est créé par le mâle qui se change en femme : le mot homme 
est une variante du mot mâle, et tous deux font antithèse 
avec la métamorphose en femme du personnage évidemment 
surnaturel dont il s'agit. Har-hut avait pris la forme ado- 
lescente, très vigoureuse, ■^= > %^\, d'un homme de huit 

H AAAAA^ I I I I 

coudées, /ww« ^s. '; le Nekhta, qui figurait Osiris, 

I 2Ï ~-& MM i & 

était, au papyrus magique Harris, un homme de sept 



1. Champollion , Notices manuscrites, t. I (Panthéon égyptien). 
p. 127; Naville, Textes relatifs ait mythe d'Horus, xxm, 42, etc. 

2. Chabas, Le Papyrus magique Harris, VII, 5, et p. 100. 

3. Naville, Textes relatifs au mythe d'Horus, xxm, 42, 



42 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 

coudées, ^ *ww N 'et un dieu accompagnant Celui 



-I -t-^ M- 

qui clerc le bras était représenté avec une figure humaine, 

I y' f\ ^Vjt' 2 » comme la déesse mère et 

hermaphrodite, t\ ^ (]() v&\ Un des textes du 

groupe montre bien que le héros du chapitre cxv n'est pas 
un homme, mais la forme ithyphallique de l'âme céleste 
qu'Ammon-Ra, âme auguste d'Osiris rajeuni, reçoit dans 
une représentation de basse époque'' ; l'élu, pour conjurer le 
monstre typhonien, dit : Détourne-toi de l'Osiris vêridique! 

AAAAAA ^r\ r 

II est le mâle dans le ventre de sa mère ! 



AA/VW\ 

cache ta tète ! que ïabîme te reçoive! Je suis 
sauf, (si) tu es sauf. Je suis Ur-liakau, fils de Nu .• ou 
bien, d'après la version du chapitre cxlix : Le Vogant unique 
est contre toi : je suis complété, je suis le mâle, cache ta 
tète! si tu es sauf, je suis sauf réciproquement. Je suis 
Ur-hakau. Ra m'a donné mes dewr yeux et je m'en pare 6 . 
Le chapitre xcix place le mâle dans la barque solaire : je 
viens pour voir mon père Osiris. O seigneur du voile! 
maître de la joie du cœur, ou du retour des cœurs ! 
O seigneur de la tempête ! Mâle qui navigues! O toi qui 
navigues par cette contrée d'Apap" ! 

Les attributions terribles données au mâle dans ces textes 
le rapprochent du phallus de Ra, par qui tout devient dé- 
faillant des millions île lois sons sa forme de Balxt*, et qui 
'■-l accompagné, peut-être comme variantes, par les cornes 
de Khepra el la prunelle de l'œil de Tum : si j'étais passé, 

1. /.'■ Papyrus magique II unis. IX, 8. 

2. Todlenbuch, ch. clxv, 12. 

3. J>l . ch. i liv, 12. 

4. Denkmâler, IV, 29 b. 

h. Todtenbuch, ch. cvm, 7. 

6. /a., ibid., I. 15 et 16. 

7. Ut., ch. ( vin, 2 el 3. 
8- /'/., ch. m m, 1 el 2. 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 43 

si j'étais amené à l'Orient, si je connaissais toutes les choses 
mauvaises des jetés de ceux qui sont des impies pour moi, 
(dignes) d'être frappés par les cornes de Khepra, oui! il me 
dévorerait, ce phallus de Ra, tête d'Osiris\ et qu'elles ne 
me frappent pas, les deux cornes de Khepra! oh! qu'elle 
ne soit pas contre moi, la prunelle de l'œil de Tum*.! que 
je ne sois ni détruit, ni violenté ! que je ne passe pas vers 
l'Orient pour célébrer la fête de ceux qui sont des impies 
pour moi' ! Au chapitre xvn, le phallus d'Osiris ou de Ra 
est représenté, dans le même rôle, sous la forme d'un lion 
étincelant que l'élu conjure ' . La partie du texte clans laquelle 
il se trouve et qui existe dans les anciens exemplaires sur 
papyrus du Livre des Morts', mais non aux Aelteste Texte, 
a les plus grands rapports avec la légende du chapitre cxv. 
Elle contient quelques mots difficiles, qui ne cachent pour- 
tant pas le sens général clu passage, dans lequel l'élu est 
identifié avec Isis, puis conçu en elle", et dont la glose a été 
traduite ainsi par M. de Rougé 7 : Le lion lumineux qui est 
à l'extrémité, c'est le phallus d'Osiris, ou bien c'est le phallus 
de Ra. Celui qui a déployé ses cheveux sur lui, et qui a ter- 
miné sa route (?) C^ z X /1 < >£5:î , qui hésite à l'entrée de 
son chemin, cf. Chabas, Vouaqe, vocabulaire, n° 764), c'est 
Isis, lorsqu'elle se voile, alors elle ramène, — "— (J r -, 
ses cheveux sur elle*. On reconnaîtra dans la métamorphose 
de l'Osiris devenu Isis, puis conçu par elle, les phases de la 
renaissance solaire, qu'exprime la vignette en montrant une 
femme (Isis) penchée vers un lion (Osiris ou Ra), et ayant 

1. Todtenbuch, ch. xcm, 2 et 3. 

2. Cf., ch. xxxn, 7. 

3. Id., ch. xcm, 7 et 8. 

4. Id., ibid., 1.85. 

5. E. de Rougé, Études sur le Rituel, p. 70. 

6. Todtenbuch, ch. xvn, 86 et 87. 

7. Études sur le Rituel, p. 6'). 

8. Todtenbuch, ch. xvn, 94 et 95. 



44 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 

au-dessous du ventre un scarabée (le soleil levant). On y re- 
marquera aussi une grande analogie avec la légende d' Hé- 
liopolis, dans laquelle le mâle, pareil au dieu de l'Amenti 
qui jouit de lui-même*, se change en femme chevelue et 
donne naissance à un dieu, | Jj (1. 7). 

Celui-ci est appelé le fîls du temple (1. 6), parce que la 
scène se passe à Héliopolis, et que le sanctuaire de cette ville 
était regardé comme un des lieux de la résurrection solaire : 
le Phénix renaissant de ses cendres, emblème de l'aurore 8 , 
e< par extension du retour de certaines périodes astrono- 
miques, y apportait d'Arabie l'œuf de myrrhe dans lequel 
il avait enfermé son père 3 . La présence du Bennu (le Phénix) 
à Héliopolis, où Osiris avait été enseveli suivant le papyrus 
magique Harris', symbolisait déjà, au chapitre xvn, a le 
» retour d'Osiris à la lumière ' ». Dans les textes sacrés, Hé- 
liopolis, ou les portes du Soleil", était souvent, en effet, une 
des localités mystiques habitées par l'astre pendant son sé- 
jour souterrain; l'élu, dont la demeure a été bâtie par Tum 
et fondée par les deux lions 1 , se repose dans Héliopolis, sa 
demeure bâtie par Safekh et élevée par Num sur sa mu- 
raille*. 

Le chapitre lxxviii du Livre des Morts, pour prendre 
la forme de l'éperoier divin, réunit encore les principaux 
traits de ces traditions : ô grand! (ou ô épervier ! d'après 1<> 
papyrus sans nom du Louvre), viens à Tattu! place-moi 

^ ^ Q 

sur le chemin que j'ai (déià) parcouru, (car) j'hésite )ffl. 
renouvelle-moi , élève-moi donc! (1. 1). On y lit que l'Osiris 

1 . Todtenbuch, ch. xvn. !». 

2. /</..<•),. , XXI. 1. 
:î. Hérodote, II. 73. 

4. VIII. 12. 

5. I*'.. de Uougé. Études sur le Rituel, p. 16. 
ti Diodon; I, '.Mi. 

7. Todtenbuch, ch. xvn. 83. 
S. ld„ ch. i.vii. 1. 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 45 

véridique, affermi sur son pavois comme le seigneur vivant 
du ciel, est confondu avec la divine Isis, tfw^ *c=^. 8 
(" J] | ; (1. 7), et préservé de celui qui fait son mal 
(1. 8), que les dieux du monde souterrain voient lerenouvel- 

— w— _ 

lement de la pêche (1. 9), ou la fête de la pêche, °2J? /WWA g 

J„_ /s* ni,,, , . , 1. 1 i X 

^£7 gVT (d après le papyrus sans nom), qu Osins, ou 

suivant ce dernier papyrus Isis, a enfanté H or us et prospère 

par lui, qu'Osiris s'élève en un épervier divin, qu'il est une 

momie dont Horus est l'âme (1. 13 et 14), que les deux lions 

tirent le Seigneur unique, ainsi que l'élu de la tombe (1. 19 

et 20) ; qu'ils remettent, "Hk • , la coiffure divine appelée 



Nemmes (1. 19) ; qu'il est, pour l'élu, donné sa chevelure (à 

Osiris), û d(I(I v& ^/ ^^tCllXl » f l ue ce dieu offermît 

pour l'élu sa propre tète sur son dos (1. 20); et enfin, 
qu'Horus a fabriqué les dieux et tiré des multitudes de son 
œil, dont l'Unique est le maître, Nebert'er, c'est-à-dire 
Osiris. 

Les deux lions sont Shu et Tefnu, qui, sous le nom du 
frère et de la sœur, accompagnent Ra comme âmes d' Hé- 
liopolis, au chapitre cxv, 1. 5 et 7, de même qu'ils suivent 
Tum (le soleil nocturne), comme magistrats de cette ville 
au chapitre xvm, le jour du combat et du massacre des 
impies, c'est-à-dire des ennemis de Nebert'er, les associés 
de Set (1. 3 et 4). Apres la victoire, Shu et Tefnu instituent 
une fête (1. 5), comme après l'éclipsé Horus établit des sa- 
crifices de bœufs, de gazelles et de porcs 1 . 

L'identité de ces récits apparaît clairement dans un papyrus 
de la XXVI e dynastie, dont M.Pierretapubliéla transcrip- 
tion hiéroglyphique. Isis y dit à Osiris : Je suis ta sœur Isis. 
Il n'y a ni dieu ni déesse ayant fait ce que j'ai fait : j'ai fait 
le mâle, étant femme, afin défaire revivre ta personne sur 

1. Todtenbuc/i, ch. cxn. 6. 



46 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 

*/WV\ /WW\A I i 1 <Z^Z> <^_ 1^> /WW 



AAAAAA /WWV\ I i I "^ — ^> "^ — 1^> AW\M 1-J. I \J A_i 

■ § '.A Héliopolis, centre du culte solaire, le per- 



sonnage principal est Ra (le mâle qui fait la femme), et c'est 
Isis (la femme qui fait le mâle), quand le lieu de la scène 
n'est pas précisé ou se rapproche de Tattu (Mendès), ville 
osirienne; mais les noms seuls sont changés, et encore la 
variante du chapitre xvn (1. 93), assimilant le lion à Ra 
comme à Osiris, fait-elle rentrer l'une dans l'autre les deux 
versions, identiques sous des noms différents, ce qui n'était 
pas rare dans la mythologie égyptienne. Osiris était d'ail- 
leurs la forme la plus ordinaire du soleil nocturne, ce qui 
explique pourquoi l'on a vu que, par un mélange d'idées 
facile à comprendre, l'enterrement, la résurrection et le fils 
d'Osiris pouvaient être placés à Héliopolis, tandis que, d'un 
autre côté, les compagnons de Ra ou Shu et Tefnu pouvaient 
servir aussi d'auxiliaires au dieu de Mendès (cf. Todt., 
eh. xvn, 1. 03, G4 et 05). Osiris-Sahu est appelé, au cha- 
pitre xxiii, 3, du Todtenbuch, Celui qui réside dans les 
âmes d' Héliopolis. 

11 y a dans la légende une tendance remarquable à une 
sorte d'hermaphroditisme, tendance qu'on retrouve dès la 
XVIII e dynastie dans l'hymne à Osiris, traduit par M. Cha- 
bas, où Jsis, qui extrait l'eau d'Osiris et fait un enfant 
(huis l'isolement*, agit seule pour la naissance d'Horus. On 
pourrait être tenté de rapporter a la même idée le sens du 
chapitre lxxx, d'après lequel le défunt, qui se change en 
dieu lunaire, est Ji ^ff- ^x^; mais le papyrus 

sans nom du Louvre prouve que le groupe Ji, ou 

du Todtenbuch (1. 8), est une altération de Jf) } le métal 

ooo i_J 

1. Études ègyptologiques, p. 22. 

2. Reeue archéologique, 1857; Plutarque, D'Isis et d'Osiris, 19. 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 47 

lunaire personnifié éclairant les ténèbres. Une allusion 
certaine à cette doctrine est visible, au contraire, dans une 
composition de basse époque ajoutée au Todtenbuch, laquelle 
prescrit de faire une déesse à trois têtes : l'une de lionne, 
l'autre humaine et couronnée du double diadème, la, dernière 
de vautour avec la double plume, et ayant un phallus, deux 
ailes et des pattes de lion ' . Au chapitre précédent, une image 
du dieu qui élève le bras devait avoir la tête de la déesse 
Nit, qui, elle-même, était quelquefois criocépliale". 

Plus on approche de l'ère moderne, plus les symboles de 
ce genre se multiplient, accusant ainsi les analogies qui 
existent entre les croyances égyptiennes et les cultes de 
l'Asie, dans lesquels le sanglier et les déesses hermaphro- 
dites jouent, de même qu'ici, un grand rôle. Isis, aux derniers 
temps du paganisme, finit par devenir la divinité suprême, 
comme auparavant Astarté en Phénicie, Cybèle en Phrygie, 
ou Anaïtis en Assyrie, prédominance du type féminin qui 
semble s'expliquer par ce fait qu'à la décadence des cultes 
les femmes, restées presque seules fidèles aux anciens dieux, 
accommodent alors la religion suivant leurs préférences et 
leurs goûts. 

Le sens allégorique de la chevelure, que M. de Rougé 
croyait destinée à « couvrir les mystères de la conception ' », 
sera étudié dans un mémoire sur l'Arbre sacré en Egypte. 
Il a pour origine probable une confusion entre les idées 
de chevelure, *• ^ , et à' arbre, * A : les rameaux 

/WWV\ VI # /WWV\ \£L 11 

de l'arbre sacré, emblème du ciel inférieur abritant les mânes 
et le soleil, devinrent les cheveux de la déesse ou du dieu 
dans lesquels se personnifiaient soit le séjour infernal, soit 
l'âme céleste unie à ce séjour. De leur côté, les dieux effémi- 
nés de l'Asie naissaient d'un arbre et se changeaient en 

1. Todtenbuch, ch. clxiv, 12 et 13. 

2. Champollion, Notices manuscrites, t. II (Panthéon égyptien), 
p. 299. 

3. Études sur le Rituel, p. 70. 



4S LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORT? 

arbre. Au chapitre cxv. d'après lequel l'élu a été conçu 

hier. Celui qui est sous le voile, - -^\ (j /ww^ Il ' 1 , et qui 

remet en mémoire L'Isis voilée du chapitre xvn, pourrait bien 
ne pas différer non plus du dieu (//'and dans le beau tama- 

risque, voile de Ra, ou sa toison, hier, (I awws Jj (l 

J^, 1 M I 111 \~~ 1 /VWV\A 

v\^ (eh. xlii du Toril., 1. 2 et 3), dieu qui est intitulé 

ensuite le préparateur divin dans le sein du tamarisque 
(1. 3), ou le grand préparateur dans le sein d'hier (1. 20) : 
l'acte est préparé, L. a , dans le creux de sa main, sans 
qu'on le sache (1. 20). La mention d'hier, après celle du voile 
de Ra, était répétée quatre fois, ce qui rapelle les quatre hier 
dont le phénix est la personnification au chapitre lxxxiii, 2, 
et les quatre jours de deuil pendant lesquels, avant de retrou- 
ver Osiris, on couvrait un bœuf d'or avec un voile noir, à 
cause du deuil d'Isis (Plutarque, D'Js. et d'Os., xxxix). Au 
chapitre Cix, Ra, avant son lever, est dans un svcomore de 

il. 3), tandis qu'au chapitre \vn, 1. 45, il frappe le serpent, 

sous la forme d'un chat ou d'un lion*, auprès do l'arbre 

sacré d'Héliopolis. La cheveluredu Soleil est citée dans un 

ancien papyrus du Louvre 3 , el dans le papyrus magique 

étudié par M. Birch*. Le même texte fait entourer le cou 

d'Osiris avec une couronne de fleurs divines (de cèdre?) par 

Tcl'nu, et avec une boucle par Shu '. Ailleurs l'élu, pour dé- 
fi -Çsï- ^ 
tourner le crocodile du Sud, dit qu'il est I'wwvn (ce qui est 

l'acte d'Isis au chap. xvn, i. 93), et changéen végétal*. Cer 



1. Variante du Papyrus Hat/, Goodwin, Zeitschrift, 18î:î, p. 106. 

2. E. de Rougé, Etudes sur le Rituel, p. r>7. 

3. Devéria, Catalogue, p. I. 

I. Reçue archéologique, 18'»:i, p. m, I. '.'>. 

5. ht.. |» vu. I. 9; i». vin. I. 1. el p. 129. 

6. I odtenbueh , ch. \ \ xit, <i. 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 49 

tains dieux étaient dans la chevelure, 9 vX v ^ 1 , et 

<^i X, /WWV\ H— \\ 

le chapitre de l'oiseau Shenti, emblème du temps, semble 
débuter par une allusion à ce symbolisme : maître de ee 
qui est, bourreau de ceux qui subsistent avec leurs tête* 
et leurs chevelures , et qui sont dans leur (bassin? ou syco- 
more? de) Mafek, les grands et les élus, préparateur de 
l'instant, je suis au ciel et j'immole sur terre tour à tour 
par une puissance , etc. 2 Les rois d'Egypte, suivant Diodore, 
se couvraient la tête, entre autres ornements allégoriques, 
de masques de lions et de branches d'arbres 1 . Une divinité 
par laquelle le chapitre cvm, 1. 10, remplace Isis, c'est-à- 
dire Hathor, qu'on représentait souvent dans l'arbre sacré, 

n /VSAAAA 

et dont la coiffure "b" était mise en rapport de Shu', 

avait, comme l'a remarqué M. Goodwin ', le surnom de 
Henkesti, ou la chevelue, de même que Déméter était pour 
les Grecs la déesse aux belles boucles, Calliplocamos. Au 
Calendrier Sallier'', Hathor paraît prendre le rôle de Ra, le 
1 er d'Athyr, et ses litanies du temple de Dendérah l'ap- 
pellent celle qui a des cheoeux couleur de mafek. D'après 
Lucien, on conservait à Memphis les cheveux bouclés d'Isis 7 : 
Y Henkesti du mâle à Héliopolis était sans doute analogue. 
Les reliques sacrées que renfermaient les sanctuaires de 
l'Egypte passaient, en effet, pour être certaines parties des 
corps divins 8 . La vénération pour ces objets devait être fort 
grande chez un peuple qui respectait les emblèmes de la 
divinité au point de rendre un culte à plusieurs animaux, et 

1. Todtenbuch, ch. xxx, '-\. 

2. Id., ch. lxxxiv, 1. 

3. I, 62. 

4. Todtenbuch, ch. xxxv, 1. 

5. Zcitschrift, etc., 1873, p. 106. 

6. Chabas, Le Calendrier Sallier, p. 45. 

7. Contre un ignorant bibliomane, 14. 

8. J. de Rougé, Textes géographiques d'Edfou, passim; Plutarque, 
D'Isis et d'Osiris, 18, et Diodore, I, 21. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 4 



50 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 

de croire que les dieux habitaient en réalité dans leurs 
statues, comme le prouve l'ancienne inscription étudiée par 
M. Goodwin'. Ptah, qui a cillante les dieux, fait les con- 
trées, etc., a aussi installé les coi'ps des dieu,/- pour (y) placer 
leurs cœurs : il fait entrer les dieux dons leurs corps en 

r\ -rt\ O AAAAAA 

toute espèce de bois, de gemme ou de pierre, l^xK^ra 

^ z^ m z\\^ m k ^ f 1 -k r, 

K37 ^^ ^~' 7 l^v s '• ^ jn P assa S e des Livres hermé- 
tiques justifie de même les accusations des chrétiens repro- 
chant- aux gentils le culte des idoles : Oui, les statues, 
ô Asclépios; vois-tu comme tu manques de foi f Les statues 
animées, pleines de sentiment et d'aspiration , qui font tant 
et de si grandes choses ; les statues prophétiques qui pré- 
disent l'avenir par les songes et toutes sortes d'autres voies, 
qui nous frappent de maladies ou guérissent nos douleurs 
selon nos mérites 3 . 

IV 

La discussion des principaux points sur lesquels roule le 
chapitre cxv permet à présent de proposer pour ce texte 
une traduction en rapport avec les résultats acquis. Cette 
traduction reste conjecturale en plusieurs endroits, car le 
texte est très corrompu. C'est ainsi que la phrase incomplète, 
qui est rétablie d'une manière fort claire au Papyrus Hay 
du British Muséum, n nti (j C\ °Z^ > cs ^ reproduite dans 
les papyrus du Louvre comme au Todtenbuch (vers la fin 
de la ligne 2). La variante fournie par le même papyrus 
pour le mot qui précède ânes a la ligne .*>, - -\^\ au lieu de 
. ne se retrouve pas non plus ailleurs, de mémo que 



1. Cbabas, Mélanges ègyptologiques, 3' série, t. I, p. 247. 

Z. Sharpe, Egyptian Inscriptions, I, pi. XXXVIII. 

3. Hermès Trismègiste, traduction de Louis Ménard, li\. 11,9. 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 51 

celle qui, à la ligne 2, fait de la négation tem le dieu Tum : 
T um y démentie Très-Vaillant. 

Les papyrus du Louvre ont toutefois des variantes qu'il 
ne sera pas inutile de noter. 

Ligne 3 du Todtenbuch : la particule v^m de la phrase 
ta-a n t'et-t-u neter-u est placée entre t'et-t-u et neter-u, ce 
qui donne un sens possible, aux n os 3084, 3089, 3091, et au 
Papyrus de Taho. Le mot Ra est suivi de rj^è\ aux n os 3051 
et 3089, et au Papyrus de Taho. Le Papyrus de Taho écrit 
le mot hau, qui qualifie le compagnon de Ra, comme 
ra v\ T 7 0, temps. Pour la ligne 3 seulement, le nom de 
ce personnage est partout écrit (sauf au Papyrus de Luynes) 
suten-m-hau-f, mauvaise transcription hiératique dans 
laquelle le syllahique am a été confondu avec l'hiéroglyphe 
suten. On trouve assez souvent des noms mythologiques du 
même genre : am-u-abt-u-sen (Naville, Textes relatifs au 
mythe d' H or us, xxi, 5) ; am-u-hru-u-sen ( Todt., ch. cxxv, 
63); am-hru-f(id., ch. cxxiv, 9). Au chap. cxxv, 67, Thoth 
est am-unt-f, et il s'agit peut-être aussi de lui au chap. cxv. 

Liane 4 : est écrit au n" 3084, 

au Papyrus de Taho et au n° 3089. 

Ligne 5 : Kheper-sen heb Ra pu semble une erreur, car 
on t rouve à la place des groupes co mpr is entre Kheper et pu : 
( Papyrus de I aho), ™w> (n° 3091 ) , ou ~ WVNA 

MAAM O £!i O Ci (2 O 

(n" s 3051 et 3089). Le sens est : de frère et la sœur) instituent 
la fête Sen ou .S'6v?f, peut-être la fête du deux du mois, qui 
se nommait, d'après la liste publiée par M. Brugsch (Calen- 
drier égyptien, pi. IV). la lete < U H or us veng eur de son père. 

— M — \jls 
M. Goodwin a signalé la variante A/VVAAA 

Ligne G : le mot henkesti est partout écrit deux fois après 
le groupe qui veut dire femme, sauf au n° 3129, qui a une 



rande ressemblance avec le Todtenbuch . - 
£ /i . comme l'a lu M. Goodwin. 




£ t] est bien 



52 LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 

Ligne 7 : les deux groupes pehti sont précédés de ur, 

Ci 

v^t , dans tous les papyrus, même au n° 3129. 



CHAPITRE POUR SORTIR VERS LE CIEL, FRANCHIR LA TOMBE 
ET CONNAÎTRE LES ÂMES D'HELIOPOLIS 

L. 1 L'Osiris véridique dit : « J'ai grandi hier avec les 
grands, je suis né dans le lieu des naissances, j'ai dé- 
couvert la face pour l'œil de l'Unique, 

L. 2 et le cercle des ténèbres s'est ouvert, je suis l'un de 
vous ! Je connais les âmes d'Héliopolis : est-ce que 
le Très- Vaillant n'en naît pas, quand sort le bras 
étendu de celui qui est (là, le Voyant) ? J'adresse 

L. 3 la parole aux dieux (?) : « Que ne soit pas anéanti l'en- 
fant d'Héliopolis ! » Je sais pourquoi la chevelure du 
mâle a été faite. C'est Ra qui conversait avec Amhauf : 

L. 4 voilà qu'un fléau (survint) contre lui. C'est (alors que) 
le coup fut frappé le 2 du mois, Ra dit à Amhauf : 
« Prends la lance pour le fils de l'homme !» — « Voici 

L. 5 la lance », dit Amhauf. Le frère et la sœur instituent 
la fête Sen t. Celui qui est sous le voile, son bras ne 
se repose pas, voilà qu'il s'est changé en 

L. 6 femme chevelue. C'est la chevelure dans Héliopolis. 
Dévoilé et puissant est le fils de ce temple : c'est 
le dévoilé d'Héliopolis. La chair de sa chair, grande 
esl sa vue, 

L. 7 car il esl en un 1res vaillanl dieu, en un fils né de 
son père. Ce qui lui appartient, c'est d'être le Très 
Vaillant d'Héliopolis. Je connais les âmes d'Hélio- 
polis, c'est Ra, et ce -ont Shu et Tcfllll. » 

Le Papyrus de Luynes, qui mérite une attention spéciale 
a cause de son ancienneté, suil la même version que les 
autres, mais quelques changements dans les particules lui 
prêtenl parfois des sen nouveaux : 



LE CHAPITRE CXV DU LIVRE DES MORTS 53 

L. 1 J'ai grandi hier avec les grands et je suis né dans le 
lieu des naissances; j'ai découvert la face pour l'œil 
de l'Unique, 

L. 2 et le cercle des ténèbres s'est ouvert : je suis l'un de 
vous ! Je connais les âmes d'Héliopolis : est-ce que le 
Très-Vaillant ne naît pas d'elle ( I), quand surgit 
le bras étendu de celui qui est avec moi ( & û ^) 

L. 3 à dire aux dieux (<ww^ "^ |) : « Que ne soit 

pas anéanti l'enfant d'Héliopolis ! » Je sais pourquoi 
la chevelure du mâle a été faite. Ra parlait 



_ \\2if' 
avec Amhauf : 

L. 4 voilà qu'un fléau s'éleva contre lui ( . I) : c'est 
alors que le coup fut frappé le 2 du mois. Ra dit à 
Amhauf : « Prends la la lance, fils de l'homme! » — 
« Voici la lance », 

L. 5 dit Amhurf ( — lb\ *^=^) . Les deux frères 

(cf. Todtenbuch, chap. xvir, 1. 43, 44 et 45), c'est Ra 
passant dans la forme ( M <==:> ^^ V\ 1 □ \>^j\ 

O ) de Sotem-anes (le maître de la robe, d'après 
M. Goodwin, ou Celui au voile noir, car l'hiératique 
peut avoir été d'abord Kem-anes) : son (II) bras ne se 
repose pas, voici qu'il a pris sa (*^=^) forme 

L. 6 de femme chevelue : c'est la chevelue An. Dévoilé est 
le maître du temple : c'est ( u @) le dévoilé d'Hélio- 
polis. Son (1^) enfant, grande est sa vue (^^^J- 



L. 7 car i 



est en Très- Vaillant (prodigieux? J (1 v\ ?), 

en fils né de son père. Ses choses ( (^ 3 I) sont 
celles du Très-Vaillant d'Héliopolis. Je connais les 
âmes d'Héliopolis, Ra, Slm et Tefnu. 



54 LE CHAPITRE CXV DE LIVRE DES MORTS 

Le chapitre cxv se rapporterait donc, comme le groupe 
de textes dont il fait partie, à la guerre des dieux égyptiens, 
et la légende héliopolitaine qu'il raconte aurait eu pour 
type le triomphe de la clarté solaire et lunaire, qui chasse 
quotidiennement les ténèbres en renaissant du sein de 
l'étendue souterraine avec laquelle elle semblait s'être con- 
fondue. Le mythe auquel ce phénomène donna naissance en 
Egypte y avait pris une importance qui l'étendit au mois, 
à l'année, aux cycles astronomiques, à la vie extra-terrestre, 
à la cosmogonie, et sans doute ici à l'épopée. C'est la mise 
en action de l'idée qu'expriment les titres bien connus faisant 
du Soleil celui qui s'enfante ou qui s'engendre lui-même. 
Il y a une différence sensible entre la traduction d'après 
laquelle on peut conclure ainsi et celle qu'on doit à 
M. Goodwin, qui voit une épidémie dans ® J , ou le coup 
frappé par le dieu, comme le prouvent les Textes publiés 
par M. Naville, et du bronze servant à la reproduction de 

l'espèce humaine dans ^ , qui n'est autre chose que la 

nriooo 
lance divine. Les analogies permettent de rectifier pour ces 

mots l'interprétation du savant anglais, qui n'en est pas moins 
régulière au point de vue grammatical. Mais la mythologie 
égyptienne, ainsi que les autres branches de la civilisation, 
agriculture, commerce, comptabilité, arts, sciences, etc., 
avaii ses expressions particulières qui formaient comme une 
langue dans la langue, et la science du déchiffrement se re- 
trouve la, bien qu'elle se soit rendue presque entièrement 
maîtresse du langage ordinaire, en lace d'une phraséologie 
nouvelle (Idiii il lui faudra chercher la clef. Los premiers pas 
dans une voie semblable étant toujours hasardeux, ce serait 
déjà beaucoup, après M. Goodwin, qui s'est attaché à donner 
un texte correct, d'avoir pu indiquer les limitesel entrevoir 
le sens du sujet. 



LES 



QUATRE BACES VU JUGEMENT DERNIER' 



M. Chabas a signalé' l'analogie remarquable qui existe 
entre les croyances chrétiennes et les idées égyptiennes au 
sujet du jugement dernier; des deux côtés, les justes sont 
placés à droite, et les méchants (condamnés au feu ou à a 
chaudière) à gauche. La même disposition se retrouve gé- 
néralement dans les tombes royales, où le soleil nocturne 
traverse en barque clés scènes de béatitude et de supplice-. 
Le célèbre tableau des quatre races fait partie dîme de ces 
représentations, touchant laquelle on peut consulter les A T o- 
tices de Champollion et les Denkmàler 3 . La traduction qui 
va suivre a été faite d'après le sarcophage de Séti I er , pu- 
blié par MM. Sharpe et Bonomi \ et étudié par M. Pierrot '. 
L'interprétation consciencieuse de M. Pierrot eût rendu 

1. Publié da.ns les Transactions of the Society of Biblical Archçeo- 
logy, vol. IV. part 1, 187"); tirage à part in-8" à 25 exemplaires. — 
Lefébure avait inscrit au crayon, dans les marges de sou exemplaire, 
des corrections ou des observations assez nombreuses : on les trouvera 
en notes, au bas des pages, entre crochets [ ]. La plupart d'entre elles 
contiennent des variantes relevées par lui dans le Tombeau de Sêti T 1 , 
p. 770-775, qu'il publia une dizaine d'années après ce petit mémoire. 

2. Mélanges ègyptologiques, 3 e série, t. II, p. 1<>S-172. 

3. Denkmàler, III, 136 

4. Cf. Sharpe, Egyptian Inscriptions. 

5. Reçue archéologique, mai 1870. 



56 LES QUATRE RACES AU JUGEMENT DERNIER 

celle-ci inutile, s'il ne restait à mettre en lumière un point 
important, celui de la création des hommes, dont la légende 
ne parait pas encore avoir été expliquée d'une manière sa- 
tisfaisante bien qu'elle ait attiré depuis longtemps l'atten- 
tion des égyptologuos '. 

La scène entière se divise en trois séries superposée-, 
mais il n'y a là, comme dans les dessins chinois, qu'un ar- 
tifice de perspective échelonnant le milieu, la droite et la 
gauche, qui ne pouvaient, en effet, figurer sur le même 
plan, puisque les tableaux égyptiens ne montrent les per- 
sonnages que de profil. A la droite de Ra, on mesure des 
champs pour les élus, et à sa gauche on amène le troupeau 
des humains pour y choisir les âmes qui seront détruites. La 
création des quatre races composant l'espèce humaine est 
attribuée, saut pour les Nègres, aux pleurs d'Horus et à la 
déesse Sekhet, une des personnifications de l'œil d'Horus, 
le soleil. Les textes disent que les hommes étaient nés de 
l'œil et les dieux de la bouche de Ra ou d'Horus, et l'on re- 
trouvera un symbolisme analogue, Taisant venir les plantes 
et les bêtes d'une émanation divine, dans un papyrus ma- 
gique traduit par M. Birch \ 

Au sarcophage de Séti I" 1 ', en C, la barque solaire sort 
pai' la porte que garde le serpent Tek-her, oujace étince- 
lante ; le dieu est représenté sous la forme d'un criocéphale 
debout dans un naos qu'entoure de ses replis le serpent 
Mehen. San est a la proue, Hakau à la poupe, et quatre 
personnages nommés les infernaux remorquent la barque 
avec une corde vers la porte Neb-t-Hau, /es maîtresses de 
In durée. Devanl eux, neuf dieux en gaine tiennent un long 
serpent, les pointeurs du serpent Nenut'i, précédés par douze 

1. Chainpollion, Lettres écrites d'Egypte et de Xuhi<\ \:v ' loiliv; K.de 
Itou.L'i'. Mémoire sur h-s si. r premières dynasties, p. !'; Chabas, Études 
sur l'Antiquité historique, p. 98, etc. 

2. Revue archéologique, 1 863. 
:;. PL 7, 6 et 5. 



LES QUATRE RACES AU JUGEMENT DERNIER 57 

hommes, les âmes humaines qui sont dans l'enfer, en 
marche vers un dieu à sceptre qui leur fait face, celui qui 
est sur son angle. 

A droite, en B, douze hommes, dans une posture d'ado- 
ration, les adorateurs qui sont dans l'enfer, et douze por- 
teurs de corde dans (l'enfer), se dirigent vers quatre per- 
sonnages à sceptres, tournés en face d'eux. 

On voit à gauche, en D, Horus hiéracocéphale, appuyé 
sur un long bâton, seize hommes, appelés les Hommes, les 
Amu, les Nahesu, les Tamehu (les Égyptiens, les Asia- 
tiques, les Nègres et les Libyens), douze personnages por- 
tant comme une corde un long serpent (symbole probable 
de la marche du temps), que surmonte derrière chacun 
d'eux, sauf le dernier, l'hiéroglyphe de la durée, les por- 
teurs de l'emblème de la durée dans l'occident, et enfin 
huit dieux, les divins magistrats de l'enfer. 

B. Ils rendent hommage à Ra dans l'occident 1 et récon- 
fortent 2 Har-Khuti; ils ont connu Ra sur la terre et ont 
fait des oblations pour lui ; leurs offrandes sont à leurs 
places, et leurs honneurs dans le lieu saint de l'occident. Us 
disent à Ra : « Viens. Ra ! Remonte l'enfer! Hommage à 
toi ! Entre dans les chapelles (qui sont) dans le serpent 
Mehen'! » Ra leur dit : « Offrandes pour vous, Bienheu- 
reux ! J'ai été satisfait de ce que vous faites pour moi, (soit 
que) je brille à l'orient du ciel, (soit que) je me couche dans 
le sanctuaire de mon œil. » Leurs aliments sont faits des 
pains de Ra, et leurs breuvages de sa liqueur T'eser; leur 
rafraîchissement est de l'eau, il y a des oblations pour eux, 
à terre, à cause de l'hommage (qu'ils rendent) à Ra dans 
l'occident. 

Les porteurs de corde, ceux qui préparent les champs des 
Elus, — « prenez la corde, tirez, mesurez les champs des 

1. [L'Amenti.] 

2. [Exaltent.] 

3. [Entre parmi les choses saintes sous le serpent Mehen. J 



58 LES QUATRE RACES AU JUGEMENT DERNIER 

Mânes, qui sont des élus dans vos demeures, des dieux en 
vos résidences, Elus divinisés dans la campagne de la Paix, 
Élus vérifiés pour être dans (l'enceinte) de la corde; la jus- 
tification est pour ceux qui (y) sont 1 , et il n'y a pas de 
justification pour ceux qui n'(y) sont pas". Ra leur dit : 
a C'est la justice, la corde dans l'occident. Ra est satisfait 
par le mesurage en coudées des possessions de ceux qui sont 
des dieux et des domaines de ceux qui sont des Élus 3 . Ra 
crée vos champs, et désigne pour vous vos aliments, qui 
sont avec vous '. » 

« Oh ! navigue, Khuti ! Les dieux sont satisfaits de leurs 
possessions, les Élus sont satisfaits de leurs demeures. » 
Leurs aliments sont dans la campagne d'Aru et leurs of- 
frandes sont (faites) de ce qu'elle produit. Il y a des obla- 
tions pour eux dans les champs de la campagne d'Aru. Ra 
leur dit : « Sainteté à vous, cultivateurs qui êtes les maîtres 
de la corde dans l'occident. » 

C. Le dieu grand est remorqué par les dieux infernaux, 
qui le font circuler dans le lieu mystérieux. « Remorquez 
pour moi, infernaux ! Rendez-moi hommage, vous qui êtes 
dans les enfers ! Force à vos cordes, avec lesquelles vous 
me remorquez! Fermeté à vos bras", vitesse à vos jambes, 
protection a vos âmes, acclamation à vos cœurs ! Ouvrez le 
bon chemin vois les cavernes clés choses mystérieuses ! » 

Ceux qui sont clans ce tableau, porteurs de ce serpent, 
tirent et (le) font apparaître devant Ra et devant eux, pour 
qu'il (Ra) se place dans (la porte) Neb-t-Hau. Ce serpent 

1. [Ceux qui existent.] 

2. (Ceux qui n'existeront plus.] 

■S. [Raest satisfait du mesurage. Vos possessions à vous, dieux, et vos 
domaines à vous Élus, sont ;ï vous.] 

4. [Vos aliments, mangez.] 

5. | hommage, vous qui êtes dans les étoiles pour que soient fortes 

vos cordes, avec lesquelles , et fermes vos bras, etc. Les plafonds 

a tronomiques des tombes royales représentent la barque divine 
i rainée par des utoiks.J 



LES QUATRE RACES AU JUGEMENT DERNIER 59 

s'élève vers elle, sans la dépasser. Ra leur dit : « Tirez 
Nenut'i ! Ne lui laissez pas d'issue, aiin que je m'élève au- 
dessus de vous ! Enveloppement à vos bras, destruction à ce 
que vous gardez, vous qui gardez ce que deviennent mes 
formes, vous qui emmaillottez ce que deviennent mes splen- 
deurs. » Leur nourriture est d'entendre la parole de ce dieu ; 
c'est une oblation, pour eux, d'entendre la parole de Ra dans 
l'enfer. 

Ceux qui ont dit la vérité sur la terre et ont magnifié les 
formes de Dieu. Ra leur dit : « Acclamation à vos âmes, 
souffles à vos narines, et végétaux pour vous de votre cam- 
pagne d'Aru. Vous, vous êtes d'entre les justes. Vos de- 
meures sont, pour vous, à l'angle où l'on examine ceux qui 
sont dans la flamme, en lui. » Leurs aliments sont faits de 
pain, et leurs breuvages de la liqueur T'eser; leur rafraî- 
chissement est de l'eau. Il y a des oblations à terre, pour 
eux, comme bienheureux, selon ce qui leur appartient. 

Ra dit à ce dieu : « Que le grand qui est sur son angle 
appelle les âmes des justes et les fasse se placer dans leurs 
demeures, auprès de l'angle, ceux qui sont avec moi- 
même ! » 

D. Horus dit aux troupeaux de Ra, qui sont dans l'enfer 
de l'Egypte et du désert : a Protection à vous, troupeaux 
de Ra nés du grand qui est dans le ciel, souffles à vos na- 
rines, renversement â vos cercueils ! Vous qui avez été 
pleures par mon œil, en vos personnes d'hommes supérieurs, 
vous que j'ai créés en vos personnes d'Amu : Sekhet les a 
créés, et c'est elle qui défend' leurs âmes. Vous, j'ai ré- 
pandu ma semence* pour vous, et je me suis soulagé par 
une multitude sortie de moi en vos personnes de Nègres : 
Horus les a créés et c'est lui qui défend leurs âmes. (Vous), 

1. Le mot propre est manustuprarc. — [Lactance t'ait allusion à une 
croyance analogue : « Nunc Vulcanus in terrain semen effudit et inde 
homo tanquam i'ungus enatus est » (Epitomc, p. 542).] 

2. [Nef : M. Naville pense que ce mot signifie créer, Litanie, p. 23.] 



60 LES QUATRE RACES AU JUGEMENT DERNIER 

j'ai cherché mon œil, et je vous ai créés en vos personnes de 
Tamehu : Sekhet les a créés, et c'est elle qui défend leurs 
âmes. » 

Ceux qui installent l'emblème de la durée 1 font lever les 
jours des âmes qui sont dans l'occident, et désignent pour 
le lieu de la destruction. Ra leur dit : « Etant les dieux 2 , 
habitants de l'enfer, qui portez la (corde-)Équité pour 
traîner l'emblème de la durée, tirez l'emblème de la durée, 
tirez la (corde-)Équité, traînez l'emblème de la durée par 
elle 3 , des âmes qui sont dans l'occident, et désignez pour le 
lieu de destruction ! Qu'ils ne voient pas la retraite mysté- 
rieuse ! » Ce sont les divins magistrats qui détruisent les 
ennemis. Leurs aliments sont faits de parole véridique. Il 
y a une oblation pour eux à terre, faite de parole véridique 
auprès d'eux \ 

Ceux qui ordonnent 3 la destruction et son enregistre- 
ment pour la durée des âmes dans l'occident, — « que vos 
destructions soient pour les ennemis et vos enregistrements 
pour le lieu de la destruction ! Je suis venu, (moi) le grand, 
Horus, pour examiner mon corps, et pour lancer des fléaux 
contre mes ennemis. » Leurs aliments sont (faits) de pain, 
leur breuvage est de liqueur T eser, leur rafraîchissement 
est de l'eau ". 

1. [Ceux qui fixent la durée | 

2. [j\ ô dieux (Séti r r )-j 

•*i. [ Équité pour mesurer La durée, mesurez la durée, tirez la (corde-) 

Équité, mesurez la durée par elle ] 

4. [Il leur est fait des offrandes sur terre, parce que la parole véridique 
est en eux.] 

4. [Ils ordonnent j 

ô. [De l'eau. Il leur est fait des offrandes sur terre (comme à qui) 
n'entre pas au lieu de la d>'-iruction.J 



THE BOOK OF HADES 

(FROM THE SARCOPHAGUS OF SETI i) 1 



When Belzoni discovered, in 1819, the tomb of Seti I. at 
Biban-el-Molouk, he found there the empty sarcophagus of 
the king, with the cover broken 8 . The figures and the hie- 
roglyphics which adorn this sarcophagus, upon which they 
are carved and filled in with blue colour, hâve been pu- 
blished in 1864, with descriptions by Messrs. Bonomi and 
Sharpe 3 , under the title of The Sarcophagus of Oime- 
neptah I. In 1870, M. Pierret gave, in the Revue archéo- 
logique, an analysis of the pictures and the legends which 
cover the exterior of the coffin; and later Messrs. Goodvvin 4 
and Le Page Renouf ' hâve examinée! the secret writings 
which are found on a part of the sarcophagus. Thèse en- 
deavours are only partial, and a study of the whole lias not 
been madeon the sarcophagus of Seti I. before the présent 
translation, which is complète and comprises ail the frag- 
ments. The principal subject of the inscriptions on the sar- 
cophagus is the navigation of the sun nightly in the infernal 
régions. Twelve gâtes enclose there, successively, twelve 
sections of space, from which the god passes, having gene- 

1. Publié dans les Records ofthe Past, l sl Séries, 1878, t. X, p. 85- 
134, et 1881, t. XII, p. 3-35. - G. M. 

2. The sarcophagus is of arragonite, and is now in the Soane Mu- 
séum, London. 

3. Cf. Sharpe, Eyi/ptian Inscriptions, pi. 61-67. 

4. Zeitschrift, 1873, p. 138. 

5. Zeitschrift, 1874, p. 101. 



62 THE BOOK OF HADES 

rally at his right hand tlie blessed, and at his left the 
damned. who are represented, according to the Egyptian 
mie of perspective, above and below. The gâtes correspond 
probably to the hours of the night, as do the infernal py- 
lons to the astronomical ceilings at Biban-el-Molouk ' . The 
order in which thèse gâtes follow one another lias been 
pointed ont by Champollion*, and they again occur in the 
like manner in the tomb of Rameses VI. The same com- 
position ligures in en'ect in the royal tombs, and covers 
there, generally to the left, the sides of certain rooms and 
corridors. We see by the royal tombs that the Egyptian 
artist connected the nightly divisions to the gâtes which 
preceded; and Champollion himself is the aiithority for de- 
signating, by an abridged form, every division of Hades by 
the name of the serpent which guarded the gâte. There is 
;is a due to its arrangement, thennmber, and the succession 
of thèse gâtes which comprise tins species of the Book of 
Ilades, itself a variant of the Book of the Lower Hémi- 
sphère : 

lst division without a gâte 

2nd » door of the serpent Saa-sel 

3rd » » Akebi 

4th » » T'etbi 

5th » » Tek-her 

Glh » n Set-m-ar-f 

Tth )> » Akhen-ar 

sth » » Set-lier 

9th » » Ab-ta 

lOth » » Stu 

1 1 1 1 1 o » Am-netu-f 

L2th " doors of the serpents SebiandReri. 

1. Champollion, Notices, t. II, p. 630-684; cî.Todtenbuch, ch. cxlv- 

l KLVI. 

2. Lettre. . ae\n édition, i». 189-192. 



THE BOOK OF HADES 63 

It is noticeable that the first division lias not a door, and 
that the last bas two. Further, in the tombs of Seti I. and 
of Merenptah I. the pictures and the legends relating to the 
door of Set-m-ar-f differ entirely from those which are 
attached to the same gâte in the other tombs, and on the 
sarcophagus of Seti I. According to Champollion ' the tomb 
of Amenophis III., when it was complète, contained the 
book which he there describes, but only a few fragments of 
it now remain in the chief chamber. The Notices of the 
same scholar attribute the 8th, 9th, and lOth divisions to 
the tomb of Ta-user-t, thèse are found in the chief cham- 
ber; the 3rd and 4th are seen in the tomb of Rameses I. a 
in the chamber which follows the 2nd corridor: the 2nd and 
3rd occur in the chamber having six pillars; the 4th, 5th, 
6th in the chamber of the well, and 7th on the principal 
chamber having six pillars, in the tomb of Seti I. : the 4th, 
5th, and 6tli in the principal chamber of the tomb of Me- 
renptah I. ; the 5th (in the 3rd chamber), 6th (other cham- 
ber), 3rd, 8th, 9th and llth (in the principal chamber) of 
the tomb of Rameses III. ; the 2nd, 3rd, 4th, and 5th in the 
tomb of Rameses IV. in the principal chamber; the lst and 
2nd are found in the tomb of Rameses VII. on the iïrst cor- 
ridor. The tomb of Rameses VI. contains the composition 
entirely complète on the commencement of the first corri- 
dor. The other tombs are more or less damaged, or thev 
would hâve been able otherwise to hâve restored for us 
wholly or in part those divisions which appear to be want- 
ingfrom the sometimes incomplète notices of Champollion. 
On the sarcophagus of Seti I. the beginniug of the text is 
found on the outside at the foot of the chest; the 2nd and 
3rd divisions follow to the right; the 4th is at the headand 
on a part of the left side, at which the 5th joins the lst. 

1. Lettres, new édition, p. 202-203. 

2. Cf. Egyptian Muséum, Paris. 



64 THE BOOK OF HADES 

The (ith and the 7th divisions, of which only fragments re- 
main, occupy the two exterior sides of the lid; the 6th at 
the right, the 7th at the let't side of the head. In the inte- 
rior and adjoining the head, at the left side the 8th and 
9th divisions; thelOth commences at the foot; and the llth, 
which extends to the right, finishes at the head, where is 
the 12th. There the great composition stops. Other texts, 
qow incomplète, covered the interior part of the lid; thèse 
generally belong to the Book of the Dead. Finally, the 
bottom of the ehest, which is intact, shows the goddess Nu 
surrounded with prayers and chapters from the Book of the 
Dead. The gênerai sensé of the great composition (the 
scènes of which hâve no other relation than to présent the 
variants of a saine idea) is that the sun and thegods, or the 
soûls w ho accompany him, arc swallowed up by theearth' 
in the West, and that they arise at the East. The earth is 
dëscribed in certain passages as a twoheaded bull', or a 
two-headed serpent'; and sometimes the Egyptians, to 
symbolize the résurrection, represented coming forth from 
the serpent the heads which lie had swallowed', and intro- 
duced his face ' to the sun to appoint the dawn. The noc- 
turna! sun wasa soûl' and had consequently the head of a 
maie sheep; the earth, being more material, after the final 
scène formed the bodyofOsiris who surrounded Hades. The 
earth had been created by the sun or Ra, seeing that the 
legend of the two-headed bull said, that the god rested in 
that which lie had created 7 . Il; niusl be remarked on the 
subject of the création, thaï this act is represented in seve- 

1. PI. IV. I. 11». 18; PI. III. C, 27. 

2. PI. II; III. C. 

::. IM. XII. ri. TheBooh of the Lovoer Hémisphère, 8th hour. 
1. PI. XII. A. -i Champollion, Notices, t. II. p. 770-775. 
.".. PI. XI. I'.. 

6. IM. III, C, 26-27. 

7. PI. III. (J. 28; n. pi, W E, II. 



THE BOOK OF HADES 65 

rai places as an émanation : tlius the gods go out from Ra 1 
or from his eye 2 ; the Egyptians are the tears of the eye of 
Horus a and the eatable plants come from the divine mouth 4 . 
This pantheistic doctrine existed to the XVIIIth dynasty; 
indeed the composition, which contains it, is found in the 
tomb of Amenophis III. and of Ta-user-t; and M. Naville 
has shown that it is also the foundation of the Litany of 
the Sun', with which the royal tombs begin. The Egyp- 
tian theology allowed, besicles the responsibility of man, the 
immortality of the soûl ; and the subterranean world, on the 
sarcophagus of Seti I., is, therefore, represented in a moral, 
as well as a physical point of view. The underworld was 
the place of the chastisement of Apap, the symbol of evil, 
and the dwelling of the good as well as of the wicked, 
which were there judged to be recompensed by Ra or pu- 
nished by Tu m and bv Horus. 



EXTERIOR OF THE COFFIN 
Horizontal Inscription 

This inscription runs in a single Une along the five first 
plates of the Booli of Hades; it is divided into two halves : 
the first (pi. II. -V.) cornes from the door of Akebi to the 
commencement of the first scène; the second (pi. VIII. -V.) 
adjoins the first in going from the head, to the place where 
the fold of the door of T'etbi begins. 

1. PI. IV, F, G. 

2. PI. IV, III, E. 

3. PI. VII, VI, D. 

4. PL XIII, C. 

5. See Records of the Past[, V 1 Séries], vol. VI. 

BlBL. KGYPT., T. XXXIV. 5 



66 THE BOOK OF HADES 



Plate 2 



u A. Words of Mesta : I am Mesta, I am thy son, 
Osiris, king, Lord of the Two Lands, Ramenma, veracious, 
son of Ra, Seti-Mkrknptah, veracious, I come, behold me 
to protect thee. I make to prosper thy dwelling, firmly, 
firmly, according to the order of Ptah, according to the 
order of Ra himself. Words of Anubis, who is with the 
coffin : I am Anubis who is with the coffin. It is said : 
'■ Descend m y mother Isis " » 

Plate 3 

« 5 , on me, the Osiris, king, Ramenma, veracious, 

(dcliver the son of Ra, Seti-Merenptah), veracious, from 

liim who arts against me. Words of Tuaumatef : I am 

Ti AiMATEF, I am thy son, Horus, I love thee, I come to 

défend Osiris from him who causes his evil, and I place 

him iimler thy feet for ever, Osiris, king, Lord of the Two 

Lands, Ramenma, 

Plate 4 

Son of Ra. of his loins who loves him, Lord of Diadems, 
Seti-Merenptah, veracious. close to the great god. Ile 
says : Let the sun live, death to the tortoise ! Let thein turn 
themselves in the tomb the ûesh winch Kebsenuf keeps 8 , 
the < >smis, king, Ramenma, veracious. Let the Sun 
live, death to the tortoise! Let him be safe lie \\ ho is in the 
tomb, the tomb of the son of Ra, Seti-Merenptah. 
Words of Nu the great 

Plate 5 

and of Seb : Osiris, king, Lord of Two Lands, Ramenma, 

1 . Thèse références are to the plates in Bonomi'sbook, and the letters 
A. 1',. c. to the three horizontal sections into which each plate of text 
i- divided, according i" il- position on the sarcophagus. 

2. Lacunae. 

3. Cf. ]-l. XVII, 35 



THE BOOK OF HADES 67 

veridical, who loves me, I give thee purity on earth, and 
power in heaven. 

)) I give thee thy head for ever. » 

Plate 8 

« Words of Nu who is on the dwelling of the bark Hen- 

nu : This my son the Osiris, king, Ramenma, veridical, his 

father Shu loves him, and his mother Nu loves him, the 

Osmis son of Ra, Seti-Merenptah. Words of Hapi : 

I am Hapi, I corne, (behold me) to protect thee, I bring 

thee thy head ' » 

Plate 7 

« ' thy head, Osiris, king, Ramenma, veridical, son 

of Ra who art Seti-Merenptah, veridical. Words of 
Anubis who inhabits the Divine chapel : I am Anubis who 
inhabits the Divinechapel, Osiris, king, Lordof TwoLands, 
Ramenma, veracious, son of Ra, from his womb, Lord of 
Diadems, Seti-Merenptah. The great ones circulate 
behind (thee) and thèse members of thee are no more en- 
feebled, Osiris, king, Ramenma, 

Plate 6 

ever veracious. Words of Kebsenuf : I am thy son, I corne, 
behold me to protect thee, I join together thy bones for 
thee, I revive thy members for thee, I bring thee thy heart, 
I put it into its place witliin thee, I make thy house to 
prosper, behind thee who lives for ever. It issaid : Let the 
Sun live, death to the tortoise ! Let the bones of the Osiris, 
king, Ramenma, 

Plate 5 

veracious, of the son of Ra, Seti-Merenptah, veracious, 
move, and let those move who are in their funereal founda- 
tions. Pure is the body which is in the earth, let be pure 

1. Laeunse. 



68 THE BOOK OF HADES 

the bones of the Osihis, king, who is Ramenma, veracious 
as Ra. » 



THE BOOK OF HADES 
First Division. — Plates 5 and 4 

Pi et ares 

E. 12 g ocl s qf the Earth marching towards a mountaiu 
representecl turned upside down. 

F. Two persons, turned upside down, kneeling before the 
head of a jacal on a stick which is the hieroglyphic of the 
word neck ; they cast down the hands, that is, striking the 
Earth. Underneath is the boat of the solar disk, enclosing 
a scarabaeus : the disk is itself surrounded by an urseus 
with long folds, who bites lier tail. Hu is at the prow and 
Hak at the poop. 

G. A head of a ram on a high stick surrounded by two 
persons kneeling, who cast down the hands, that is, again 
striking the Earth. 

II. 12 gods qf the Earth qf the Amenti marching 
towardsa mountaiu. Tins second mountaiu formswith the 
rirsl a sorl of gorge, défile, towards which the divine boal 
passes. Tins is the entrance of lladcs. 

Legends 

« E. Those who are boni of 1\a, of lus substance, and 
whicb proceed l'rom bis cye. He places l'or them a hidden 
dwelling, the Earth, which sacrifices mon and gods, ail 
the quadrupeds, and ail the reptiles created by tins great 
god. The god prescribes the things when he rises in the 
Earth which he has created. 

u F. Ra says to the Earth: Lel the Earth be bright, 
shine on whal has swallowed me, the murderer of man, w ho 



THE BOOK OF HADES 69 

has been filled by the massacre of thc gods. Breath to you, 
who arc in thc light, and dwellings for you. My beueiits 
are for you. I bave commanded that they should massacre, 
and they hâve massacred ail bcings. I haye liiddcn you for 
those who are in the world' : let those who aie in the 
Earth replace (my) crown ! The god says : Let tins neck 
put forth the words of the great god who distinguishes his 
members. Come to us, thon from whom we go forth. 
Praise to him who is in his disk, the great god of numerous 
forms! Their food is (made) of bread, and their beverage 
(of the liquor t'eser). 

» G'\ By (the organ) which sends forth the words of the 
great god who distinguishes his members, Ra said to the 
god : Let those who are in the Earth place my crown. I 
hâve hidden you for those who are in the world. I hâve 
commanded that they should massacre, and they hâve mas- 
sacred the beings. My benefits are for you who are in the 
light. To you be a dwelling! 

» The gods who are in the Earth say to Ra : Oh ! thou who 
hast hidden us, come to us, Ra, thou from whom we pro- 
ceed ! Praise to him who is in his disk, the great god of 
numerous forms ! Their food is (made) of bread, their bever- 
age of the liquor t'eser, their refreshment is of water. It 
is made oft'ering to the Earth to give food to those who are 
in it, to every one of those who are in it. 

» H. The hidden dwelling and those who bave massa- 
cred men and gods, ail the quadrupeds and ail the reptiles 
created by this great god. The god prescribes to them the 
things when he rises in the Earth, which lie has created, 
to the West which lie lias made. » 

1. The world of the living. On the contrary, the earth, or « Set » is 
in the vvhole of this passage synonymous to the tomb, and Hades. 

2. This text is the saine as that which is registered F, but incomplète 
and disordered. 



<() THE BOOK OF HADES 

Second Division. — Tablets 4 and 3 

Door 

One half of the door is open (on the side of the first di- 
vision). On tins half is a long serpent, Saat-Set, or the 
Guardian of the Earth, surrounded by tins legend' : 

« He who is upon this door opens to Ra. Sau says to Saa- 
Set : open 1 1 1 y door to Ra, throw aside the leaf of the door 
for Khuti. The secret dwelling is in darkness, in order 
that the transformation of this god may take place. The 
door is closed after the entrance of this god, and the dwell- 
ers of the Earth cry Qut when they hear the door shut. » 

Scènes 

B. Twelve personages called the blessed worshippers 
qf Ra; and twehve more, the righteous who arc in Hades. 

C. Ra's bark, with Sau, the god of the intellect, at the 
prow, and in the stern Haï, an, who personifies the magie 
power of speech. Ra, represented with ;i ram's head, is in 
a chape! enveloped in the coils of the serpenl Mehen; an- 
other serpent rears itself upright beforehim; four infernal 
ones are towing the bark, towards which advance seven 
gods, Enpemah, Nenha } Ba*, Horus, Ua-ab, Num, and 
Se t'eti ï then six personages, the gods a-/u> arc ai the en- 
trance; behind them cornes a godearrying a stick. 

1). Tnin leaning upon ;i stick, and four men reversed, 
the dead; then twenty others walking with their hands 
tied behind them, the criminals in Ra's great hall (the 
world), those a- ha hâve insulted Ra on the earth, those 

1 Cf. Champollion, Notices, vol. I. p. 7"i<i; vol. II, p. 191. 
:.'. Cf. Champollion, Notices, vol. I, |>. 434; and Denkmâler, III. 
pi. 282. 



THE BOOK OF HADES 71 

who hâve cursed t/tat which is in the Egg, those who hâve 
frustrated justice, those who hâve uttered blasphemies 
against KhutV. 

Legends 2 

« B. Thèse arc they who worshipped Ra on the earth, 
who fascinated Apap, who ofïered their oblations and pre- 
sented incense to their gods, for them, after their oblations. 
They are mastcrs of their refreshments, they take their 
méats, they seize their ofïerings in the porch of him, whose 
being is mysterious'. Their méats are near this porch, 
and their ofïerings near him who is within. Ra says to 
them : Your ofïerings are yours, take your refreshment, 
your soûls shall not be massacred, your méats shall not 
putrify, faithful ones, who hâve destroyed ' Apap for me. 

» Thèse are they who spoke the truth on earth, and did not 
rise to (prohibited) adorations". They pray in this porch, 
live on justice, and bathe in their basin. I\.\ says to them : 
Justice is for you, live on your food ! Ye are the righteous. 
They are the masters of thèse their own basins, the water 
in which is on fi re against ail crime and iniquity. 

» The gods say to Ra : Stability, Ra, to thy 1 ' disk ! Pos- 
session of the naos to him who is contained therein, under 
the guard of the serpent 7 ! May the tires of Khuti, which 
are in the porches of the retreat, increase 8 ! They hâve 
received food as having taken their place in their cavern. 

» C. The great god travels by the road of Hades. The 

1. Cf. Herodotus, IV, 184, and Diodoras, III, 8. 

2. Champollion, Notices, vol. I, p. 433-435, 17(3, 792-796, 804. 

3. Osiris. 

4. Rera, a niistake for ter. 

5. Viz. : « hérésies ». 

6. Lit. : (( bis ». 

7. Mehen. 

8. Cf. for this worcl, Chabas, Voyaqe d'un Égyptien, p. 93; it is 
read ua by M. Brugsch, Zeitschrift, 1872, p. 10. 



72 THE BOOK OF HADES 

god is drawn by thc infernal gods to make the divisions 
which take place in thc earth, to arrange the things that 
happen there, to examine the words in the Amenti, toe.xalt 
the great over the little amongst the gods who are in Hades, 
to put the elect in their places, and the dead' in their 
dwellings, and to destroy the bodies of the impious by sup- 
pression of blood. Ra says : Oh ! allow that I may replace 
the crown, that I may be master of the naos, which is in 
the earth, that Sau and Hakau may join me for acting ac- 
cording to your interests, and making their forms and yours 
exist. For you Isis :l lias calmed m y * breath, and ofïerings 
re there. I ' do not shut to you, and the dead do not enter 
after you. Your own particular office, gods". The gods 
say to Ra : Darkness envelops the road of Hades. Let 
the closed doors open ! Let the earth open ! He is drawn 
by the gods, he who lias created them. 

» Their food is composedof présents, their clrink is made 
of their refreshment; nourishment is given to them, be- 
cause they are perfeet in Amenti. 

» D. What Tuni does for Ra protecting the god, wor- 
shipping his soûl, and injuring lus enemies : true is the 
word of my father \l\ against you, true is my word against 
you, I ara a son begotten of liis father, I ara a father be- 
gotten of bis son. You are bound, you are tied by strong 
cords. I bave ordained your détention. You will not free 
your anus again. Powerfu] is Ra against you, his soûl is 
fortified againsl you. My father prevails against you, liis 
soûl is invoked against you, your misdeeds are for you, 

1. Thc condemoed. 

2. Klien (?). 

:'.. Se, ;i sbortened form oJ the Dame oi Isis; cf. the naine of Osirls, 
VIII, C, 10 ; cf. p. 80 du présent volume]. 
1. Lit. : " his ». 
."). Lit. ■ « lie 
<i. The sentence ia qoI Qnished, 



THE BOOK OF HADES 73 

your purposes are against you, your outrages are uponyou, 
your curses are judged against you before Ra. Your con- 
tempt for justice is upon you, the wickedness of your bla- 
spliemies is upon you. Bad for you is the judgment of my 
father. You are those who hâve done evil, who hâve com- 
mitted crimes in the great hall (of Ra) : your bodies are 
destinée! to punishment and your soûls to annihilation. 
You will not see Ra any more in his forms as lie passes into 
the retreat. Ra ! praise be to Ra ! Thy enemies are in 
the place of destruction. » 



Third Division. — Tablets 3 and 2 

Door 

« The god arrives at this porch and enters this porch : 
the gods who are there magnify this great god. » 

Ail the porches or cloors are made on the same plan, and 
ail contain a passage, horizontal above, that afterwards 
descends vertically, each side having a row of the objects 
named Khahcr-u, or « ornaments », which often surmounts 
the doors. At the two angles of the place where the pas- 
sage eiirves, rise two ursei turned towards the exit : they 
émit balls of lire, which form a single united track extending 
from one urseus to the other, and surrounding the exterior 
of the passage, which does not descend like the other to the 
bottom of the picture. It is said of each unens, itsjiame is 
for Ra. At both entrance and exit, with his face towards 
the place where the bark passes, stands a personage enve- 
loped, whose elbows project, and of whom it is said : he 
opens kis amis for Ra. 

ITere the porch is called Sapt-uaua-u, meaning « enve- 
loped in fiâmes»; the guardian of the upper part, or the 
entrance, is Am-ua-u, and of the lower or exit Sekhbesne- 
/'unen. Behind the interior side of the passage nine mum- 



74 THE BOOK OF HADES 

mies are leaning against the wall, one above the other, the 

second Ennemi ; opposite them is written : 

« May the porch open for Khuti, may the door be thrown 
back for the inhabitant of heaven ! Corne! May he who 
travels in the Amenti arise ! » 

Door of the serpent AkebV : the serpent is turned towards 
the preceding division, and the leaf of the door is open 
towards the division next following : 

« He who is on this door opens to Ra. Sau says to 
Akebi : Open thy door to Ra, throw aside the leaf of thy door 
for Khuti. He shall illuminate the darkness of the night 
and he shall introduce the light into the hidden dwelling. 
The door is closed after the entrance of this god, and they 
who are in their porch cry oui when they hear the door 
shut. » 

Scènes - 

13. Twelwe mummies standing upright, each in a chape] 
with open doors, the holy gods who are in Hades; above 
stretches a long serpent. A basin from which lises the 
busl of twelve personages in sheaths, the gods who are in 
the basin ol' liée ; before each of them an enormous car of 
corn. 

C. The bark of Ra .drawn by the four infernal ones to- 
wards a kind of long, straight beam, with a bull's head at 
either end. This object, called his bark, is borne upon the 
shoulders of eighl mummies standing upright, thebearers; 
upon the beam seven mummies aie seated, the gods who 
are within, and a I >i 1 1 1 is near each bull's head. The cord 
of the solar bark is attached to each of thèse heads, and 
i- further held back by the four infernal ones, marching 
towards four opposite personages, whose elbows protrude 
under the garments in which thej are enveloped. 

1. <"f. Cham pollion, Notices, vol. I, p. 798. 

;'. ( I. Cbampollion, Notices, vol, I. p. 138; vol. II. p. 192, 



THE BOOK OF HADES 75 

D. Tum leaning upon a stick opposite to the serpent 
Apap, togetlier with nine personages called the divine chiefs 
who repuise Apap. Tum in the same position, opposite 
nine gods with sceptres, the masters of things. 

Legends' 

« B. Those who are in their chapels, the divine members 
whose chapels the serpent guards. Ra says to them : Open- 
ing to your chapels ! My rays shall come in your dark- 
ness, you whom I found mourning, with your chapels closed 
upon you ! Breath is given to your nostrils : I decree your 
favours for you. They say to Ra : Ra ! Come according 
to our wish. The great god, lie does not perish who is in 
his présence or his train, and the great salute him. Ra re- 
joices in getting back to the earth; the great god rises into 
the retreat. Their food is (composed) of bread, their drink 
of liquor lever, their refreshment is water. The flame 
which is there is given to them that they may live. The 
leaf of their door shuts upon them when the god rises. 
They cry out when they hear their door close upon them. 

» This is the basin which is in Hades. It is laden with 
thèse gods who are covered, and whose heads are bare. The 
basin is l'ull of vegetables. The water of this basin is on 
lire. The birds il y away w lien they see its water and when 
they smell the water it einits. Ra says to them : Coneern- 
ing you, gods who aie amongst the vegetables of your 
basin, is that your heads sliould be uncovered, that mystery 
should be to your members and breath tu your nostrils. 
Your own particular food is (composed) of vegetables : 
there are méats for you froni your basin, and its water is 
for you, without its lire being against you, or its flame being 
against your bodies. They say to R\ : Come to us thon 
who traversest 2 the earth in thy bark. 

1. Cf. Champollion, Notices, vol. I, p. 796 ; 

2. Lit. : a he who traverses ». 



76 THE BOOK OF HADES 

C. Tin- great god is drawn by the infernal gods ; this 
great god reaches the terrestrial bark, the beat of the gods. 
Ra says to them : O gods who bear the terrestrial bark, 
who carry the boat of Hades, uprightness to your forms, 
light to your bark. Holy is lie who is in it, the terrestrial 
bark. I trample 1 down the boat of Iïades which bears mv 
forms : I rise into the retreat to arrange the things which 
take place there. Nexerbesta' says : Honour to the soûl 
which was swallowed by the double bull ! The god rest 
in what lie as created. The god says to Ra : Praise be to 
Ra ! his soûl is provided for as well as the earth, the gods 
of which bail Ra. who is resting. The boat of Hades re- 
joices, this bark. They cry out when Ra rises above them. 
Their ofïerings (are composed of) vegetables : their offer- 
ings are given them because they obey the words again. 

» The great god is drawn by the infernal ones of the bark. 
The holy one who is in the earth speaks to the Uta-u 3 , 
vvhose arms aie hidden : Your particular office, ("ta u of 
the earth, is to roar in my father's dwelling 1 . Your heads 
are to be uncovered, and your arms hidden. Breath to 
your nostrils, overthrow to your coffins ! Be masters of 
your food, and unité yourselves to what 1 hâve created. 
Their food is (composed) of bread, (hoir drink is of liquor 
t'eser, their refreshment is water. Food is given to them 
because of the light which onvelops them in Iïades . 

» D. Donc by Tum for Ra, which protects thegod, and 
throws the criminal : Fall! never rise again! lie fascinat- 
ed ! Thon shall uever be found again. Sure is the word 

1. Hem; cl. Chabas, Voyage 'l'ait Égyptien, p. 262. 

2. The person who is al the entrance of the nexl porch. 
:'.. The terrestrial ones (?). 

1 Men 

5. Thej are clothed in white in the tomb ol Rameses I. 

6. Tum onlj acts by raeans "I bis word, but bis word N intallible; 
ii ii.i l :i sorl "i magical povs fi-. 



THE BOOK OF HADES 77 

of m y fat lier against thee, and sure my word against thee, 
destroyed by Ra, punished by Khuti ! They say, the gods 
of Ra's cycle who repuise Apap from Ra : May thy head 
be eut, Apap! thy coils be eut! Thou shalt approach 1 
Ra's bark no more, never again shalt thou descend towards 
the divine boat. Fire issues from the retreat against thee. 
Wehavejudged thee : Perish ! They live on Ra's food 
and on the méats belonging to the inhabitant of the 
Amenti. Offerings are made to them upon the earth, 
and libations are poured out to them as Lords of the road 
near Ra. 

» Tum says to thèse gods : As you are the gods who bear 
life and sceptre, and who lean upon your sceptres, repuise 
Apap from Khuti. direct blows at the serpent, the male- 
factor. They say, the gods who fascinate Apap : The earth 
is open to Ra, the earth is closed to Apap ! The infernal 
ones, the inhabitant of the Amenti, and those who are in 
the retreat worship Ra, destroy his enemies and défend the 
great one against the noxious serpent. Ho ! conquered by 
Ra, enemy of Ra ! They live on Ra's food and the méats 
belonging to the inhabitant of the Amenti. Offerings are 
made to them on earth, and libations are poured out to 
them as being veridical in the Amenti. Holy is that which 
they carry into the dwelling, where they are hidden. They 
cry to Ra, they lament to the great god when he rises 
above them and passes. A shadow envelops them, and 
their cavern is shut upon them. » 



Fourth Division. — Tablets 2, 8 and 7 

Door 

« The god reaches this porch and enters this porch. The 
gods who are there magnify this great god. » 

1. Tekennu (?). 



78 THE BOOK OF HADES 

The porch or Door, Neb-t-s-t'efa-u, or the mistress of 
copiousness. The person placée! at the entrance of the pas- 
sage is Nenerbesta; lie bears the ureeus on his forehead. 
The person placed at the exit is Sta-ta. Inside, nine mum- 
mies as in the preceding porch, the third Enncad of the 
terrestriaV great (jod. Opposite them : 

« Open the earth ! Traverse Hades and sky ! Dissipate 
our darkness ! Ra, corne to us ! » 

Door of the serpent T'etbi : 

« He who is upon this door opens to Ra. Sau says to 
T'etbi : Open the door to Ra, throw aside the leaf of thy 
door for Khuti. Ile shall illuminate the darkness of the 
nigiit, and he shall place lightin the hiddendwelling. The 
door closes after the entrance of tins great god, and those 
who are in this porch cry ont vvhen they hear this door 
shut. » 

Scènes s 

B. Twelwe persons, called the conductors of their es- 
sences. Twelwe ligures vvith jackal's heads walking over 
the basin oj life, called the jackals which are in the basin 
qflife. Ten ursei upright in thebasin of the urœi. 

C. The bark of Ra, drawn by the four infernal ones 
towards a long low chapel, in which rest, each in his ow.n 
compartment, nine mummies, the good followers oj Osiris, 
who arc in their tombs. Twelwe wonien, the liours thaï 
are in //m/es, divided into two groups of six, between 
which a serpent with long coils, Herer-t, of whom it is 
said : the serpent begets twelwe Utile ones to eat by the 
hours. Each group of hours advances towards the serpent, 
walking over ;i mountain which ends in a basin under the 
three hours nearest to i he reptile. 

h. 1 [unis leaning upon a stick, and eleven gods walking 

1. Uta (?). 

2. Cf. Champollion, Notices, vol. I. p. 826. 



THE BOOK OF HADES 79 

towards Osiris, the inhabitant oj the Amenti, upright upon 
a serpent, and slmt into a naos with a cover. In the naos 
a mountain is pictured from which the god's head émerges. 
Before Osiris, an urseus, thejïame, and beliind him twelwe 
gods who are beliind the naos; four masters of their pits 
(or snares dug in the earth), turning towards a god with a 
sceptre, the master qfthe destruction. 

Legends 

« B. The conductors of their essences, who bathe in the 
deliciousness of the blood ' of massacres with their dura- 
tion* : they bring olïerings to their dwelling '. Ra says to 
them : Your particular duties, gods, amongst your oft'er- 
ings, are to bring your essences. Your ofïerings are 
yours ; your enemies are destroyed, they no longer exist. 
Your spirits are in their dwellings, and (your) soûls in the 
place of passage'. They say to Ra : Glory to thee, Ra- 
Khuti ! Glory to thee, soûl enveloped by the earth ! 
Glory to thee for ever, Lord of the years and of the eter- 
nity, which never ends ' ! Their food is (made) of olïerings, 
their drink is water. They cry out, when they hear their 
doors shut upon them. Their food is given to them be- 
cause they draw towards the porch Teser-t-ba-u. 

» They are in the circuit of this basin, towards which the 
soûls of the dead do not rise, on account of the holiness 
which is in it. Ra says to them : Your particular duties, 

1. Uter ; cf. Naville, Textes relatifs au mythe d'Horus, v, and 
xvin, 2. 

2. The « duration » was used to designate the « essence » or the 
human « genius »; cf. Todtenbuch, ch. cvm. 1. 

3. Lit. : « his dwelling ». 

1. Cf. « the retreat of the passage », Todtenbuch, eh. cxxv-cxxvin, 
and Maspero, Mémoire sur quelques papyrus du Louvre, p. 23; it is 
one of the names used to desiguate Ilades. 

5. Cf. Chabas, Réponse à la critique, p. 40. 



80 THE BOOK OF HADES 

gods, in this basin, are to keep your lives in your basin. 
Your offerings are under (your) care, jackals who place 
yourselves upon 1 your basin. They say to Ra : Bathe, Ra, 
in tliy sacred basin, where the Master of the gods bathes, 
and towards which the soûls of the dead do not rise ; thou 
hast ordained it thyself, Kiiuti. Their food is (eomposed) 
of bread, their drink of liquor t'eser, their refreshment is 
wine. They cry ont when they hear their doors shut upon 
them. Their food is given to them as being masters of the 
dwelling of the passage, to them, in the circuit of this 
basin. 

o They speak when Ra cornes towards them ; the soûls are 
îvpulsed. the shades are destroyed on hearing the word of 
the Ursei. Ra says to them : Your particular duties, Ursei, 
in this basin, are to keep your fiâmes and your lires for 
my' enemies, and your braziers for wicked mouths. Glory 
be to you, ô Ursei ! They say to Ra : Corne to us ! Re- 
join Tan en ' ! 

» C The great god is drawn by the infernal gods, lie 
advances into the retreat and ad s according to the things 
which are in it. Draw me, internai ones ! Look at me! 
I hâve created you. Heaviness to your arms by means of 
which you draw me! Retient' towards the eastern hea- 
vens, towards the dwellings which support Sar 5 , that my- 
sterious mountain, (where) that light spreads amongst the 
gods who receive me, when I go l'orth l'rom amongst you 
and from the retreat. Draw me, l aet according to your 
things, in the porcli which hides the infernal ones. 

o Ra says tothem : Lo, behold me, gods ! I strikethose 

1. Ter, Literaly « by ». Cf. Chabas, Papyrus magique Harris,VHI, 13. 

2. Lit. : « liis ». 

3. The earth personified. 

4. This word generall} bas the sensé of « causing to retreat ». 

5. Osiris; cf. the name ol I-i-, Tablet I\'. c[; cf. p. 12 du présenl 
\ olume]. 



THE BOOK OF HADES 81 

who are in their tombs. Rise, gods ! I give you your 
instructions : you who are in your tombs, guarcl the soûls, 
live on their nlth, feed on their dirt 1 , rise before my disk, 
comfort yourselves by my liglit ! Your particular office in 
Hades is in accordance with what I ordained for you. 
Their food is (composed) of flesh, their drink of liquor 
t'eser, their refreshment is water. They cry ont, when 
they hear their doors close upon them. 

» They stand upon their basins to guide Ra with their 
hands. Ra says to them : Listen, hours ! I call you, eat* 
your repast, and take your places in your porches, your 
laces in shadow, and your backs in the light. Rise ! The 
gnake 9 lives on what cornes forth from it. Your office in 
Hades is to eat what the snake brings forth, and to destroy 
what cornes forth from it. Lead me ! I hâve begotten 
you, and I hâve done it in order tliat homage may be ren- 
dered (to me). Rest, hours ! Their food is (composed) of 
bread, their drink of liquor t'eser, their refreshment is 
water. Their food is given to them (made) of what ap- 
pears amongst the elect. 

» D. What Honus does for his fathcr Osiris, protecting 
him, and giving liim back the crown : My heart returns 4 
to thee, my father, (thee whom) I vindicate against those 
who act in opposition to thee, and (who art) protected ;by 
me) in thy things. Rule, Osiris ! Culminate, inhabitant 
of the Amenti ! Thy particular office is to rule Hades, su- 
blime form in the retreat. The elect dread thee, the dead 
fear thee. I hâve replaced thy crown. I hâve examined 
hère (thy) feebleness. 

1. Aua-u ; cf. the verb aua meaning « to decay », Pierret, Études 
ègyptologiques, t. II, p. 126. 

2. Lit. : « make ». 

3. Herer-t, this word, which is féminine, bas the gênerai sensé of 
« reptile » ; cf. Planche V, E, and H. > 

4. Lit. : « remounts » (the river in a bark). 

BlBL. ÉQYPT., T. XXXIV. 6 



82 THE BOOK OF HADES 

)) The gods say to the inhabitant of the Amenti : Exal- 
tation to the infernal one, acclamation to the inhabitant of 
Amenti! Thy son Horus has replaced thy crown; he pro- 
teets thee, lie massacres thy enemies, lie brings for thee the 
joy in thy members, Osiris inhabitant of the Amenti. 

» The inhabitant of the Amenti says : Corne to me, my son 
Horus ! Défend me from those who act in opposition to 
me : throw ' them to the Master of destruction who is the 
guardian of the pits. 

» Horus says to the gods who arc bchind the naos : Exa- 
mine forme, gods, into what is behind the inhabitant of the 
Amenti. Rise ! do not retreat ! Be strong ! Corne ! 
Feed 2 on the bread of Hu and the drink of Ma. Live on 
what my l'ather lives on. (Your) office in the retreat is for 
you to be behind the naos, in accordancc with Ra's com- 
inand. I call you, and beliold I act according to your 
things. Their food is (composed) of bread, their drink of 
liquor léser, their refreshment is water. Their food is 
given to them as guardians of the things in the naos. 

» Horus says to thèse gods : Strike the enemies of my 
l'ather, chastise in your pits 3 for the evil they hâve donc to 
the greatone who lias been found (to be) my father. Your 
particular duties in Hades are to keep the pits of lire, in 
accordance with Ra's command, which J make known to 
you, behold, acting according to your things. 

» This god stands opposite to the pits. » 

Fiftii Division. — Tablets 7. (i and 5 
Door 

« The great god reaches this porch, and enters this porch, 
this great god is worshipped by the gods who are there. » 

1. Ut (?). 

2. Terp. 

3. On this word, cf, Naville, La Litanie du Soleil, p. 78. 



THE BOOK OF HADES. 83 

The porch Arit. The guardians of the passage hâve 
jackal's heads and are clothed in white : the one at the en- 
trance is Aau\ and the one at the exit Tekemi. Inside 
nine mummies, thefourth Ennead, and opposite tliem : 

« Let our doors be thrown aside, let our porches open for 
Ra-Har-Khuti. Ra, corne to us. great god, mysterious 
image" ! » 

Door of the serpent Tek-her. 

« He who is on this door opens to Ra. Sau says to Tek- 
her : Open thy door to Ra, throw aside the leaf of thy door 
for Khuti. He shall illuminate the darkness of the night, 
and lie shall bring light into the hidden dwelling. The 
door closes after the ëntrance of this great god, and those 
who are in this porch cry ont, when they hear this door 
shut. M 

Scènes 

B. Twelve menin an attitude of adoration, the worship- 
pers who are in Hacles. Twelwe bearers qfcord in du' 
infernal régions) 3 . Opposite, four gods with sceptres. 

C. The bark and the infernal ones. Nine persons en- 
veloped with protruding elbows, holding a long serpent, 
the bearers qfNenut-i. Twelwe mon walking, the human 
soûls which are in Hades. Opposite, a god with a sceptre, 
he who is at Iiis angle. 

D. Horuswith a hawk's head, leanibgupona long stick, 
and sixteen men called the M en, the An mu, t/ie Nahesu, 
the Tarnehu*. Twelwe personages carrying a long serpent, 
above which and behind each of them except the last, is 

1. Amu, after thetomb of Seti L, Champollion. Notices, vol. I, p. 770. 

2. « Masterof mysteries » ; idem, ibid. 

3. Cf. Champollion. Notices, vol. I, Tomb of Seti L. p. 772. 

4. The Egyptians, the Asiatics, the Negroes, and the Libyans[; cf. 
plus haut. p. 55 du présent volume, le mémoire intitulé Les quatre 
races au jugement dernier]. 



84 THE BOOK OF HADES 

the hieroglyph of the duration, the bearers ofthe duration 
in the Amenti. Kiglit persons, the divine chiefs qfHades. 

Legends 1 

« B. They do homage to Ra in the Amenti, and exalt 
Har-Khuti; they hâve known Ra on the earth, and hâve 
made oblations to him ; their otïerings are in their place, and 
their honours in the holy place of the Amenti. They say 
to Ra : Corne Ra ! remount Hades ! Glory to thee ! Enter 
amongst the holy things under the serpent Mehen ! Ra 
says to them : Ofterings" 2 for you, blessed ones ! I am sa- 
tisfied with what you did for me, whether I was shining 
in the Eastern heavens, or whether I was setting in the 
sanctuary of my Eve. Their food is (composed) of Ra's 
bread, their drink of his liquor t'eser; their refreshment is 
water. Oiïering is made to them on earth, on account of 
the homage (which they render) to Ra in the Amenti. 

» The bearers of cord in the Amenti, those who prépare 
the fields of the elect. Take the cord, draw, measure 3 the 
fields of the Mânes, who are elect in your dwellings, gods 
in your résidences, deified elect in order to rejoin the coun- 
try, proved elect, in order to be within (the boundary of 
the cord; justification is for those who are (there), andthere 
is no justification for those who are not there. Ra says to 
them : Jt is justice, the cord in the Amenti. Ra is satis- 
fied with the measurement. Your own possessions, gods. 
and your own domains, elect, are y ours*. Ra créâtes your 
fields and appoints you your food : eat. 

1. In the Notices ol Champollionf, t. I], this division is l'ound entire- 
ly. aller the tomb of Seti I. (p. 77"» to 772), which allowa some corree- 
tioîia and additions to texl oi the sarcophaguâ ; cf. Dcnkrnàler, III, 136. 

2. In Ra's discourse, the textplays apon the différent meanings ofthe 
w ord hatap. 

3. Sta. 

4. Ci. Champollion, Notices, vol. I, p. 77^. 



THE BOOK OF HADES 85 

» Oh ! advance, Khuti ! thc gods are satisfied with their 
possessions, the elect are satisfied with their dwellings. 
Their food is from the country of Aalu and their nou- 
rishment is (composed) of what it produces. Offerings 
are made to them on earth, for the fields of the country of 
Aalu. 

» Ra says to them : Holiness to you, cultivators, who are 
the Lords of the cord in the Amenti ! (Oh ! settle some 
iields, and give to the gods and the elect, ail of them, what 
lias been measured in the country of Aalu. They give field 
and méat to the gods and to the soûls tliat are in Hades. 
Their nourishment is from the country of Aalu, and their 
food is (composed) of what it produces'.) 

» C. The great god is clrawn by the infernal gods and 
advances into the retreat. Draw for me, infernal ones ! 
Do me homage, you who are in the stars 2 , in order (to hâve) 
strength in your cords with which you draw me, firmness 
in your arms, swiftness in your legs, protection for your 
soûls, praise for your hearts. Open the good way to the 
caverns of mysterious things ! 

» Those who are in tins picture, bearers of tins serpent, 
draw, and Ra 3 reaches them to place himself in the porch 
Neb-t-Hau*. The serpent goes towards it without passing 
beyond. Ra says to them : Draw Nenut'i ! Do not leave 
him any outlet that I may rise above you. Covering to 
your arms, destruction to what you guard, you who guard 
what my forms become, you who wrap up what my splen- 
dours become ! Their food is to hear the word of tins god. 
Offerings are made to them, because they hear the word of 
Ra in Hades. 

1. Cf. Châmpollion, Notices, vol. I, p. 772. 

2. The astronomical ceilings of the royal tombs represent the divine 
barkas drawn by stars personified in Hades. 

3. Cf. Châmpollion, Notices, vol. I, p. 770. 

4. The next porch. This naine means « the mistress of duration ». 



86 THE BOOK OF HADES 

» Those avIio hâve spoken thc trutli on oarth, and magni- 
fiée! the forms of god. Ra says to them : Fraise be to your 
soûls, breath to your nostrils, and vegetables for you from 
yourcountry of Aalu ! You are from amongsttherighteous. 
Your dwellings are for you, at the angle where those who 
are with me examine words 1 in it. Their food is (compo- 
sée!) of bread, and their drink of liquor t'eser; their refresh- 
ment is water. Ofîerings are made to them on earth as 
blessed ones, according to what belongs to them. Ra says 
to thisgod : Let the great one who is at bis angle call the 
soûls of the righteous and put them in their dwellings, near 
the angle of those who are with me myself. 

» D. Horus says to Ra's flocks, which are in the Hades 
of Egypt and the Désert : Protection for you, flocks of Ra, 
born of the great one who is in the heavens, breath to your 
nostrils, overthrow to your coffins ! You yourselves are 
tears of my Eve, in your persons of superior Men*. You, 
I hâve created you in your persons of Aamu 3 : Sekhet lias 
created them, and she défends ; their soûls. You. I hâve 
shed abroad my seed for you, and 1 hâve comforted myself 
with a multitude corne forth from me in your persons of 
Xcgroes : IIorus lias created them, and ho défends their 
soûls. (You), I hâve sought my Eye and 1 hâve created you 
in your persons of Tahennu ' : Sekhet lias created them, and 
she défends their soûls. Those who sottie the duration, 
make the days of the s. mis who are in the Amenti dawn, 
and appoinl for the place of destruction. Ra says to them : 
Being the gods, inhabitants of i fades, who carry Meterui 

1. Cf. Champollion, Notices, vol. I. p. 772. 

2. Rut, Egj pi ians. 

3. Asiatics. 

I. M. Naville thinks thia word means here « to create » ; cf. La Li- 
tanie du Soleil, |). 2'A. 

."). Libyans. 

6 Name of the Berpent thaï serves as a cord for thèse gods ; the naine 
means « cquity ». 



THE BOOK OF HADES 87 

to measure the duration, draw Meterui, measure the du- 
ration, by him, of the soûls that are in the Amenti appoin- 
ted for the place of destruction, destroy the soûls of enemies, 
appoint them for the place of destruction ! Let them not 
see the mysterious retreat ! There are the divine magis- 
trates who destroy the enemies. Their food is that of the 
veridical ones. Offerings are made to them on earth, be- 
cause the true word is in them. They order destruction 
and its registering for the duration of the soûls in the 
Amenti. Let your destructions be for the enemies, and 
your registry for the place of destruction! I am corne, 
(I), the great one, Horus, to examine m y body and to send 
scourges upon my enemies. Their food is (composed) of 
bread, their drink of liquor t'eser, their refreshment is wa- 
ter. (Offerings are made to them on earth, (as being those 
who) do not enter the place of destruction'). » 



Sixth Division. — Plates 5, 18 and 19 

Door 

» The god arrives at tins pylon, and enters this pylon : 
this great god is glorifiée! by those who are there. » 

The pylon Neb-t-hau. At the entrance Ma-ab (the just 
heart), and at the outside Sheta-ab (the mysterious heart) ; 
in the interior, twelwe mummies, the gods and the god- 
desses who are in this pylon. Opposite them : 

» Come to us, thou who art on the horizon, great god, 
who openest the retreat ! open the holy gâtes, draw back 
the mysterious doors. » 

Between this portion of the pylon and the door occurs a 
scène which is accompanied by legends in secret writing. 

\. Cf. Champollion, Notices, vol. I, p. 772. 



88 THE BOOK OF HADES 

Scène 

Overhead appears the inscription : Ser her tuau set tenu, 
(Osîris, master of Hades, Earth and Tanen). A sort of eeil- 
ing is then placed over the scène : it bears in the npper 
portion a row of ornaments like tliose of the alleys, and in 
the lower part four heads upside down, which Champollion ' 
and Mr. Goodwin" hâve taken l'or heads of gazelles, and 
which are named ha hi-u (perhaps oxen). 

Osiris, or Ser, is seated on a throne at the top of a stair- 
ease, the nine steps of which bear eacli a personage : the 
nine persons compose the Enncod which accompanies Sev. 
Before the god is a mummy supporting on its shoulder a 
pair of scales, in one of the scales of which is the bird of 
evil. 

Behind the mummy a boat is moving away which con- 
tains a monkey which is driving a pig, the devourer oj the 
arm, symbol of Typhon, as author of the éclipses or of the 
phases of the moon'. The sarcophagus of T'aho 1 lias fur- 
ther, on the same level as the boat, and behind the mummy, 
a person raising a hatchet towards Osiris. 

Jn the npper part, and tnrned towards Osiris, is Anubis, 
who lias nourished his Jather (Osiris). Below, under the 
throne, are the enemies of Ser. 

Legends 

Mr. Goodwin 8 lias translated a portion of the legends 
whidi accompany this scène, availing himself , with regard 

1. Notices, I II. p. 1 '.'-. 

2. Zcilschrift, 1873, p. 139. 

:;. Cf. Todtenbuch, ch. 112; Plutarch, Ists and Osiris, 8, 18, \2, 55, 
and Herodotus, II. 47, 48. (isii'is w;ts represented in nue of his eba- 
racters as ;i lunar ^ r od. 

■4. Musciim ni t Ne Loin v<\ 

5. Zeitschriftj 1873, p. 138. 



THE BOOK OF HADES 89 

to the enemies of Osiris, of the sarcophagus of T'aho, on 
which the same passage is written in ordinary hierogly- 
phics. Mr. Le Page Renouf lias modifiée! the interpréta- 
tions of Mr. Goodwin in some points, from the tomb of 
Rameses VI. 2 , which furnishes some usefiri variants. 

The two scholars could not understand the portion of 
the inscription which proceeds from Osiris to Anubis, be- 
cause they hâve not remarked that it is divided into two 
parts, one of which refers to Osiris, and the other to the 
animais. The first appears to be blended with the second, 
which is placed over it without any separating space, on 
the sarcophagus of Seti I., although their columns do not 
correspond the one with the other; but the distinction of 
the two texts appears on the tomb of Rameses VI., in their 
gênerai order, as well as in their interior arrangement. It 
would be easy to divide them on the version of the sarco- 
phagus by drawing a horizontal line from the feet of 
Anubis. 

The first text is written in the usual order, and the se- 
cond in a rétrograde order 3 . The texts of the tomb and of 
the sarcophagus are very incorrect hère, but on comparing 
them their faults appear. Thus, the first two columns of 
the legend of animais ought to be read, according to the' 
tomb, au ntesen sheta nti-u Kliu-u, while on the sarcopha- 
gus the word Khu-u terminâtes the first line instead of ter- 
minating the second, and the sh of sheta has been carried 
back to the beginning of the third line where it is wrongly 
followed by the marks of the plural. In the legend of Osi- 
ris, the order of the first two lines is inverted on the sarco- 
phagus, and the final groups of the two versions, which 
follow the words neter kha-f repeatecl in a confused man- 

1. Zeîtschrift, 1874, p. 101-105. 

2. Champollion, Notices, t. II, p. 495-496. 

3. The same order occurs in the two legends which are under the 
throne of Oairis. 



90 THE BOOK OF HADES 

ner. appear as if they ought to be read : ar-f tua-u-f 
tennu. 

Now, the following is an interprétation of ail the legends, 
an interprétation supported by several remarks made by 
Mr. Goodwin and Mr. Le Page Renouf, but necessarily 
remaining conjectural in certain parts. 

Legend of the enemies : 

« His enemies (are) beneath liis feet ; the gods and the eleet 
(are) bel'orc him ; enemy of the infernal dead, lie keeps 
back the enemies, he destroys them, he accomplishes their 
massacre. » 

Legend of the bearers of the hatchet and of the scales : 

« The bearers of the hatchet and the bearer of the scales 
protect the inhabitant of the Amcnti, (who) takes his re- 
pose in Hades, and traverses the darknessand the shadows. 
Happiness (is) above, and justice below. The god reposes, 
and sheds light produced by truth which he has pro- 
duce cl. » 

Legend of the monkey : 

a The diver, (when) this god rises, lie gives up (the pig) 
to the plagues. » 

Legend of Anubis : 

« ( ) ye who bring the word just or false to me, he, Thoth, 
examines (lie words. » 

Legend of the animais : 

« They, they hidethose which are in thestate of the elect. 
They, the country (belonging) to them, is Ameh in the 
land. Behold, thèse are they whose heads issue. What 
a mystery is their appearance, (the appearance) of your 
images ! » 

I ,egend of < >siris : 

a The examination of the words takes place, and hestrikes 
down wickedness, he who has a just heart, be who bears 
the words in the scales, in the divine place of the exami- 
oation of the mystery of mysteries of the spirits. The 



THE BOOK OF HADES 91 

god who rises lias made his infernal (companions) ail 1 . » 
Door of the serpent Set-m-ar-f (lie who has lire in 
his eye) : 

« He who is on tins door opens to Ra. Sau says to Set- 
m-ar-f : Open thy gâte to Ha, put back thy door for Khuti. 
He will illuminate the darkness and the shades, and place 
light in the hidden abode. The door is closed after the en- 
trance of this great god, and those who are in this pylon cry 
out, when they hear tins door closing. » 



EXTERIOR SIDES OF THE LID 

Scènes 

There remains only one fragment of the scènes and of the 
legends of this division, but Champollion has given an ana- 
lysis of it after the tomb of Rameses VI. 2 and his A T otices 
will fill up some gaps hère. 

A. Five persons bearing on their head a loaf , or a bread- 
basket according to Champollion. Six other persons bear- 
ing on their heads an ostrich feather. The first, (the happy 
ones, bearers) of food, ought to be twelve in number as 
well as the second, the just ones (bearers qf the emblem of 
justice*). 

B. Two of the four infernal ones. Tum and a séries of 
six posts with the head of a jackal, to each of which are 
attached two prisoners, called, with the exception of the 
second and sixth posts, the enemies. By the side of the 
first post, the post qf Ra, are two sacred eyes, called hère 
neter, after what is in the tomb of Rameses III., quoted by 
Champollion; by the side of the second post, Tum, a person 
in a mummy shape and with prominent elbows, A fat; by 

1. Oneof the infernal abodes. 

2. Notices, t. II, p. 501-504. 

3. Idem, t. I, p. 415, tomb of Rameses II J. 



92 THE BOOK OF HADES 

the side of the tliird. which ought to be Kheper, according 
to the tomb of Rameses III., tlie person in a mummy shape 
isnot Ankh, as in this tomb, but its namc begiris witha t 
and ends with an a ; by the side of the fourth post, or Shu, 
a person in a mummy shape, Sent-u; by the side of the 
fifth, or Seb, a person in a mummy shape, Aka-se; from the 
tombs of Rameses III. and of Rameses VI., the sixth post 
ought to be Ser, vvho had as an attendant Aaker; a se- 
venth post, which is wanting hère, is Shaf-her (tomb of 
Rameses VI.) or Her-shqf-her^ (tomb of Rameses III.). A 
gocl with a sceptre stood before this scène (tomb of Ra- 
meses VI.). 

C. Five persons who bend towards an enormous ear of 
corn \ those who labourai theharvest in the infernal plains). 
A bearer of a sickle with this inscription : thèse {are the 
reapers); On the tomb of Rameses VI., the fïrst persons 
arc preceded by a god leaning on a staff, the masterofjoy ; 
they arc twelwe in number, and there are seven reapers. 

Legends 

« A. (Those who hâve olïercd incensc to their gods, the 
purifiers of their persons ! ) 

» The jusl ones, their justice is verified, for them, in pré- 
sence of the great god destroyer of wickedness. Osihis 
says to them : You arc jiist, truly. Be happy, thanks* to 
whal \ -ou hâve donc, in the (saine) state as those who follow 
me, and vvho dwelî in the abode of him whose spirits are 

lioly. Live on your food and on t hoirs ! be masters of 

i he waters of your lake 2 

i) IS. The great god is pulled along by the infernal gods, 

and those who pull Ra along, say : Lel the disk arise!) ' 

(The greal god arrives al the posts of Seb, by which the 

1. Surname oi Horus, assimilated in K lions. Ci. Denkniâler, III, 274, 

2. Lacunae. 



THE BOOK OF HADES 93 

enemies are counted after the examination of the words in 
the Amenti. Sau says to this god arriving at the posts of 
Seb, place of reckoning 1 : Ra, fchou arrivest at the post of 
Seb. Tum says to the posts : Guard the enemies, punisli 
the wicked ! Gods who are behind the posts and who are 
behind Seb, Igrant you permission to strike the prisoners, 
and to guard the wicked. Let them not escape from your 
hands, let them not fly from your fîngers, being enemies. 
Watch over the massacre, according to the orders you hâve 

received from the Founder ~ of his body who created 

Hades, by his limbs 1 . He lias marked you ont to strike, 
he examines you with regard to what you do - 

» C. (They labour at the harvest, they collect the Corn ' 
and the nutritious grain. Their seeds are favoured in the 
land by the light of Ra, when he appears, warms (them) 
again, and rises abovethem. The lord of joy says to them : 
May your seeds be favoured, that your shoots may grow 

green, that your offerings may be for Ra) -, that the 

Corn may grow, that Ser may become the nourisher of 

the infernal ones, at the sight of * It is lie who is in 

the fields of Hades. They collect their harvest, and they 
say to Ra : May prosperity be in the infernal fields! That 
Ra may shine on the limbs of Sefi ! When thon shinest 
forth, végétation springs up, great god, creator of the 
grain! Their food is (made of grain, their drink of the 
liquor t'eser, their refreshment is of water. Oblations are 
madeto them for the harvests of the infernal fields. 

» Thebearersof sickles reap the grain in their fields. Ra 

1. Heseb, according to the totnb of Rameses VI. 

2. Laeunse. 

3. Sent-u. Cf. on this word, Naville, La Litanie du Soleil, p. 34, 44 
55. 

4. This word has the divine determinative. The Corn-god is named 
in t he « Instructions of Amenemha I. », Heeords of the Past [, 1" Sé- 
ries], vol. II, p. 9, second édition. 



94 THE BOOK OF HADES 

says to them : Take your sickles! (Reap your grain. It 

is granted you ' your abodes that you mav unité your- 

selves to me in the cavern of the most mysterious of forms. 
Honour to you, reapers ! Their food is (made) of bread, 
their drink of the liquor t'eser, their refreshment is of wa- 
ter. Ofîerings are made to them, on earth, as bearers of 
sickles in the fields) of Hades. » 



Seventh Division. — Plate lJi 

What remains of tins division includes five fragments, 
the second of which wrongly occupies the third place on 
Plate 19*. Champollion lias given an «iccount of the scènes 
and legends from the tomb of Rameses VI. 3 

Door 

« ' this god (is glorified) by the gods that are there. » 

The guardian of the egrcss is Shepi; inside nine nuini- 
mies, and opposite them : 

a 1 god vvho openest theretreat, open the holy pylons, 

put back the mysterious door. » 

Door of the serpent A khen-ar-ti (closed eyes). 

« Ile who is on this door opens to Ra; Sau says : 1 

Ile will drive away the darkness and the shades, and place 

light in the concealed abode. The door closes 1 The 

soûls who are in this pylon cry out w lien they hear the 
door closing. » 

Scènes 

A. Three complète bcarers of rope 4 , and seven others, 

1. Lacunse. 

2. Cf. pi. I. 

.'.. Notices, t. II, p. 504,505. 

4. Thèse figures are entire, those on the other fragment are portions 
only. 



THE BOOK OF HADES 95 

the lower part of the body of which alone remains, the 
bearers of the rope (who bring fort h the mysteries, the 
bearers of the decourer, who bring forth the infernal 
ones). On the tomb of Rameses VI., the rope lias the head 
of a serpent. 

B. The solar bark. Seven gods carrying a sceptre in 
their hand, the masters of the (things in the Amenti). 
Two mummies, the maie gods. On the tomb ol Rameses VI, 
there are twelwe of the former and four of the latter. 

C. A god leaningon a staff, he who conceals the myste- 
ries. Six mummies stretched ont flat, and their arms 

pushed forward on infernal couches, the elect ' benefi- 

cent. According to Cliampollion, they would hâve been 
named the divine chiefs on the tomb of Rameses XI. 

Le g ends 

a A. Those who hold the rope and earry it. Ra rises, 
and the heads issue which are in the rope. They pull along 
Ra towards their pylon, while they pull back towardsthe 
gâte of Nun. They examine ' 

» B. This great godis pulled along by the infernal gods. 
They say, those who pull along Ra : Let those who are in 
Hades shout aloud to Ra who is in the mysteries ! Let 
him examine your words, and destroy the enemy for 

you ' Mystery to your forms, stability to your forms. 

Pay homage to him in your transformations ' (masters) 

of the things in Amenti. Examine me in your examina- 
tions, order punishment for my enemies, as I hâve granted 

it to you (in) my justice, order ' to défend his son. 

What belongs to thee in Tanen, is that thy sacred* body 
ma y hâve peace in Amenti : what belongs to thee in Nu, it is 



1. Lacune. 

2. Ter-t instead of Tesw-t. Cf., pi. VIII, A, and pi. IX. 



96 THE BOOK OF HADES 

that thy soûl should govern heaven. Their food is (made) 

of bread, and their drink of the li(|uor t'eser ' 

» C. lie who conceals the mysteries says to them : Oh, 
elect ! Oh, infernal ones ! unveiling of your faces ! Disap- 

pearance of your darkness ! ' Proceed, corne, seize the 

source, invoke the soûls, be provided, seize the food, feed 

yourselves ' draw up for yourselves fresh water in the 

lakes of the angles of Hades ' » 



INSIDE OF THE SARCOPHAGUS 

Eighth Division. — Plates 15, 14, 13 

Door 

« The great god arrives at this pylon, and enters this py- 
Ion : this great god is adored by the gods who are there. » 

The pylon Bekhekhi. At the outrance Benen, andat (lie 
inside Hèpti. In the inner part, nine mummies, the En- 
nead. Opposite them : 

« Coine to us, thou who art on the horizon, great god, who 
openest the retreat ! open the holy pylons, draw back the 
mysterious door. » 

Door of the serpent Set-her (face of lire) : 

« lie who is on this dooropens to Ra. Sau says to Set- 
her : Open thy gâte to Ra, draw back thy door for Khuti. 
He will illuminate the darkness and the shades, and place 
light in the concealed abode. The door closes after the ou- 
trance of this great god, and the soûls who are' in this pylon 
ci\ out, when they hear the door closing. » 

1. Lacune. 



THE BOOK OF HADES 97 

Scènes 1 

A. Twelve persons proceeding, the divine chiefs who 
give bread and offer vegetables to the soûls in the lake of 
flame; nine birds, with a human head and two arms in ado- 
ration, the sou/s ic/io arc in the lake qf flame; opposite, a 
god carrying a sceptre. 

B. The boat and the infernal oncs. A god leaning on 
a staff, he who is in the Nun; a long tank containing, in 
groups of four, according to the différent positions of swim- 
ming, sixteen persons, those who batlie, those who float, 
those who swim, and those who dive*. 

C. Horus leaning on a staff and twelve men, the burnt 

enemies qfOsiris, having their arms tied in différent ways, 

in groups of four. Opposite the first and flinging lire in Iris 

face, the enormous serpent Kheti, or fi re, the body of 

which forms seven folds, and supports between each fold a 

raummified god. The gods who arc upon Kheti are seven 

in number. 

Legends 

« A. They lead the soûls over the vegetables in the lake 

of flame. Ra says to them : 3 Magistrates of the 

gods, great ones* of the lake of flame, who place the soûls 
over their vegetables, let them possess their bread for them- 
selves ! offer your loaves, bring your vegetables to the soûls 
marked ont for nourishment in the lake of flame. They 
say to Ra : The loaves aregiven, the vegetables are brought 
to the soûls whom thou hast marked out (l'or) nourishment 
in the lake of flame. Oh! the way is good ! He invokes 

1. For the scènes and legends, cf. Chain pollion, Notices, t. II, p. 516- 
510, tomb of Rameses VI. 

2. Chabas, Antiquité historique^ p. 75; cf. Booh of the Inferior He- 
misp/iere, lOth hour. 

3. A word wanting. 

4. Shenn-u. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 7 



98 THE BOOK OF HADES 

thee, lie who is in Amenti', and they invoke thee, who are 
in Tatnen\ Their t'ood is (made) of bread, their drink is 
of the liquor t'eser. Ofïerings are made to them on earth 
as called from among the divine magistrates. 

)) They are in the country offlame; they receive their 
bread and are in possession of this tank. They cry out to 
this great god. Ra says to them : Eat your vegetables, feed 
on your bread. Repletion to your stomachs, glory to your 
hearts ! Your vegetables are from the tank 3 of (lame : 
inaccessible is your tank. Cry out to me, invoke me : I am 
the great one, the body of Hades'. They say to Ra : 
Glory to thee, the greatest of masters. Praise to thee, 
greatness ! Hades is thine at thy will : thou hast made it 
secret for those who are in its caverns; heaven is thine, at 
thy will : thou hast made it mysterious for those who are 
in it. The earth belongs to thy mummy, heaven belongs 
to thy soûl; place thyself, Ra, in what thou hast created. 
Their food is (made) of bread, and their vegetables of an- 
imal plants'; their refreshment is of water. Offerings are 
made to them on earth as soûls 11 from the lake of flame. 

)) B. The great god is towed along by the infernal gods, 
and they, those who tow along Ra, say : Praise in heaven 
to the soûl of Ra, adoration 7 on earth to his body ! for hea- 
ven is renewed with his soûl, for the earth is renewed with 
his body. Oh, we open to thee the retreat, we prépare for 
thee the ways of Aker-t. Unité thyself, Ra, to what thou 

1. Osiris. 

2. The earth. Cf., pi. VII, B. The word is équivalent hère to Amenti : 
elsewhere (pi. XIX, H), it is opposed to heaven. 

3. Littéral)' « his tank ». 

4. Cf., pi. XVIII, B. 

5. Ci', the word \\ liieli M. Chabas has translated « iïesh vegetables », 
Mélanges ègyptologiques, 3rd séries, vol. 11. p. 128. 

6. Cf. tomb of Rameses VI. 

7. Saa-u. This word has the determinative of land, through confu- 
sion wil h another \\ ord. 



THE BOOK OF HADES 99 

hast made mysterious : tlie mysteries are adored in thy 
forms. Oh, \ve pull thee along, Ra, \ve guide thee, great 
one who dwellest in heaven. Approach the submerged who 
are in the water, and advance over them. 

» The dweller in Nun says to the submerged who are in 
(the water), to the swimmers who are in the water : See 
Ra who rises in lus boat, the greatest of mysteries ! He 
orders the things of thegods, he acts according to the things 
of the elect. Oh arise, Mânes ! Corne, Ra orders your 
things. Ra says to them : Lift up to your heads, bathers, 
movement to your arms, y ou who float, swiftness to your 
legs, swimmers, breath into your nostrils, divers ! Be mas- 
ters of your waters, repose yourselves in your tank, walk 
into the Nun, move onwards in the water. Your soûls are 
on land : they eat their food without being destroyed. 
Their food is (made) of oiïerings of the land. Oblations 
are made to them on earth as to liim who is in possession 
of his otïerings in the wide earth, and as to him whose 
soûl is not in the earth. Their food is (made) of bread, 
their drink of the liquor t'eser, their refreshment is water. 

» C. What Horus does for his fatlier Osiris. The ene- 
mies who are in this scène, Horus adjudges to them their 
punishment. Horus says to them : Ties ' to your arms, 
enemies of my father, l)e deprived of power from your arms 
to your heads, powerless ! You are bound behind, wicked 
ones 2 . Ra 3 will sacrifice you, you shall be no longer in 
existence, your soûls shall be destroyed. They shall live 
no longer, on account of what you hâve donc against my 
father Osiris 4 : you hâve despisecl the mysteries, you hâve 
torn the image from the sanctuary. Powerful is the word 
of my father Osiris against you, powerful is my word 

1. Senehu, cf. tomb of Ranieses VI, 

2. Cf. tomb of Rameses VI. 

3. The word is not on the tomb of Rameses VI. 

4. Ser, on the tomb of Rameses VI. 



100 TUE BOOK OF HADES 

against you. You hâve rejected tlie mysteries for the re- 
pose of the great one who has begotten me in Hades : Oh, 
be no longer in existence, destroyed ! 

» Hokus says : My Kheti, great lire, of which tins flame 
which is in my Eve is the émission, and of which my child- 
ren guard the folds, open thy mouth, draw wide thy jaws, 
laiinch thy flame against the enemies of my father, burn 
tlieir bodies, consume their soûls, by this tire from thy 
mouth, by this flame which is in thy belly. My children 
are against them : they. destroy (their) soûls 1 ; those who 
hâve issued from (me) 2 , are against them : they exist no 
longer! The fire which is in this serpent bursts forth, a 
scourge against the enemies, when Horus calls him. 

» He whocan charm this serpent is as one who goes not to 
his fire, (and as one whose soûl is not in the earth. Their 
food is made of bread, their drink of the liquor t'eser, their 
refreshment is of water 3 .) Offerings are made to those who 
are upon this great serpent. » 



Ninth Division. — Plates 13 and 12 

Door 

« The great god arrives at this pylon and entefs this 
pylon; this great god is adored by the gods who are 
there. » 

The pylon Aa-t shefsheft-u. At the outrance Aneh-f-ta, 
and at the inside Ramen-ta. In the interior nine mummies, 
the Ennead. < Ipposite them : 

« Corne tu ns, dweller on the horizon, great god, \\ li<» ope- 

1. Ba-u, on the tonib of Rameses VI. 

2. Tomb ol Rameses VI. 

3. It seema a-- il there was some confusion betweea the end of this 
legend, and the end of the former legend. 



THE BOOK OF HADES 101 

nest the retreat ! open tlie holy 1 pylons, draw back the 
mysterious door. » 

Door of the serpent ^4 b-ta : 

« He who is on tins door opens to Ra : Sau says to Ab- 
ta : Open thy gâte to Ra, draw back thy door for Khuti. 
He will illuminate the darkness and the shades in the con- 
cealed abode. This door closes after the entrance of this 
god, and the soûls which are in this pylon cry ont when 
they hear this door closing. » 

Scènes ' 

A. Four gods oft the south, bearing instead of a head the 
crown of the south and the urœus, pull a rope which ap- 
pears to bring towards them a stafï surmounted by a head 
bearing the crown of the south : the rope is held opposite 
them by a person named the master of the prou: . This scène 
lias a corresponding one, an analogous group, in which the 
crowns of the south are replaced by those of the north, 
and in which the person who is opposite the four gods of 
the north is the master of the stem. Between the two 
groups, a hawk-headed sphinx bearing the crown of the 
south, Horus who is in the boat, lias on its back a human 
head, Ana, bearing hère the crown of the south, and on the 
tomb of Rameses VI., the complète crown"; this head be- 
longs to a second sphinx on the tomb of Rameses IIP. On 
the hawk-headed sphinx, a god with the head of Horus and 
of Set, double-Iieaded' , stretches its arms towards the two 
heads of the sphinx; the head of Horus is turned towards 

1. Ser, this word is hère in secret writing. 

2. Cf. for the scènes and legends, Champollion, Notices, t. II, p. 519- 
522, tomb of Rameses VI. 

3. That is, composed of that of the South and that of the Xorth of 

Egypt. 

4. Champollion, Notices, t. I, p. 420. 

5. Cf. pi. X, B. 



102 THE BOOK OF HADES 

the hawk's hcad, and thc gods of the south; the head of 
Set tpwards the human head and the gods of the north ! 
Horus consequently appears to represent the god of the 
south, and Set the god of the north ' : hère the human head 
which is on the side of Set lias nevertheless the crown of 
the south, but this crown belongs àlso to Set' 2 . A double 
serpent having on each side four heads and four pairs of 
legs, Shemti : between it and in front, aperson named Apu . 
Another double serpent, Bâta, each head of which bears 
the crown of the south : over it is a sort of double reptile, 
Tepi 3 , having on each side four pairs of legs and four hu- 
man heads, the first of which raises two arms in adoration : 
between it, Abt; opposite, two persons holding by the two 
ends a bent object, which on the tomb of Rameses VI. is 
a net. 

B. The boat and the four infernal ones. Six persons 
holding the same object in the form of a wand, as the two 
persons of the former scène, the masters of irords which 
fascinate ; four monkeys, the protectors of Ra, also hol- 
ding a net; three pikemen, holding in one hand a lance, 
and in the other a rope, which terminâtes in the hand of a 
person stretched out on the ground, Aai or the Ass i : he 
lias on lus head the solar disk, by the sides of which are the 
two ears <>(' an ass, and he seems to raise himself by the 
means of the rope. Opposite him the serpent Apap, over 
which is the serpent Shes-shes, which forms the end of the 
tail of a crocodile. 

C. Four persons with a human head, the soufs qf 

1. Cf. the Sallier Calendar, 29th of Atliyr. 

2. Cf. Tablet oj 400 years, in Records o) the Past[, l sl Séries], 
vol. IV, p. 33. 

3. Cf. Champollion, Notices, t. II, p, 525, 612, (322, tomb of Rame- 
ses VI. 

4. Cf. Diodorus, I, 97, Champollion, Notices, t. I, p. 428, 429, 755; 
Lepsius, Denkmâler, III, 303; Naville, /." Litaniedu Soleil, p. 49, 50, 
55, 55, and Tudlcnbuch, ch- 125, 1. 40. 



THE BOOK OF HADES 103 

Amenti, four with the head of the Ibis, those ta ho accom- 
pany Thoth, four hawk-headed personages, those who ac- 
company Horus, and four ram-headed, those who accom- 
pany Ra, holding a rope which terminâtes at the body of 
a double serpent, having two heads and two pairs of legs, 
Khepri. On a coil which appears to belong to this serpent, is 
perched a hawk with thepschent on its head, Har-tuau-ti, 
with an urseus on each side'. Opposite, the rope issues 
from beneath the serpent and is carried by eight persons, 
the masters. 

Legends 

«A. Those who are in this scène rise for Ra. RAsaysto 
them : Take your heads, gods ! Pull forward with your 
rope of the prow ! Oh, be born, gods ! Oh, shine forth, 
gods ! Be born, gods! Shine forth, gods, at my birth in 
the retreat, at my shillings in the place of concealed things! 
This god arises for Ra; the two headed, this double god, 
enters when Ra rises above him. Ra says to them : Let 
your heads be yours, gods ! Oh, take your crowns of the 
North, pull with the rope of the stem of the boat, of him 
who is born of me' 2 . It is Horus with the royal counte- 
nance. 

» He who is in tins scène traverses the refuge : he retreats 
towards Ka-Temt, the gâte 3 of Amenti. Those who are in 
it are the Eaten Heads : they breathe the odour of Shemti, 
of whom Apu is the guardian. 

» He who is in this scène rises for Ser 4 . He has struck 
down 5 the soûls of the impious which are in Hades. He 

1. Cf. Boule of the Inferior Hémisphère, lOth liour. 

2. Horus is considered hère as the son of Ra, assimilated to Osiris. 

3. Ari-t. In the Todtenbuch the Ari-t is determined and figured as 
the pylon, eh. 144. 

4. Cf. tomb of Rameses VI ; it refers to Osiris assimilated to Ra. 

5. Asp : cf. aspu, Todtenbuch, en. 9, 1. 3 ; 73, 1. 2. Perhaps we 
ought to read hère sap, « to count ». 



104 THE BOOK OF HADES 

traverses the refuge and retreats towards the pylon Teser- 
t-ba-u, towards the gâte of Amenti. Tepi enters Bâta. 
Those who are in it are the Eaten Heads. They breathe 
the odour of Ba-ta, of whom Abt is the guardian. 

» Thèse are the gods who charm for , Har-Khuti in 
Amenti. They, the masters of their nets, charm those who 
are in the nets which are in their hands : (they are veridi- 
cal in Hades'). 

» B. This great god is towed along by the infernal gods. 
They, those who tow along Ra, say : The god cornes to his 
body, the god is towed along towards his mummy 2 . Coin- 
fort thy body, we tow thee 3 along, safe in thy ! retreat. 
Corne, Ra, comfort thy body', defended by the masters of 
the net. 

» Those who are in this scène walk before Ra : they charm 
for him Apap, and retreat towards the gâte of the horizon. 
They rise with him towards heaven; they are, for him, 
in the two sanctuaries, and they makc him rise in Nu. 
They, the charniers, say : Oh impious, cruel one, Apap 
who spreadest thy wickedness ! Thy face shall be des- 
troyed, Apap ! Approach the place of tonnent. The 
Nem-u are against thee : thou shalt be struck down. The 
Aai-u* are against thee : thou shalt be destroyed. The 
pikemen strike thee : thou art charmed by us through the 

1. Cf. tomb of Rameses VI. 

2. The hieroglyph is thaï oi a shade » : the word « shade » and 
a soûl » are often employed the one for the other, but the « shade o 
characterisea also tlie mummy in the représentations in which the dc- 
ceased receives its heart. its essence, and ils mummy. The analogy in- 
dicates hère the meaning which must be seiected. 

3. Cf. tomb of Rameses VI. 

4. Lit. : « his )>. 

5. This body appears to be god Aai, represented mummifled on tlie 
tomb of Rameses VI. 

G. Persons named Nem-u and Aai-u, appear on the last division but 
one; cf. pi. X, C, and Champollion, Notices, t. II, p. 539. 



THE BOOK OF HADES 105 

means of what is in our hands. Oh ! tliou art destroyed, 
crushed, punished, (serpent) Sessi 1 . 

» Those who are in this scène with their spears, guard the 
rope of Aai, and do not allow this serpent to mount towards 
the boat of the great god. They rise behind this god to 
heaven. They say, those who Hght for this god in Nu 2 . 

» C. Those who are in this scène hold in their hands the 
rope which is attachée! to the leg of Khepri, who retreats 
towards the gâte of the horizon. They bear this rope near 
this god towards the horizon and tow him along in Nu. 
They live on things from the South, they feed on things 
from the Nortli, on their issuing from the mouth of Ra. 
The outery of this Khepri is borne into the retreat when 
Ra enters heaven. They say to Ra : Come, corne, after 
thy transformations ! Corne, Ra, after thy transformations ! 
Come forth, come forth, after thy transformations, come 
forth, Ra, after thy transformations, towards heaven, 
towards the great heaven ! Oh, we point thee out for thy 
abodes, by the virtue which is in our words, (thou who art) 
the greatest of forms in the retreat. 

» He who is in this scène, the infernal Horus raises his 
head from him, and the forms issue from (his) coils. Ra 
calls this god which his two urœi join together. Now 
Horus having entered Khepri hears when Ra calls him. 

» They hold in their hands the rope which is attachée! to 
the leg of Khepri; they say to Ra : The paths of the retreat 
are cleared for thee, (the gâtes) ' which are in the earth arc 
open for thee, for the soûl which Nu '' loves. We guide thee 
in thy flight in the land. Oh ! enter the East. Come forth 
from the belly of thy mother. » 

1. This serpent is doubtless the one who lollows Apap in the scène, 
where he is named Shes-shes. 

2. The words of thèse gods are wanting. 

3. Cf. tomb of Rameses VI. 

4. « For thy soûl which is joined again to Nu », tomb of Rameses VL 



106 THE BOOK OF HADES 

Tenth Division. — Plates 12, 11 and 10 

Dooi' 

« Thegreat god arrives at tins pylon, and enters this py- 
lon; this great god is adored by the gods who are there. » 

The pylon Seri-L, or the chapel. At the entrance Nemi, 
holding a knife, and at the inside Ke/f, robed in white. In 
the interior, sixteen ursei. Opposite them : 

« Come to us, dweller on the horizon, great god, who 
opened the refuge ! Open the holy gâtes, draw back the 
mysterious door. » 

Door oi the serpent Stu : 

a He who is on this door opens to Ra. Sau says to Stu : 
Open thy gâte, draw back thy door. He will illuminate the 
darkness and the shades, and (will place) light in the con- 
cealed abocle. This door closes aller the entrance of this 
great god, and the ursei which are in this pylon cry out 
when they hear this door close. » 

Scènes ' 

A. Four persons, the Anti-u, or thosewhojîx, holding 
with one hand a knife and with the other a kind of liook of 
rope or a club; four other persons armed with the same, but 
having each four ursei for a head, the Hati-u' 1 or bearers of 
the club. Opposite, the serpent Apap, of which it is said : 
His cry is wq/'tedmto hell, He is tied by the neck with a 
chain on which the goddess Serk 3 , one of the forms of Jsis, 
is drawn out. The chain is hcld by four men, Stefi-u, or 



1. Cf., for the scènes ;unl the legends, Champollion, Notices, t. II, 
p. 532 t" 536, tomb of Rameses. 

2. Cf. tombof \i; sses VI., .■nul Chabas, Egyptologie, 187(5. p. 20. 

'■'>. Cf. Sarcophagus ol' T'a-ho, Muséum of tlie Louvre, 



THE BOOK OF HADES 107 

those whojîre, placed opposite the Anti-u and the Hati-u. 
Twelve gods, T'atiu with the strong arm, holding also the 
chain and turning their back to the Steji-u. Aq enormous 
hand, the concealed body drawing towards it the chain, 
which then rises over five serpents (the first of which is 
Uammeti) eaeh attachée! by the means of a small chain to 
the larger one by Sel), Mesta, Hapi, Kebhsenuf and Tiiau- 
matef, armed with hooks and clubs; thèse five gods issue 
by half from the great chain, and face the preceding gods. 
The chain ends at the feet of Osiris, Inhabitant of Amenti. 

B. The boat of Ra and the infernal ones, aperson, Unti, 
who with one hand raises a star and with the other hand 
raises another star. Four gods squatted, bearing on their 
head an urseus with a long tail. Horus (hawk-headed), 
Serek, Abesh, and Sekhet (lion-headed). Three persons, 
the stars, each raising a star with one hand, and with the 
other hand drawing by a rope towards the solar bari a small 
boat in which is, half-surrounded by an urseus, a human 
head, the head of the disk, a winged serpent which rises 
up, Se mi ; a person, Besi, pouring flame on the head of a 
bull placed at the end of a stick struck with a sword. An 
uneus standing up, Ankhi, with its head flanked by two 
human heads. Four women, the Invocators, in a posture 
of adoration. Two bows supporting each three ursei, the 
diadem qfthe urœi. In the middle, with one foot placed 
on each bow, the Double-headed, with the head of Set and 
of Horus, with four arms in adoration. 

C. Twelve bearers of oars, the gods Akhem-u Sek-u\ 
Twelve women holding a rope, the hours which tow along. 
Four gods with a sceptre : Banti, or the monkey, with an 
animal's head, Seshesha, who lias a star over his head, the 
Bull of Amenti, with the head of a bull, and He who names 

1. « The unknown who row », thesé are the cireumpolar stars; the 
other stars, having a rising and setting, are tlie Akhem-u Urt-u, or 
« the unknown who repose themselves ». 



108 THE BOOK OF HADES 

the star* with a star over his liead. Opposite, on a brackét, 
and over his head a star, a monkey namecl the god of Ruten 
(Syria). On another bracket a large sacred eye. A god 
with a sceptre, the master of his lioase, advancing towards 
the sacred eye. 

Legends 

« A. Those who are in this scène rise for Ra, whoarises 1 
and approaches them. (They say to Ra 2 ) : Arise, Ra ; 
Rule, Khuti. They beat down Apap in his bonds'. Do 
not ascend, Ra. towards thy enemy; thy enemy does not as- 
cend, Ra. May thy holy things which hâve a place in 
Mehen be brought forth. Apap is stricken with his sword : 
lie is sacrified ! Ra rises at the finishing hour : the great 
god ascends when his chain is tixed. 

» The serpent which is in this scène, Serek flings away 
his chain. The boat of this great god advances towards the 
narrow pass of Apap. The great god cornes when his chain 
is lixed. 

» Those who are in this scène drag the chains of this evil- 
doer. They say to Ra : Come Ra; advance, Khuti! The 
chain is placed on Neha-her, and Apap is in his bonds. 

» Those who are in this scène as guardians of the Fomen- 
ters of trouble, watch over the murderous chain which is in 
the hand of the Concealed Body, in the compass of which 
aie placed the dead at the pylons of the Inhabitant of 
Amenli. The god says : Darkness to thy countenance, 
Uammeti! Destruction to von, Fomenters of trouble, (by) 
the concealed hand, which causes (you) evil by themeansof 
the deadly chain which is in it ! Seb guards your bonds, 
and the threads of the chain place the murderous chain on 

1. Autl-n, M. Naville. 

2. Tomb ot Rameses VI, 

:{. The words « for R-i » .*" re wron.irly l'cpoatcil hero ; cl. fomb i»f 
Rameses \'l. 



THE BOOK OF HADES 109 

you. Watch uncler the inspection of thc Inhabitant of 
Amenti. 

» Those who are in this scène load the chains of the Fo- 
menters of trouble, and the boat of the good gocl advances. 

)) B. The great god is towed along by the gods of Hell, 
and they say, those who tow along Ra : Let us tow along 
towards heaven. Let us tow along towards heaven, Ser- 
vants 1 of Ra and of Nu. Take possession, Ra, of thy 
countenance, thy truth. Unité thyself, Ra, to thy counte- 
nance, thy truth \ Let the countenance of Ra open, and let 
the eyes of Klwti enter ! Let him drive away the darkness 
of Amenti, let him shed light where lie had sent shade. 

» He rises for Ra, placing 3 himself over Unti : this god 
guides him 4 , and the hour fulfils its duties. 

» Those who are in this scène, the inhabitants of the earth ' 
guard them. They rise for Ra. They are seatcd (on) 1 a 
large image which is under them, and they raise themselves 
behind Ra with the mysterious image which is under 
them. 

» Those who are in this scène invoke with their stars. 
They drag the rope, before this boat, and they enter Nu. 

» This countenance of Ra glides along and advances in 
the land : those who are in hell invoke him. 

» It rises for Ra; it guides the god through hell towards 
the eastern horizon. 

» He rises for Ra : he throws flame on the head, and the 



1. Tomb of Rameses VI. 

2. Tomb of Rameses VI : « Take possession, Ra, of thy countenance. 
Arise higher ! Unité thyself, Ra, to thy mysterious head ! » The mean- 
ing of this symbolism is that the sun, having become by night ram- 
headed (pi. 5, C), i. e, « soûl », as if he was dead, résumes in the morn- 
ing a luminous countenance. 

3. Xa/tap, tomb of Rameses VI. 
' 4. Su, idem. 

5. The serpents. 



110 THE BOOK OF HADES 

weapon ("?)' which is in the hand of t lie warrior servant of 
this god appears. 

)) It rises for Ra : the lengtli of time marked out in years 
is established by this urseus, who makes it ascend with him 
towards heaven. 

» Tliey say those who eall Ra : Corne, Ra ! Oh! corne, 
son of liell ! Corne, child 2 of heaven. Oh ! arise, Ra. 

» It is the diadem of the ursei; lie traverses" hell. 

» The bows'' bear the Donble-headed in his mystery. 
They direct Ra to the eastern horizon of the heavens, and 
they advance on high with him. 

» C. Those who are in this seene rise for Ra and take 
their oars in this cavern of Unti. Their appearance, to them, 
is for the births of Ra in Nu; their appearances are for 
the births of Ra : they issue from Nun with him. They 
navigate for this great god when lie places himself on the 
eastern horizon of the heavens. Ra says to them : Take 
your oars, unité yourselves to your stars'' ! Your manifes- 
tations are (my) manifestations, your births are my births. 
Oh, my pilots, you shall not perish, gods Akhemu Seku. 

» Those who arc in this scène take the rope to tow along 
Ra in Nu : they tow along Ra and prépare the pathwavs 
in Nu. Thèse are the goddesses who guide this great god 
in Nu; Ra says to them : take the rope, take your places, 
pull towards you, my followers to heaven, guide (me)' in 
the pathways. My births are" your births, my manifesta- 

1. Or « the gift », /", according to the tomb of Rameses VI. The gift, 
perhaps called Unis through irony, is the blow of a kuife. Is tliere any 
allusion hère to the sacrifice of the bull? 

~'. Atu, cf. Naville, /.''/"//y o/Sun, p. 85. 

3. Mehp.n is masculine, cf. Book oj ihr Lou er Hemisphere,llth. hour. 

1. The two bows of hell are mentioned on the tomb of Rameses III.; 
cf. Champollion, Notices, vol. I, p. 716. 

5. Cf. tomb of Rameses VI. 

6. S, and on tin 1 tomb of Rameses VI, su; in the corresponding part 



THE BOOK OF HADES 111 

tions are your manifestations. Oh ! establish tbe length of 
the years (for)' him who is with us. 

» The gocl in tins scène calls out that the gâtes of Ra be 
opened : he rises with him. 

» The god in tins scène calls on the stars for the births of 
tins great god : he lises with him. 

» The god in this scène calls on the gods of the boat of 
Ra, and rises with him''. 

» The god in tins scène places the stars in their dwelling, 
and rises with him, this great god. 

» It is the Ut a' of Ra : this god imites it to him, and it 
rejoices in its place in the boat. 

» He opens the gâte of this cavern : lie remains in his 
place, and does not lise with Ra 1 . » 



Eleve.ntii Division. — Plates 10 and 9 

Door* 

« The god arrives at this pylon ; this great god enters this 
pylon; this god is adored by the gods who are there. » 

The pylon Sheta-bes-u or the most mysterious q) pas- 
sages. At the entrance, Mates, or the eœecutioner ; and 
inside, Shetau, — each holding an enormuus knife. In the 
interior, two sceptres over which are two crowns of the 
South. By the side of one, Ser; by the side of the other, 
Horus, and between the two sceptres : 

« They sa y ' to Ra : (Corne) in peace (twice), in peace 

of the sentence there is sut, which varies in other texts with ! ut-as, an 
expression very fréquent in the solar Litany. 

1. Cf. tomb of Ramses VI. 

2. Kher-f, tomb of Rameses VI. 

3. The sacred eye. 

4. Cf. Champollion, Notices, vol. II. p. 530, tomb of Rameses VI. 

5. Tomb of Rameses VI. 



112 THE BOOK OF HADES 

(twice). Many-shaped ! t h y soûl is in heaven and thy body 
on the earth; thou hast willed it, o great one ! thyself 1 . » 

Gâte of the serpent Am-net-u-f. 

« Ile who is on this gâte opens to Ra. Sau says to Am- 
net-u-f : Open thy gâte to Ra, draw back thy door for 
Khuti : ho will illuminate the darkness and the shacles, 
and will place light in the concealed abode. The door 
closes al'ter the entrance of this great god, and the gods 
who are in this pylon cry ont (when) they hear this door 
closing. » 

Scènes s 

A . Four persons each holding a disk, the bearers qf light. 
Four bearers of stars. Four persons with a sceptre in their 
hands, those who go ont. Four ram-headed persons with 
a sceptre, Ba, A T tun, Pente/', Tent. Four hawk-headed 
persons with a sceptre, Horus, Shenebt, Sapt, and he who 
is in his double boat. Eight women seated on unei, and 
each holding a star with one hand, the protecting hou rs. 
A crocodile-headed pcrson with a sceptre (Sebek-ra) 3 , 
holding behing him a serpent in an erect position. 

B. The boat and the infernal ones. Nine persons, four 
of which arc wolf-headed, each holding a large staff with a 
liook, and a knife, the nine who slay Apap. Apap tied by 
chains attached to five objects like the hieroglyph Senb, 
the cord of Horus. Foui' monkeys, each holding an enor- 
mous hand. Two women wearing on their heads the dia- 
dems of Qpper and Lower Egypt, Amenti. A person with 
a sceptre in his hand, Sebekh-ti. 

C. Four men with the crown of the South, the Royal 



1. Tomb of Rameses VI. The text of the saccopliagus would Iead us 
t<> understand « the land united for thee ». 

2. For the seenes and legenda, cf. Champollion, Notices, vol. II, 
p. 536 to 539, tomb of Rameses VI. 

'à. Tomb "i Rameses VI. 



THE BOOK OF HADES 113 

Heads. Four men bare-headed, the Afflicted. Four men 
with the crown of the North, the Nem-u. Four men bare- 
headed, the Remua. Four women with the crown of the 
North (the Nemtu)\ Four women without a crown (the 
Afflicted)'. Four men liait' bent, the Aaui-u\ A cat- 
headedgod, Mati 3 , holding behind him a serpent in an erect 
position. 

Legends 

« A. Those who are in this scène bear the disk of Ra. 
They guide (in) 2 lioll and in heaven by this'' shape which is 
in theirhands. Thèse are they who (?) 5 speak to the pylon 
of Aker-t' 2 that Ra may place himself in the bosom of 
Nu. 

» Those who are in this scène carry stars. When the 
arms of Nun receive Ra, they shout with their stars, they 
raise themselves with him towards heaven, and they place 
themselves in the bosom of Nu. 

» Those who are in this scène, their sceptres in their 
hands, settle the possessions of this god in heaven, and in 
return Ra points out their abodes. 

» Those who are in this scène, their sceptres in their 
hands, furnish (?) the food of the gods who are in heaven, 
and pass over (?) 6 the water, Ra not having (as yet) arrived 
at Nun. 

» Those who are in this scène, their sceptres in their 
hands, place the naos, put their hands to the side of the 
double boat of the god, when lie issues from.te gâte of Sam 7 , 

1. Tomb of Ranieses VI. Three of them bave complète crown there. 

2. Tombof Rameses VI. 

3. Mautij on the tombof Rameses VI. 

4. Peu on the tomb of Rameses VI. 

5. A/i ; there is ba, or « the soûl » on the tomb of Rameses VI. 

6. Xu(i. This word seerna an altération of skat. 

7. Cf. tomb of Rameses VI. It is the country of the reunion, Hades. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 3 



114 THE BOOK OF HADF.S 

and place the oars in Nu (when the présent) hour is boni 
in it, and (when the preceding) hour reposes in it. 

» Those who are in tins scène, their uraei under them and 
their hands holding stars, issue from the double sanctuary of 
this great god, four to the east and four to the west. They 
call the soûls of the east, they invoke this god, and adore 
him on his going out (when) Setti issues in his shapes 1 ; they 
direct the navigation of the pilots of the boat of this great 
god. 

» B. The gods of hell say : Issuing from Amenti, in- 
stallation in the double extent of Nun, and accomplishment 
of the transformations in the arms of Nun ! The god does 
not enter heaven, lie opens hell to heaven, in his shapes 
whicli are in Nun. What opens hell for Nu are the arms 
of Amen-ran-j" 1 ; lie is in the black night, whence light 
issues from the shade. 

» Those who are in this scène, their staves in their hands, 
take their weapons and strike Apap : they accomplish his 
sacrifice, and inflict blows on (his) coils, which are in hea- 
ven. The chains 3 of this wicked one are in the hands of 
the children of Horus : they raise themselves towards this 
god, their ropes in their fmgers. The god counts* his 
members, when lie whose arms are concealed opens to make 
a way for Ra*. 

» The serpent who is in this scène, the sons of Horus 
strike him. They are placed in Nu in this scène. They 
weigh down his chains, and if his coils are in heaven, his 
venom falls into Amenti. 

» Those who are in this scène direct Ra to the easterri 
horizon of heaven. They direct this god, their Creator; 
with their hands, two to the east and two to the west, in 

1. Tho going «ml retors to the scène of the Twelfth Division. 

2. The « m.vsterious being », Osiris. 

3. Kha-u ; cf. totub of ltameses VI., where this word lias the deter- 
nainative oi iope. 



THE BOOK OF HADES 115 

the two sanctuaries of this god. They issue behind him, 
and give praise to his soûl when it sees them. 

» Those who are in this scène turn away Set' from this 
pylon (of Tuau-ti) : they open the cavern and fortify the 
mysterious (?) pylon. Their soûls arise behind Ra*. 

» C. Those who are in this scène place the white crown 
of the gods who follow Ra. They remain in hell : their 
soûls arise and remain in the pylon. 

» Those who are in this scène in this pylon lament over 
Osiris 3 , when Ra issues from Amenti : (their)" soûls rise 
after him. They are behind Osiris 2 . 

» Those who are in this scène join Ra, producing his 
births on earth. Their soûls rise behind him, and their 
bodies remain in their places. 

)) Those who are in this scène name Ra, and magnify the 
names of ail his shapes. Their soûls rise behind him, and 
their bodies remain in their places 2 . 

» Those who are in this scène raise Truth and place it in 
the naos of Ra, when Ra places himself in Nu. Their 
soûls ascend behind him, and their bodies remain in their 
places. 

» Those who are in this scène lix the length of time, and 
cause the existence of years for the guardians of the damned 
in hell and for the living in heaven. They follow this 
god. 

» Those who are in the scène in (this) pylon - in their wail- 
ing lament over themselves in présence of the great god in 
Amenti. They drive away Set from this pylon, and do not 
enter 2 heaven. 

» Those who are in this scène adore Ra, and invoke him. 



1. Set, as in the lines following this, has no determinative. The Booh 
ofthe Louer Hémisphère places Set-Nehes to the east (lOtli. liour). 

2. Tomb of Rame<es VI. 

3. Ser on the tomb of Ratneses VI. 



116 THE BOOK OF HADES 

They give praise to the gods who are in hell, guardians of 
the gâte of the refuge (they remain in their places) 1 . 
» The porter of the cavern remains in his place 1 . » 



Twelfth Division. — Plates 9 and 15 

Gâte' 

« This great god arrives at this pylon : tins great god is 
adored by the gods who are in it. » 

The pylon Teser-t ba-u, or the most holy of soûls. At 
the entrance Pi or perhaps Ba, and in the inside Akhekki. 
In the interior, two heads at the end of two long pôles ; over 
one is the scarabaîus, hieroglyph of the god Khepra, over 
the other the solar disk, and the word Tant. Between the 
two pôles : 

« They hold themselves on their heads, they are on their 
pôles in this pylon. The heads rise in this pylon. » 

Door of the serpent Sehi : 

« He who is on this door opens to Ra. Sau says to 
Sebi : Open thy gâte to Ra, draw back thy door for Khuti : 
he will leave the refuge and will place himself in the bosom 
of A 7 u. The door closes, and the soûls which are in Amenti 
cry out when they hear this door elosing. » 

Doorof the serpent lleri , almost touchingthe former one. 

« Ile who is on this door opens to Ra. Sau says to 
Reri : Open thy gâte to Ra, draw back thy door to Khuti ; 
he will leave the refuge and will place himself in the bo- 
som of Nu. This door closes, and the soûls in Amenti cry 
ont when they hear this door elosing. » 

By the side of this door two uriei, Isis and Neplithys, 
the lirst above and the second below. 

1. Tomb of Rameses VI. 

'Z. Cf. Champollion, Satires, t. II, p. 510, tomb of Rameaes VI. 



THE BOOK OF HADES 117 

« They guard this mysterious door of Amenti, and raise 
themselves behind this god. » 

Scènes and Legends* 

Above, Osikis forms a circle with his body : it is Osîris 
who surrounds hell. He raises his arms towards the god- 
dess Nu, standing on his head : it is Nu who receives this 
god places himself in t/ie boat\ Around the scarabseus 
are the rjods who are in it (the boat). Thèse are beginning 
at the side of the door and at the stern, San, Hu, Hak, 
Shu, and Seb : then Isis and Nephthys stretching out their 
hands under the scarabaeus, then Seba-u (gâtes or door) going 
forward. The boat is supported by Nun, whose bust and 
arms only are to be seen : thèse arms issue from the water 
and bear up this god. The entire scène is surrounded by 
the waves of Nun, which shows that the Egyptians looked 
upon the earth (or Osiris), as a spherical body floating 
through the waves towards a spot where a disk is repre- 
sented on a band. This band, studded with dots, indicates 
the earth', from which the sun is about to issue, and 
it completely frames in the divisions of the Book of Hades, 
which is contained in the inside of the sarcophagus. The 
divisions of the outside of the sarcophagus were framed in 
the same way, and the dotted band appears also under the 
divisions of the cover. 

1. Cf. Champollion, Notices, t. II, p. 541, tomb of Rameses VI. 

2. Aat. 

3. Cf. Préface, p. 64 [du présent volume]. 



118 THE BOOK OF HADES 



END OF THE BOOK OF HADES 

OUTER SIDE OF THE COVER 
Horizontal Inscriptions 

Under the dotted band which sùrrounds the 6th: and 
7th. divisions of the Book of Hades, on the outside of the 
cover, tliere are fragments of a horizontal inscription divi- 
ded into two halves : the first is on the right side (pi. 18), 
the second beginsat the edge and is continuée! on the left 
side (pi. 18 and 19). We inust remark that the second 
fragment of pi. 19 ought to be the third. 

Plate 18 

« D. Nu the great says : I hâve made him great, I hâve 
made him a soûl, I hâve made him powerful, I hâve made 
him master in the bosom of his mother Tefnu, I who never 
bring forth, I corne, I unité myself to Osims, King. » 

Plates 18 and 19 

« D. Tiiotii says : M y son, Master of the Two Lancls, 

RA(menma) Osiris, King, Master of the Two Lands, 

KA(menma), the son of Ra, master in cloing things, who 
is Seti-rnerenptah, truthful, his soûl lives for ever 

d The son of Ra, Master of the Diadems, who is 

Seti-Merenptah in this naine of mine from Nu. I do 

not départ from (him). » 



[NNER side of THE (OVER 
Right side. — Plate 18 
F. Thoth between two fragments of wings, remains of 



THE BOOK OF HADES 119 

the gênerai décoration of the inside cover, pulls with both 
his hands a rope attached to heaven, as in certain portions 
of chapter 161 of the Todtenbuch. 

« of the gods by him. He is like with the great 

breath, the great one of heaven, the great Sahu, who is in 
the middle of the spirits of Heliopolis 1 . 

» H in Memphis. He lias made the things of the 

altar (?) of the lord of Sekhem to breathe. He has led 

the men to Nemti to raise on the partition 2 . » 

Below, a horizontal line gives the beginning of the 72nd. 
chapter of the Todtenbuch. 

« F. (Health) to you, lords of justice, who are free from 
iniquity, you who live for ever, for the double periods of 
eternity ! Let pass the Osmis (King), RA(menma), truth- 
ful, towards earth; powerful in qualities, Master » 

Left Side. — Plate 19 

L. Thoth and the hieroglyph of niglit as on the right 
side. 

« in the tank of flame; he extinguishes the fire 3 . » 

Below, a horizontal line, which is continued on the frag- 
ments N and M, contains the continuation of the text, which 
begins at the corresponding line of the right side. 

« (do not close) the door against me, because 

(my) drinks are in Tep. My arms are joined in the divine 
abode which (my father) has gïven me. 

» (there is corn and) barley in them, no one knows 

how much. There is prepared for me, (there a festival) 

» by the son of my body. Give me funeral oft'erings 

of incense, of oil » 

In N, M, and P, fragments of a text which accompanies 

1. Chap. xxin of tbe Todtenbuch. 

2. Text foreign to the Todtenbuch. 

3. Cf. Todtenbuch, ch. 22, 1. 3. 



120 THE BOOK OF HADES 

the Litanij of the Sun, in the royal tombs', and which also 
occurs in some Books of the Dead of the good period 2 . 

« N The master of the two Lands, who is Ramenma, 

truthful, in hell, lie lie cornes ont of it. The arms of 

Tatnen receive (him) Stretch ont your arms to me! 

I know the gâtes, lead (me) invoke, be ye glad for my 

sake he lias (placed) food for you, be ye masters 

I ara his son on earth. I hâve macle the way 

)) M (let) him pass The headdress of Amen- 

ran-f..... (gods) who cross through hell, order that de- 

liver the Osmis, King, Master of the Two Lands'. 

» with perishable shapes : open raise yourselves 

on your funeral couches ; order it so that he reposes himself 

in (draw back) for him your doors; open for him (your) 

locks (it is the guide) of the soûls, it is'' the conductor 

of the gods in their abodes the companion of the hus- 

bandmen I hâve made my ofïerings 

» P friends of Ra who follow his soûl truthful, 

by your towing (it is the image) of Ra ! Towers the 

Osiris, son of Ra, Master of the Diadems, Seti-(ineren-) 

ptah in Amen ti. He says ' : Hail to thee thy splen- 

dour, in making transformations » 

1. Cf. Naville, Litany oflhe Sun, p. 98, and pi. 15, 21, 31 and 40. 

2. Cf. Pierret, Études ègyptologiques, fasc. I., p.. 8'.) to 92 and papy- 
rus without a name from the Louvre n° 3073. 

3. This arrangement of the text does not correspond with that of the 
royal tombs, but it is round in the papyrus without a name in the 
Louvre. 

4. Tut, as in the papyrus without a name in the Louvre; the royal 
tomb hâve Sut, which is a variantof su as may be scen in pi. IL c. 

~). Beginning of a new text. 



THE BOOK OF HADES 121 



LOWER PORTION OF THE UPPER PART 
OF THE COVER 

Plate 18 

« E. Runners of the divine hall Seti-meren( ptah) 

truthful, in every place where lie is to lead this soûl to 

me (Ra)menma, truthful. Thou wilt find the eye of 

Horus taking part against thee the watchers : does lie 

rest, those who rest in of eities in him. If lie were 

carried away ' » 



BOTTOM OF THE SARCOPHAGUS 
Plates 16 and 17 

The goddess Nun, lier arms hanging down, and lier body 
wrapped round with folcled wings, is surrounded with texts. 
She lias over her head the hieroglyphs of lier naine, the last 
of which, that of heaven, is studded with stars. 

« Words of Osiris, King, Master of the Two Lands, 
who is Ramenma, truthful, of the son of Ra who is Seti- 
merenptah, truthful. He says : Nu, support me! I am 
thy son. Separate 2 my weakness from what makes it so. 

» Nu, inhabiting of the Hennu, says : (0) this son, the 
Osiris, King, Master of the Two Lands, who is Ramenma, 
truthful, the son of Ra, of this loins, who loves him, Master 
of the Diadems, the Osiris who is Seti-merenptah ! 

» Seb says : This chosen one, who is Ramenma, and 
who loves me, I hâve given him purity on earth, and power 
in heaven, to the Osiris, King, Master of the Two Lands, 

1. Chap. lxxxix of the Todtenbuch ; cf. pi. 17, where the same text 
occurs with some différences in the beginning. 

2. Lit. : « destroy » ; i. e., destroy my weakness (by separating it) 
from what makes it so. 



122 THE BOOK OF HADES 

who is Ra-men-ma, truthful, to the son of Ra, who loves 
Nu, and who is Seti-nierenptak, truthful, in the présence 
of the lords of hell. 

» Speech. (O) Osiris, King, Master of the Two Lands, 
who art Ramenma, son of Ra, of his loins, who art Seti- 
merenptah, truthful ! Thy mother Nu stretches for thee 
lier arms over thee, Osiris, King, Master of the Two Lands, 
who art Ramenma truthful, son of Ra, who loves him, 
Master of the Diadems, Seti-merenptah, truthful. Thy 
mother Nu lias given thee the health which is in lier for thy 
safety. Thou art in her arms. Thou shalt never die. Re- 
in» >ved and discarded are the evils which remainecl for thee. 
That will corne no more to thee, that will ascend no more 
to thee, Osiris, King, Master of the Two Lands, who art 
Ramenma, truthful : Horus stands behind thee, Osiris, son 
of Ra, Master of the Diadems, Seti-merenptali, truthful, 
sincc thy mother Nu is corne to thee : she purifies thee, 
she unités herself to thee, sherenews 1 thee as a god, vivified, 
establislied among the god. 

» Nu, the very great, says : I hâve made him a soûl, 
I hâve made him powerful, I hâve made him master in the 
bosom of l lis mother Tefnu, I who never bring forth. I hâve 
united him, the Osihis, King, Master of the Two Lands, 
Ramenma, truthful, son of Ra, the Master of the Diadems, 
who is Seti-merenptfxh, truthful, with life, stability, and 
happiness. Ile shall no longer die. 1 am Nu with the 
powerful heart. I hâve placed a sced in the bosom of his 
mother Tefnu, m this name of mine, Nu, of the mother of 
whom no one is master. I hâve entirely fullilled ail m y 
splendours : The entireearth, I hâve taken possession of it, 
I bave taken possession of the south and of the north, and 
I hâve surrounded ;ill things in my arms to restore the life, 
the life of the Osiris, King, Master of the Two Lands, who 

1 . Lit. : « destroys ». 



THE BOOK OF HADES 123 

is Ramenma, the son of Ra, of his loins, loving Sakar, the 
Master of the Diadems, the Sovereign with joyous heart, 
Seti-merenptah , truthful. His soûl will live for ever. 

)) Nu, says the Osmis, King, who is Seti-merenptah, 
truthful, support me ! I am thy son. Separate my weak- 
ness from what m a de it exist. 

)) The sovereign of the two parts of Egypt, who is 
Ramenma, truthful, the son of Ra, who is Seti-merenptah, 
truthful. » 

Chapter to bring out the day and to pass through .4 mmah ' . 

« Speech of Osiris, King, Master of the Two Lands, who 
is Ramenma, truthful, of the son of Ra, of his loins, who 
loves him, Master of Diadems, who is Seti-merenptah, 
truthful. Hesays : Health to you, lords of justice, who are 
free from iniquity, and who are living for ever, for the 
double period of eternity ! (The Osiris, King, Master of 
theTwo Lands) who is Ramenma, truthful, the son of Ra, of 
his loins, who loves him, the Master of the Diadems, who 
is Seti-merenptah, he cornes to us; lie is powerful by his 
qualities ; lie is master of his (magical) virtues, he is endowed 
with protective (formulse). Deliver the Osiris, King, Mas- 
ter of the Two Lands, who is Ramenma, truthful, the son 
of Ra, Master of the Diadems, who is Seti-merenptah , from 
the crocodile of this tank of the just. His mouth is his, he 
speaks by it. Let him be granted liberty to act in your 
présence, because I know you : I know your naines: 1 know 
this great god to whose nostrils you présent exquisite 
things, Rekem is his name : lie passes to the eastern hori- 
zon of heaven ; Rekem, he départs, I départ; he is safe, I am 
safe. May I not be destroyed on the Mesak ! May the 
impious not take possession of me ! Do not drive me from 
your doors, do not close your arms for the Osiris, King, 
Master of the Two Lands, who is Ramenma, truthful, for 

1. Chap. lxxii of the Todtcnbuch . 



124 THE BOOK OF HADES 

the son of Ra, of his loins, who loves him, the Master of 
the Diadems, who is Seti-merenptah, truthful, because (my) 
bread is in Pa, and my drink is in Tep. M y arms are 
united in the divine house which my father has given me. 
Ile lias established for me a dwelling above the earth ; there 
are corn and barley in it, the quantity of which no one 
knows. A festival is celebrated there for me by my son, 
of my body. Give me funeral offerings, incense, oil, and 
ail good and pore things, upon which the god feeds. The 
Osiris, King, Ramenma, truthful, the son of Ra, of his 
loins, who loves him, the Master of the Diadems, the So- 
vereign with the joyous heart, Seti-merenptah, truthful, 
exists for ever in ail shapes which please him, lie navigates 
in ascending and in descending the plain of Aaru, he is 
united to life for ever in the plains of offerings. It is I, the 
double lion. 

» Said by Osiris, King, Master of the Two Lands, Ra- 
menma, truthful, by the son of Ra, who loves him, Seti- 
merenptah, truthful : Oh ! keep that destroyer of my father 
for me, the Osiris, King, Master of the Two Lands, Ra- 
menma, truthful, for he is my father, who is under my legs 
which ri>c, ( Isiris, son of Ra, Master of the Diadems. Seti- 
merenptah, truthful, strike him with thy liand ! Search 
him, for ho is taken bv thy liand ! Osiris, Kinar, Master 
of the Two Lands, Ramenma, truthful, thon shalt not grow 
weak ! Nu cornes to thee, she protects thy weakness, she 
collects thy limbs, she imites thy heart to thy bowels, she 
lias placed thee among living essences. Osiris, King, 
Master of the Two Lands, Ramenma, truthful, before the 
good god, Lord of Taser-t. 

n Said by Osiris, King, Master of the Two Lands, Ra- 
\ii.\ ma, truhful, soiioI'Ra, of his loins, and who loves him, 
the Master of fche Diadems, Seti-merenptah, truthful 1 : O 

1. Chap. lxxxix of the Todtenbuch, 



THE BOOK OF HADES 125 

ravishers ! (0) runners ! Oh ! do not seize me 1 , great god ; 
grant that this soûl of mine may come to me in every place 
where I shall be. If thou delayest in leading this soûl to 
me in every place where I shall be, thou wilt find the eye 
of Horus placing itself against thee in the same way as the 
watchers. Is it that lie lies down of those who lie down 
in Heliopolis, a country where there are thousands of 
towns ? If my soûl, with which is m y state of elect". is 
brought to me in every place where I shall be, thou shalt 
hâve laboured, guardian of heaven and earth, for this soûl 
of mine: (yet) if thou delayest in making my body see its 
sonl, thou wilt find the eye of Horus placing itself against 
thee in the same way (as the watchers). O (you), thèse 
gods who tow theboat of the Lord of Multitudes, who lead 
heaven to hell, who clear (the path) 3 of Nu, who make the 
soûl approach the mummy, its hands full of bonds, seize 
and grasp with chains, destroy the enemy. The boat re- 
joices, the great god passes in peace; behold, you hâve 
granted that this soûl may issue from Osiris, King Ra- 
men-ma, trutliful, with his legs, on the eastern horizon of 
heaven, for ever, for ever. 

» Words of Osiris, King, Master of the Two Lands, 
who is Ra-men-ma-aat-ra, trutliful, of the son of Ra, 
loving Ptah-Sakar, of the Master of Diadems, who is 
Seti-merenptah, trutliful. Ile says : Let the great ones 
pass behind me. May thèse limbs of mine never grow 
weak ! 

The Osiris, King, Master of the Two Lands, who is Ra- 
men-ma-ra, trutliful, the son of Ra, of his loins, v\ ho loves 
him, the Master of Diadems who is Seti-merenptah, trutli- 
ful, says : Nu, support me ! I am thy son. Separate (my) 



1. Lit. : « him ». 

2. Khu. 

'ù. Cf. Todtenbuch. ebap. lxxxix, 5. 



126 THE BOOK OF HADES 

weakness from what makes it exist. Osiris, King, Master 
of the Two Lands, who art Ra-men-ma-ra, truthful, son of 

Ra, of his loins, and who loves him, Master of the Diadems, 
who art Seti-merenptah, truthful, I hâve given thee thy 
head of thy bocly, there shall not grow weak any of those 
limbs of the Master of Diadems, who is Seti-merenptah, 
truthful. » 

End of the Sarcophagus of Seti I. 

Appendix 

It lias beensaid that the tombsof Seti I.' and Merenptahl. 4 
gïve a différent version of the Book of Hades, completely 
différent from that which the other tombs and the sarco- 
phagus of Seti I. présent. The following is the version 
from the tomb of Seti I. 

Gâte 

« The god arrives at tins pylon, and enters tins pylon : 
this great god is adored by the gods who are there 1 . » 

The pylon Neb-hau', the lower part of which is injured. 

« At the entrance Ma-ab, in the interior six maie mum- 
mies, the gods and goddesses also are in opposite them. 

)) Corne to us, Inhabitant of the Horizon, great god, who 
opened the refuge! Open. » 

In Champollion's copy the représentation of the pylon is 
accompanied by a large scène which, perhaps, takes the 
place of the Psychostasis, and which is described thus : 

« The god IIorus presenting the Pharaoh-Osiris to his 
father Osiris, assisted by the goddess of Amenti. » 

1. Champollion, Notices, t. I, p. 132 ami 770 to 77.'). 

L\ A/., p. 827 and 829. 

3. /'./., p. 772. 

4. Id., p. 773. 



THE BOOK OF HADES 127 

Door of the serpent Set-m-ar-f\ 

« He who is on this door opens to Ra. Sau says to Set- 
m-ar-f: Open tby gâte to Ra; draw back thy door for Khuti. 
Hewill illuminate the darkness and theshades andwill place 
light in the concealed dwelling. The door closes ai' ter the 
entrance of this great god, and those who are in this pylon 
cry out when tliey hear this door closing. » 

Scènes 

First Lim: 

A. Twelve bearers offorked sticks. Twelve bearers of 
the Devourer ofthe coilsfrom which heads issue. Twelve 
bearers ofthe ropefrom which the /tours issue. The De- 
vourer is a serpent which lias twelve human heads on his 
back. The rope is double, and over it twelve stars; it 
terminâtes at a standing mummy, Kena, which is opposite 
the other persons. 

Second Lixe 

B. The boat and the infernal ones. Two persons, stand- 
ing, their arms wrapped up in yellow, blue or red mantles, 
concealed arms, bearers of mysteries. Eiglit gods ofthe 
the temples. Four gods who dwell there. 

Third Line 

C. Tuauti, the Infernal Horus, standing, and leaningon 
a staff, before a funeral couch made of the serpent Nëhap, 
which supports twelve mummies, those who accompany 
Osiris, the sleepers who are in repose. Four persons, 
between whom is wiïtten the word Khasit, lowering their 
arms in sign of adoration. 

1. Champollion, Notices. 



128 THE BOOK OF HADES 

Le g ends 

First Line 

« A. Ra says to them : Take your staves and strike. 
Go, o y ou, against the Devourer ! Oh ! strike on him. 
Let the heads corne out of him, and let him draw back. 
They say to Ra : Our staves are for Ra. We strike the 
evildoing serpent, o Ra, because lie has eaten the heads. 
They issue from his coils ; lie draws back. Thèse are the 
gods who are in the boat. They drive Apap from Nu, and 
they raise themselves in hell. They drive avvay Apap, far 
from Ra, in Amenti, (where) the Infernal guide this god. 
Their food is (made) of breacl, their drink of the liquor 
t'eser, their refreshment is of water. Offerings are made 
to them on earth, because they drive away the impious far 
from Ra in Amenti. 

» Thèse are the gods who sacrifice the evil-doers to over- 
tlirow the enemies of Ra. They strike the wicked one 
and make the heads which were in him corne forth. (Ra) 
says to them : Make the wicked one retreat ; make Apap 
draw back. Let the heads which were in him corne forth. 
Let him perish. lie calls them : He is destroyed, oh eaten 
heads; you that were eaten, you that were devoured, corne 
out of him. (Ra) calls them and they corne out of him, 
whose coils had absorbed them to raise himself over them. 
Now the heads had entered their coils, because this serpent 
does not see, does not feel, does not hear; he feeds on their 
crics, he lives on calling on himself. Their food is of offer- 
ings (made) on earth, when Ra issues from hell. Oblations 
are made to them as they remain under trees. (Ra says) : 
Pull the rope, tear (it) from the mouth of Ken! Make 
your hours corne forth. Take your opportunity for your- 
selves, by them, and place yourselves in your dwellings. 
(When) the rope which has entered Aken cornes out, the 



THE BOOK OF HADES 129 

hour is not (yet) born : Ra calls it, and it puts itself in its 
place, for Akn swallows the rope\ They say to Ra : The 
rope i> with AK, and the hours are with thy divine (soûl ?), 
Ra, when thou shinest, thou whose bo Iy is the most mys- 
terious of things. Their fond is (made) of bread, and their 
drink of liquor t'eser, their refreshment is of water.' Offer- 
ings are made to thera on earth, because they make(?) the 
rope rise i?) out of him. » 

Second Like 

« B. Thegrcatgod is tovved by the Infernal. The}- say 
to Ra : Towing for thee, great god, the Master ùf the Hours, 
aeting according to vvhat is in the earth : The gods live by 
hispowers, and the elect (by) the sightof his shapes. Ra 
says to them : Power to you, towers; holiness to you, 
towers! I come for the things of hell. Tow me towards 
the dwelling of stable things. Free yourselves on this 
mysterious mountain of the horizon. 

» They possess the mystery of the great god, the danger- 
ous (?), (when) those who are in hell see him, and (when) 
the dead who burn in Ha-ben-ben* sec him, on the spot 
where the body of this god is. Ra says to them : Let us 
take, o you, m y image, embrace your mysteries in Ha- 
ben-ben, in the place where mv body is, which is with me. 
Mystery to what is in thee ! The mystery of hell is what 
your arms conceal. They say to Ra : That your soûl may 
be in heaven, Inhabitant of the Horizon, let thy shadow 
ascend to the refuge. May thy body be on earth, thou 
who dwellest in heaven; we give him Ra in him. Ra (?), 
feed thyself and unité thvself to thy body, which is in 
hell. Their food is (made) of the nutriment of Temet 3 , in 

1. Cf. the Oknos of Mie Greeks (Pausanias. X. 24) and the Festival 
of the Ass at Acanthopolis (Diodorus, I, 97;. 

2. Ha-ben-ben was the naine of the great temple of Heliopolis. 

3. Foi-m of Ra; cf. the Litany of the Sun. 

BlBL. ÉQYPT., T. XXXIV. 9 



130 THE BOOK OF HADES 

which the soûls repose. Ofïerings are made to them on 
earth because they see the liglit in hell. 

» They are at the gâte of Ha-ben-ben; they see what Ra 
sees, enter witli his mysterious image and examine what the 
great ones bring. Ra says to them : My food is your food, 
my nutriment is your nutriment. You are those who are 
with my mysteries. Hère I ara to protect my mysteries 
which are in Ha-ben-ben. Glory to you! tliat your soûls 
may live. Their nutriment is the nutriment of Khuti. 

)) Tuauti says to them 1 : gods, who dwell in hell, who 
are with us and the sovereign of Amenti, you who cheer 
yourselves in your places and who recline on your beds, 
rai.se up your flesh, unité your boues, close together your 
limbs, collect together your flesh, that the agreeable breath 
be wafted to (your nostrils). » 

Third Line 

« C. Tuauti says to them : gods who dwell in hell, 
who are with the sovereign of Amenti, who cheer yourselves 
in your places and who are reposing on your beds, mise up 
your flesh, unité your bones, close together yourlimbs, bring 
together your llesh, that the agreeable breath be wafted 
to your nostrils. Uverturning to your collins, carrying off 
to your headdresses' that your divine ey es may glisten. See 
the liglit by them. Arouse yourselves from your swoon ! 
Reçoive for yourselves your fields in theplaiu Neb-hatap-u, 
Fields are yours of this plain, and its water is yours. Unité, 
thanks tome, fields in Neb-hatap-u. Their refreshment is 
of water. Xi. n \i' is lie who places their bodies; their soûls 
arise there towards the plain of Aaru, which is given (to 
them) to refresh themselves there. Tins land produces 

1. 'J'hi-- end is tho beginning — mit of ils place — oi the following 

line. 

2. Ant, instead "i Afent. 



THE BOOK OF HADES 131 

their food and their méat, their refreshment is of water. 
Oft'erings hâve been made to them on earth as to the mum- 
my which reposes on its bed. 

» They are in the circuit of tins Khaset, there is an 
urseus erect in tins Khaset. The water of tins Khaset is 
of fire. The gods of the earth and the soûls of the land 
do not descend towards tins Khaset, on account of the 
flame of this uraeus. This great god who is in hell lives 
on the water of this Khaset. Ra says to them : Oh ! return 
to gods and soûls of the holy Khaset given for the water 
which is in Auker ! The water of this Khaset is Osiris 1 , 
and this tank the inhabitant of hell. Thy fire being bur- 
ning, be devouring for the mouth of the soûls, which rise 
towards thee. Osiris, thou dost not perish ! Khaset, 
thou dost not perish. The gods do not take possession of 
it and take care of his water. Their food is (made) of bread, 
and their drink of the liquor t'eser, their refreshment is 
of water. Ofïerings are made to them on earth as to 
the destroyer in Amenti. Neb-hatap-u 2 , there are fields 
of this plain for you, and its water is yours. Return 
thanks to me, to fields in Neb-hatap-u. Their refreshment 
is of water, Nehap is lie who places their bodies. Their 
soûls rise towards the plains of Aaru to take possession of 
(their tanks). » 

1. The assimilation of Osiris to water is known by other texts. 

2. Thèse last sentences, which hâve already been given. are wrongly 
repeated hère. 



13*2 THE BOOK OF HADES 



NOTE 

D'après des notes que l'auteur ajouta à son exemplaire, les divi- 
sions du Book of Hades doivent être remaniées de la façon sui- 
vante : 

l re Division, qui comprendrait les l re et 2 e Div. du texte publié. 
2 e — — la 3° Division — 

3« — — la 4- — — 

4« — — la 5 e — — 

5« — — la 6« — — 

6 e — « Exterior side of the lid », non 

numéroté dans le texte publié. 

7 e — — la 7 e Division du texte publié. 

8- la 8» - — 

9° — — la 9" — - 

10« — — la 10« — — 

11- — la lie — — 

La version donnée à VAppendix, d'après le tombeau de Séti I er , 
serait à rapprocher de la 5 e division (6 e du texte publié), Osiris et le 
porc. 

Nous axons introduit dans le texte publié aux Records of the 
Past les corrections notées par Lefébure en marge de son exem- 
plaire. 



DISCOURS 

Prononcé à 1 "ouverture des 

CONFÉRENCES D'ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 

A LA FACULTÉ DES LETTRES DE LYON 

Le 26 avril 1879* 



Messieurs, 

L'étude de l'Egypte ancienne sollicite votre intérêt à plu- 
sieurs titres, et ce sont ces titres qu'il faut avant tout vous 
soumettre, afin d'expliquer, s'il est nécessaire, la portée de 
l'enseignement qui vous est proposé. La meilleure manière 
d'y réussir sera sans doute d'exposer simplement à votre 
bienveillante attention l'origine, le développement et les 
résultats de la science égyptologique. Ce résumé va être 
tenté d'une façon bien insuffisante : puisse la cause triom- 
pher de son défenseur! Il n'y a pas de fausse modestie à 
vous mettre en garde contre lui, Messieurs, et à vous 
demander une indulgence trop nécessaire, en présence des 
maîtres qui représentent ici l'éclat de la parole et l'honneur 
des lettres. 

1. Publié en brochure séparée, aux frais de la Faculté des Lettres 
de Lyon, sous forme de brochure in-8°, Lyon, Pitrat, 1879, 22 pages. 
- G. M. 



134 DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVERTURE 

Un esprit d'analyse et de critique, correspondant au be- 
soin de précision qui caractérise les sciences, renouvelle 
depuis près d'un siècle l'étude de l'antiquité. A côté de 
l'histoire des historiens, souvent défigurée par la passion et 
l'ignorance, on a reconnu d'autres témoignages, moins liés 
mais plus authentiques, qui subsistent épars dans les ins- 
criptions, les temples, les tombeaux, les armes, les instru- 
ments, bref, dans tous les débris matériels des peuples morts 
ou des siècles écoulés. C'est au milieu de semblables docu- 
ments, sans cesse augmentés par les trouvailles ou les 
fouilles, que grandit l'archéologie, qui reconstruit le passé 
avec ses propres ruines, et qui recule parfois les bornes de 
nos connaissances jusqu'aux questions d'origine. Unie et 
parfois confondue avec la linguistique, elle suit les traces 
des Phéniciens et des Celtes, jette un jour nouveau sur 
l'Italie comme sur la Grèce, et pénètre au cœur du monde 
assyrien, pour ne citer que quelques exemples de ses pro- 
grès. Mais nulle part elle ne trouve un champ plus fécond 
et plus vaste que dans la civilisation pharaonique, où l'abon- 
dance des matériaux ne le cède point à la nouveauté du 
sujet. 

L'Egypte est le pays des ruines : on peut dire que l'his- 
toire de plusieurs milliers d'années s'y lit sur des pierres 
sans nombre. Ses anciens habitants se flattaient d'élever des 
temples et de creuser des tombeaux pour l'éternité, préten- 
tion vraiment à demi justifiée, car les pyramides de Gi/eli 
et la forêt de tours de Karnak subsisteront peut-être aussi 
longtemps que la terre même qui les porte: les ressources de 
la mécanique moderne s'épuiseraient à les détruire. D'autres 
monuments son! moins durables, mais leur nombre com- 
pense leur fragilité relative. La haine dos Pasteurs] la folie 
de Cambyse, la barbarie des Turcs et l'avidité des fellahs 
ont promené en vain leurs ravages aux bords du Nil : elles 
n'ont pu appauvrir cette prodigieuse mine historique dont 
les couches successives s'enfoncent au delà des âges connus. 



DES CONFÉRENCES D' ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 135 

Les membres de la Commission d'Egypte commencèrent a 
exploiter ces richesses, que depuis Champollion les savants 
européens n'ont pas cessé de recueillir, et pourtant les 
fouilles heureuses de M. Mariette continuent d'arracher des 
monuments nouveaux aux sables et à l'oubli. 

Une telle abondance de documents est d'autant plus pré- 
cieuse que l'Egypte resta peu ou mal connue des anciens, 
qui ne s'éloignaient guère par l'esprit des centres grec el 
romain. Plusieurs ont visité le pays des Pharaons, comme 
Hérodote, Diodore, Strabon, et peut-être Solon, Pythagore 
et Platon, d'autres l'ont habité, comme Théocrite et Juvé- 
nal, d'autres y sont nés, comme Plotin. La civilisation 
grecque s'y est même transportée presque tout entière avec 
les Ptolémées; Rome y a emprunté des cultes qui ne de- 
mandaient qu'à se produire, nosci volentes, suivant l'ex- 
pression de Lucain : aucun écrivain de l'antiquité n'a compris 
et utilisé de première main, cependant, la langue et la 
littérature d'une nation regardée alors comme l'institutrice 
des autres. Les touristes et les fonctionnaires se bornaient 
de leur côté à voir les Pyramides, à écouter Memnon, à 
disserter sur les sources du Nil, et ils semblent avoir mis les 
vins du Delta au-dessus de cette vieille sagesse égyptienne 
qu'ils admiraient sur parole. 

Les récits d'un voyageur souvent crédule, Hérodote, d'un 
compilateur sans beaucoup de critique peut-être, Diodore, 
d'un géographe consciencieux, mais ici trop bref, Strabon, 
les renseignements plus directs sur les dynasties, le cycle 
osirien et quelques symboles, recueillis principalement par 
Eusèbe, Plutarque et Horapollon, nombre de détails épars 
dans les poètes, les philosophes, les polygraphes et les 
Pères de l'Église, tout cela formait encore, à la lin du 
XVIII e siccle, un amas confus de vérités et d'erreurs sur 
lequel la critique moderne avait à peine prise, et d'où elle 
n'avait su tirer qu'une compilation estimable, le Panthéon 
de Jablonski. Seule, entre les mains de quelques savants, 



136 DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVERTURE 

l'étude du copte préparait dans sa mesure la découverte qui 
allait, grâce à notre expédition en Egypte, percer comme un 
trait de lumière le secret du vieux sphinx. 

Le général Bonaparte ne se doutait guère, quand il lit 
décréter l'expédition d'Egypte par le Directoire, que le 
résultat le plus réel du vaste déploiement de forces provoqué 
par lui serait la lecture des hiéroglyphes. C'est pourtant 
ce qui arriva. La guerre aboutit véritablement à la conquête, 
non de l'Egypte moderne, mais de l'Egypte ancienne, vic- 
toire qui vaut celle des Pyramides, et à laquelle le patrio- 
tisme trouve son compte aussi bien que la science, car un 
Français la remporta avec des armes françaises, c'est-à- 
dire avec l'aide des matériaux réunis par les savants de 
l'expédition. 

On a raconté bien des fois comment la découverte d'un 
texte bilingue, la pierre de Rosette, permit à Champollion 
de comparer quelques noms royaux écrits en caractères 
grecs et égyptiens, puis comment les signes alphabétiques 
lus ainsi l'amenèrent à retrouver dans les hiéroglyphes une 
langue analogue au copte, que parlait l'Egypte chrétienne. 
Telle fut, en effet, la marche de la découverte, mécanisme 
fort simple quand on l< i connaît, et que plusieurs érudits 
avaient d'ailleurs soupçonné comme Champollion; mais là 
n'est pas le mérite du maître. Son mérite consiste dans le 
parti qu'il sut tirer de ces premières données, c'est-à-dire, 
en somme, dans l'étendue du savoir et la sagacité de l'es- 
prit portées au point où leur réunion devient du génie. Il 
ne fallut rien moins que du génie, en effet, pour pénétrer 
dans le dédale des écritures égyptiennes, et en tirer cette 
admirable Grammaire que Champollion nommait sa carte 
de visite à la postérité. Si l'on en juge par les lents débuts 
du déchiffrement des cunéiformes, aucun savant n'aurait 
osé rêver un pareil résultai : de même qu'il fallait Ulysse 
pour tendre l'arc d'Ulysse, Champollion seul pouvait peut- 
être accomplir l'œuvre de Champollion. C'est donc justice 



DES CONFÉRENCES d' ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 137 

de commencer par son éloge, quand on parle de la science 
qu'il a créée : ses successeurs eurent assurément beaucoup 
à taire, mais ils ne l'ont dépassé qu'en l'imitant, et c'est 
en définitive à lui, se survivant dans sa méthode, qu'on doit 
toutes les découvertes accomplies jusqu'à ce jour. 

Le principe de ces découvertes a été l'explication du sys- 
tème graphique, et l'on peut apprécier ici la grandeur de 
l'effort qui a conduit Champollion à la tombe et à la gloire. 
Il est souvent difficile, parfois même impossible, de lire une 
dépèche habilement chiffrée dont on n'a pas la clef, et 
cependant les clefs diplomatiques ne comportent guère 
d'autres éléments que des chiffres et des lettres exprimant 
quelque langue connue par des combinaisons restreintes. 
Mais que dire d'un immense cryptogramme à milliers de 
signes, où un seul caractère pourrait être une lettre, une 
syllabe, un polyphone, un mot et un déterminatif, où le 
même son se rendrait souvent et successivement cle plusieurs 
manières, où les textes recevraient presque toutes les direc- 
tions possibles, où les voyelles seraient tantôt écrites, tan- 
tôt supprimées, dont chaque élément se détonnerait au 
point que le tracé le plus cursif ne rappellerait [tas plus son 
type que notre a ne rappelle un aigle, et dont entin la 
langue même resterait à reconstruire, car l'égyptien ne res- 
semble guère plus au copte que l'espagnol au latin ! Main- 
tenant que toutes les difficultés sont aplanies , le chaos 
hiéroglyphique ne nous offre plus, au lieu d'un tel aspect, 
qu'un tout harmonieux, dans lequel l'alphabet se joue, avec 
une sorte de grâce, autour de signes syllabiques rappelant le 
son ou le sens d'une foule de mots, tandis que les mots eux- 
mêmes sont distribués en catégories ingénieuses par des 
caractères qui les déterminent, et que chaque anomalie est 
une élégance qui s'explique par son contexte. De plus, on 
se trouve en présence d'une langue claire et logique, aussi 
simple que sa représentation est compliquée. 

Une barrière, qu'on s'étonne de ne plus trouver insurmon- 



138 DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVERTURE 

table, se dressait devant les recherches : un seul homme l'a 
renversée, et dès lors il a suffi d'une génération de savants 
pour porter la connaissance des hiéroglyphes à un tel point, 
qu'au bout de quarante ans la découverte du décret bilingue 
de Canope n'a pu rien apporter à la science, si ce n'est une 
éclatante justification de la méthode suivie. D'illustres sa- 
vants, qui n'ont pas tous dit leur dernier mot, MM. de 
Rougé et C ha bas, en France, Lepsius et Brugsch, en Alle- 
magne, Birch et Goodwin, en Angleterre, ont avancé à la 
fois l'étude de la grammaire, du dictionnaire, de la chrono- 
logie, de la géographie et de l'histoire, facilitant, par leurs 
admirables ouvrages, la tâche des travailleurs qui se mul- 
tiplient dans toute l'Europe. Ceux-ci, parmi lesquels il 
serait difficile de choisir sans injustice quelques noms, per- 
fectionnent à leur tour l'œuvre collective qu'ils ne termine- 
ront sans doute pas. Les grandes publications du British 
Muséum, de la Commission prussienne, du Musée de Leyde 
et du vice-roi d'Egypte, sans parler des recueils à venir, 
accumulent trop de ressources pour que l'égyptologie ne 
reste pas longtemps encore une science progressive, c'est-à- 
dire inachevée, mais certaine, et digne d'attention par les 
problèmes qu'elle résout comme par les questions qu'elle 
pose. 

Telle qu'elle existe ainsi, l'archéologie égyptienne pré- 
sente une physionomie toute spéciale. Jeune encore, elle 
n'apporte pas lentement des résultats secondaires, mais elle 
découvre rapidement les faits capitaux de l'histoire qu'elle 
recompose : elle est, dans sa sphère, maîtresse et non ser- 
vante, c'est-à-dire qu'elle est aidée et non dominée par les 
documents classiques, qui n'ont de valeur que s'ils con- 
firment les siens. De plus, elle trouve sans cesse à s'exercer 
sur «les matériaux inexplorés, qui presque Ions offrent des 
gages de certitude. Beaucoup de monuments, en effet, 
portenl soil une date de règne, soit un nom de roi. cir- 
constance qui a permis de discerner d'après (\r* règles fixes 



DES CONFÉRENCES D'ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 139 

les caractères appartenant, selon les époques, aux diffé- 
rentes œuvres d'art ou de littérature. Enfin, les traits les 
plus généraux, comme les détails les plus ténus, ne sau- 
raient échapper longtemps à la connaissance de la langue, 
due à un système d'analyse qui a fait ses preuves, et qui ne 
demande le sens des mots qu'à la comparaison des textes. 
Ici, la fécondité du sujet, l'appât des découvertes et l'ingé- 
niosité de l'écriture peuvent attirer l'esprit sans grand péril : 
les faux systèmes sont vite renversés, et il n'y a plus place 
pour les hypothèses qui viennent troubler les science- à 
leur début. 

Il existe sans doute bon nombre de lacunes dans les con- 
naissances acquises, et, sur beaucoup de points, on ne saurait 
porter encore un jugement général. Certaines nuances de 
l'épigraphie ptolémaïque nous échappent, le fil de la chro- 
nologie reste brisé en maints endroits, l'économie politique, 
l'organisation administrative, la géographie, le calendrier et 
le vocabulaire présentent plus d'une incertitude, la mytho- 
logie garde presque tout son mystère, mais ces difficultés 
sont le charme et non l'écueil d'une science qui a trop de 
solidité, maintenant, pour attendre d'un obstacle autre chose 
que le plaisir de le vaincre. 

D'ailleurs, bien des résultats importants sont déjà obte- 
nus. D'un côté, les liens qui unissaient plus ou moins direc- 
tement l'Egypte aux autres peuples se révèlent ou se con- 
firment : d'un autre côté, l'aspect individuel de la race se 
dégage assez nettement pour qu'on puisse le suivre dans ses 
grandes lignes. C'est en se plaçant à ce double point de vue 
qu'on appréciera le mieux les fruits d'une méthode qui, dès 
à présent, permet de marquer la place de l'Egypte dans 
l'histoire du monde. 

Et d'abord, les documents élucidés intéressent l'histoire 
classique comme l'histoire juive, pour ne parler que de 
celles qui nous touchent de plus près : ils se rattachent par 
là aux annales des peuples qui ont fait l'Europe ce qu'elle 



140 DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVERTURE 

est aujourd'hui. Objet d'une lointaine admiration pour les 
contemporains d'Homère, but do voyage pour Abraham 
et Jacob, tantôt alliée et tantôt ennemie des rois hébreux 
ou des confédérations helléniques, l'Egypte fut mêlée aux 
deux races par l'invasion des Pasteurs sémitiques et l'in- 
troduction des mercenaires grecs, jusqu'à ce qu'enfin, 
réunissant après sa conquête par Alexandre les doctrines 
platoniciennes et les croyances juives avec les siennes pro- 
pres, elle devint le centre du singulier mouvement d'exal- 
tation religieuse qu'on nomme le gnosticisme. Les monu- 
ments qu'elle a élevés pendant une aussi longue suite de 
siècles ne peuvent manquer de jeter sur ses voisins quel- 
ques lumières nouvelles. Tout en prouvant qu'il faut rece- 
voir parfois avec défiance le témoignage de l'antiquité 
classique, souvent rectifié par eux, ces monuments montrent 
encore, dans les Grecs, un peuple plus ancien qu'il ne le 
croyait lui-même. Bien avant l'époque assignée à la guerre 
de Troie, et vers le temps de Moïse, certaines populations 
ioniennes et italo-grecques, taisant déjà le métier de pirates, 
se coalisaient pour attaquer l'Egypte par mer. C'est ce que 
nous apprennent, avec de curieux détails sur les armes, les 
costumes et les mœurs, quelques inscriptions de Karnak et 
de Médinet-Habou, confirmées par le grand papyrus Harris. 
Les Sardiniens étaient dès lors à la solde des Pharaons, et 
les Celles eux-mêmes paraissent avoir laissé leur trace, an- 
térieurement a Moïse, dans l'hypogée de Séti I er où les 
liommes du Nord figurent, avec la barbe blonde et les yeux 
bleus, parmi les quatre divisions de l'espèce humaine. 

Mais les Égyptiens connaissaient mieux les races sémi- 
tiques (pie les races indo-européennes, séparées d'eux par la 
Méditerranée. Au temps de leurs conquêtes, alors qu'ils oc- 
cupaienl militairement la Syrieet la Palestine, ils poussaient 
la manie «lu sémitisme jusqu'à emprunter des mots ou des 
nom- à leurs voisins immédiats, dont ils visitaient les villes 
dans des voyages spéciaux : il reste encore les notes d'un 



DES CONFÉRENCES d' ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 111 

scribe sur ce dernier sujet. De leur côté, les populations 
limitrophes affluaient souvent vers la Basse Egypte, et une 
scène d'un hypogée de Béni-Hassan figure, avant Joseph, 
l'arrivée d'une troupe d'Asiatiques accompagnés de leurs 
ânes. Les papyrus nous ont même conservé le nom des 
Hébreux, qu'ils représentent comme traînant la pierre pour 
les constructions de Ramsès. L'histoire de Moïse et celle de 
Joseph, toutes deux d'une couleur locale si vraie, s'encadrent 
parfaitement dans les données égyptiennes. On admet que 
Moïse naquit sous Ramsès II, pharaon dont les filles sont 
représentées sur des monuments où se trouve ainsi, sans 
doute, le portrait de la princesse qui recueillit l'enfant 
sauvé des eaux. Il existait encore entre les Égyptiens et les 
Hébreux d'autres rapports plus intimes, que les monuments 
l'ont ressortir, et qui consistent en une certaine communauté 
d'idées ou de coutumes religieuses, telles que la pratique de 
la circoncision, l'emploi du lin pour les vêtements sacer- 
dotaux, l'horreur du porc, la croyance à une ancienne des- 
truction de l'humanité corrompue, et une conception parfois 
analogue de Dieu comme auteur et maître du monde. 

On trouve la l'indice d'une parenté à l'appui de laquelle 
viennent en outre d'incontestables analogies linguistiques, 
surtout dans les procédés grammaticaux. D'autres ressem- 
blances ont été signalées entre le vocabulaire égyptien et 
celui des racines aryennes, de sorte que les études égypto- 
logiques apportent leur part de renseignements sur une 
question encore obscure, celle de savoir si les langues carac- 
térisant les deux grandes divisions de la race blanche ont 
ou n'ont pas une souche commune. 

Bien que pressée de différents côtés, comme on vient de le 
voir, par des populations sémitiques ou aryennes, et malgré 
des relations nombreuses avec la race noire, l'Egypte a su 
pourtant rester elle-même jusqu'à la naissance du christia- 
nisme, c'est-à-dire pendant toute la première moitié de 
l'histoire du monde. Sous plusieurs dominations étrangères, 



142 DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVERTURE 

elle a vécu pendant des siècles de sa vie propre, en main- 
tenant son organisation, sa religion, son art et sa littérature, 
toutes choses qui sont nées de son caractère ou qui l'expri- 
ment. Ce sera terminer le tableau des conquêtes de la science 
que de retracer autant que possible, dans son principe et 
ses manifestations, ce caractère profondément original. 

Les Égyptiens sont, d'après leur type et leur langue, 
un peuple de la race blanche établi depuis un temps immé- 
morial dans la longue vallée étroite qui suit le Nil jusqu'aux 
cataractes. Isolés sur cette mince bande de terre que deux 
déserts bornent, ils durent, pour vivre, s'y livrer à des tra- 
vaux d'agriculture qu'heureusement la fertilité du sol fa- 
vorisa. Ils furent avant tout des laboureurs, mais, comme 
on s'adonne volontiers à ce qui réussit, des laboureurs in- 
dustrieux et riches. Dès les premières dynasties, les pein- 
tures de leurs tombeaux montrent que la culture du blé, du 
lin. delà vigne et des jardins, l'arrosage, l'élève des bestiaux, 
le soin de la basse-cour, du cellier et du ménage, en un mot, 
que la maison rustique égyptienne valait la maison rustique 
européenne, avant du moins l'invention des machines qui 
renouvellent celle-ci. Do plus, les métiers et les arts d'uti- 
lité et de luxe en usage chez les anciens apportaient déjà 
leur concours au bien-être commun. 

Mais cette prospérité tenait au Nil, père et nourricier du 
sol, qui, après l'avoir formé de son limon, le fertilisait ou 
le stérilisait suivant la hauteur de sa crue périodique. 
Visités tour à tour par l'abondance et la disette, les premiers 
Égyptiens songèrent à assurer l'une en prévenant l'autre, et 
s'associèrent pour gouverner leur fleuve. Leurs petites peu- 
plades primitives, dont quelques traces paraissent dans la 
persistance des religions et des querelles locales, se grou- 
pèrent peu à peu sous un pouvoir unique, maître de toutes 
les forces de la société par le sacrifice qu'on lui lit de l'indé- 
pendance ou de la propriété personnelles. Une direction 
forte, active, vigilante, éleva partout des terrassements et 



DES CONFÉRENCES D' ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 143 

des chaussées pour placer et relier les villes, couvrit le pays 
de canaux, de digues et de réservoirs destinés à recevoir ou 
à distribuer l'eau selon l'année, et occupa à mouvoir ce vaste 
système de prévoyance toute une aristocratie hiérarchisée 
d'administrateurs. 

Ainsi le besoin d'agir en masse, centralisant une popu- 
lation» agricole, devint le support où s'appuya l'énorme 
puissance des Pharaons. Une autre cause, en même temps, 
contribuait à fonder et à fortifier cette puissance. Certaines 
inscriptions sépulcrales, l'invasion des Hycsos et l'histoire 
de Joseph prouvent que la vallée du Nil offrait, par sa 
position, un lieu de refuge ou un but de conquête aux Asia- 
tiques, guidés par l'isthme de Péluse comme par un chemin. 
Il fallut prévenir l'encombrement ou le danger de ces 
arrivées, et entourer les paisibles travaux champêtres d'un 
cercle de soldats, placés sous les ordres immédiats des rois 
pour la promptitude et l'unité de l'action. Aussi, les titres 
sculptés dans les tombeaux voisins et contemporains des 
pyramides indiquent-ils, déjà, la complication savante des 
rouages par lesquels le Pharaon dirigeait l'administration 
militaire et civile, l'entretien du fleuve et le service de sa 
maison. 

En s'organisant dans le inonde pour vivre, les Egyptiens 
avaient songé à expliquer le monde ainsi qu'à recommencer 
la vie, et leur religion s'était développée à travers leur 
société suivant ce besoin, naturel à l'homme, de demander 
au Dieu qu'il devine dans l'univers l'achèvement du bonheur 
pour lequel il se sent né. Au contraire des Bouddhistes, 
pour qui l'action est vaine puisqu'elle passe, les Egyptiens, 
heureux d'un travail prospère, d'un climat sain et d'une 
constitution vigoureuse, fondèrent leur foi sur leur tendance 
à agir et leur amour de vivre. 

Ils crurent à la persistance de l'énergie vitale chez 
l'homme, et ils adorèrent la bienfaisance de la force créatrice 
dans la nature. Cette force se manifestait, aux bords du 



144 DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVERTURE 

Nil, (Tune façon trop éclatante sous les formes de l'humidité 
et de la chaleur, pour que le soleil et l'eau n'y fussent pas sur- 
tout divinisés. Assimilée au ciel qui lui ressemble, l'eau fut 
généralement prise, à cause de sa passivité, pour la mère et 
l'épouse du soleil. De son côté, le soleil, ce roi de la vie qui 
s'engendre lui-même au firmament par son activité propre, 
devint une sorte de pharaon céleste adoré partout, et en 
conséquence le Dieu suprême, âme de l'univers, dont les 
autres dieux, ciel, air, terre, lune ou étoiles, n'étaient que 
les dérivations, ou, pour employer une expression égyp- 
tienne, les personnes. 

Toutes ces divinités, qui peuplèrent le panthéon égyptien 
par triades de pères, de mères et de fils, veillaient sur les 
vivants, mais surtout protégeaient les morts. La croyance 
à l'immortalité de l'homme, regardé comme une image du 
soleil nocturne ou Osiris, forma en effet la partie vive, le 
cœur de la religion nationale, dans ce pays où le jeu des 
phénomènes naturels imite si bien une résurrection inces- 
sante par sa régularité nue et fixe. Au milieu du prompt 
renouvellement des choses, qui jamais ne s'y lasse, ne s'y 
arrête ou ne s'y varie d'un accident qui le voile, il était 
difficile de croire que l'homme, cette puissance aussi active 
que les autres, perdrait seul, en un instant et pour toujours, 
le bonheur d'être. 

11 est vrai qu'après la mort l'âme quitte le corps qui se 
dissout, niais cette dissolution l'ut combattue et ce départ 
expliqué. On regarda la putréfaction comme l'œuvre d'une 
force ennemie, d'un Dieu malfaisant qui cherchait, comme 
Typhon dans la légende d'Osiris, a disperser le corps pour 
le détruire, et on immobilisa la fuite de la forme humaine 
par des aromates, des bandelettes, des cercueils triples ou 
des tombeaux murés. Quant a l'âme, puisque le sentiment 
du bien et du mal enseigne qu'il faut mériter pour obtenir, 
on pensa qu'un jugement du tribunal divin la réunissait au 
corps, ou bien la condamnait à une mort nouvelle, suivant 



DES CONFÉRENCES D' ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 145 

la somme et le poids de ses vertus et de ses vices. Un tel 
soin de la momie exagéra certainement le pouvoir des prê- 
tres, mais une telle sanction de la justice contint peut-être 
le despotisme des Pharaons, tout en valant à l'Egypte des 
lois que l'antiquité admira. 

De même que la société, la religion était constituée d'une 
manière définitive dès les premiers rois : c'est sous cette 
forme ancienne qu'elles ont laissé leur empreinte dans la 
littérature qui, à travers les changements partiels qu'une 
race ne saurait éviter, exprime dans son ensemble un état 
d'esprit antérieur à Mènes, on tout au moins contemporain 
des pyramides. 

Si l'on est loin de posséder tous les livres qui devaient 
remplir la bibliothèque d'un lettré ou d'un prêtre, on a du 
moins retrouvé et interprété bien des textes et bien des 
papyrus contenant des traités de morale, de mathématiques 
ou de médecine, des lettres familières, des pièces de comp- 
tabilité, des dossiers judiciaires, des compositions mytho- 
logiques, des exercices littéraires, des hymnes, des poèmes, 
des contes et des récits historiques : pourtant, dans cet en- 
semble qui embrasse a peu près tous les objets de la pensée, 
rien ne révèle des tendances spéculatives ou progressives. 
Vers le début de la période historique, lorsque toutes les 
inventions nécessaires au bien-être furent connues, l'esprit 
égyptien semble s'être fermé à toute réflexion et à toute 
impression nouvelles, pour s'appuyer sur les données, les 
axiomes et les procédés acquis. La composition ou la révé- 
lation des textes les plus vénérés de la religion, de la morale 
ou de la médecine, étaient rapportées aux règnes des pre- 
mières dynasties. 

En conséquence de tels principes, la partie utile des 
sciences connues, assez avancée d'abord et fondée sur quel- 
ques découvertes empiriques, ne progressa point : la partie 
théorique resta dans l'enfance. L'astronomie, par exemple, 
malgré de bonnes observations, ne présente jamais dans les 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 10 



146 DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVERTURE 

textes ptolémaïques comme dans les hiéroglyphes anciens, 
d'autre système que celui-ci : sur une mer sans fin que l'air 
soutient au-dessus du globe terrestre, le soleil tourne le jour 
autour de la terre qu'il traverse la nuit, tiré dans son cours 
par le mouvement des étoiles agissant à la façon d'une sorte 
de contre-poids. En toutes choses on regardait la civilisation, 
établie au temps où les dieux régnaient ici-bas, comme une 
œuvre plus qu'humaine à laquelle il ne fallait rien changer, 
et dont il restait simplement à tirer le meilleur parti 
possible. 

C'est ce qu'indiquent bien les livres de maximes, qui re- 
commandent l'obéissance aux dieux, aux rois et aux parents, 
le respect de la hiérarchie, l'esprit de famille, l'affabilité et 
la prudence dans les rapports sociaux, en un mot, tout ce 
qui peut rendre la vie agréable dans un État constitué : 
il n'y a point là de déductions philosophiques, mais, outre 
une morale pure et une vraie bonté, le fonds d'expérience 
nécessaire pour devenir habile en restant honnête. Quelques 
exercices épistolaires décèlent aussi, dans la comparaison 
des différents métiers, ce sens pratique qui n'a jamais fait 
défaut aux Égyptiens, et qui se rencontre là même où on le 
soupçonnerait le moins : les textes funéraires et religieux, 
comme les recettes médicales, contiennent en effet un très 
grand nombre de prières ou d'hymnes ayant pour seul but 
de mettre les fidèles, les défunts ou les malades, hors de 
toute atteinte malfaisante sous la protection des dieux in- 
voqués. La grande compilation qu'on nomme le Livre des 
Morts n'est, entre autres, qu'un recueil de formules magi- 
ques destinées à procurer des avantages spéciaux. 

Le sens pratique est le contraire du génie poétique; 
néanmoins, comme aucun sentiment naturel ne peut manquer 
totalement à L'âme d'une race, l'esprit positif n'exclut pas 
la poésie, mais il la limite, et, en l'enfermant dans la sphère 
où il se complait lui-même, il lui ôte à la fois les ailes et 
l'horizon, c'est-à-dire l'élan qui l'emporte vers les objets 



DES CONFÉRENCES D'ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 147 

qu'elle préfère. La poésie se rencontre donc peu dans la 
littérature de l'Egypte, et moins qu'ailleurs peut-être dans 
les œuvres d'apparat faites à la louange des rois ou des dieux, 
malgré le rythme des versets et le cliquetis des assonances, 
contrastant avec l'allure si simple des récits ou des contes. 
Ce genre officiel, où les épithètes banales comme les titres 
connus tiennent trop de place et où l'emphase ne corrige 
pas la froideur, a pour type une composition très admirée 
sous Ramsès II qu'elle célébrait : c'est le poème de Pen- 
taour, dont le principal mérite est de marquer le niveau lit- 
téraire du peuple qui, à son plus beau siècle, l'a jugé un 
chef-d'œuvre. La verve n'anime guère que les sujets ana- 
créontiques, comme le montrent certains papyrus récemment 
étudiés : dans ces chants de la rose et de l'œillet qui se 
disaient à table avec accompagnement de cithare, et dans 
quelques épitres satiriques qui pour nous les commentent, la 
crudité des détails compose une peinture grossière mais 
vivante, qui révèle la nature de talent propre aux Égyptiens, 
et qui présente l'aspect de la réalité, mais n'éveille pas 
l'idée de la beauté. 

Si, quittant le domaine de l'archéologie pour celui de 
l'esthétique, on cherchait le beau égyptien, c'est à l'art et 
non à la littérature qu'il le faudrait demander. Là, bien que 
le manque habituel d'initiative ait conservé d'anciennes im- 
perfections et changé les renaissances en retour vers le 
passé, la recherche du réel fît produire au moins à la sculp- 
ture des œuvres dignes de tout éloge : l'architecture sur- 
tout, alliant le simple au grand, grâce au défaut d'imagi- 
nation et à l'appui du despotisme, parvint à une incompa- 
rable puissance d'effet. Mais l'égyptologie n'a pas à juger 
un art qui peut être apprécié en dehors d'elle, qui l'a été, 
et à qui elle demande, pour sa part, des renseignements 
plutôt que des impressions : il n'y a donc pas à insister sur 
ce point. 

Ainsi, l'étude des hiéroglyphes révèle avec certitude dans 



148 DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVERTURE 

les Égyptiens un peuple arrivé, dès le début de sa vie his- 
torique, à une civilisation avancée qu'il a maintenue sans 
la dépasser ou la changer, et dont la partie matérielle l'em- 
portait sur le côté intellectuel. Plus apte aux jouissances du 
bien-être qu'aux spéculations de l'esprit, l'Egypte s'est 
longuement immobilisée, sous le despotisme protecteur de 
ses rois, dans un profond attachement à la vie, présente et 
future. Pendant toute la période de l'antiquité qui précéda 
le christianisme, elle a subsisté de même, utilitaire et 
stationnaire à la fois, avec la solidité grandiose des monu- 
ments qu'elle élevait, soit que la nécessité du travail et de 
la règle ait fait d'elle le peuple pratique et docile que mon- 
trent son manque de poésie et son attachement aux vieilles 
coutumes, soit qu'une réelle infériorité de race l'ait retenue 
dans le culte d'un passé dont elle ne pouvait renouveler 
l'effort, soit que, dans un sens plus large, son état repré- 
sente une des haltes nécessaires de l'humanité sur la route 
du progrès, halte prolongée ici par la plus heureuse situation 
géographique de la terre. 

Quelle que soit sa cause, cet arrêt tant de fois séculaire 
nous a légué des bienfaits dont les sciences dites préhis- 
toriques nous enseigneront peut-être toute l'étendue. Si 
nous ne connaissons pas entièrement la part de l'Egypte 
dans l'invention ou la transmission des industries et des 
arts, au moins savons-nous déjà que sa longue durée inities 
races voisines à même de lui emprunter, à leurs heures, des 
découvertes qui lui sont propres : on lui doit ainsi non 
seulement le papier, mais encore l'alphabet, c'est-à-dire en 
somme le livre, qui a doté l'esprit d'un si puissant moyen 
de progrès, et qui a aidé a la mémoire autant que l'impri- 
merie supplée a l'écriture on la vapeur à la marche. 

Mais l'Egypte a lait pins que nous laisser l'outillage ma- 
tériel de la pensée, puisque, en retraçant par lui toute la 
partie du passé qu'elle a reflété ou vécu, elle nous donne mi 
nous promet (et c'est i'i le grand intérêt de son étude) les 



DES CONFÉRENCES D'ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 149 

plus anciens renseignements qu'on possède et qu'on puisse 
espérer peut-être sur l'état de la flore et de la faune antiques,, 
comme sur celui des races humaines aux débuts de la civi- 
lisation. Par là, l'Egypte a permis de la placer elle-même 
au seuil de L'histoire, et maintenant sa ligure imposante, 
mais incomplète encore, apparaît au premier rang dans 
cette famille de types, ressuscites par l'étude, auxquels 
l'humanité présente demande la conscience de son passé 
comme l'intuition de son avenir. 

C'est à la génération actuelle qu'il appartient, Messieurs, 
de mettre dans une lumière de plus en plus éclatante une 
race vénérable entre toutes, puisqu'elle se montre à nous 
comme l'aïeule des nations civilisées. Peut-être même le 
siècle qui s'achève saura-t-il déjà rétablir dans ses parties 
essentielles et comme redresser sur sa base ce grand mono- 
lithe de l'histoire. La France, pour sa part, n'a point failli 
jusqu'à ce jour à la tâche que lui impose l'honneur des pre- 
mières découvertes. La chaire de Champollion, par exemple, 
a trouvé des successeurs clignes du maître en M. de Rougé, 
qui a laissé partout l'empreinte définitive d'une critique 
presque infaillible, et en M. Maspero, pour qui les nuances 
les plus délicates de la langue n'ont plus de secrets. D'un 
autre côté, la région même de notre pays dont Lyon est le 
centre a contribué, dans une large mesure, aux progrès de 
l'archéologie égyptienne. N'est-ce pas à Grenoble que les 
entretiens de Fourier ont déterminé la vocation de Cham- 
pollion, et n'est-ce pas à Chalon-sur-Saône que M. Chabas a 
pris rang parmi les égyptologues les plus éminents de 
l'Europe ? N'est-ce pas enfin dans Lyon même que l'un des 
habitants de cette ville, avec une magnificence éclairée digne 
des grands citoyens de l'Italie au temps de la Renaissance, 
vient d'offrir une place à l'Egypte ancienne dans le palais 
qu'il destine aux arts de l'Orient'.' Rien n'empêche d'espérer 
que d'aussi nobles exemples seront suivis dans les limites du 
possible, car, il ne faut pas l'oublier, si l'archéologie égyp- 



150 CONFÉRENCES D'ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE 

tienne exige dans tous les détails qu'elle comporte les pré- 
cautions patientes d'une analyse minutieuse, la découverte 
y est parfois plus grande que la peine : in tenui labor, at 
tenuis non gloi'ia. 



LES 

ni 



RACES CONNUES DES EGYPTIENS 



Aucune nation ne remonte aussi loin que l'Egypte dans 
le passé : nous ne saurions, par conséquent, attacher trop 
d'importance à ce qu'elle nous apprend sur nous-mêmes, 
c'est-à-dire sur l'ancienneté, la filiation ou la parenté des 
grandes races historiques. Jusqu'à l'avènement de l'Assyrie 
et de la Grèce, elle a été comme le centre involontaire du 
monde civilisé, attirant toutes les curiosités et toutes les 
cupidités qui venaient lui ravir, chez elle, la jouissance de 
ses richesses ou la connaissance de ses secrets. Presque tou- 
jours inurée, comme une Chine africaine, elle n'a cédé que 
conquise son alphabet aux Sémites, et, pour la rendre à 
l'histoire avec ses innombrables monuments, il a fallu 
toute la science des temps modernes. Mais la grande dé- 
couverte de Champollion a été heureusement aussi fruc- 
tueuse qu'éclatante; nous pouvons enfin interroger l'Egypte, 
et, dans des documents qui datent presque tous de la grande 
époque du Nouvel Empire, c'est-à-dire au moins du temps 
de Moïse, elle nous a déjà révélé sa durée, ses affinités 
ethnographiques, ses différentes conceptions de l'espèce 
humaine, et une grande partie de ce qu'elle savait sur les 

1. Publié dans les Annales du Musée Guinxet, 1880, t. I, p. 61-76; 
tirage à part de cinquante exemplaires, grand in-8", chez Pitrat, 1880, 
20 pages. — G. M. 



152 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 

peuples qui furent ses contemporains. Ce sont là des ren- 
seignements qui méritent d'être analysés. 



I 

La chronologie égyptienne fournit peu de dates, mais le 
• aïeul approximatif et le calcul rigoureux s'accordent, 
d'après des éléments divers, pour donner à la monarchie 
fondée par Mènes une durée d'au moins 4.000 ans avant l'ère 
chrétienne. On sait même, par la mention d'un lever de 
Sirius, que l'an 3010 avant Jésus-Christ coïncide avec l'an 9 
du règne de Menkhérès, quatrième pharaon de la IV e dy- 
nastie, et auteur de la plus petite des grandes pyramides. 

Il serait impossible de dater avec la même précision les 
faits concernant les races, mais il est utile néanmoins de 
rappeler ici les grandes divisions chronologiques de l'histoire 
égyptienne, c'est-à-dire l'Ancien Empire, comprenant les 
six premières dynasties, le Moyen Empire allant jusqu'à 
la fin de la XVII e dynastie, au moment de l'expulsion des 
Pasteurs, et le Nouvel Empire allant jusqu'à la fin de la 
XXXI e dynastie, que remplacèrent les souverains grecs. 

La plus brillante époque de cette histoire est celle des 
XVIII e , XIX et XX dynasties, les premières du Nouvel 
Empire : c'est aux tableaux dont les Pharaons d'alors ont 
couverl les murs immenses des hypogées et dc^ sanctuaires 
thèbains que sont empruntés surtout les documents qui vont 
être utilisés. Les rois dont les hauts laits revivent dansées 
antiques peintures sont les Thotmès et les Aménophis de la 
XVIII e dynastie, avec les Ramsès de la XIX" et de la XX" : 
les pins illustres sont Thotmès III, Séti I er , père de Ram- 
II, Ramsès II, le Sésostris des Grecs, sons lequel vécul 
Moïse comme nous l'indiquent les textes égyptiens, Mé 
neptah I er , fils de Ramsès II, el enfin Ramsès III, le 
deuxième pharaon de la XX" dynastie, 



LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 153 



II 

L'Egypte est appelée Mitsraïm dans la Bible, et Mudraya 
dans les cunéiformes, désignation qui ne se retrouve mal- 
heureusement pas dans les hiéroglyphes, où le pays est dit 
simplement Kémi, la terre noire, tandis que le désert envi- 
ronnant est Tesher, la terre rouge. Le nom de la contrée ne 
nous apprend donc rien sur l'origine de ses habitants; mais 
leur religion, comme leur langue, montre qu'ils sont venus 
de l'Asie et non de l'Afrique. 

L'antiquité classique les croyait descendus des Ethiopiens, 
sur la foi des Ethiopiens eux-mêmes. On en donnait pour 
preuve, et la civilisation commune aux deux peuples, et la 
formation du Delta, sans songer, ou plutôt sans savoir que 
l'Ethiopie s'était modelée sur l'Egypte a une époque peu 
ancienne, tandis que l'âge du Delta comportait au contraire 
des siècles nombreux. Du reste, les plus anciens monuments 
apparaissent dans la Basse Egypte, vers la pointe du Delta, 
et le premier des Pharaons passait pour avoir bâti Memphis. 
Les prêtres disaient même encore du temps d'Hérodote, et 
conformément à leur opinion constante, que le Nil sortait 
de deux grottes situées dans le voisinage d'Éléphantine, 
idée qui n'a pu naître que chez des riverains du bas Nil, et 
qui ne serait pas venue à des voisins de la Nubie, puisque 
l'inondation commence plus haut que la Nubie. Enfin, à en 
croire les Égyptiens eux-mêmes, leurs divinités seraient 
originaires d'une contrée orientale comprenant, sous les 
noms de Terre sainte et de Pays des dieux, l'Arabie à l'est 
et la Phénicîe au nord. 

La valeur de cette tradition pourrait être confirmée par 
des faits nombreux, reliant les croyances et les rites des 
Egyptiens à ceux des Sémites. Il suffira d'indiquer la pra- 
tique de la mutilation ou de la circoncision, et l'impureté 
du pourceau. 



154 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 

Un monument contemporain de Ramsès II, et par consé- 
quent de Moïse, figure la cérémonie de la circoncision. Le 
héros du Conte des Deux Frères, sorte de mythe analogue à 
ceux qui se rattachaient à la déesse syrienne et à l'Adonis 
phénicien, se mutile lui-même. Le Soleil avait voulu 
s'émasculer, d'après un chapitre du Livre des Morts. De 
plus, un roi de la XVIII e dynastie, Khounaten, qui essaya 
d'imposer à l'Egypte le culte unique du globe solaire, était 
(Va près ses portraits devenu eunuque, après avoir eu d'ail- 
leurs un certain nombre d'enfants. On a remarqué, en étu- 
diant les cérémonies de la nouvelle religion, que la reine 
mère prit alors une grande importance, que les princesses 
eurent le pas sur les princes, et que les courtisans imi- 
tèrent le pharaon, particularités qui font de Khounaten, 
ou la splendeur du disque, un véritable Héliogabale égyp- 
tien. 

Quant à l'impureté du pourceau, elle est attestée par les 
écrivains grecs, cl surtout par une légende mythologique 
du Livre des Morts. Horus avait été attaqué par Typhon 
qui, changé en un pourceau noir, cherchait à dévorer l'œil 
d'Horus, c'est-à-dire le soleil ou la lune. Horus brûla son 
ennemi, emblème des ténèbres ou des éclipses, et institua 
en commémoration de sa victoire le sacrifice du porc. 

L'ancienneté de «'elle légende se trouve contestée, d'une 
manière indirecte, par l'opinion 1res répandue aujourd'hui 
que le pourceau aurait été introduit en Egypte vers le temps 
des Pasteurs. Il n'existe en effet de cet animal qu'une seule 
représentation, si confuse qu'elle est douteuse, dans les 
texte- publiés <h' l'Ancien Empire, mais la question est tran- 
chée par une peinture de la magnifique collection apparte- 
nant ;i M. Guimet. Cette peinture fait partie d'une série de 
tableaux qui ont figuré ;i l'Exposition universelle de 1 S78 et 
(pii ont été copiés dans la tombe d'un haul fonctionnaire de 
la V e dynastie, nommé Ti : on y voit les domaines du mort, 
personnifiés par des femmes, apportant diverses offrandes 



LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 155 

funéraires parmi lesquelles se trouve un petit cochon de lait 
dans une cage. 

L'Egypte se rapprochait du groupe sémitique non seule- 
ment par sa religion, mais encore par sa langue, et c'est là 
un fait sur lequel il est inutile d'insister, puisque tous les 
savants l'admettent. Un autre indice reporterait même au 
delà des pays sémitiques le point de départ des Egyptiens, 
car leur vocabulaire paraît renfermer un certain nombre de 
racines aryennes appartenant aux catégories d'idées les 
plus importantes et les plus usuelles. 

Au point de vue linguistique, les riverains du Nil, consi- 
dérés comme chamites par certains savants, et comme 
proto-sémites par d'autres, seraient donc de la race blanche; 
l'anatomie confirme cette donnée, mais montre en eux, 
néanmoins, des caractères assez tranchés pour qu'on ait pu 
y voir les indices d'un véritable type, que personne du reste 
ne songe à séparer de la race blanche. 

Aux particularités de structure révélées par les momies, 
s'ajoute encore la couleur rouge que les Égyptiens s'attri- 
buaient sur les monuments, mais cette couleur rouge, qui 
n'existait plus du temps d'Hérodote, n'avait rien d'absolu, 
car on l'attribuait rarement aux femmes, soustraites parleur 
genre de vie à l'action prolongée du soleil. Les femmes 
étaient caractérisées, dans les peintures, par la nuance jaune 
clair, ce qui trahit sans doute une sorte de retour vers l'état 
primitif du teint. 

III 

Si l'on interroge maintenant les Égyptiens eux-mêmes 
sur ce qu'ils savaient ou pensaient de l'espèce humaine, on 
trouvera qu'ils la divisaient tantôt arbitrairement d'après 
les quatre points cardinaux, tantôt logiquement d'après ses 
différentes variétés. 

La première classification, qui place l'Egypte au centre 



156 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 

du monde, se rencontre dans des textes de toutes les 
époques, et particulièrement dans une inscription religieuse 
du temple ptolémaïque d'Edfou. Les peuples étrangers sont 
représentés là comme produits par les alliés du mauvais 
principe, qui se dispersèrent après leur défaite, de sorte 
i|u'/7 en alla au sud, ce fui la race éthiopienne, au nord; 
ce furent les Sémites, à l'occident, ce furent les Européens, 
et à l'orient, ce lurent les Bédouins. Les Égyptiens, au 
contraire, avaient été les serviteurs de Dieu, et, si une lé- 
gende du tombeau de Séti I er leur attribue une antique 
rébellion contre l'autorité du roi divin Ra ou le Soleil, on 
voit dans le même texte qu'ils redevinrent promptement les 
alliés du dieu. 

La seconde énumération, plus scientifique, existait au 
temps de la XVIII e dynastie : elle faisait partie d'un en- 
semble de textes décrivant les douze divisions de l'enfer 
que parcourait le Soleil pendant les douze heures de la nuit. 
A la cinquième division, Horus conduit les Égyptiens, les 
Asiatiques, les Nègres et les Septentrionaux, vers le dieu 
Osiris, qui va les juger. Le texte est ainsi conçu : 

« Horus dit aux troupeaux du -Soleil, qui sont dans l'en- 
fer de l'Egypte et du désert : 1 humeur à vous, troupeaux du 
Soleil, nés du grand qui est dans le ciel ! Air a vos narines, 
renversement ;i vos cercueils ! Vous, vous êtes les pleurs de 
mon Œil (le Soleil), en vos personnes d'hommes supérieurs 
I i dire d'Égyptiens). Vous, je vous ai créés en vos 
personnes d'Asiatiques; Sekhel (la couronne ou la radiation 
solaire) les a i-irri^: ("Ile a produit leurs âmes. Vous, j'ai 
répandu ma semence pour vous, et je me suis soulagé par 
une multitude sortie de moi en vos personnes de Nègres; 
Horus les a créées ; il .1 produit leurs âmes. Vous, j'ai cher- 
mon Œil et je vous ai créés en vos personnes de Septen- 
trionaux : Sekhel les a créées, el e'esl elle (pli a prodllil 
leur- aine-. » 

Ces paroles décrivent la créai toi] panthéistique de l'huma- 



LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 157 

nité, dont trois types sur quatre émanent de la lumière. Le 
type nègre sort d'une forme spéciale d'Horus représenté 
dans son rôle nocturne de Khem (sans doute le Cham bi- 
blique), ce qui expliquait la nuance sombre des Nègres : 
par une antithèse facile à comprendre, la naissance des 
blancs purs était opposée à celle des vrais noirs, et le dieu 
cherchant son œil produisait les uns aussitôt après les autres. 

On voit que les Égyptiens distinguaient nettement la race 
noire, née de la nuit, de la race blanche, issue de la lu- 
mière, et qu'ils avaient aussi une idée juste de la ditïérence 
comme de l'unité des trois types les plus importants pour 
eux de la race blanche, c'est-à-dire des Sémites, qu'ils 
peignaient en jaune, des Européens, auxquels ils donnaient 
une teinte rosée, et d'eux-mêmes, qu'ils représentaient 
comme rouges. 

Dans une autre scène des tombes royales, on retrouve 
une classification analogue de l'espèce humaine, mais l'in- 
tolérance de la légende ptolémaïque y apparaît dans un dé- 
tail significatif où se trahit l'orgueil de race : c'est que les 
Égyptiens sont debout, avec les bras libres, tandis que les 
autres hommes sont à genoux, dans la posture des captifs. 

Du reste, les Egyptiens considérèrent d'abord leurs voi- 
sins comme des ennemis, car ils les désignèrent par plusieurs 
mots qui signifient les archers : le nom de Neuf-Arcs s'ap- 
pliquant à l'ensemble des barbares, celui de Terre de l'Arc 
à la Nubie, celui de Sagittaires (ou Sati) aux Asiatiques, et 
celui d'Archers (ou An, peut-être les Anamim de la Bible), 
à une population qui habita d'abord l'Egypte, puis les en- 
virons du pays, la Libye, le Sinaï et la Nubie, et qui com- 
prenait des tribus noires. 

IV 

L'examen des textes et des monuments nous révèle, avec 
assez de détails, ce qu'étaient les races connues de l'Egypte 



158 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 

depuis les premières dynasties jusqu'à la fin de la grande 
époque pharaonique. 

Pour les Égyptiens, un type rouge ayant quelque ressem- 
blance avec le leur existait au pays des Somalis, qui faisait 
partie alors d'une vaste zone géographique comprenant les 
côtes de l'Arabie et de l'Afrique situées au nord, à l'est et 
au midi de l'Egypte. Les Égyptiens, qui appelaient cette 
région Poun et Terre sainte, en tiraient surtout des aro- 
mates pour les besoins du culte : ils en regardaient l'orient 
comme le pays des dieux. Les Pharaons envoyèrent des 
troupes à Poun pour l'achat des parfums, au moins de la 
XI e dynastie à la XX e . 

L'expédition la plus connue remonte au temps d'une 
reine de la XVIII e dynastie, qui fit partir cinq vaisseaux à 
trente rames, montés chacun par une quarantaine de ma- 
rins, afin d'échanger pour les gommes odoriférantes des bra- 
celets, des colliers, des poignards et des haches. Les pro- 
duits et les arbres du pays où ils abordèrent le placent sur 
la côte africaine ; les Egyptiens y achetèrent de l'ébène, de 
l'ivoire, de l'or, du cosmétique pour les yeux, des lévriers, 
des bois précieux, des ouvriers du pays, des boeufs, des 
singes, des peaux de panthères du Midi, une panthère vi- 
vante, une girafe, et trente et un arbres à parfums, ainsi 
que des gommes dont la reine se lit un cosmétique, but 
peut-être de l'expédition, qui lui rendit la peau brillante 
comme /es étoiles. 

Les naturels habitaient des cabanes rondes dans lesquelles 
<»n montait au moyen d'échelles, et leur bétail se reposait 
sous des dattiers; ils avaient le profil des Sémites, avec la 
peau rouge des Égyptiens, et la femme d'un chef, qui vint 
-m -mu âne au devant des envoyés, semble atteinte de cette 
difformité qui existe chez les Hottentots comme chez les 
Somalis, h qu'on aomme stéatopygie. 

D'autres habitants de Poun, qui visitèrent l'Egypte sous 
le dernier Pharaon de la XYIIE dynastie, se rapprochent 



LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 159 

plutôt du type nègre. Il y avait en effet des Nègres à Poun; 
mais le type rouge y dominait, s'il faut admettre la réalité 
d'un semblable type, que plusieurs indices signalent. Les 
Phéniciens venus, suivant Hérodote, des bords de la mer 
Rouge, portaient un nom qui parait signifier rouge; il en 
était de même des Himyarites, qui rappellent les El-Akhmar 
des plaines du Sennaar. La nuance qui caractérisait, d'après 
les Égyptiens, les habitants de Poun, persiste en Afrique, 
où on la retrouve de la mer Rouge au Sénégal, en passant 
par le Soudan, chez les Barabras du haut Nil, les nègres 
Danakils, les nègres Tibbous, les Touaregs méridionaux, et 
surtout chez les Foulahs, qui, venus de l'Orient, ont ré- 
pandu l'islamisme dans la plus grande partie du Soudan. 



V 

Les Nègres habitaient surtout la Nubie et l'Ethiopie, 
mêlés à une population sémitique et rouge. Ils fournissaient, 
sous la VI e dynastie, des soldats aux Pharaons. Les nom- 
breuses tribus de la Nubie et de l'Ethiopie faisaient aussi 
de fréquentes incursions en Egypte, de sorte qu'on voit les 
Pharaons de la XII e dynastie veiller avec soin à leur fron- 
tière méridionale, et ceux du Nouvel Empire installer en 
Ethiopie une sorte de gouverneur militaire et civil appelé 
le fils royal d'Ethiopie. La civilisation égyptienne s'intro- 
duisit ainsi parmi les noirs, comme le montre une curieuse 
ambassade représentée sur un monument thébain de la 
XVIII e dynastie. 

On recrutait parmi les Nègres des esclaves et des domes- 
tiques, tels que des cochers, des écuyers et des porte-om- 
brelles. Leur aptitude à servir était connue, ainsi que la 
facilité avec laquelle ils apprenaient « les langues des 
Égyptiens, des Syriens et de toutes les nations étran- 
gères ». 



160 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 

Les Nègres amenaient de plus en Egypte du bétail, bœufs, 
chèvres et moutons, du bois, des pierres, des gemmes, de 
l'or, de l'ivoire, de l'ébène, des peaux, et des animaux 
rares. 

VI 

Les Nègres sont représentés avec le nez épaté, les grosses 
lèvres et la chevelure crépue qui les caractérisent; les Sé- 
mites ont de leur côté le profil fin, le nez arqué, la barbe en 
pointe et la chair peinte en jaune. Sous les noms généraux 
d'Archers et de Peuples, ils se divisaient principalement en 
Shasou, Kharou, Routen, et Khétas, c'est-à-dire en Bé- 
douins, Syriens, Lydiens (d'après Champollion) et Héthiens. 

Les Shasou, comparables aux Bédouins d'Arabie et de 
Syrie, habitaient depuis les confins de l'Egypte jusqu'au 
nord du Liban, et leurs bandes pillardes, cachées dans les 
bois ou les défilés, infestaient la Palestine; elles fournirent 
des espions aux Khétas dans une guerre contre Ramsès II, 
près d'Alep. 

Le nom général de Shasou n'apparaît qu'au début du 
Nouvel Empire; un roi de la VI" dynastie envoya cependant 
contre la tribu des Herousha, ou maîtres (/es sables, une 
expédition qui détruisit leurs récoltes, coupa leurs arbres et 
ramena de nombreux captifs. Au Moyen Empire, un pha- 
raon bâtit une grande muraille pour arrêter les nomades. 
Les Bédouins étaient donc bien connus à ces époques recu- 
lées. La première année de son règne, Séti I er les poursuivit 
de la frontière de l'Egypte au haut Liban. Les Shasou con- 
duisaient leur bétail avec eux jusque sur les domaines des 
Pharaons, ci l'on a cru retrouver dans leur nom celui des 
Pasteurs, ou Eïycsos, hikshasou, les dominateurs Shasou. 
Us durent dans tous les cas l'aire partie de ces derniers, dont 
les traits ajoutent, d'après certaines représentations, une 
rudesse singulière au type sémitique. 



LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 161 

Les Kharou, ou Syriens, occupaient le même territoire 
que les Shasou, c'est-à-dire la Syrie, la Phénicie et la Pa- 
lestine. Ils en formaient la population stable, plus spéciale- 
ment désignée sous l'Ancien Empire par le nom de Menti ou 
Sédentaires, au moins pour les Sémites du Sinaï. Séti I er , 
qui battit les Syriens avec les Bédouins, reçut de l'une de 
leurs villes un tribut d'or et de vases. Parmi les objets de 
toute nature qu'ils exportaient par mer en Egypte, on re- 
marque le bois, par exemple les bâtons pour les esclaves, 
les fouets pour les chars, et surtout le cèdre pour les con- 
structions. 

Le mot de Khar, d'où vient celui de Syrie, n'est qu'un 
terme général qui n'exclut pas les désignations particu- 
lières. 

Kefat, habituellement associée à l'île de Chypre ou Masi, • 
est laPhénicie, dont les habitants, soumis par Aménophis II, 
trafiquaient avec les peuples du Nord dès le début du Nou- 
vel Empire : dans un tableau d'un hypogée thébain, ils se 
présentent ensemble devant Thotmès III, à qui ils apportent 
des pierreries, des vases élégants et riches, des monnaies 
d'or en forme d'anneaux, des colliers, des parfums, des 
liqueurs et même une dent d'éléphant. Sidon et Tyr dans 
la mer existaient au temps de Ramsès II, ainsi que plusieurs 
autres villes célèbres de la Syrie et de la Palestine, comme 
Alep, Damas, Asealon, Beyrouth, Gaza et Joppé : c'est à 
Mageddo que se concentrèrent les Routen coalisés contre 
Thotmès III, et c'est à Qodesh sur l'Oronte que se groupa 
contre Ramsès II une confédération dirigée par les Khétas. 

il reste à étudier ce qu'étaient ces deux derniers peuples, 
les Routen et les Khétas. 

Les Routen habitaient un pays ordinairement divisé en 
supérieur et en inférieur; il comprenait la Syrie, la Mésopo- 
tamie et l'Assyrie. 

Les peuples de Routen furent battus par Thotmès I er , en 
Mésopotamie; par Aménophis I er , qui fit pendre au retour 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 11 



162 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 

sept de leurs chefs à Thèbes et à Napata ; par Aménophis II, 
qui soumit Ninive et Accad; par Thotmès III, qui, vain- 
queur à Mageddo en Palestine, poussa jusqu'à Ninive, où il 
prit à la chasse cent vingt éléphants; enfin par Séti I er , qui 
s'empara des princes du Routen inférieur, et dont les in- 
scriptions assimilent les chefs de Routen à ceux de Reme- 
nen, peut-être l'Arménie. On voit par là que les Routen 
occupaient de vastes contrées qui indiquent l'étendue de 
leurs conquêtes et de leurs alliances à l'époque la plus bril- 
lante de leur histoire. C'est grâce à eux que l'Assyrie fut 
connue de l'Egypte sous les XVIII e et XIX e dynasties, 
époque où ils entraînaient dans leur ligue les princes de 
Babylone et d'Assur; l'un de ces derniers était resté célèbre 
en Palestine au temps de Ram ses IL 

Les tributs qu'Assur remit à Thotmès III consistaient en 
vases et en lapis-lazuli. Les tributs des Routen consistaient 
surtout en bois, en métaux, en gemmes, en bétail, en grains, 
en liqueurs et en fruits, ainsi qu'en différents ouvrages de 
luxe, tels que chars, vases, harnais et cuirasses, incrustés 
d'or et de pierreries. 

Vers le commencement de la XIX e dynastie, la puissance 
des Routen passa aux Khétas, dont le pays était situé vers 
la haute Syrie, au voisinage d'Alep, et où l'on pouvait aller 
pai' mer. Battus, mais non pas écrasés, par Séti I er et par 
Ramsès il, les Khétas conclurent avec ce dernier un traité 
d'alliance défensive qui montre en eux les égaux des égyp- 
tiens ; mais ils déclinent dès le règne du successeur de 
Ramscs II. Ce Pharaon les secourut dans une disette, et 
leur lit conduire des vaisseaux chargés de blé par un peuple 
voisin du Sinaï. Sous Ramsès III, ils fuient dispersés et 
déracinés, ainsi que les populations de la Palestine, par 
une grande invasion, <■! le même pharaon, qui les vainquit 
aussi, ne fait mention de ce triomphe sans gloire que dans 
un tableau où il a rassemblé les chefs de presque tous ses 
ennemis. 



LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 163 

L'ensemble des documents montre que la civilisation des 
Sémites ne le cédait guère à celle des Égyptiens : les trente- 
sept Asiatiques du Sinaï représentés émigrant en Egypte, 
dans une tombe du Moyen Empire, c'est-à-dire vers le temps 
d'Abraham, révèlent par leur costume, leurs armes et leur 
équipement, des industries et des arts parvenus à un état 
voisin de la perfection. Plus tard, les Pasteurs adoptèrent 
les coutumes égyptiennes, adorèrent un dieu égyptien et 
connurent l'écriture hiéroglyphique, à laquelle ils emprun- 
tèrent (si l'emprunt n'avait pas encore été fait) l'alphabet 
que les Phéniciens répandirent sur tout le littoral de la 
Méditerranée ; les rois Khétas étaient accompagnés de 
scribes. La coiffure habituelle des Sémites (Ascaloniens, 
Amorites, Routen, etc.) était une sorte de bonnet rond 
ressemblant à celui des Égyptiens, mais, en temps de 
guerre au moins, les Khétas, les Bédouins et les Syriens, 
portaient aussi un bonnet pointu ou à aigrette. Le progrès 
de l'art militaire, et, par suite, de la centralisation adminis- 
trative, chez différentes nations de l'Asie occidentale, se 
reconnaît à l'emploi constant de la cavalerie. Les chevaux 
et les chars de la Mésopotamie sont mentionnés sous Thot- 
mès I er ; Thotmès III prit à Mageddo plus de deux mille 
chevaux et neuf cent vingt-quatre chars de guerre. Un 
autre Pharaon recevait des chevaux blancs du pays de Rou- 
ten, d'où l'on tirait aussi des chars; les cavaliers khétas 
figurent souvent sur les monuments. 

Les religions syro-phéniciennes existaient dans leurs traits 
essentiels aux mêmes époques. Les principaux dieux de leur 
panthéon, Baal, Baalis, Astarté, Anaïtis, etc., se rencon- 
trent après l'invasion des Pasteurs : Baal est même nommé 
avant. Le culte spécial des déesses se révèle en différents 
endroits, et le Conte des Deux Frères, roman qui ne peut 
être postérieur a la XIX dynastie, place dans la vallée du 
Cèdre, c'est-à-dire en Phénicie, un personnage qui n'est pas 
sans ressemblance avec Adonis. 



164 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 



VII 

Si les Pasteurs sémitiques firent une fois la conquête de 
l'Egypte, les pirates aryens la tentèrent souvent : ils guer- 
royaient avec les Pharaons dès la XI e dynastie, et ils for- 
mèrent en tout ou en partie quatre grandes coalitions au 
inoins contre le Nouvel Empire. Au nord, les habitants 
d'Ilion, les Dardaniens, les Mysiens et les Lyciens, prirent 
part à la ligue des Khétas contre Ramsès II ; les Pélestas, 
les Troyens, les Sicules, les Dauniens, les Osques, et sans 
doute les Étrusques, attaquèrent l'Egypte par la Syrie au 
temps de Ramsès III; à l'occident, les Libyens et les 
Mashouashas, avec les Sardiniens, les Sicules, les Achéens, 
et les Étrusques sous Méneptah I er , ainsi que les Mashoua- 
shas joints à d'autres peuplades libyennes sous Ramsès III, 
assaillirent deux fois l'Egypte par mer. 

Tous ces peuples forment quatre divisions importantes. 
Les habitants d'Ilion, les Dardaniens, les Mysiens, les Ly- 
ciens, les Pélestas et les Teucriens appartiennent à l'Asie 
Mineure, comme les Achéens à la Grèce; les Sardiniens, 
les Sicules, les Dauniens, les Etrusques et les Osques se 
rattachent à l'Italie, et les Libyens avec les Mashouashas à 
la côte septentrionale de l'Afrique. 

Les Pélestas et les Teucriens portaient des toques rayées. 
Les Dauniens et les Osques avaient les mêmes toques, mais 
la coi Hure des Étrusques était un bonnet pointu; celle des 
Sicules un casque ayant deux cornes, et celle des Sardi- 
niens auxiliaires de l'armée égyptienne un casque sem- 
blable, surmonté en outre d'une boule. Tous, sauf peut-être 
les derniers, sont caractérisés par une courte tunique à 
franges et quadrillée; ils ont en général le profil aquilin ou 
le nez droit. Les vaisseaux des alliés rappellent les navires 
égyptiens, mais leur carène se relève à angle droit et se ter- 
mine ;ui\ deux bouts en tête de cygne. Les armes sont une 



LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 165 

courte épéeà deux tranchants, avec un bouclier, et en outre 
une pique pour les Sicules et les Sardiniens auxiliaires. Les 
confédérés, qui n'avaient ni arcs ni flèches, possédaient des 
chars de guerre ; ils étaient suivis aussi par des chariots 
de transport en osier ou en bois, à roues pleines, attelés de 
bœufs et renfermant les enfants et les femmes. On a signalé 
la ressemblance des chariots, des épées et des vaisseaux, 
avec les chariots germains de la colonne Antonine, avec les 
épées gauloises d'avant Jules César, et avec les barques de 
certaines monnaies celtiques. 

Il vient d'être dit que des Sardiniens servaient dans l'ar- 
mée de Ramsès III, où ils étaient même accompagnés 
d'Étrusques; Ramsès II avait déjà gardé à sa solde des 
Sardiniens prisonniers. Ces auxiliaires sont quelquefois ap- 
pelés Sardiniens de la mer. 

Le peuple qui a laissé son nom au groupe du Nord de 
l'Afrique, les Libyens, est nommé pour la première fois 
sous Ramsès II; il tint, sous la conduite d'un roi, la tête de 
la vaste confédération dirigée contre Méneptah I er . Ils avaient 
des chevaux, des arcs, des monnaies d'argent et d'or, des 
vases, et du bétail composé de bœufs, de chèvres et d'ânes. 
La tribu des Mashouashas domine dans l'armée libyenne 
qui envahit l'Egypte sous Ramsès III. Entraînés par leurs 
voisins contre l'Egypte, ils avaient emmené leurs femmes; 
on leur prit des épées de trois et de cinq coudées, des arcs, 
des chars, des carquois, des piques, des chevaux et des ânes. 
Ils n'en continuèrent pas moins à fournir des auxiliaires à 
l'Egypte, avec une autre peuplade libyenne qui servait 
surtout de corps de police. 

Les peuples d'Asie Mineure, de Grèce, d'Italie et d'Afrique 
énumérés jusqu'à présent appartiennent en général au type 
brun de la race blanche; le type blond apparaît chez les 
Libyens. Ceux-ci comptaient parmi les Tahennou, ou 
hommes blancs d'Afrique, et les Tamehou, ou hommes 
blonds du Nord. Il est facile de voir que ces deux appella- 



166 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 

tiens, sans doute identiques au fond, sont des noms ap- 
proximatifs donnés par les Egyptiens à une population qui, 
pendant un certain temps, leur apparut comme blanche ou 
blonde. On ne saurait conclure de là que tous les Libyens 
étaient blancs ou blonds, mais seulement qu'une invasion, 
venue du Nord, s'était répandue sur la côte africaine qui 
fait face à l'Europe. 

Le costume des émigrants se distinguait par une riche 
tunique, ainsi que par une coiffure propre aux Tahennou, 
aux Tamehou et aux Libyens : c'est une coupe en rond des 
cheveux avec deux longues tresses pendantes en avant, ou 
bien une imitation du môme arrangement au moyen d'un 
couvre-chef particulier. 

La date de l'arrivée des Tamehou, ou Septentrionaux, 
est fort ancienne. La division de l'humanité en quatre 
branches dont ils forment la dernière existait à la XVIII e dy- 
nastie. Sous Thotmès III, les habitants des îles du milieu 
de la mer, qui viennent avec les Phéniciens offrir des tri- 
buts au roi, ont avec la tunique des Italo-Grecs la coiffure 
des Septentrionaux. On a signalé certaines représentations 
d'hommes blonds à yeux bleus dans les tombes de la XII e dy- 
nastie. Enfin, un Pharaon du Moyen Empire, Sankhara, 
avait battu les peuples du Nord ou Hanebou, et ce dernier 
nom, qui désigne les nations européennes en général, se 
rencontre dans un texte, malheureusement fragmenté, ap- 
partenant aux premières dynasties. On voit qu'il est possible 
que l'arrivée des Septentrionaux remonte aux débuts de 
l'empire pharaonique. Ils ont laissé des traces de leur pas- 
sage dans les constructions mégalithiques de l'Algérie, en- 
core en usage chez les Kabyles du Djurjura, et dans la per- 
sistance du type blond sur toute la ligne de l'Ai las, parmi 
les Berbers, qui touchent d'un côté à l'Europe par ce type, 
d'un autre côté à l'Egypte par leur langue. 



LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 167 



VIII 

Si l'on cherche maintenant à tirer la conclusion de ce qui 
précède, on remarquera que les documents égyptiens, si 
loin qu'ils remontent dans le passé, nous mettent partout en 
présence de races dont le type n'a pas varié. Sous l'Ancien 
et le Moyen Empire, l'Egypte connaissait peu ses voisins, 
mais plus tard, quand se produisit le grand mouvement as- 
syrien qui jeta les Pasteurs sur elle, et quand une suite de 
ce mouvement ramena vers le Nil les Routen, puis les peuples 
de l'Asie Mineure, puis les habitants de la Méditerranée, 
l'Egypte ne put ignorer alors ce qu'étaient tous ces Archers, 
qu'elle attirait comme Rome attira les Barbares : si elle fut 
vaincue par eux, elle les battit à son tour, et c'est grâce à 
leurs défaites qu'elle nous a conservé leurs noms, leurs 
figures et leurs costumes, leur physionomie enfin, avec une 
précision et une authenticité incontestables. Le Sémite 
d'Asie, le blanc d'Europe et le Nègre d'Afrique, ressuscites 
pour nous sur les murs des temples et des hypogées thé- 
bains, diffèrent peu de leurs descendants qui foulent au- 
jourd'hui le même sol qu'eux. Les grandes cités de l'Asie, 
énumérées dans les récits de conquêtes, sont bien aussi 
celles qui existent encore ou que l'antiquité classique a 
connues : leurs noms subsistaient dans la réalité ou dans le 
souvenir, quand on les a déchiffrés dans des hiéroglyphes 
antérieurs à Moïse. Les peuples durent moins que les villes; 
mais leur persistance, plus grande qu'il n'eût semblé avant 
la découverte de Champollion, est démontrée par les textes, 
qui reculent l'existence de certaines nations indo-euro- 
péennes jusqu'à une date qu'on ne soupçonnait même pas. 

Et ce n'est point seulement l'ancienneté des types, des 
villes et des peuples, qui ressort pour nous des monuments 
pharaoniques : c'est encore l'ancienneté de la civilisation 
elle-même, 



168 LES RACES CONNUES DES ÉGYPTIENS 

Si l'on rencontre quelques vestiges de la fusion des deux 
grandes provinces de la Thébaïde et du Delta, sous les pre- 
mières dynasties, ou quelques traces d'emprunt à l'Egypte 
chez les Pasteurs, ce genre d'indices est loin d'attester l'en- 
fance des industries et des arts : sauf pour l'écriture, 
l'Egypte ne nous en montre l'origine ni chez elle ni chez 
ses voisins. Elle et eux nous apparaissent munis, dès le dé- 
but, de toutes les ressources dont l'homme a disposé jus- 
qu'aux grandes découvertes modernes : la domestication des 
espèces animales, la culture des espèces végétales, le tra- 
vail des métaux, la connaissance des outils, la confection 
des ustensiles, le tissage des étoffes, l'usage des armes et la 
construction des demeures, rien de tout cela ne manquait à 
l'Egypte ou à son entourage de Sémites, de Nègres et d'Eu- 
ropéens. En outre, partout où les documents sont assez ex- 
plicites pour jeter quelque jour sur la vie intime ou collective 
des différents peuples, on voit ceux-ci en possession de cer- 
tains arts raffinés, comme l'orfèvrerie, qui suppose l'élé- 
gance, et la musique, qui suppose la poésie; on reconnaît 
aussi l'existence de véritables institutions militaires, poli- 
tiques et religieuses, ou même littéraires comme chez les 
Khétas. Est-ce à dire pourtant que tout était fait, et que le 
cercle de la civilisation antique avait été parcouru? Assu- 
rément non : après la conquête du bien-être, il restait à ac- 
complir cet entier développement de la pensée humaine qui 
s'acheva en Grèce et qui avorta en Egypte. Homère sans 
doute pouvait naître, mais le monde n'était mûr ni pour 
Aristote ni pour Platon. 



NOTE 



LES CHARS DE GUERRE 



La question que vous soulevez au sujet de la courroie des- 
tinée à retenir le combattant est difficile. Je viens de l'exa- 
miner et voici ce que j'y vois, sauf erreur : 

1° « Quand la courroie est représentée , les rênes ne le sont 
pas )). Le char des Denkmâler est dégradé, et le char de la 
Description de l'Egypte est confus : mais, si mauvaise que 
soit cette dernière copie, il est certain pour moi; néanmoins, 
que l'ennemi ne saisit pas les rênes du pharaon, mais lève 
en l'air son arc ou son fouet, et peut-être même encore une 
corde symbolique liant un groupe d'ennemis (comme aux 
Denkm., III, 128 et 130). 

2° Le point d'appui de la courroie n'est pas la grosse 

1. Publiée dans le Bulletin du Congrès provincial des Orientalistes 
français, Session de St-Étienne, t. II, 1880, p. 471-472. Elle est insérée 
dans le Bulletin à la suite de l'Étude sur les chars de guerre égyp- 
tiens, par le baron Textor de Ravisi, et précédée de ces quelques lignes : 
« M. E. Lelebure. ayant pris connaissance de ce mémoire lorsqu'il 
était sous presse, a bien voulu nous adresser des observations sur un 
point de détail sur lequel il lui semble qu'on peut faire des réserves. 
Nous nous empressons de publier les notes critiques de ce savant égyp- 
tologue, comme complément utile de notre Étude sur les chars de 
guerre égyptiens, » 



170 NOTE SUR LES CHARS DE GUERRE 

boule qui figure à peu prés toujours au-dessus de la croupe 
du cheval pour les chars royaux, et quelquefois pour les 
chars princiers, ou même pour les chars des chefs ennemis 
[Denkm. } III, 130). La courroie passe tantôt au-dessus, tantôt 
au-dessous de la boule, tantôt même dessus, indifféremment, 
mais plutôt au-dessous. 

Je vois dans la boule soit un objet d'ornement, soit un 
point de mire séparant pour l'œil la place des deux che- 
vaux et ayant son utilité au moment d'atteler, par exemple, 
ou dans les cas de confusion. Cette boule ne figure ni au 
char de Florence, ni au char du temps de Thotmès III, qui 
ne sont pas royaux. 

Je ne la trouve bien expliquée que par un char africain de 
la XVIII e dynastie {Denkm., III, 117 et US). 

Les deux moins du joug, qui s'évasent de chaque côté en 
se recourbant pour retenir les harnais de la tête et du cou, 
forment une disposition que Wilkinson a mal comprise, car 
son dessin place la boule et les deux branches sur le dos 
d'un seul cheval (II, 10), tandis que la boule devait être 
entre les deux chevaux, dont chacun portait une des moitiés 
du joug. 

3° Si les rênes ne sont pas représentées quand la courroie 
l'est, et si la courroie ne s'appuie pas sur la boule, il y a 
chance pour que rênes et courroie soient une même chose. 
En effet, la courroie se continue toujours jusqu'au mors des 
chevaux, sauf dans le dessin tiré des Denkmàler que vous 
avez publié et où le tracé est interrompu par une lacune. 
Pour le grand attelage de la planche II, figure 9, il y a deux 

c roies; celle de droite aboutit visiblement au mors, mais 

• ■elle de gauche disparaîl derrière le corps du cheval. Ce 
sonl bien la deux rênes. 

Los ennemis combattaient, quelquefois, avec la courroie 
liée au corps de l'archer par un nœud d'attache visible 
[Denkm., III, 130). La courroie se bifurque, et l'homme y 
porte la main comme pour conduire. Quand il n'y a dans le 



NOTE SUR LES CHARS DE GUERRE 171 

char qu'un porteur de bouclier et qu'un porteur d'arc, c'est 
ce dernier qui a la courroie. 

L'exemple que je connais d'une disposition du même 
genre sur les chars égyptiens n'est pas concluant, car le 
porteur du bouclier paraît tenir les rênes avec celle de ses 
mains qui est cachée : ce serait autour de lui, et non autour 
de l'autre combattant, que la courroie serait passée, dans le 
cas où elle aurait été attachée (Denkm., III, 1(30). 



LE 

PUITS DU DEIR-EL-BAHARI* 



Depuis quelque temps les découvertes se multiplient en 
Egypte et inaugurent ainsi, d'une manière brillante, la nou- 
velle administration de M. Maspero, le digne successeur de 
Mariette. La trouvaille du puits de Deir-el-Bahari, en par- 
ticulier, fera véritablement époque pour l'égyptologie. 

M. Maspero, dont l'attention était éveillée par un certain 
nombre d'objets funéraires mis en vente, soupçonnait les 
Arabes d'avoir fait main basse sur un tombeau qu'on jugeait 
être celui du roi Pinedjem, d'après quelques indices. Lors 
de son premier voyage dans la Haute Egypte, en mars et 
avril 1881, il fit saisir et emprisonner un des délinquants, 
afin d'obtenir quelques révélations, et se livra en outre à des 
recherches qui, pour le moment, restèrent infructueuses. 
C'est seulement à la fin du mois de juin suivant, qu'un 
autre, mécontent de ses complices, se décida à parler, et 
révéla l'existence, non d'un simple hypogée, mais de tout 
un puits de Pharaons, découverte inattendue et merveil- 
leuse, qui rappelle celles du Sérapéum et du tombeau de 
Séti I er . 



1. Publié dans les Annales du Musée Guiinet, 1881, t. IV, p. 3-17; 
tirage à part de cinquante exemplaires, grand in-8°, chez Pitrat, Lyon, 
1881, 15 pages. — G. M. 



174 LE PUITS DE DEIR-EL-BAHARI 



I 

La cachette de Deir-el-Bahari, sorte de souterrain creusé 
en pente douce dans la montagne, non loin de Biban-el-Mo- 
louk, à Thèbes, contenait, entassées pêle-mêle, vingt-cinq 
momies royales ou princières (sans compter cinq momies de 
grands personnages) et une partie du matériel funéraire 
(coffrets, offrandes, statuettes innombrables) ayant accom- 
pagné ceux des cercueils de la XXI e dynastie qui se trou- 
vaient là. 

Le tout avait appartenu, en effet, aux grands prêtres de 
la XXI e dynastie, qui furent obligés, à une certaine époque, 
de s'exiler en Ethiopie, et qui, peut-être au moment de 
leur départ, cachèrent à Deir-el-Bahari ce qu'ils ne pou- 
vaient emporter, en scellant le puits de sceaux aux titres de 
leur dieu, dont les empreintes subsistent encore dans l'ar- 
gile. 

Il est difficile de savoir pourquoi et comment les grands 
prêtres d'Ammon, qui remplacèrent à Thèbes les Rames- 
sides, s'étaient approprié les momies des plus grands Pha- 
raons de l'Egypte : peut-être, à l'époque de troubles où ils 
vécurent, s'en faisaient-ils des titres à la légitimité. 

Quoi qu'il en soit, la saisie et le transfert des cercueils 
royaux n'allaient pas sans de certaines formalités légales, et 
plusieurs sarcophages portent des inscriptions hiératiques 
mentionnant les grands prêtres qui ordonnèrent leur enlè- 
vement, ainsi que les fonctionnaires qui l'accomplirent. Les 
plus anciennes inscriptions révèlent même une sorte de 
crainte religieuse, par une attestation, faite à la face du ciel 
personnifié, qu'il n'y a aucune mauvaise intention contre la 
momie dans son transport. 

Les momies déplacées ne séjournaient pas toujours dans 
le même endroit : la tombe de Séti I er et la pyramide 



LE PUITS DE DEIR-EL-BAHARI 175 

d'une reine, dont on a le corps, avaient, entre autres, servi 
d'entrepôts, d'après les textes qui viennent d'être men- 
tionnés. 

La cachette contenait, en outre, sur une assez grande 
planche et sur un beau papyrus, un autre texte hiératique, 
reproduisant un décret du dieu Ammon qui permettait 
d'ensevelir, avec les honneurs divins, une princesse du 
temps de la XXI e dynastie, Nesi-Khonsu, dont la momie 
s'est trouvée dans le puits. Cette princesse est dite avoir 
vécu en bonne intelligence avec Pinedjem III, le dernier 
grand prêtre de la dynastie, et l'espèce de certificat qui lui 
est délivré ainsi montre quelle inquisition exerçait alors lu 
parti sacerdotal. 

II 

En laissant de côté les menus objets, parmi lesquels on 
remarque un coffret au nom de la célèbre reine Hatasu, 
de la XVIII e dynastie, et un autre coffret au nom de 
Ramsès IX, de la XX", voici, dans l'ordre chronologique 
et en trois groupes, la liste des momies de famille royale 
trouvées dans le puits de Deir-el-Bahari, d'après un cata- 
logue général dressé par les soins de M. Emile Brugsch, 
conservateur-adjoint au Musée de Boulaq, et de l'École 
française d'archéologie au Caire, pour être transmis à 
M. Maspero. 

Au premier groupe, qui est du commencement de la 
XVIII e dynastie, se rattachent : 

1° Le roi Seken-en-Ra-Taaten, nouveau Pharaon, qui 
prend place après Taa II vers la fin de la XVII e dynastie; 

2° Le roi Ahmès ou Amosis, qui chassa les Pasteurs et 
fonda la XVIII e dynastie; 

3° La reine Ahmès-Nefertari, femme d'Ahmès, qu'on 
croit depuis longtemps, d'après certains indices, avoir été 
de race noire; 



176 LE PUITS DE DEIR-EL-BAHARI 

4° La reine Ah-hotep, fille des deux précédents, et femme 
de son frère Aménophis I er ; 

5° Aménophis I er ; 

6° Thotmès II; 

7° Thotmès III, le plus grand Pharaon de la XVIII e dy- 
nastie ; 

Puis un prince et plusieurs princesses ou reines, encore 
mal classées ou inconnues, de la même époque. Ce sont : 

8° Le prince Se-Amen, qui mourut très jeune, et qu'on 
peut dire fils d'Ahmès, tant son cercueil est semblable à 
celui du roi ; 

9° La princesse Se-t-Amen ; 

10° La princesse Meri-t-Amen: 

11° La reine Hen-t-Taméhu, peut-être fille d'Améno- 
phis I er ; 

12° La reine Se-t-Ka, qui est dite clairement avoir 
épousé son frère, car ses titres sont : « la fille royale, la 
sœur du roi et sa principale épouse » ; 

13" Enfin, la reine inconnue dont la pyramide reçut pen- 
dant quelque temps les Pharaons arrachés à leurs tombes. 
Cette reine, dont le nom rappelle celui des Antef de la 
XI e dynastie, était d'une taille remarquable, l m 85, si l'on 
peut s'en rapporter à un premier mesurage. 

Le second groupe de la XIX e dynastie se compose des 
deux plus illustres Pharaons de l'Egypte : 

1° f SÉTi I"' ; 

2° Ramsès II. 

Le dernier groupe de la XXI e dynastie thébaine des 
grands piètres d'Ammon, dont il permet de retrouver la 
série, comprend : 

1" La reine Ned.iem-t, femme du grand prêtre Her-hor, 
ihrl' de la dynastie; 

2° Le grand prêtre Pinedjem I er , petit-fils de Her-hor; 

3° et 4" Une reine contemporaine de Pinedjem I er , 
Ra-ma-ka, qui mourut sans doute en couches, car elle a 



LE PUITS DE DEIR-EL-BAHARÏ 177 

dans son cercueil la petite momie de sa fille Mau-t-em- 
ha-t ; 

5° Le roi Pinedjem II, qui s'était approprié le cercueil de 
Thotmès I er , de la XVIII" dynastie; 

G Une reine contemporaine de Pinedjem II, Tua-t-Hat- 

HOR-HEN-T-TA-UI ; 

7° Le (ils de Pinedjem II, le grand prêtre Masaharota, 
personnage au nom d'apparence sémitique, qu'on ne con- 
naissait pas encore, et qui mourut vers l'an 24 ou ^5 du 
règne de son père ; 

8° La fille de Masaharota, qui fut la femme du grand 
prêtre Ra-men-Kheper, frère de Masaharota, la reine As- 
t-em-Kheb ; 

9° Une princesse nouvelle, Nesi-Khonsu, fille d'un roi 
ou d'un prétendant qui n'est pas nommé; 

10° Un prince de la famille des Ramessides, qui n'était 
pas éteinte sous la domination des grands prêtres, et qui 
conservait des prétentions à la royauté, Djet-Ptah-au-f- 

ANKH. 

En résumé, il y a là vingt-cinq momies de différentes 
époques, sur lesquelles, si on les déroule, on pourra faire 
des observations de toutes sortes qui ne manqueront point 
d'intérêt. 

La reine Ahmès-Nefertari, à qui son cercueil donne le 
teint jaune des Égyptiennes et le profil aquilin des Sémites, 
était-elle ou non de race noire? Séti I er et Ramsès II étaient- 
ils d'origine syrienne? Le maximum de la taille avait-il 
baissé après les grandes guerres dans les familles royales qui 
ne s'alliaient qu'entre elles ? 

Il n'est permis, pour le moment, de fournir des indica- 
tions que sur ce dernier point, et encore d'après des mesures 
prises à la hâte, en petit nombre, et sur des corps envelop- 
pés de bandelettes, avec la supposition arbitraire que l'agran- 
dissement causé par les bandelettes est compensé par le 
rétrécissement qu'a produit la momification. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 12 



178 Le puits de deir-el-bahari 

L'ancienne reine dont il a déjà été parlé avait. ... l m 85 

Ahmès l m 80 

La reine Se-t-Ka l m 70 

Thotmès III l m 55 

Séti I er l m 75 

Ramsès II l m 80 

La reine Nedjem-t l m 65 

Pinedjem I er l ,n 75 

Pinedjem II l m 00 



III 

On sait depuis longtemps que les momies étaient maintes 
fois accompagnées de papyrus funéraires (ou Livre des 
Morts) à leur nom, renfermés dans des statuettes d'Osiris, 
et destinés à fournir au défunt, dans l'autre monde, les for- 
mules de prières ou d'imprécations dont la magie toute- 
puissante soumettait jusqu'aux dieux. On n'a cependant re- 
trouvé ici, grâce aux vols antérieurs des Arabes, que trois 
papyrus de ce genre, qui ne sont pas encore déroulés : un 
au nom de la princesse Ncsi-Khonsu, un autre au nom de la 
reine As-t-em-Kheb, et un dernier, donl le début frappe 
par la beauté des couleurs et la netteté des hiéroglyphes, 
au double nom de Ra-ma-ka et de Maut-em-ha-t, sa fille. 
Exceptionnellement, un Livre des Morts, appartenant à 
Thotmès III, était écrit sur des morceaux de toile qui ont 
été retrouvés parmi les bandelettes de la mmiiie. 

Si presque tous les papyrus sur lesquels on pouvait 
compter manquent, il a été découvert, par contre, tassé 
dans un coin, un objet remarquable, qu'on ne s'attendait 
guèreà voir au milieu de l'attirail funèbre contenu dans le 
puits : c'est une belle tente, en cuir de différentes nuances, 
au dais seméd'étoiles roses, jaunes ou blanches, sur un ciel 
1 i las clair, et aux quatre pan- décorés de scarabées, d'urseus 



LE PUITS DR DEIR-EL-BAHARI 179 

ou de cartouches au nom de Pinedjem II, le tout bordé 
d'inscriptions finement découpées dans un fond vert cousu 
sur un fond jaune. Cette tente, d'après les hiéroglyphes qui 
l'ornent, appartenait à la princesse As-t-em-Kheb, fille du 
grand prêtre Masaharota, petite-fille du roi Pinedjem II, et 
plus tard femme de son oncle, le grand prêtre Ra-men- 
kheper. 

Par une liaison d'idées assez naturelle en Egypte, le re- 
pos qu'As-t-em-Kheb pouvait goûter sous sa tente avait 
rappelé celui de la tombe, et, en conséquence, une des in- 
scriptions souhaite à la jeune princesse la paix dans les bras 
des dieux, aux jours des cérémonies funèbres: 

« Qu'elle repose doucement en son asile suprême, enve- 
loppé de parfums et d'encens, rayonnant de fleurs de toute 
espèce et embaumé comme l'Arabie ! » 

« Qu'elle repose doucement dans les bras de Khons : 
c'est lui qui est le maître de la Thébaïde ! Il sauve ceux 
qu'il aime, fussent-ils en enfer, et il livre les autres à la 
géhenne. » 

IV 

Les cercueils trouvés à Deir-el-Bahari sont tous en bois, à 
figure humaine et en forme de momie : on les classera suffi- 
samment, au moins d'une manière générale, en disant que 
les plus anciens sont recouverts d'un entoilage peint en 
blanc, et que les plus récents, ceux de la XXI e dynastie, 
sont enduits d'un vernis jaune. 

Pourtant cette distinction ne doit pas être acceptée sans 
réserve, quant à l'âge de la momie renfermée dans un sar- 
cophage, car ici apparaissent des fraudes nombreuses. On 
s'emparait souvent des plus riches cercueils, et on exilait 
leurs possesseurs dans des caisses moins belles. Huit mo- 
mies au moins, sur vingt-cinq, c'est-à-dire le tiers, reposent 
dans d'autres cercueils que les leurs, et on ne les reconnaît 



180 LE PUITS DE DEIR-EL-BAHAÏtI 

qu'à leur nom écrit en hiératique sur leur poitrine, ou peint 
en surcharge sur leur caisse. 

L'ancienne reine, dont la taille était si élevée, a été mise 
dans le cercueil de Raa, nourrice d'Ah mès-Nefer tari. La 
princesse Méri-t-Amen, dans le cercueil d'un scribe nommé 
Sennu, et la reine Se-t-Ka, dans un mauvais cercueil de la 
XXI'' dynastie. Le roi Ramsès I e1 ', dont la momie manque, 
avait eu le même sort, car les débris d'un cercueil à enduit 
jaune portent son nom en surcharge. Le roi Pinedjem II 
avait, pour sa part, usurpé le cercueil de Thotmès I er , qu'il 
lit sans doute orner à nouveau et dont la cuve fut couverte 
de prières a son nom. Enfin, la princesse Nesi-Khonsu et le 
prince Djet-Ptah-au-f-ankh avaient aussi usurpé leurs cer- 
cueils. 

Une princesse de la XVIII e dynastie, Mes-hen-t-Taméhu, 
probablement fille de la reine Hen-t-Taméhu, car son nom 
a justement ce sens, fut dépossédée comme bien d'autres, 
mais son sarcophage a révélé de plus une tromperie d'un 
autre genre et tout à l'ait inattendue : il contient ma 1 fausse 
momie, sorte de poupée faite de chiffons qui entourent un 
morceau de cercueil destiné a imiter le corps et datant de 
la XXI e dynastie, ou à peu pics, car il est à enduit jaune. 
L'extérieur d'une momie est parfaitement imité, et même 
un manche de miroir s'est trouvé, comme d'habitude, sous 
les premières toiles. On songe involontairement à ces prin- 
cesses des Miller! une Nuits qui se faisaient passer pour 
mortes et si' sauvaient du harem, pendant qu'on enterrait 
un morceau de bois a leur place. 



V 

Ces réserves faites au sujet des erreurs que peut suggérer 
;i première vue l'extérieur d'un sarcophage, il faut remar- 
quer encore qu'il n'y a pas conformité absolue de couleur 



LE PUITS DE DEIR-EL-BAHARI 181 

ou do facture dans chacune des séries de cercueils qui ont 
été distinguées tout à l'heure. Chaque série offre des variétés 
intéressantes, et, en dehors des grandes lignes au moins, 
l'uniformité apparente se résout en différences réelles. 

Le sarcophage de Taaten est blanc, comme ceux de son 
groupe; mais il garde, particulièrement sur le contour de la 
poitrine, des traces de dorure prouvant qu'il avait été doré 
partout, comme les cercueils des rois Autel, de la XI" dy- 
nastie. Les hiéroglyphes, qui s'étenclenl des pieds à la tête 
en une bande verticale, ont été peints en brun sur l'entoi- 
lage et repassés a la pointe sur la dorure. 

Le cercueil est d'une grande taille, et, a cote, les caisses 
d'Ahmès et de son fils paraissent exiguës. Celle d'Ahmès est 
pour ainsi dire collante, au point que le corps y semble à 
l'étroit. Toutes deux sont peintes en jaune, contrairement à 
l'habitude, et sans ornements. Il est possible, du reste, qu • 
r<^ petits cercueils aient été mis dans de plus grands, comme 
c'est le cas pour la reine Ahmès-Nefertari, qui a deux sarco- 
phages, l'un de taille ordinaire, peint en brun, et renfermant 
la momie, l'autre énorme, dont le buste s'ouvre comme un 
coffre, et qui contient le premier. La reine Ah-hotep a un 
grand sarcophage tout à l'ait semblable à celui de sa mère. 
Dressés, les deux monuments feraient deux colosses, surtout 
avec la couronne ronde et les plumes droites, qui surmon- 
taient primitivement leur tète, et dont il subsiste quelques 
parties. Leurs figures, peintes en jaune et un peu communes 
d'expression, ont une bonhomie de géantes qui ne leur 
messied pas. 

Les autres cercueils de la même dynastie sont de dimen- 
sions moindres, quoique raisonnables. L'enduit blanc qui les 
couvre est coup*' de bandes jaunes croisées, sur lesquelles 
les noms et de courtes prières sont peints en noir. Le de- 
dans de la cuve est souvent noir, la figure est jaune et la 
coiffure noire ou bleue. 

La coiffure de Thotmès III parait néanmoins avoir été do- 



182 LE PUITS DE DEIR-EL-BAHARI 

rée; mais le coffre est tellement gratté et tailladé partout, 
qu'on ne peut guère se figurer ce qu'il a pu être. Celui de 
Thotmès I er , qui présente des traces de dorure et d'émaux, 
peut avoir été orné ainsi par son usurpateur, Pinedjem II, à 
l'époque duquel ce genre de décoration était usité. 

Le cercueil de Séti I er est blanc, assez long, sans autres 
inscriptions que les noms du roi, écrits à l'encre au-dessus 
de deux textes hiératiques de la XXI e dynastie, et il ne pré- 
sente rien d'original ou de frappant, tandis que celui de 
Ramsès II, fils de Séti I er , n'a pas son pareil dans la trou- 
vaille (pi. I et II). 

C'est un simple coffre en bois de grandeur ordinaire, en 
forme de momie, c'est-à-dire de corps enveloppé, et n'ayant 
guère quelques linéaments depeinturequ'à la tète et aux mains. 
La sévérité inattendue de ce bois nu ne fait que mieux ressor- 
tir l'apparence humaine et vivante de la sculpture. Le héros 
semble couché dans son manteau de guerre, prêt à se lever 
au premier coup de clairon. L'effet serait autre, mais plus 
grand peut-être, si, acceptant l'idée de résurrection que 
suggère le monument, on redressait cette simple statue de 
bois qui contient Sésostris sur un haut piédestal où il appa- 
raîtrait comme le génie de l'Egypte guerrière. 

Les doubles et triples coffres de la XXL dynastie, aux 
masques dorés ou bronzés, sont tout l'opposé de ce chef- 
d' œuvre, et l'ornementation les surcharge. Là, au dedans et 
au dehors, sur un vernis jaune qui sert de fond, papillotent 
toutes les couleurs de la palette égyptienne, en hiéroglyphes 
«•t eu divinités innombrables. Seuls, quelques cercueils à 
incrustations età émaux, comme celui de la reine Nedjem-t, 
varient l'impression par l'espèce de miroitement glacé qui 
les revêt. 

VI 

Aucun peuple n'a embelli ou du moins part' la mort 
comme les Egyptiens, et par suite on se sent presque ton- 



BlBL. ÉGYPTOL., T. XXXIV 



PL. I. 




COUVERCLE DU SARCOPHAGE DE RAMSÈS II 

D'après une photographie du Musée de Boulaq. 



BlBL. ÉGYPTOL., T. XXXIV. 



Pl. Il 




(Ti 



■S] 



en 
-s. - 






c s 



E3 



LE PUITS DE DEIR-EL-BAHARI 183 

jours tenté, en présence d'un sarcophage, de voir à nu la 
momie qui est dedans. 

C'est un désir qu'il faut perdre. Les têtes de la reine 
Nedjem-t et du roi Pinedjem II, ainsi que le corps tout en- 
tier de Thotmès III, déroulés par M. E. Brugsch en présence 
de l'école française, sont maintenant visibles, et montrent 
que la mort est toujours la mort, quoi qu'on fasse. Le vieux 
conquérant surtout, cassé en trois morceaux noirâtres, ap- 
paraît dans ses langes, comme un cadavre défiguré par 
quelque horrible maladie. 

Mariette ;i beau dire : il n'y a pas de belles momies, ou, 
en d'autres termes, plus une momie est belle dans son genre, 
plus elle est laide en réalité. Le mauvais embaumement ne 
donne qu'un bloc informe, tandis (pie l'embaumement par- 
fait accentue d<-> détails repoussants. Le nez ouvre deux 
trous sans fond, la bouche tire la langue de travers, les yeux 
sont crevés, les mains noires semblent des pattes, et l'en- 
semble a une apparence misérable, diminuée, desséchée, qui 
n'est ni d'un corps ni d'un squelette, mais qui représente 
quelque chose de hideusement intermédiaire, un corps ou 
un squelette contre nature, et, si l'on veut, une variété de 
l'un et de l'autre, le corps sans la chair et le squelette avec 
la peau. Ce qu'il y a de touchant clans la lutte inutile tentée 
contre la mort en Egypte no saurait pallier l'horreur défi- 
nitive du résultat. 

La science, qui dissèque les cadavres, ouvrira les momies. 
C'est son droit de rechercher, dans le passé aussi bien que 
dans le présent, tout ce que l'hérédité, les passions et les 
circonstances font du corps humain; mais, pour qui ne dé- 
roule pas les Pharaons, il y a quelque chose de plus agréable 
à voir que leur dépouille, c'est leur toilette. 

Rien de joli comme cette enveloppe faite d'une toile un 
peu jaunie (de la nuance nommée aujourd'hui couleur crème), 
sous un entrecroisement coquet de bandelettes roses. L'en- 
semble rappelle, si l'on peut dire, ces boîtes de bonbons 






184 LE PUITS DE DEIR-EL-BAHARI 

nouées de rubans qui s'offrent après un baptême, ou mieux, 
ces fiancées arabes que l'on promène encore clans les rues du 
Caire, et «pie l'on conduit à leurs fiancés entièrement voilées 
et masquées. 

Presque toutes les momies ainsi parées sont couvertes de 
guirlandes sèches et de lotus fanés qui ont traversé intacts 
des milliers d'années, et nulle part la suspension du temps, 
l'arrêt de la destruction ne sauraient se comprendre mieux 
qu'à la vue de ces fleurs immortelles sur ces corps éternisés. 
C'est bien là l'image d'un sommeil sans lin. Une momie 
pointant, celle d'Aménophis I er , dont un masque jaune aux 
yeux d'émail moule la ligure adolescente, semble, comme 
lasse du repos, s'éveiller en souriant dans son lit de fleurs. 

Ce gracieux tableau résume l'impression que laisse, au 
fond, la trouvaille de Deir-el-Baliari. A part quelques docu- 
ments précieux pour l'histoire de la XXI e dynastie et 
quelques prières sur toile qu'on a chance de trouver avec 
les momies de la XVIII'', il n'y a peut-être la matière nia 
de longues recherches ni à de grands résultats. L'intérêt de 
la découverte est ailleurs. Il est dans le coup de théâtre qui 
ramone suintement à la lumière nue assemblée de rois et 
<|iii nous l'ait toucher de si près des choses que Ion croyail 
si loin. Jl est aussi dans l'apparition de ce poétique entou- 
rage que l'Egypte savait donner a la mort, ci dans lequel 
s'encadrent encore, sons nos yeux, quelques-unes des traces 
ou des reliques les plus fugitivesde la vie, depuis le chasse- 
mouches de ThotmèSj trouvé dans son cercueil, jusqu'au 
sourire d'Aménophis. 

Le Caire, 6 août 1881. 



SUR 

DIFFERENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS' 



Les textes thebains dos tombes royales présentent cer- 
taines particularités, entre autres l'habitude de mentionner 
souvent deux fois, et avec variantes, les noms ou les sur- 
noms des personnages divins. En réunissant à ces exemple 
d'autres variantes moins directes que fournissent les mêmes 
textes, on peut grouper des renseignements assez nombreux 
sur les suffixes qui servent à tirer des substantifs ou des 
verbes, des noms d'agent, des ethniques ou des adjectifs, et 
qui n'ont le sens passif qu'en des cas a ssez rares, comme 
dans 8 (l^QfK variante de 8 fi ^\\ :l et \\ \ mas- 



culin, ', féminin, avec la signification de « l'immolé, 

_ û c^ 

le supplicié, la suppliciée ». 

Quelques-uns des noms ou surnoms, dont il s'agit, sont 
figurés en écriture secrète : i =Fp y a la valeur — *— , \T^ la va- 
leur (1 , K^ la valeur <=z>, et Igs^ ainsi que \\ la valeur 
vY Ces valeurs ont déjà été signalées par MM. Goodwin, 
Le Page Renouf et Maspero. En dehors de l'écriture 

1. Publié clans le Recueil de Travaux, 1883, t. IV, p. 5-11. — G. M. 

2. Chain pollion, Notices, t. II, p. 510, 

3. Ici., p. 593. 

4. Ici., p. 593. 

5. Id., p. 510. 



186 SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 

secrète, il sera encore utile de noter les variantes s=> pour 

pour "t" 1 , et A pour ^ ou s=>, 

w * 1 # w ' 

comme dans A ~ pour "™* ou A/Ws ™ et ~1 i )L 3 pour 

(Jim ■ iii iii NDq oKA ' 

D n . L'équivalence de fi et de ^ ou s=> se retrouve 
dans des textes analogues à ceux des tombes royales, ainsi 
le mot Q •=$=• ~ , du tombeau de Séti I er \ est écrit R *=$=* s=s | 
dans le passage correspondant, au papyrus publié par 
M. Lanzone. 

Il y a quatre divisions à faire parmi les variantes des 
noms dérivés que fournissent les textes des tombes royales : 

Ou le suffixe est supprimé, 

Ou il est exprimé par la lettre t, 

Ou il est exprimé par la lettre i pouvant se réunir au t, 

Ou il est exprimé par diverses combinaisons que caracté- 
rise la présence de la voyelle u. 



Suppression du suffixe 



A S 



Quelquefois le suffixe ne s'écrit pas, comme dans (I 

i 



pour \\ S (m ^ i ", dans <==> 3 1 pour i\[\\ dan 



j\ vu ■ <=^> in j\ 



'■ =nii'' d;,,,s lui | """' ^jim ■*•""" 



1. Champollion, Notices, t. I. p. 767. 

2. A/., t. II. ]». 526 et 597. 

3. /'/.. p. 594. 

1. Id., t. I, p. 782. 

5. Lanzone, Le Domicile il< , s Esprits, pi. II, 2 r registre. 

6. Champollion, Notices, t. I, p. 782. 

7. Denkmâler, III. 203, b, I. 23. 

8. Champollion, Notices. I . I. p. 75 I. 

9. Id., i, II, p. 585. 

10. Denkmâler, III. p. 79. 



SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 187 

analogue à <=^> <^\ \ et dans pour ^ w -, (1 (r analogue 

à Q ^wvna (l(j^\ etc. On remarquera dans les deux derniers 

exemples le redoublement de la consonne finale et l'on ren- 
contrera encore d'autres exemples du même genre, recon- 
naissables malgré l'absence de variantes immédiates comme 

AAAAAA AAAAAA ^ WWM p, r\ ^ 

\\ '', le frappeur, au féminin (1(1 <=> \\ '. 

Ces cas de redoublement ne sont ni assez nombreux, ni 
assez concluants pour qu'on puisse y voir avec certitude 
une manière d'exprimer le suffixe qui serait propre surtout 
aux mots en n, et qui se rapprocherait ainsi d'une termi- 
naison n entrevue par M. Maspero pour le suffixe des par- 
ticipes. On trouve au tombeau de Ramsès IV le mot 

~*§^cz^(|(] J)i\ ceux du pays de Mafek (l'Orient), 

pour j^ u l^âîM 7 ' et ' au sarc °P ha g e de Séti Ier - 

I If ^frv 1 *' ^ es con tempteurs, ceux qui mettent 

derrière eux ( / l 'W *|\ <© , d'après une phrase du 

contexte) : malheureusement le passage qui parle des Orien- 
taux est bien incorrect, et, sur le sarcophage de Séti I er , le 

doit être une erreur pour o, variante de *^% et de O 1 ', qui 



détermine dans le même texte les noms donnés aux ennemis 
ou aux mânes, comme (1(1^ V> i , c±3^è\(l(] (sic), 



1. Champollion, Notices, t. II, p. 42^. 

2. Id., t. I, p. 760. 

3. Id., t. II, p. 600. 

4. Id., t. I, p. 78.~i . 

5. Id., p. 789. 

6. Id., t. II, p. 641. 

7. Id., p. 639. 

8. Shai'pe et Bonomi, Le Sarcophage de Sèti I", 14, ç. 

9. Champollion, Notices, t. II, p. 518. 



188 SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 



y^i'> "li^oVl'. variante de U^ 

I, ., ,. , . ® O . • o . 

i : il y a encore la la variante *^=^_ ' pour^_ 

I ' û i m ' ^ i i i 



Emploi du T 

Quand le suffixe n'est pas vocalisé, tantôt il s'écrit par un 
simple tj au féminin, comme dans jj I pour fr \ orientale, 

et mémo au masculin, comme dans ^_ <=> pour , dans 



ra^|\ ra€\ Q yf pour _ v\ (sic) 7 , le rugissant, mot 

analogue à _t|(] s ; et dans : J Jl pour ,J (cf. la 

forme , e/^- c ^ u P ronom relatif, au pluriel 10 , et ^=^_ 

pour ^ °~, — »— pour J^o, etc.) ; tantôt les deux i remplacent 
la terminaison it pour le féminin et la terminaison U pour 
les deux genres comme dans r\ ^c , l'adoratrice 1 1 , mot 

écrit ailleurs ^ (1(1 ^ u ; dans P<wwv\ Il , nom d'un dieu 

dont la forme féminine est |^ww> J 0(] Q,:l 5 dans 



5 co^, 



1. Sarcophage de Sêti I", 1*1, c. 

2. /'/.. b. 

3. Charapollion, Notices, t. II. p, 518. 

4. /'/., '/"'/. 

5. Sarcophage de Sèti 1", 15, c. 

fi. Champollion, Notices, t. II. p. l~s. 

7. /^/..t. I, p. 440. 

8. /'/.. t. II. p. 600. 

ï). Denkmâler, III, 113; cf. Notices, t. 1. p. 138, el Sarcophage deTaho 

10. Champollion, Notices, t. II. p. 645, 653 el 657; Lepsius, Denk- 
màler,Vl, 115, b, 1. 1 à 4. 

11. Champollion, Notices, l. II. p. 568. 

12. /'/., }». 588. 

13. Jtf., p. 574 et 575. 
11. Id., p. 510. 



SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 189 



û 



1 , au sarcophage de T'aho 



cl 






w 



, le divin ; et 



, qui esl la transcription en écriture secrète 

du nom féminin ^û^|r, nesu-t, écrit ailleurs *— * © 

) i\ ', lignée ; on trou 



jjl 3 , l'ignée ; on trouve aussi le nom de déesse 
qui équivaut à ^ j^'. 



Emploi de lV 



Tantôt le suffixe se présente dans ce cas sous sa forme la 
plus simple (1, par exemple dans (1 *u^_ (K variantes (]k^.\\ 

et (j k^=_1k\ \ au sarcophage de T'alio (1 r> ; dans 

celui delà flèche, mot qui équivaut pour le sens à 
'•', l'archer, le sagittaire, etc. 



izxa 

U s 



W 



ou 



W 



Tantôt i varie avec il au féminin, et avec itl , comme dans : 
(](]' u , nom de criocéphale, écrit ailleurs (£ 11 dans 



Denhmâler, III, 113. 

Champollion, Notices, t. II, p. 529. 

Id., p. 591. 

Sarcophage de Sèti I", 9, a. 

Champollion, Notices, t. I, p. 828. 

W., p. 438. 

Denkmàler, III, 113. 

Champollion, Notices, t. I,p. 784; cf. Brugsch, Zeitsclœift, 1880, 



Champollion. Notices, t. I, 

. /</., t. II, p. 542. 

. A/., p. 506. 

. Ztf., p. 527. 

. 7t/., t. I, p. 799. 



r86. 



190 SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 

pour ^ (]()~' et [l]*iy(l pour (IJ^-. 

noms féminins; dans £3%(l(| I 1 pour £4^ °111^jf' 
et dans >|\ ûfl ^ ' pour <=>|\ SC^g J' ; , le pieu- 



$* 



reur, mot dans lequel, comme dans J J 



/wwv\ /www 



w 
7 , apparaît une forme en iti, née sans doute du 

besoin de distinguer le suffixe en i des terminaisons qui, 
féminines ou non, ont persisté dans certaines finales en e ou 
en i du copte. 

Tantôt, dans les noms pouvant s'écrire par un seul syl la- 
bique, la réduplication du signe remplace la finale ti\ 
comme dans 1 II pour I hfr, celui qui parle, plutôt que la 

double parole; dans I pour J ,0 , celui du vête- 

À À À À /WVW\ r> ÀA 

ment, plutôt que le double vêtement, <$ au sarcophage 



cwww c^ 



de T'aho ; dans pour ", le dominant, plutôt que le 

double maître: dans r r [ c^t: H H , pour r nm | et 



CTZ1 



•elui du séjour du dieu ou des dieux plutôt que 
le double séjour du dieu ou des dieux (on remarquera que 
le déterminât! f crm n'est pas redoublé); dans i] n i||] [)})l| pour 



1. Champollion, Notices, t. I. p. 800. 

2. Id., p. 800. 

:!. Sarcophage de Sèti I", 1 I, c. 

4. Champollion, Notices, t. II, ]). 518. 

5. Id., t. I, p. 754. 

6. Denkmaler, III, 203, h. 1. 29. 

7. Id., III, 204, 1. 72. 

8. Cf. K. Piebl, Zeitschrift, 1879, p. 145, et Naville, id., 1880, p. 21 
-i 25. 

9. Champollion, Notices, t. I. p. 439. 
Kl. /(/.. p. 777. 

11. />/., ibid. 

12. /</., p. 777 et 778. 



SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 191 

000 i (avec un seul déterminatif aussi), celui de la cam- 



\\ I 



pagne plutôt que la double campagne, et dans " ç ^^^, le 

guide, plutôt que le double guide" : (dans | pour | 
ouï] ', MM. Naville et Piehl voient de même le dieu 
local et non le dieu des deux régions). Le redoublement du 
déterminatif parait avoir eu, au moins quelquefois, la même 
valeur que le redoublement du syllabique, comme dans 

^ o ^"^1= ^ pour ^ ^ " j^ , le vipérin, plutôt 

que la double vipère*. 

Tantôt enfin, it varie avec ti, au féminin, comme dans 
^^^tP^X^J 2= pour —*— (1(1 5 ; et ti varie avec iti, comme 

d,ms .Mil-* p° ur i!uCâ ' " "' oubien avec 



ti-i, comme dans : -J-JnT P our ' ( 1 LU équivaut à 

-'■^iL.l.lr. La forme merti-i au masculin n'a rien d'invrai- 
semblable, car il existe un féminin qui pourrait lui corres- 
pondre, ïï y^UO u '> l'Infernale, si l'on veut lire ce mot 
ament-i-it. On remarquera toutefois que, dans ces deux 
derniers cas, Mil pouvait n'être aussi qu'un simple redouble- 
ment graphique, analogue à d'autres phénomènes de redou- 
blement signalés par M. de Rougé. Bai ce qui concerne la 
combinaison \\ 0(1 , M de Rougé lit haiet non hai-i ' ' le groupe 

1. Champollion, Notices, t. I, p. 77'.'. 

2. Ici., p. 788. 

3. Zeitsehrift,lS80, p.25-26et 05; cf. Champollion, Notices, 1. 1. p. 440. 

4. Champollion, Notices, t. II. p. 5*27. 

5. Ici, p. 529. 

6. Ici., t. I, p. 406. 

7. Ici, t. II, p. 628. 

8. Ici., p. 614. 

9. Ici., p. 629. 

10. Sarcophage de Sèti /" r , pi. 9,.b, et Champollion, Not., t. II. p. 537. 

11. Chrestomathie, 3" fascicule, p. 84. 



192 SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 

ra"v\ (](] , ai et non ail le groupe 0(1(1 \ etc., et de 

même ^, % M ' 2 ou ri ° (] (j ffl ' , variantes de -^ ' ou 

de V Iflûfl i \ suggèrent les lectures semlti et nebuî, plutôt 
que les lectures semuiiet nebuii. D'un autre côté, quand le 
syllabique "Î^X ou *K\ , ti, intervient comme marque du 
suffixe, il peut être accompagné soit par l'un de ses complé- 
ments phonétiques, le t ou 17, soit par tous les deux; on 

/WW\A I 

trouve en conséquence le t complémentaire dans %=> i\ ceux 

qui sont, ^ \\ ^tvi 7 , les iustes, variante ^ Jr !'\ 
1 o .m ÎLÏ i ' o \\ vil i 

f J^\''' variante f J"'"' les 0rientaux > et ft^j"- les 
Occidentaux, mot analogue à fî^. J) ,â - On trouve 17' com- 
plémentaire, par contre, des \\ ^H^^)" 011 H 



AAfflM 



(](](£> J) 14 ; et enfin on trouve les deux lettres dans (1 e>(](| 
\^i".fl Q ^.l'habitant", pour (ffl) ^".^ 



1. Chrestomathie, 2 e fascicule, p. 101). 

2. Champollion, Notices, t. II. p. 583. 

3. /t/., p. 028. 

4. /</.. p. 583. 

5. /t/.. p. 614. 

(i. Sarcophage de Sèti /", 14, a. 

7. W., 6, c. 

-s. /(/., ibid. 

9. Champollion, Notices, t. Il, p. 5IÎ8. 

lu. Sarcophage de Sèti I", 9, a. 

11. /t/., 6, B. 

12. Champollion, Notices, t. II, p. 641. 

13. /</.. p. 499. 
l I. /</., p. 500. 

15. Denkmàler, 111. 303, b, 1. 5. 

16. Champollion, Notices, t. I, p. 784. 

17. A/., p. ti07, etc. 



SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 193 

i ' , *~ V\ Mes ennemis, etc. Dans le Papyrus de 

i <=> j^ iii 

Turin qui reproduit l'un des textes des tombes royales, le nom 
de l'Amenti est écrit ft*%\ ', et \ ^ f^^ '. Ces obser- 

vations montrent qu'il faut lire ti et non ai le suffixe ^fc^Ul] 
signalé par M. de Rougé\ et qu'il n'est pas nécessaire de 
chercher une distinction entre des mots, comme (J S (1 V\ y> » 

° c ^ 8 U û ^ y "^ > P ar exemple, et leurs variantes : (I S OU 

vè\ aw^ | et ««s R l\l\ X> 2S£S\ L'on conclura donc, en der- 
-H /www i Ail _ZT I I I * v -~\_ oy ^ 

nier lieu, qu'il y a beaucoup de chances pour que (I (I 

soit mer-ti, et ft^\ (](] Amen-Ut. 



Emploi de l'U 

Quand les noms d'agent prennent la finale u dans laquelle 
M. de Rougé 7 a déjà vu un véritable suffixe du participe, 
d'après un exemple à la vérité peu concluant, il se présente 
des cas assez variés. 

Tantôt Vu est seul, comme dans le nom d'un ibiocéphale, 
V> s=^ [) \>^ "', mot analogue à "y\~" (l(l *1 ", le porteur, 

dans v\cr^=v\, le lanceur, — *- y> 1 °> l* 3 repousseur, etc., 
noms qui, au nombre de six, en accompagnent six autres du 

1. Charupollion, Notices, t. I, p. 592. 

2. Id., p. 787. 

3. Lanzone, Le Domicile des Esprits, pi. 9, 1. 52. 

4. Id., pi. 10, 1. 68. 

5. Chrestomathie, 2 e fascicule, p. 35. 

6. Lanzone, Le Domicile des Esprits, pi. 2, 3 e registre. 

7. Chrestomathie, 2 e fascicule, p. 83. 

8. Champollion, Notices, t. I, p. 767. 

9. Id., t. II, p. 621. 

10. Id., t. I, p. 784 et 785. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 13 



194 SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 

même genre, dont un sans suffixe, deux avec suffixe en a, 
deux avec suffixe en ti, et un avec redoublement de la 
dernière consonne radicale, , le frappeur 1 . Une 

série analogue 2 , composée de treize noms, en a deux sans 
suffixe, un avec suffixe en a, un avec suffixe en ti, rendu 
par le redoublement du syllabique, un avec suffixe en ti (au 

moins à ce qu'il semble), rendu par l'hiéroglyphe *gv , un 
avec redoublement du o final, et quatre avec finale en \\, 
parmi lesquels ^E= %, le preneur (cf. *™ M, l'éclaireur 3 ). 
Tantôt le suffixe i ou ti est précédé par la lettre u, comme 
dans ^^ t\ \\ \ celui du sceptre, mot dont la forme 

a — D\_B^_zr\\ k\\\\ 

féminine paraît être ]U(J Q '> et dont la racine est djam-t, 

au pluriel ""1 v\ ^^w\ 11 6 ; comme dans ser-uti, variante de 
ser-i, déjà cité 7 , et comme dans <z=> y |\ y>(j(I yC>* pour 
rem-i 9 ou rem-i-ti 1 °, au féminin rem-it " , de la racine 



laquelle, sans le suffixe, suffit à rendre l'idée de pleureur. 
Tantôt Vu figure après le suffixe en i ou en ti, comme 

dans "kllS^Th mot analogue a S£ Vfch 



1. Cbampollion, Notices, t. I. p. 785. 

2. A/., p. 788 à 790. 

3. Id., p. 429. 

I. Id., p. 780. 
5. Id., p. 784. 
G. Id., p. 778. 

7. Id., t. II. |». 506 et 542. 

8. Id., t. I. p. 755. 

9. Id., p. 754. 

10. Denkmâler, III, 203, b, 1. 29. 

II. Id., III. 79. 

12. Champollion, Notices, t. II. p. 678. 

13. Id., i. I. p. 753. 

1 1. Sarcophage </<■ Sèti 1 ", 4, i . 



SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 195 

les morts, dans : o jj J \\ %l^ s w) ''' va " ante a J] j 

i 2 , de la racine abeb-t, pique, au pluriel- a ] 



\\ 



Î^SIIi 



ÛÛ^X 3 , dans : \\> Q 6 , variante probable de S S M ° J5 7 , 

dans : ^J(](j^^ s , pluriel a J (j (j j \ etc. 

On remarquera l'analogie des désinences u, ui et iu, qui 
sont masculines, avec les désinences plurielles du masculin, 
lesquelles ne sont pas toujo urs accompagnées du détermi- 
natif i , par exemple dans s=> ^è\ du papyrus publié par 

M. Lanzone 10 , variante de — » 



i du tombeau 

deSétiI er1 \dans^(j(j^ , ' 2 ) variantede^(](j^| 1, .etdaiis 

>k ll[l yV *, variante de ic [1(1 1 1 % pour le pluriel en u et en m; 

enfin dans ^-^ ^o (](] 1 \ les guides, dans - L- ,7 , habitants, 
(accompagnant, il est vrai, un substantif), mot écrit aussi 



1. Champollion, Notices, t. II, p. 521. 

2. Sarcophage de Séti I'\ 12, b. 

3. Id., 12, b, et Champollion, Notices, t. II, p. 522. 

4. /rf., t. I, p. 755. 

5. Id., p. 428. 

6. Id., p. 428. 

7. Denkmàler, III, 203, 6, 74. 

8. Champollion, Notices, t. II, p. 515. 

9. Id., p. 515. 

10. PL 2, 3 e registre. 

11. Champollion. Notices, t. I, p. 785. 

12. Id., t. II, p. 517. 

13. Sarcophage de Sèti I", 14, a. 

14. Champollion, Notices, t. II, p. 534. 

15. Sarcophage de Sètil", 11, b. 

16. Champollion, Notices, t. Il, p. 583. 

17. Id., p. 513. 



190 SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 

i, n n tk i, . -, en d 



(] - -^n w V\ i ' pour \\ - -v\ i ' et dans (j h , variante de 

Dgll^Kr', pour le pluriel en wï correspondant aux 

pluriels coptes en otti et o-ye. 

L'expression du pluriel est moins visible encore dans 
v\ i , les ennemis, dans -f^ \ ceux qui sont, et dans 

ïï ïSk'''' ^ es Occidentaux, ce qui pourrait expliquer pourquoi 
le surnom de Khen-ament d'Osiris, sous sa forme habituelle 
de Khent-amenti ou Khenti-amenti, est écrit tantôt avec la 

marque du pluriel \\\\\ (I i i i 



/WWV\ \\ 1 /WW\A [j£j*J /WW» _C£\S lO O P^ I 

pour TT ^ ' e ^ flTh f ^ 10 , tantôt sans la marque du pluriel 

*WW\A o ^n O /WWW (\ . u i n ii n i, cj .-. 

1. J^"' il » IZ^ïfh "*«• éprise 
comme un singulier, l'expression Khenti-Amenti paraît avoir 
donné naissance à deux personnages divins du tombeau de 

-<2>- m Q l] f"™^ ^ 

RamsèsVI, rv riïh (I , Osiris qui est dans l'Ament, 

— u— u— \ \ I AA/WV\ 1 1 

e ^ ^J ir <N-> ' l'Amenti qui est avec Osiris 13 . 

L'absence assez fréquente de la marque déterminative du 
pluriel fera reconnaître des pluriels véritables dans certains 
singuliers des tombes royales. Ainsi, dans la Litanie du 

1. Lanzone, Le Domicile des Esprits, pi. 1. 3 e registre. 

2. Champollion, Notices, t. I, p. 7~ ( .'. 
:!. Sarcophage de Sèti I", 14, b. 

I. Champollion, Notices, t. II, p. 41)1) et 545; cf. Grébaut, Hymne à 
A mmon-Ra, p. 2G. 

5. Champollion, Notices, t. II, p. 500. 

ii. ld., p. 646. 

7. ld., p. 601. 

8. ld.. p. 533. 

9. Sarcophage de Sèti /", 11. a. 

10. Papyrus sans nom du Louvre, 1" texte. 

II. Champollion, Notices, t. II. p. 193. 

12. ld., 500; cf. Denkmaler, II, 81, 98, etc. 

13. Champollion, Notices, t. II, p. 514. 






SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 197 

Soleil, où soixante-quinze formes de Ra sont successivement 
adorées, quelques-unes d'entre elles représentent des groupes 
de personnages réunis sous une seule dénomination, laquelle 
correspond à l'un des aspects du dieu : trois momies, par 

exemple, les Aat, sont appelées - — û (](] vV dans le tableau, 

et dans la légende \\ <^> v\ <&< 7) - ou V\ <: =^ :, 

y < ^* ï J|- Dans le dernier exemple, le nom des Aat-u 
n'éveille plus que l'idée d'un personnage unique et la voyelle 
u y est le seul reste du pluriel primitif. On remarquera 
encore l'unification des Veilleurs, trois momies allongées dont 
les pieds touchent à un disque, et dont le nom est ^^ on 

dans le tableau 4 : le texte en fait Yurshi-u ^^r-rc-i 

Jn\ On retrouvera de même les suppliciés dans le 

mot ^aaa(1 r^^nnv^^ déterminé par un seul personnage", 

et les pleureurs dans le mot [j'vx^z^ J(](j "y^^J) 7 - Les 

urshi-u et les aakebi-u sont représentés par groupes de 
quatre personnages isolés au tombeau de Ramsès VF : il y a 
même là quatre aakebi-u, hommes, et quatre akebi-t-u, 

femmes. Quant aux neki-u, leur séjour, r /ww« (1 ^3^ 

SS V^à 1 " est ment i° nn é sur un texte appartenant aux 
tombes royales. En dehors des Litanies solaires, un des 
noms cités plus haut, Kebi-u, accompagne un groupe de 

1. Champollion, Notices, t. I, p. 428. 

2. Ici., p. 754. 

3. Dcnkrnàler, III, 203, b, 1. 23. 

4. Champollion, Notices, t. I, p. 779. 

5. Denkmâler, III, 203, b, 1. 67. 

6. Champollion, Notices, t. I, p. 429. 

7. Ici., p. 755. 

8. Ici., t. II, p. 623 et 629; cf. Sarcophage de Sèti I er , 10, c, et 9, c. 

9. Cf. Papyrus sans nom du Louvre, premier chapitre, 1. 22. 



198 SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 

quatre hommes renversés, \qa \ (111^^, le (1 ^, s==> (1 (] @ > I e 
@ et le <=> (1(1 <5 1 : l'analogie donne à penser qu'il y a 



là encore des collectifs, d'autant plus que, dans u n aut re 
groupe de quatre personnages, chacun d'eux est dit . J 
\\\[ au pluriel. 

Faut-il voir aussi des pluriels dans certains des autres 
noms d'agent en u, déjà mentionnés, comme utes-u, khesef- 
u, shep-u, etc. ? 11 est difficile de le dire, et de savoir jus- 
qu'à quel point les observations précédentes peuvent être 
étendues dans le domaine des textes appartenant aux tombes 
royales, ou dans le domaine des autres testes. Il suffira, pour 
le moment, d'avoir noté plusieurs points qui ne sont pas 
douteux. 

Les noms cités jusqu'ici dans ce paragraphe sont mas- 
culins : au féminin Vu ne parait subsister ni pour le singulier, 
car on n'en trouve pas d'exemples, ni pour le pluriel, car on 

a alors seulement des formes comme°w° (1(1 , féminin de 
passage du Papyrus sans nom du Louvre 4 ), féminin de 



-m\ 



/WAW , W_ 



" «ai \ fé- 

i i i s=> ^ III 



mininde 8 ou s=> \\ 9 et 

<2 I I I A/WWV Ji i i i 



i i i 



I. Champollion, Notices, t. II, p. 515. 
■2. Id., p. 500 et 501. 

:!. Sarcophage de Sètil", 12, b, et 13, c. 

4. Premier chapitre, 1. 9. 

5. Champollion, Notices, t. II, p. 5:>0. 
fi. /ri., ibid. 

7. Sarcophage de Sèti /", 9, c 

8. Champollion, Notices, t. I. p. 538. 

9. Sarcophage de Sèti I", 10, c 

10. Id., 7, c' 

I I. Champollion, Notices, f. II, p. 640. 



SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 199 

s) 



(celles) qui sont dans, etc. Dans le mot féminin ^k ^4 

', remorqueuses, le signe (? est un déterminatif et non 

la lettre u. Quant aux mots sem-u et sem-ui 2 , qui ont été 
cités plus haut et qui désignent des déesses, leur apparence 
masculine parait avoir sa raison d'être dans ce fait, que les 
personnages indiqués sont appelés Akhemu-Seku par un 
papyrus du Louvre qui reproduit la même série 1 : les 
Akhemu-Seku, qui, partout ailleurs, sont des dieux, auront 
été remplacés par des déesses sans qu'on ait songé à modi- 
fier complètement, dans ce sens, la légende explicative. Au 



féminin pluriel, le mot guide est en égyptien ^^^ ' et 
au féminin singulier _^ fl <] » ^. (1 (] (1 ^ ^ "' • 



Récapitulation 

En ajoutant à ces exemples les formes pour lesquelles il 
n'existe pas de variantes, comme » M z=> 3 " (cf. w (](r) 
pour le masculin, et  J s=> s pour le féminin, on obtien- 
dra le tableau suivant, dont la composition montre que les 
différentes expressions du suffixe n'ont aucune répugnance 
à s'échanger entre elles, puisqu'on a, pour le mot pleureur, 
par exemple, (rem), rem-i, rem-i-ti, rem-u-i-ti, etc. 



1. Sarcophage de Sàti I", 11, c. 

2. Champollion, Notices, t. II, p. 583. 

3. Dëvéria, Catalogue des mss, égyptiens du Musée du Louvre, p. 41. 

4. Sarcophage de Sêti I", 11, c. 

5. Id., 11, b, et Champollion, Notices, t. II, p. 578. 

6. Champollion, Notices, t. II, p. 578 et ô87. 

7. Id., t. I, p. 429. 

8. Id., t. II, p. 595. 



200 SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 



MASCULIN 


FEMININ 


t 




t 


tt 




U 


a 




» 


i 




i 


u 




u 


u-i 




Li-i-i 


i-u 




)) 


a 




\ tu 


i-ti 




n 


ti-i 




ti-it 


u-i- 


■ti 


)) 


i-u- 


■ti 


» 



Dans ce tableau, le t simple ou double du masculin est une 
abréviation évidente pour ti, comme l'indiquent les variantes, 
ce qui montre que it masculin équivaut à iti; le t et Xi du 
féminin sont de même des expressions régulièrement in- 
complètes de la syllabe it; enfin les formes ti-i pour le 
masculin et ti-it, u, ui-i pour le féminin sont douteuses. Si 
l'on considère, de plus, le rôle de Vu comme n'ayant pas été 
analysé encore d'une manière suffisante, il restera seulement : 



MASCULIN 


FÉMININ 


a, i 


it 


ti 

iti 


( ti 
j tt 

( tit. 



Et maintenant, puisque plusieurs variantes sonl purement 
graphiques, il reste encore à savoir si, dans le tableau final, 
les formes ti <•( tit ne sont pas de ce genre, l'une avec la 
valeur U que lui attribue M. Piehl 1 , l'autre avec la valeur 

1. Zeitsckrift, 1879, p. 143. 



SUR DIFFÉRENTES FORMES DES MOTS DÉRIVÉS 201 

tit que M. Maspero' penche à lui donner. De plus, le rôle du 
t dans ti n'étant pas précisé, et la fonction de Yi dans i-ti ne 
paraissant pas mieux déterminée que celle de Yu en général 
(car i et u peuvent ne figurer, dans certains cas du moins, 
que comme allongement du radical ou comme voyelle de 
liaison), on se retrouve ainsi, au point de vue de la certitude, 
en présence des deux suffixes fondamentaux, i pour le mas- 
culin et it pour le féminin, tandis que les autres suffixes 
offrent des problèmes qui demeurent difficiles à résoudre, 
dans l'état actuel de la science. Pour difficiles que soient ces 
problèmes, il ne faut pas moins chercher à en réunir les 
éléments d'après les différents groupes de textes, car c'est là 
le point de départ d'une solution, et ceci justifiera jusqu'à 
un certain point la méthode employée dans le présent tra- 
vail, qui a pour but de décrire, plutôt que d'expliquer. 

Le Caire, mai 1881. 
1. Zeitschrift, 1880, p. 44. 



UN 

CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 1 



i 

La légende dont la traduction suit occupe une partie de 
l'un des papyrus de Turin fac-similés par M. Rossi, et pu- 
bliés par M. Pleyte, àLeide, de 1869 à 1876 (pi. 31, 77 et 
131-138.) 

L'écriture du papyrus présente le type de la bonne 
époque, et M. Pleyte le croit de la XX e dynastie. L'écri- 
ture du verso semble d'un autre scribe que celle du recto : 
de plus, le commencement et la fin du recto manquent, 
tandis que le verso, qui n'a pas son commencement non 
plus, a conservé sa fin, comme l'indique la formule, c'est 
bien fini, heureusement. Les deux côtés contiennent chacun 
quatre pages entières et une moitié de page : c'est leur der- 
nière page qui est fragmentée. 

Le papyrus est une collection de formules magiques, 
ayant pour but de conjurer l'effet de la morsure des ser- 
pents. La légende étudiée ici en forme de beaucoup la par- 
tie la plus considérable, car elle occupe tout le recto, depuis 
la 12 e ligne de la l re page jusqu'à la 5 e ligne de la 4" page : 
elle ne présente pas de lacunes réelles. 

I. Publié dans la Zeitschrift fur œgyptische Sprache, 1883, p. 27-33. 



204 UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 

Le fac-similé parait suffisamment exact, bien que quelques 
mots soient peut-être moins distincts dans la publication 
qu'ils ne l'étaient sur la copie de M. Rossi, suivantM. Pleyte 
(p. 180). Il y a lieu d'accorder, pour les passages difficiles, 
une certaine confiance aux lectures de M. Pleyte, qui avait 
sous les yeux la copie de M. Rossi, et dont la sagacité de 
déchiffrement a été d'ailleurs remarquée par M. Chabas. 

M. Pleyte a transcrit et traduit les textes publiés par lui, 
mais, pour être mené à bonne fin, ce travail ne pouvait être 
que sommaire, eu égard au nombre et à l'état des papyrus. 
L'essai de M. Pleyte donne à peu près l'impression que pro- 
duit une première lecture, et, sous ce rapport, son utilité 
est grande: il épargne bien des tâtonnements qui seraient 
inévitables en présence de textes hiératiques, pour la plu- 
part fragmentés, dont il faudrait déterminer la nature et le 
sens. 

Telle qu'elle est, néanmoins, cette sorte'd'ébauche ne 
saurait dispenser d'études plus complètes, ce que l'on com- 
prendra sans peine si l'on compare, pour le Conte du Jardin 
des Fleurs, par exemple, la traduction de M. Chabas à celle 
de M. Pleyte. 

La légende du papyrus magique demandait aussi à être 
interprétée de nouveau, car le vrai sens en avait échappé au 
savant éditeur. 

Il 

PI. CXXXl 

L. 12-13 Chapitre du dieu divin, existant par lui-même, 

auteur du ciel, de la terre, de l'air vital, du feu, 
des dieux, des hommes, des fauves, des troupeaux, 
des reptiles, des oiseaux et des poissons, 
le roi des hommes et des dieux réunis, 

L. 14 dont les siècles sont les années, 

aux nombreux noms, qui ne sont pas connus 
et que ne connaissent pas les dieux. 



UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 205 

Or, Isis était une femme 
pi. cxxxn habile (en) paroles, son cœur était dégoûté 
L. 1 du monde des hommes, elle préférait le monde des 

[dieux, 

elle estimait (mieux) le monde des esprits. 

Ne pouvait-elle pas, au ciel et sur la terre, de 

même que Ra, 

posséder la terre et (être) déesse, 

pensait-elle en son cœur, 
L. 2 par le moyen du nom du dieu auguste? 

Or, Ra venait chaque jour 

.à la tête de ses nochers, 

installé sur le trône du double horizon. 

Le dieu avait vieilli ; la bouche lui gouttait, 
L. 3 la salive lui coulait vers la terre, 

et ce qu'il bavait tombait sur le sol. 

Isis pétrit cela de sa main : 

avec de la terre et ce qui était dessus, 
L. 4 elle en composa un serpent sacré; 

elle le fit en forme de dard. 

Il ne marcha pas dressé devant elle : 

elle le laissa couché sur la route 

par laquelle le dieu grand passait, 
L. 5 suivant le désir de son cœur, dans son double 

[royaume. 

Le dieu auguste parut au dehors 

Les dieux compagnons de (ce) pharaon, V. S. F., 

[à sa suite : 

il se traînait comme chaque jour. 

Le serpent sacré le mordit : 

la flamme de vie sortie de lui-même 
L. 6 dompta celui qui réside dans la (forêt de) cèdres. 

Le dieu divin ouvrit la bouche, 

et le cri de sa Majesté, V. S. F., monta jusqu'au 

[ciel. 



206 UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 

Son cycle divin de (dire) : « Qu'est-ce que c'est ? » 

et ses dieux de (dire) : a Quoi donc? » 
L. 7 II ne trouva pas (la possibilité) de répondre sur cela. 

Ses mâchoires claquaient, 

tous ses membres frissonnaient ; 

le venin s'emparait de sa chair 
L. 8 comme le Nil s'empare de son domaine. 

Le dieu grand raffermit son cœur, 

il cria à ses compagnons : 

« Allons, à moi ! enfants de mes membres, 

dieux sortis de moi ! 

Expliquez cela à Khepra. 
L. 9 Quelque chose de douloureux m'a transpercé; 

mon cœur a perçu cela, et mes yeux ne l'ont pas vu, 

ma main ne l'a pas causé ; 

je n'ai connaissance de personne qui me l'a fait. 

Je n'ai pas senti de douleur comme celle-là : 
L. 10 il n'y a pas de mal au-dessus. 

Je suis le chef, fils du chef, 

l'émanation issue de Dieu; 

je suis le grand, fils du grand, 

mon père a médité mon nom ; 

je suis le myrionyme, 

le multiforme, 
L. 11 mon être existe en chaque dieu. 

Acclamé par Tum et Horus les Nomenclateurs, 

mon nom a été dit par mon père et par ma mère, 

(puis) il a été caché dans mon sein par qui m'a en- 
gendré, 
L. 12 afin de ne pas laisser être le maître l'enchanteur 

[qui m'enchanterait. 

j'étais sorti dehors pour voir ce que j'ai créé, 

j'allais par les deux royaumes que j'ai faits, 
L. 13 quand quelque chose (m')a piqué que je ne con- 
fiais pas : 



UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 207 

Est-ce du feu? 
Est-ce de l'eau ? 
Mon cœur est un brasier, 
Mes chairs tremblent, 
L. 14 tous mus membres éprouvent les elîets d'un frisson 

[terrible. 
Qu'on m'amène les fils des dieux, 
aux paroles bienfaisantes, 
qui connaissent leur bouche, 
et dont l'influence atteint le ciel. » 

PI. CXXXIII 

L. 1 Chaque fils divin vint à lui en se lamentant ; 

Isis vint avec ses sortilèges, 

sa bouche (pleine) de souffles de vie, 

ses formules pour détruire les maux, 
L. 2 et ses paroles vivifiant les gosiers morts. 

Elle dit : « Qu'est-ce que c'est, père divin? 

Quoi donc? Un serpent a répandu les maux en toi, 

un que tu as créé a dressé sa tête contre toi ? 
L. 3 Oh ! il sera renversé par des charmes efficaces, 

je le ferai reculer à la vue de tes rayons. » 

Le dieu saint ouvrit la bouche : 

« Moi, je passais sur le chemin, 

j'allais par les deux royaumes de ma terre, 
L. 4 selon le désir de mon cœur, pour voir ce que j'ai 

[créé : 

je fus piqué par un serpent, sans l'avoir vu. 

Est-ce du feu ? 

Est-ce de l'eau ? 

Je suis plus froid que l'eau, 

Je suis plus brûlant que le feu. 
L. 5 Tous mes membres sont en sueur, 

je suis tremblant, mon œil est sans force, 

je ne distingue plus le ciel, 



208 UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 

l'eau monte à ma face comme dans la saison de l'été. » 
L. 6 Isis dit à Ra : 

« Oh ! dis-moi ton nom, père divin. 

Celui-là vivra qui sera délivré par son nom. » 

« J'ai fait le ciel et la terre, arrangé les montagnes, 

et créé les êtres qui sont dessus ; 
L. 7 j'ai fait l'eau, créé le grand abîme, 

et fait le Taureau-de-sa-mère, 

auteur de la jouissance ; 

j'ai fait le ciel, et voilé les deux horizons, 
L. 8 j'ai placé l'âme des dieux dedans; 

je suis celui qui, s'il ouvre les yeux, produit la lu- 

[mière, 

et qui, s'il ferme les yeux, produit les ténèbres; 

l'eau du Nil monte quand il l'ordonne, 
L. 9 et les dieux ne connaissent pas son nom ; 

je fais les heures et produis les jours, 

j'envoie les fêtes de l'année et crée les inondations, 

je produis le feu vivant 
L. 10 pour purifier les maisons. 

Je suis Khepra le matin, Ra à midi, 

et Tum le soir. » 

Le venin n'était pas chassé, il progressait, 
L. 11 et le dieu grand ne marchait plus. 

Isis dit à Ra : 

« Ce n'est pas ton nom, rénumération que tu m'as 

[faite; 

oh ! dis-le-moi, et le venin sortira. 

Celui-là vivra dont le nom sera révélé. » 
L. 12 Le venin brûlait comme du feu ; 

il était plus fort que flamme et que fournaise. 

La Majesté de Ra dit : 

« Je consens à être fouillé par Isis, 

(et à ce que) mon nom passe de mon sein dans son 

[sein. » 



UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 209 

L. 13 Le dieu se cacha pour les dieux : 

large était la place dans la barque des millions 

[d'années. 

Quand vint le moment de la sortie du cœur, 

elle dit à (son) fils Horus : 

« Qu'il s'engage par un serment divin 
L. 14 (à) livrer ses deux yeux ». 

Le dieu grand son nom lui fut enlevé, 

et Isis, la grande magicienne, (dit) : 

« Coulez, poisons, sortez de Ra ! 

PI. XXI, LXXVII 

L. 1 Œil d'Horus, sors du dieu ! Resplendis hors de sa 

[bouche ! 

Moi, j'agis, 

Moi, j'envoie tomber sur la terre le venin dompté, 

car le nom du dieu grand lui a été enlevé. 

Ra, qu'il vive ! 

Que le venin meure, au contraire ! 
L. 2 Un tel, fils d'une telle, qu'il vive! 

Que le venin meure, au contraire ! » 

(C'est) ce qu'a dit Isis, la grande, la régente des 

[dieux, 

Celle qui connaît Ra (par) son propre nom. 

Paroles à dire sur 

L. 3 une image de Tum et d'Horus les Nomenclateurs, 
sur une représentation d'Isis 
et sur une image d'Horus. 
Ecrit à mettre dans (une dissolution) avalée par la 

L. 4 personne. On le fait pareillement sur un morceau 
de vrai lin mis à son cou. C'est un remède efficace. 
On fait une potion avec de la bière ou du vin (pour 
être) bue par la personne que le mal (tient). C'est 

L. 5 la destruction du venin, parfaitement, et pour tou- 
jours. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 14 



210 UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 



III 

Cette légende reflète avec une fidélité remarquable les dif- 
férents aspects du développement religieux, indiquant ainsi, 
dans sa mesure, que les mythes égyptiens ont obéi aux 
mêmes lois que ceux des autres peuples. 

Le vieux fond naturaliste s'accuse dans le nom et le rôle 
delà divinité principale, Ra, c'est-à-dire le soleil. Déplus, 
les titres de Ra révèlent une tendance prononcée à établir 
l'unité dans le polythéisme, puisque le dieu est représenté 
comme le créateur des choses et même des dieux, mais cette 
unité est panthéistique : Ra existe en chaque dieu et crée 
par voie d'émanation, comme le montre la naissance du ser- 
pent tiré de sa salive par Isis. Ce dernier épisode repose sur 
une allégorie symbolisant l'effet pernicieux de la chaleur 
solaire, preuve que les phénomènes physiques avaient con- 
servé en partie leur signification, au dernier temps de la 
croissance des mythes. 

C'est bien à une période de ce genre que nous reporte 
l'idée toute évhémériste de la légende, qui change en une 
simple femme Isis, l'une des principales figures du Pan- 
théon. Tandis qu'Horus, au moins dans son rôle et sa forme 
de Nomenclateur, reste encore dieu, Isis n'est plus qu'une 
sorte d'Eve, qui cherche, avec l'aide du serpent, à obtenir 
la divinisation en s'emparant de la science suprême. 



IV 

Les monuments et les papyrus ne nous ont conservé qu'un 
petit nombre de légendes. Le Livre des Morts on contient 
deux ou trois, qui sont plutôt effleurées que racontées. Les 
textes du mythe d'Horus et de la destruction des hommes, 



UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 211 

publiés par M. Naville, sont plus précis. Les recueils de ma- 
gie, comme le Papyrus Harris, prennent quelquefois aussi 
une allure narrative, mais on peut dire qu'en général les 
compositions religieuses sont plus riches d'allusions que de 
faits, ce qui les rend fort obscures : on ne réussira bien à les 
comprendre que si l'on parvient à connaître suffisamment 
le. vaste cycle des fables qui leur servait de support. Plu- 
tarque a donné jusqu'à un certain point la clef de ce qui 
concerne Osiris, mais l'existence d'une histoire de Ra n'était 
même pas soupçonnée quand le récit de la destruction des 
hommes a divulgué, il y a quelques années, un des épisodes 
de la chronique solaire. 

La légende qu'on vient de lire est un morceau du même 
genre, à peu près du même temps, tiré peut-être du même 
livre, et se rapportant, par un heureux hasard, à une même 
période de la vie du dieu suprême, c'est-à-dire à la fin de 
son règne terrestre. 

Les deux incidents se relient d'autant plus étroitement 
qu'ils ont trait aux causes qui déterminent le dieu à quitter 
la terre. La destruction des hommes décide entièrement Ra, 
que le repentir ronge et qui reconnaît que son mal vient 
d'avoir été avec eux, car leur massacre, dit-il, est la cause 
de ma faiblesse; mais au moment de son départ il n'oublie 
pas l'aventure du serpent, il admoneste sévèrement le dieu 
de la terre, Seb, l'engage à veiller sur ses reptiles et l'aver- 
tit que des psylles le charmeront à son tour. Voici le pas- 
sage (pi. e, 1. 56 à 62) : 

L. 56 La majesté de ce dieu dit à Thoth : « Crie un : 

viens à moi ! à la Majesté de Seb, en disant : 
Viens vite, sur-le-champ. » La Majesté de Seb 
vint, et la Majesté de ce dieu lui dit : « Sois ré- 
primandé 

L. 57 pour tes serpents qui sont en toi, car ils m'ont fait 
craindre pour mon existence. Connais donc leur 



212 UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 

bien : va-t-en vers le lieu où est mon père Nun, 
et dis lui : Garde 

L. 58 les reptiles de la terre et de l'eau. » Fais aussi un 
écriteau pour chacun des trous où sont les serpents, 
savoir : « défense absolue de nuire ». Qu'ils sachent 
que je m'éloigne, 

L. 59 mais que je luirai sur eux. Or, leur soin concerne 
leur père, car tu es un père pour cette terre, à ja- 
mais. Qu'on prenne donc garde à cela. 

L. 60 Des enchanteurs les charmeront, avec mon propre 
charme magique. Je m'en dépouillerai, mais ce ne 
sera pas pour ceux que j'en aurai privés, par la 
grandeur de 

L. 61 l'Ancien ! Je les désignerai à ton fils Osiris : leurs 
enfants périront, et le cœur de leurs chefs sera 
découragé. Ceux-là (seuls) prospéreront qui fe- 
ront ce 

L. 62 qu'ils voudront sur la terre entière,, en charmant 
les reptiles. » 

Ce souci des reptiles n'est pas justifié par le récit du mas- 
sacre de l'humanité, et il ne trouve son explication que dans 
un fait antérieur, c'est-à-dire dans l'événement que rap- 
porte le papyrus magique de Turin. 

On remarquera que les deux textes, avec une irrévérence 
qui les date, en quelque sorte, font du soleil une espèce de 
vieux roi de comédie, bafoué par les hommes et trompé par 
une femme. Les aventures sont complaisamment détaillées, 
surtout dans la dernière légende, qui confine ainsi au conte, 
en laissant voir par quelle dégradation de nuances les 
mythes primitifs ont passé pour devenir des romans, 
comme ceux de Bâta, du prince prédestiné, de Setna, et 
de Rampsinit. 

On peut espérer que de nouvelles recherches révéleront, 
parmi les textes publiés ou inédits, d'autres documents de 



UN CHAPITRE DE LA CHRONIQUE SOLAIRE 213 

même nature : il y a dans ces écrits une source d'informa- 
tions qui n'est pas à dédaigner, car ils font suivre la marche 
totale des mythes, de leur point de départ à leur point 
d'arrivée. L'histoire des religions en tirera certainement 
profit. 



L'ART EGYPTIEN 1 



Si l'on réfléchit que les arts, malgré des décadences par- 
tielles, bénéficient pourtant dans leur ensemble de 1 expé- 
rience si lentement et si péniblement acquise par 1 humanité, 
on éprouvera plus de gratitude que de dédain pour les essais, 
d'abord inhabiles, qui dégrossirent peu à peu le bloc in- 
forme d'où la beauté est enfin sortie : on comprendra, en 
outre, que l'analyse de l'un de ces débuts a par elle-même 
son intérêt, puisqu'elle met forcément en lumière la grandeur 
des difficultés qu'il a fallu vaincre d'âge en âge, depuis le 
moment où cette âme collective qui apparaît dans 1 histoire 
s'éveilla non plus à la vie, mais à l'idée. 

L'art égyptien est, en effet, l'un des plus antiques de a 
terre et ce n'est pas sans étonnement que l'on contemple 
aujourd'hui, dans les musées, ces formes plusieurs fois mil- 
lénaires par lesquelles la pensée primitive s'exprima si ener- 
giquement, que le temps n'a pas toujours depoh 1 epiderme 
granitique des sphinx, ni parfois défraîchi les peintures des 

hy pafquel prodige de durée, et quel effort vers l'éternel 
cet art nous est-il parvenu? Quelles causes aussi 1 ont fait 
ce qu'il fut, puissant et minutieux, mais emprisonne comme 
une momie dans une gaine étroite de conventions ou d ha- 

1 Publié dans le Bulletin de l'Institut égyptien, 2; série t. IV, 1883, 
p. 90-99. Tirage à part à cinquante exemplaires in-8 , Caire, IBM, 
vingt pages. — G. M. 



216 l'art égyptien 

bitudes qui maintenaient la raideur jusque dans la grâce, et 
déparaient les plus belles œuvres par des miracles de ma- 
ladresse ? Un coup d'œil jeté sur ce qu'il en reste révélera 
le secret de ces surprenantes antithèses en montrant les ten- 
dances et les limites du génie égyptien, qui, dénué d'ima- 
gination, s'exprima d'une manière évidente par la pauvreté 
dans l'invention comme par la patience dans le faire. 

Cette forme d'esprit parait dans le peu d'efforts (pie lit 
l'art pharaonique pour se dégager d'une circonstance qui lui 
donna son aspect particulier, et qui fut l'abondance des 
pierres dans les montagnes voisines du Nil. La conquête 
facile des blocs granitiques ou calcaires inclina d'abord les 
Égyptiens vers l'architecture et la sculpture, et ils n'en 
sortirent point. Chez eux les bas-reliefs abrègent avec quel- 
ques variantes de convention les statues coloriées, les pein- 
tures abrègent les bas-reliefs et les dessins abrègent les 
peintures : toutes les vignettes du Livre des Morts semblent 
des copies de tableaux sculptés. Les innombrables signes, 
simplifiés peu à peu, de l'écriture sur papyrus, réduisent 
les hiéroglyphes monumentaux, et une partie de ces derniers 
reparaissent d'une manière exacte dans les couvres purement 
artistiques. C'est ainsi que le petit signe qui suit en démo- 
tique les noms des statues se trouve la minuscule des plus 
gigantesques colosses. L'art égyptien n'est au fond que de 
la pierre travaillée, et l'habitude de ce travail forma des 
ouvriers et des maîtres d'une habileté surprenante dans le 
maniement ou la taille des blocs. 

Soutenus par les immenses ressources que leur prodi- 
guaient les Pharaons, ils ont élevé ainsi en architecture des 
œuvres, temples, obélisques et pyramides, véritablement 
saisissantes, et qui laissent à l'esprit une impression aussi 
nette que celle de leurs lignes sur le ciel. Mais la beauté 
architecturale n'esl pas ton juins pure : elle dépend, en 
quelques parties, de la qualité des matériaux, et de la des- 
tination ou de l'étendue des édifices, choses auxquelles le 



l'art égyptien 217 

génie d'un architecte ou d'un peuple peut ajouter son em- 
preinte. L'Inde, entassant par piles innombrables et sans 
raison apparente les étages de ses pagodes, a symbolisé la 
richesse d'une imagination remplie par le foisonnement des 
formes. L'Europe chrétienne, à qui la flèche des cathédrales 
fut imposée, parait-il, par l'impossibilité où l'on était 
d'abord, d'employer d'autres matériaux que le bois, sut 
faire de ce premier type l'expression magnifique ou tour- 
mentée de son élan vers le ciel. L'Egypte au contraire, 
n'ajouta aux nécessités architecturales que la sûreté pra- 
tique de ses constructeurs. La forme légèrement pyramidale 
du temple égyptien, qui lui prête une sorte de grâce, a pour 
but unique de le mieux asseoir. Le temple lui-même, pla- 
fond couché sur des colonnes, est resté dans son ensemble 
la maison plate d'un pays sans pluie : l'obélisque est une 
pierre commémorative bien taillée, et la pyramide, un tu- 
mulus régularisé par des architectes. Ces travaux nous 
étonnent jusqu'à l'admiration, mais seulement par la simpli- 
cité et par la masse. Leur énormité me rend d'un seul coup 
et comme d'un bloc, sans surcharges, la puissance exagérée 
qui les a faits. Réduits, ils perdent, comme les lacs ou les 
rochers, la moitié cle leur beauté d'emprunt, la grandeur. 
Les petites pyramides en brique que l'on voit encore en 
Nubie, les obélisques d'un quart de mètre que l'industrie 
fabrique aujourd'hui, et les naos, qui sont des temples 
diminués, ne nous frappent guère à côté des obélisques de 
cent pieds de haut, des montagnes évidées en tombeaux ou 
en temples, des énormes sanctuaires de Karnak et des pyra- 
mides de Gizéh, subites apparitions du despotisme. 

La statuaire n'est pas plus variée que l'architecture, parce 
que des artistes qui ne sentent pas vivre dans leur esprit la 
forme mobile, c'est-à-dire l'homme ou l'animal, se contentent 
de la figurer sous son aspect le plus ordinaire et le plus 
simple. Au commencement il fallut prendre modèle sur la 
nature, et l'on tira ainsi de la pierre, avec la scrupuleuse 



218 l'art égyptien 

persévérance égyptienne, des copies parfaitement exactes, 
telles que la statue de Khafra, celle de l'hiérogrammate qui 
est au Louvre et quelques autres, en sorte que les plus belles 
œuvres se rencontrent, dès les premières dynasties, à côté 
d'essais grossiers qui semblent marquer l'enfance de l'art 
par la rudesse du ciseau et la grosseur des têtes. Mais, peu 
à peu, lorsqu'on fut parvenu à des représentations satisfai- 
santes, on se borna à copier ces copies, et à y choisir les deux 
ou trois poses les plus faciles à rendre de l'homme assis ou 
debout, pour les conserver toujours les mêmes, avec des 
jambes et des bras raides. 

Cette docilité d'une imagination paresseuse eut dans les 
bas-reliefs, où la vie s'exprime avec plus de variété que dans 
les statues, l'inconvénient de perpétuer une attitude impos- 
sible du corps humain, représenté de profil avec le buste de 
face. La cause d'une pareille faute, qu'on retrouve en Assyrie 
et ailleurs, tient à une sorte de convention particulière aux 
époques primitives de l'art. On admet alors pour les bas- 
reliefs le profil qui est aisé à imiter, qui supprime la per- 
spective el (pii pose également bienles personnages vis-a-vis 
les uns (\ci< autres. Mais, comme le profil exactement rendu 
masque l'un des bras dans les poses calmes qu'on préfère, on 
tache d'y remédier en ramenant de face l'épaule cachée. On 
arrive ainsi à une sorte de vérité relative, car l'être vivant, 
avec la gesticulation habituelle dont il s'entoure, ne semble 
pas manchot comme le paraîtrait un bas-relief fixant le 
profil réel d'un homme en marche. On est encore amené à 
supprimer l'opposition des deux mains qu'on place dans le 
même sens cl non en sens contraire, ce qui donnerait trop 
au personnage l'air de quelqu'un de face qui détournerait 
la tète. En Egypte, on alla plus loin, et, par une sorte de 
logique, on négligea presque toujours l'opposition des deux 
pieds. Mu m ;ms<i l'œil de face, comme en Assyrie, afin de 
ne pas dis simuler l'organe qui résume le mieux la vie, et l'on 
donna de même aux bœufs passants des cornes de face, 



l'art égyptien 219 

petites ruses qui ne déplaisent pas parce qu'on les remarque 
peu. Rien ne choque plus, au contraire, que les autres sub- 
terfuges. Un peuple comme les Grecs s'en dégage vite par 
des attitudes et des gestes variés : au moyen âge, même, 
par un artifice assez ingénieux, les faces sont souvent tour- 
nées vers le spectateur, dans les bas-reliefs, comme celles 
d'acteurs en scène. Les Égyptiens, peu artistes, ne sentirent 
pas le besoin du mieux et s'en tinrent à la gaucherie primi- 
tive, sans y être obligés, comme on le dit souvent, par des 
lois sacerdotales. Rien ne prouve en effet que de telles règles 
aient existé : elles n'eussent pas alors été violées dans cer- 
taines oeuvres de choix, où des Égyptiens mieux doués que 
les autres sont sortis de l'ordinaire, comme dans le groupe 
connu des deux prêtres harpistes, qui touchent leurs instru- 
ments avec des mains vraisemblables. L'obligation hiéra- 
tique ne fut autre chose, à ce qu'il semble, qu'une habitude 
prise. Les scribes finirent certainement par avoir des cahiers 
complets de modèles tout faits, qui leur épargnaient la peine 
d'observer ou de réfléchir, et les images, apprises dès l'enfance, 
leur venaient aux doigts d'instinct, avec une aisance qu'égale 
la dextérité du ciseau qui suivait leurs esquisses dans la 
pierre. Ainsi s'explique l'uniformité qui, à travers les siècles, 
perpétua les mêmes images dans les scènes les plus diverses, 
et remplit l'art de signes graphiques. Tel oiseau qui marche 
dans une basse-cour est une lettre, tel quadrupède une 
syllabe, le sphinx de Gizéh lui-même est un mot. Les ta- 
bleaux religieux sont littéralement envahis par des hiéro- 
glyphes, dont quelques-uns, animés, reçoivent des yeux, des 
bras ou des jambes. Pareils aux signes de l'écriture figura- 
tive, les personnages sont presque toujours des calques 
abstraits, qui montrent l'aspect d'une race et non le carac- 
tère d'un homme, en marquant seulement la différence des 
époques : ils sont même précieux pour ce motif, parce qu'ils 
donnent de fidèles tableaux ethnographiques, où l'on aperçoit 
nettement les têtes sévères et lourdes du premier Empire, 



220 l'art égyptien 

la grâce élancée du temps des Ramessides, et la bonhomie 
souriante de l'époque Saïte, ainsi que le profil sérieux et 
lin des peuples sémitiques, et la démarche dégingandée des 
nègres. La beauté un peu grêle delà femme égyptienne est 
aussi parfaitement rendue, parfois même avec un soin ou 
des détails, comme celui des danseuses vues de dos, où l'on 
reconnaît des artistes qui n'étaient pas toujours insensibles 
à la grâce des poses. Mais tous ces types, découpés avec 
une sûreté qui arriva à l'élégance, ne changent pas pendant 
des siècles, et figurent presque toujours les mêmes person- 
nages, sans différence d'âge ou de traits, dans des scènes 
identiques. A plus forte raison, la figure, quel que soit l'acte 
accompli, reste-t-elle étrangère à tout sentiment; c'est à 
peine si l'on remarque parfois, dans ces masques immobiles, 
l'ouverture d'une bouche qui chante, ou la rondeur d'une 
joue qui souffle dans une flûte. On sent des artistes qui 
fuyaient l'inconnu pour se borner à ce qu'ils savaient, c'est- 
à-dire aux offrandes faites ou reçues par les défunts ou les 
rois, et à la marche des personnages divins au ciel ou dans 
la nuit. Ils ont vite quitté pour les représentations funéraires 
et religieuses la vie agricole et la vie guerrière tentées, les 
unes sous les premières dynasties memphites, les autres au 
temps glorieux des Thotmès et des Ramsès. Ces essais, 
intéressants pour la connaissance des mœurs, trahissent 
l'embarras d<^ habitudes quittées. Lorsqu'il s'agit de gestes 
inusités, les corps se contournent disgracieusement, les bras 
et les jambes se cassent plutôt qu'ils ne se plient. La com- 
position des groupes, par exemple dans les combats de terre 
et de mer, est d'une gaucherie enfantine. Les animaux sont 
manques comme les hommes, dans les mouvements brusques 
ou un pou extraordinaires. Mais les types des races animales 
ressortenl avec une clarté d'autanl plus grande néanmoins, 
que l'âme pou compliquée dos bêtes s'exprime souvent tout 
entière et d'une façon toute spéciale dans la saillie de cer- 
tain.> membres. Ici, l'exactitude générale des Égyptiens 



l'art égyptien 221 

suffit, et leurs animaux, dont la marche dégage naturelle- 
ment les quatre membres, et que ne défigure aucune con- 
vention voyante, ne dépareraient pas un traité de zoologie. 
Le bec gourmand des canards, le museau des chiens qui les 
tire en avant, odora canum vis, la marche rampante et douce 
des félins, le cou patiemment enfoncé dans les plumes des 
palmipèdes qui attendent la proie, la légèreté au vol et au 
poser des petits oiseaux, tous ces traits sont frappants. 

Quant aux couleurs appliquées sur les bas-reliefs et sur les 
esquisses de bas-reliefs qu'on appelle peintures égyptiennes, 
elles sont uniformes, toujours blanches, noires, vertes, 
bleues, rouges ou jaunes, à peu près sans mélanges ni 
nuances. Sauf de rares essais vagues, par exemple le sol 
imité au moyen de bandes brunes croisées sur un fond rose, 
ou les feuilles vertes de quelques arbres reliées entre elles 
par une teinte plus pâle, le reste appartient moins à la pein- 
ture qu'à l'ornementation qui réussit, en Egypte, par la 
même raison que l'architecture ; pour orner, comme pour 
bâtir, il n'est pas nécessaire d'inventer. Trois ou quatre 
formes naturelles ou géométriques, comme la ligne droite 
ou brisée, le lotus, le scarabée, et d'autres emblèmes, suf- 
fisent par leur agencement et leur répétition, la vivacité de 
leurs couleurs, le choix de la matière et la régularité du tra- 
vail, pour donner le fini de la perfection à des vases, à des 
plafonds, à des bijoux. Les meubles ou les ustensiles, dont 
chaque forme est moulée sur un besoin et sur l'objet naturel 
qui, d'abord, y correspondit le mieux, comme la calebasse 
pour la coupe, les instruments, qui ne sont d'ordinaire que 
des mains, des doigts ou des bras supplémentaires, présentent 
comme autant de sujets tout trouvés qu'un peu de légèreté 
et de richesse doue aisément de la beauté qui leur convient, 
l'élégance. Depuis les colonnes des temples, les murs des 
tombeaux et les coffres des momies qu'il bariola d'hiéro- 
glyphes, jusqu'aux gemmes les plus fines qu'il émiettait on 
petites merveilles, le génie égyptien développa surtout cette 



222 l'art égyptien 

branche inférieure de l'art, ainsi qu'il est généralement 
arrivé aux races encore voisines de l'état sauvage. 

Les races dites primitives, en effet, lorsqu'elles profitèrent 
de leur groupement en sociétés plus ou moins unies ou 
nombreuses pour tendre à une existence facile et agréable, 
ne durent avoir pour première tâche qu'un perfectionnement 
de l'outillage nécessaire aux progrès futurs, et leurs cons- 
tructions comme leurs bijoux montrent que les produits 
artistiques de ces essais n'atteignirent d'abord que le gigan- 
tesque et le joli. Le développement de chacune d'elles ayant 
de plus ses limites, comme toutes choses, leur invention 
put s'user à la découverte des arts, et celles qui s'arrêtèrent 
ainsi dès les premiers pas continuèrent à mettre, par une 
contradiction apparente, des procédés déjà supérieurs au 
service d'idées encore grossières. Il eût fallu, pour s'élever 
plus haut, une sorte de génie natif ou une certaine culture 
reçue que ne paraît pas avoir eues l'Egypte, d'ailleurs tout 
entière, lors de son début et dans son isolement, au travail 
que lui coûtèrent le fleuve et le sol dont elle vécut. Peu 
douée ou mal préparée, elle lit peut-être plus d'efforts 
qu'elle n'obtint de résultats, et on peut dire qu'elle repré- 
sente, avec la Chine et le Mexique, les premières civilisations 
barbares. Son goût pour l'architecture colossale et la dé- 
coration minutieuse, œuvres de force et de patience où 
excellent les peuples à demi-policés, marque, avec son im- 
puissance à donner la flamme de vie aux contours humains, 
le point d'arrêt où elle se fixa dans une perfection relative. 
L'emblème le plus exact de son art qui cherche toujours le 
simple et le facile, et n'a guère qu'un caractère graphique, 
est l'hiéroglyphe, copie soignée qui sculpte l'écriture, mais 
écrit la sculpture, et qui suffit à dire, mais non à exprimer 
les choses. 



SUR 

L'ANCIENNETÉ DU CHEVAL 

EN EGYPTE' 



I 

M. Guimet a t'ait récemment l'acquisition, pour son 
Musée, d'un petit cylindre gravé dont il veut bien autoriser 
et faciliter la publication dans l'un des prochains numéros 
de ce Recueil, au cours d'une étude sur quelques monu- 
ments du Musée Guimet. 

C'est une sorte d'amulette en terre cuite, percée dans le 
sens de sa longueur, et couverte de petites figures semées 
un peu au hasard, comme dans certaines imitations assy- 
riennes. On y remarque l'obélisque, le signe de l'or, le 
sphinx ailé, les deux déesses ailées et affrontées comme les 
Chéroubim, le cartouche de Thotmès III, et surtout un roi en 
char poussant ses chevaux empanachés vers des Asiatiques. 

Ce sont bien là les images qui devaient hanter l'esprit 
des scribes et des artistes, au temps des dynasties conqué- 
rantes, alors que s'élevaient les grands temples aux longues 
avenues, et que la maison militaire des Thotmès ou des 
Ramsès passait au galop dans les villes syriennes. Au- 

1. Publié dans l'Annuaire de la Faculté des Lettres de Lyon, 
2* année, n° 1, 1884, p. 1-11; tirage à part de cinquante exemplaires. 
— G. M. 



224 sur l'ancienneté du cheval en Egypte 

jourd'hui encore, quiconque a feuilleté les atlas égyptolo- 
giques, ne se représente guère un pharaon autrement que 
debout sur son char, dans l'attitude de la lutte ou du triom- 
phe, et on aurait quelque peine à se figurer les grands rois 
de l'Ancien Empire, Chéops, par exemple, partant en guerre 
à pied ou sur le dos d'un âne. 

Il faut pourtant reconnaître, à ce propos, qu'on n'a pas 
encore signalé sur les monuments de l'Ancien Empire, c'est- 
à-dire dans les nombreux tombeaux de Gizéh et de Saqqa- 
rali, quelque tableau ou quelque titre permettant d'admettre 
l'existence ou de la cavalerie dans l'armée égyptienne, ou 
du cheval en Egypte, sous les premières dynasties. 

On a même l'habitude de dire que le cheval n'a pas été 
connu en Egypte avant l'invasion des Hyskos, parce qu'on 
ne le trouve pas représenté aux époques antérieures, tandis 
que la mention des chars et des chevaux est fréquente à 
partir d'Ahmès I er , qui chassa les Pasteurs. 

M. Lenormant a appuyé cette opinion de son autorité 1 , 
et il a induit, du double fait qui la motive, que le cheval est 
arrivé en Egypte avec les Pasteurs. Depuis, M. Piètrement, 
qui a étudié particulièrement l'histoire du cheval, est allé 
plus loin, en affirmant que ce sont des « chevaux du type 
» dongolâwi ou mieux touranien, à front bombé, que les 
» Hyksos conduisirent incontestablement en Egypte, et 
» sans doute dans les états barbaresques' 2 ». 

Ces assertions sont trop précises pour ne pas mettre en 
défiance. Quand d'ailleurs M. Lenormant nie l'existence du 
porc en Egypte dans la haute antiquité, malgré une repré- 
sentation des Denkmâler 3 , où il veut voir une erreur de 

1. Compte rendu de l'Académie des Sciences, t. LXX. 1870, p. 1(15; 
et Les premières civilisations »1874, t. I, ch. 2, /-'■ cheval dans le Nou 

i el Empire égyptien. 

2. Ethnographie des Tamahu, dans la Reoue archéologique, 1875, 
p. 321. 

3. III, pi. 3. 



sur l'ancienneté du cheval en Egypte 225 

copie 1 , et qui est corroborée par un texte du Moyen Empire*, 
ou bien quand M. Piètrement affirme que les Aryens avaient 
domestiqué le cheval « à une époque antérieure à l'an 1937 
» avant Jésus-Christ" », on ne peut s'empêcher de faire la 
remarque que ces deux savants ont cédé parfois trop vite 
au désir de conclure. 

Tout autre a été la réserve de M. Chabas, qui s'est occupé 
aussi du cheval dans son ouvrage sur Y Antiquité historique. 
Si les monuments et les textes, dit-il au sujet des animaux 
domestiques en Egypte, sont restés muets « sur un fait 
quelconque, ce n'est point une preuve suffisante que ce fait 
n'a point existé. Cette règle doit être observée dans tous les 
ordres de recherches, mais elle est surtout indispensable 
quand il s'agit des choses de l'Egypte, parce que le nombre 
des monuments inexpliqués, inaccessibles ou restant encore 
à découvrir est extrêmement considérable, et qu'il faut 
s'attendre à des révélations nouvelles '. » 

Il y aurait même lieu d'ajouter ici que les monuments 
ou les textes peuvent parler sans qu'on les entende, et que 
des renseignements publiés peuvent passer inaperçus, ce 
qui n'a rien d'extraordinaire, en présence delà quantité de 
faits qui restent à cataloguer. 

Ainsi, dans la page même de M. Chabas qui vient d'être 
citée, et dans celle qui la précède, il est dit que ni le chat, 
ni la poule ne se rencontrent dans les scènes des monuments 
égyptiens; pourtant, il y a longtemps que Champollion 
avait signalé deux poules dans un tombeau du Moyen Em- 
pire, celui de Nehera-si-Numhotep à Béni-Hassan", et une 

1. Les premières civilisations, t. I, 1874, p. 331. 

2. Cf. Maspero, Du genre èpistolaire, p. 52. 

3. Trutat et Cartailhac, Matériaux pour seroir à l'histoire positive 
de l'homme, 1870, p. 280. 

4. P. 407. 

5. Notices, t. II, p. 387. 

BlBL. KC.YPT., T. XXXIV. 15 



226 sur l'ancienneté du cheval en Egypte 

chatte guettant un rat dans un tombeau voisin, celui de 
Menhotep 1 . 

Le genre d'omission dont il s'agit a eu lieu justement 
au sujet du cheval. Antérieurement à la plupart des travaux 
de MM. Lenormant, Piètrement et Chabas, M. Liehlein 
avait publié en 1871 son Dictionnaire des noms hiérogly- 
phiques, où l'on aurait pu trouver nombre de renseignements 
sur la question. M. Chabas s'en aperçut sans doute par la 
suite, car il signala le premier, dans son journal l'Égypto- 
loyie* l'existence du cheval sous les anciennes dynasties. 
M. Pierret lit de son côté la même constatation, d'après 
un des monuments utilisés par M. Lieblein' : « la stèle de 
Boulaq, datée de l'an XXX d'Amenemha I er et de l'an X 
d'Ousertesen I er , porte un nom propre formé par le nom du 
cheval, hedjer, variante de heter (j. de Rougé, Inscript., 
pi. VIII) \ » La variante hedjer pour heter a été notée par 
M. Mariette, d'après un texte du Ramesséum '. 

M. Chabas n'a pas cité d'exemples, et M. Pierret n'en a 
cité qu'un, ce qui ne suffit pas pour asseoir une preuve, 
car, d'un côté, une assertion ne vaut pas un fait, et, d'un 
autre côté, un fait isolé n'a pas la valeur d'un groupe de 
faits : on peut même toujours, en matière hiéroglyphique, 
supposer une erreur de copie dans une citation unique, 
comme l'a fait M. Lenormant au sujet du porc. Il sera donc 
permis de revenir sur la question, et d'extraire du Recueil 
de M. Lieblein les exemples suivants, qui appartiennent 
tous à des monuments du Moyen Empire : 

Hedjer /, n° 112, strie du British Muséum, datant d'Usertesen I er . 
Heter, n° 146, stèle de Florence n° 2506, datant d'Amenemha III. 

1. Notices, t. II. p. 181 ; cf. Lepsius, Denhnxalor, II. pi. 130. 

2. 1877, p. 191. 

:i. Dictionnaire des noms hiéroglyphiques, n°99. 
1. ZeitschriJ't fur Mgyptische Sprache, 1S7'.>. p. lit*». 
5. Revue archéologique, 18G7, p. 291. 



sur l'ancienneté du cheval en Egypte 227 

Hedjev, n° 218. stèle de Boulaq, famille d'un Mentuhotep. 

Hedjera, n° 300, stèle de Boulaq, nom de femme. 

Heter, n° 380. stèle du British Muséum n° 248. 

Heter, n° 433. stèle du Musée de Turin, nom de femme, famille 

d'un Ameni. 
heter, n ù 533, bas-relief du Musée de Turin ; même personnage 

qu'au n° 433. 
Heteru, n° 500, stèle de Boulaq n° 86. 
Heter, n° 549, stèle du Musée du Louvre C 39, nom de femme'. 

Ainsi, voilà huit personnages du Moyen Empire, hommes 
et femmes, qui s'appellent le cher ni ou la cavale. 

Deux observations incidentes s'offrent ici d'elles-mêmes, 
l'une, que le signe des pays étrangers (si, à la vérité, il ne 
figure pas abusivement aux n os 433 et 533 pour le syllabique 
te/-) aurait pu terminer le mot cheval, l'autre que le nom 
de Cheval ou de Cavale aurait, d'après YOnomasticon de 
M. Lieblein, été porté par des Egyptiens seulement sous le 
Moyen Empire. Ces deux ordres de faits semblent indiquer 
que le commerce et l'usage du cheval eurent alors une cer- 
taine importance. 

II 

D'autres documents, moins précis mais significatifs à leur 
manière, s'ajoutent à ceux-ci, et font au moins entrevoir un 
des emplois du cheval sous le Moyen Empire. 

M. Chabas a déjà cité 5 une tradition rapportée par Plu- 
tarque 1 , d'après laquelle Horus aurait déclaré à Osiris que 
l'animal le plus utile à la guerre est le cheval, parce qu'avec 
son aide on disperse et on détruit l'ennemi : c'est évidem- 
ment en souvenir de cette tradition qu'a été sculpté le mo- 

1. Cf. Stèle du Louvre C 19? ; E. de Rougé, Notices. 3' édit., p. 150; 
et Pierret, Études ègyptologiques. 8 e livraison, p. tiT. 

2. Études sur l'antiquité historique, p. 423. 

3. Traité d'Isis et d'Osiris, 19. 



22S sur l'ancienneté du cheval en Egypte 

miment de basse époque qui représente Horus, en cavalier 
romain, perçant un crocodile de sa lance'. 

Plutarque était donc bien renseigné sur le rôle mythique 
du cheval, au moins aux derniers temps ; mais ce rôle datait 
<\e plus loin. Une inscription monumentale de Karnak dit 
Séti I er cavalier comme le fils d'Isis (Horus) et archer au 
bras fort comme Mentu*. 

Le texte dit proprement que le roi monte à cavale, « le 
» mot cavale étant une des dénominations poétiques du 
» cheval 3 ». 

On voit (ju'il s'agit du roi partant en guerre comme Horus, 
et comme le Mars égyptien Mentu : cet indice nous per- 
mettra de faire un nouveau pas. Si le cheval d'Horus sym- 
bolisait l'attaque et la poursuite de l'ennemi, il en était de 
même d'un monstre mythologique souvent cité à la bonne 
époque, et composé avec certaines parties des animaux réels 
dont les qualités correspondaient à ses attributions. Cet 
animal, dans lequel on reconnaît sans peine une des per- 
sonnifications de l'orage, comme dans les Harpies et les 
Centaures, était le griffon, sorte de quadrupède ailé, à queue 
t\ phonienne, à tête d'aile (cf. l'aquilon) et quelquefois à 
pieds faits comme ceux du cheval : c'est ainsi qu'on l'avait 
sculpté à Karnak', dans l'attitude fringante du cheval qui 
se ramasse '. 

Son nom égyptien, akhekh, est en rapport étymologique 
visible avec le mot akhekh, signifiant planer et voler. 
Ramsès II, dans le poème de Pentaour, poursuit les Khétas 
sur son char comme un griffon 8 , et les Tameliu vaincus 
disent de Ramscs III, dans le grand texte de Médinet-Abou : 

1. Clermont-Ganneau, Revue archéologique,, 1X7G. 

2. Champollion, Notices, t. II, \>. Tii. 

\i. Cliabas, Études sur l'antiquité historique, )>. 438. 

4. Champollion, Notices, II, p. 124. 

5. Cf. Denkinàler, III, '.•:<. 

6. ld.; cf. E. de liougé. Recueil de Travaux, vol. I, liv. 1. \>. '<■ 



sur l'ancienneté du cheval en Egypte 229 

comme un griffon il nous poursuit pour nous égorger' 1 . 

Or, une variante au moins très probable du griffon est 
le Seka (cf. le mot seka, aller). Le Seka avait les mamelles 
de la truie, la queue de l'animal typhonien, la tête et l'aile 
de l'épervier, les pattes de devant comme celles du lion, et 
les jambes de derrière comme celles du cheval. 

On sait que le porc, symbole très répandu et parfois ailé 
des fléaux atmosphériques (cf. le sanglier d'Adonis, la laie 
de Crommyon, etc.), était une des formes du Typhon égyp- 
tien, l'orage par excellence, puisque les Grecs lui ont donné 
le nom qui, dans leur langue, désignait l'orage. On sait, de 
plus, que l'épervier comme le lion 2 étaient des emblèmes 
d'Horus, et que l'épervier comme le lion se comparaient au 
cheval, dans les textes hiéroglyphiques, par exemple dans 
l'inscription déjà citée de Médinet-Abou, 1. 24-25. 

On retrouve ainsi dans le Seka le caractère bellii pieux et 
turbulent qui convient au griffon comme au cheval, mais il 
reste à décider si l'on doit bien assimiler aux sabots du 
cheval les pieds toujours représentés d'une façon trop som- 
maire de ces monstres à demi typhoniens et à demi divins, 
comme le personnage mythique qui a la tète d'Horus et la 
tète de Set sur les épaules. L'allure du griffon ne convient 
ni au bœuf, ni à l'âne, mais seulement a la gazelle et au cheval ; 
quant au Seka, ses jambes sont trop massives pour appar- 
tenir à la gazelle, et ne rappellent que celles du bœuf, de 
l'âne, ou du cheval. 

Toutefois, la gazelle n'éveillant point l'idée de férocité, et 
ni le bœuf ni l'àne celle d'agilité, il demeure au moins vrai- 
semblable que les pieds du griffon et du Seka sont plutôt 
ceux du quadrupède de guerre et de course choisi par 



1. L. 46; cf. Diimichen, Historische Inschrlften, pi. 47. 

2. Cf. Xaville, Te. nés relatifs nu mythe d'Horus, XVIII, 2; J. de 
Rougé, Monnaies des nomes d'Egypte, p. 47-48; E. de Rougé, Notices, 
3 e édition, p. 192, etc. 



230 sur l'ancienneté du cheval en Egypte 

Horus, le cheval plus prompt que le vent' et Jlawant les 
batailles*-. La férocité et l'agilité sont aussi les caractères 
distinctifs des autres monstres du même genre que le Seka 
et le griffon, c'est-à-dire du sedja « à tête et cou de serpent, 
» corps tigré fauve », du sefer, « espèce de griffon ailé blanc » 
ou d'oiseau Roch', du s/ta ou lévrier du Typhon, portant 
ici l'un des noms ordinaires du chien 1 , et de l'once ayant une 
tête humaine ailée sur le dos '. Sur les coupes phéniciennes, 
ces animaux sont résumés dans le lion ailé, à tête d'homme 
ou d'épervier 6 . 

On remarquera, maintenant, que le Seka est figuré sous 
la forme qui vient d'être décrite, dans un tombeau du Moyen 
Empire à Béni-Hassan, celui de Menhotep 7 , parmi les autres 
bêtes mythologiques que le défunt rencontrait dans l'autre 
monde, quand il se livrait au plaisir de la chasse, comme 
l'Orion d'Homère" ou comme les personnages des coupes 
phéniciennes, visiblement inspirées par quelques tableaux 
égyptiens. Cette ancienne peinture d'une sorte de griffon à 
pieds de cheval, qui nous ramène toujours au cavalier Horus 
poursuivant ses ennemis, nous permettra, non pas assuré- 
ment de conclure, mais au moins d'induire qu'avant l'inva- 
sion des Pasteurs, le cheval pouvait fort bien être utilisé 
pour la guerre au bord du Nil, où il était déjà connu. 

1. Zeitschrift, 1876, p. 89. 

2. Job, 30, 25. 

3. Cf. Revilloul, Transactions of the Society oj Biblical Archœology, 
vol. VIII, parti, p. 14. 

4. Champollion, Notices, I. II, p. ;160 et 337. 

5. Denkmàler, II, pi. 128. 

ii. ./mimai asiatique, 1880, n" 2, I. 2, 3, 4 el 6. 
~. Champollion, Monuments, t. IV, pi. 382. 
x. Odyssée, chant XI- 



sur l'ancienneté du cheval en Egypte 231 



III 

Si le cheval était connu sous le Moyen Empire, Tétait-il 
sous l'Ancien ? 

Les renseignements qui précèdent, depuis le récit de 
Plutarque jusqu'à la représentation du Seka, conduisent à 
le conjecturer, parce qu'ils peuvent se rattacher, comme 
c'est généralement le cas pour les mythes, à des conceptions 
préhistoriques, mais il faut reconnaître qu'il n'y a plus là 
qu'une vraisemblance. 

Cette vraisemblance, qui se rapporte à des époques si 
éloignées de nous, pourra être fortifiée par un fait qui a sa 
valeur si on le prend pour ce qu'il vaut, c'est-à-dire à titre 
d'indice et non de preuve. Il consiste dans une forme fau- 
tive', hedjer-t (la cavale), du nom de l'hyène het-t\ qui 
existe dans un des tombeaux de l'Ancien Empire : l'un des 
domaines destinés alors à fournir les offrandes funéraires 
s'appelait parfois du nom de l'hyène, peut-être parce qu'il 
désignait les fermes situées dans le voisinage du désert. 

Dans le cas où l'erreur signalée ici ne serait pas imputable 
au copiste moderne, il deviendrait clair que le scribe égvp- 
tien a confondu, en la commettant, deux noms d'animaux 
qui lui étaient familiers. 

Enfin, une considération générale, mise en avant par 
M. Chabas, ne doit pas être omise parce qu'elle a son poids : 
c'est que le cheval existait en Palestine à l'âge de pierre, 
d'après une observation de l'abbé Morétain, recueillie par 
M. Arcelin'. « Le cheval syrien, fait observer M. Chabas, 
» n'a pas dû abandonner la Palestine depuis l'âge dit de 

1. Lepsius, Denkmàler, II, pi. 28. 

2. Cî.ld., pi. 15 et 21. 

3. L'Industrie primitive en Egypte et en Syrie. 



232 sur l'ancienneté du cheval en Egypte 

» pierre'. » D'après M. de Mortillet, l'aire d'habitation du 
cheval quaternaire traversait l'Europe et l'Asie 2 . 

S'il en a été ainsi, l'Egypte a pu d'autant mieux connaître 
le cheval syrien, sous l'Ancien Empire, que son horizon 
géographique était déjà assez vaste. Les plus anciens monu- 
ments historiques nous montrent, sur les rochers de la pé- 
ninsule Sinaïtique, quatre rois des III e , IV e , V e et VI e dy- 
nasties terrassant les Asiatiques. La grande stèle d'Una, 
datée de la VI e dynastie, mentionne une guerre avec cer- 
tains peuples sémitiques, qui eut assez d'importance pour 
nécessiter, outre l'enrôlement d'auxiliaires nègres, une levée 
en masse depuis la frontière de la Nubie jusqu'il celle du 
Delta". Les iles mêmes de la Grèce, et peut-être les pays 
situés au delà, n'étaient pas non plus ignorés de l'Egypte : 
dès la IV e dynastie, un texte religieux parle du circuit de 
la Méditerranée sous le nom de cercle des Hanebu ', peuples 
assimilés plus tard aux Grecs dans les hiéroglyphes. 

Il serait étonnant que, dans ses relations ou ses échanges 
avec toutes ces nations voisines, l'Egypte n'ait pas songé à 
s'approprier le cheval, qui vivait depuis si longtemps en 
Europe et en Asie, s'il n'habitait pas déjà en Egypte. 

Mais il est temps de quitter ce terrain, où les hypothèses 
tiendraient trop de place, pour récapituler les résultats 
obtenus, ce qui peut se faire en deux mots, de la manière 
suivante. Sous le Moyen Empire, le cheval existait certai- 
nement en Egypte, où on l'employait probablement à la 
guerre, et il en était peut-être de même clans l'Ancien 
Empire. 

Voilà ce que l'on doit conclure des documents aujourd'hui 
connus. 

1. Etudes sur l'antiquité historique, p. 449. 

2. Sur l'origine des animaux domestiques, extrait du Bulletin <!<' In 
Société d'Anthropologie de Paris, 1879, p. • >. 

3. E.de Rougé, Mémoires sur les six premières dynasties, \>. 122 à 124. 

4. Dcn/.mulcr, II, pi. '.»'.), << 



sur l'ancienneté du cheval en Egypte 233 

Ceci admis, il reste certain qu'en tout cas la cavalerie 
égyptienne ne prit un véritable développement qu'à partir 
de la XVJII e dynastie. Jusque-là, les titres militaires men- 
tionnés dans les tombeaux n'ont trait qu'à l'infanterie, dont 
le nom sous l'Ancien Empire est significatif, le fantassin 
s'appelant masha, c'est-à-dire marcheur. Assurément l'art 
militaire existait déjà, puisque l'armée ou le régiment 
portait alors le nom de tes, qui veut dire ordre de bataille, 
comme le mot grec -i^, et qu'elle avait des recrues, des 
coureurs, des chefs, des intendants, et même des ministres 
de la guerre. 

Mais si l'armée avait une certaine consistance, elle était 
loin de la perfection. On ne voit pas, clans les textes ou sur 
les monuments, qu'elle ait possédé une existence régulière, 
en dehors peut-être de quelques réserves plus ou moins 
locales et d'un noyau d'instructeurs. L'instruction d'Una, 
qui nous fait assister à l'enrôlement, à l'instruction, et aux 
razzias des troupes, sous la VI e dynastie, prouve qu'on ne 
rassemblait les soldats qu'en cas de guerre déclarée, ce qui 
est assurément l'enfance de l'art'. Le même texte est assez 
développé pour qu'on puisse conclure de son silence au 
sujet de la cavalerie que cette arme n'était pas encore uti- 
lisée sérieusement. 

Elle n'apparaît ainsi qu'au Nouvel Empire; lorsque la 
continuité des guerres de défense ou de conquête imposa 
la création d'armées permanentes, la cavalerie devint le 
nerf de la guerre, et sa rapidité lui donna une importance 
égale à celle qu'a maintenant l'artillerie. 

Auparavant, les Égyptiens ne songèrent sans doute pas à 
tirer du cheval tous les services qu'il pouvait rendre, et on 
voit dans la Bible que les choses se passèrent à peu près 
de même pour les Juifs. Ceux-ci, dans le principe, ne 
voulaient point faire usage de chevaux, pour ne pas favoriser 

1, Cf. La Fontaine, L'Armée romaine, p. 14 et 15, 



234 sur l'ancienneté nu cheval en Egypte 

rétablissement de la tyrannie chez eux, et ils brûlaient les 
chars ou coupaient le jarret des chevaux pris à l'ennemi. 
Mais cette politique ne put tenir devant la nécessité. Les 
Juifs allèrent bientôt jusqu'en Egypte chercher des chevaux 
et des chars, trop heureux de posséder aussi, contre l'étran- 
ger, cette arme jugée par eux si terrible qu'on entend re- 
tentir encore, dans les livres de leurs prophètes, le galop 
redouté des escadrons de Chaldée et d'Assour. 



SUR QUELQUES 

FOUILLES ET DÊBLAYEMENTS 



A FAIRE DANS LA 



VALLÉE DES ROIS À THÈBES' 



I 

Le site thébain de la Vallée des Rois, exploré surtout par 
Champollion, le D r Lepsius et M. Naville, n'est pas plus 
épuisé que les autres groupes de ruines qui existent en 
Egypte : là, comme ailleurs, différents points restent à 
fouiller, et partout où l'on peut fouiller, on peut trouver. 

Les obstacles qui s'opposent à la connaissance complète 
des monuments de Bab-el-Molouk sont de quatre sortes : 
la présence de pierres laissées dans les tombes au moment 
de leur fermeture définitive, les engorgements produits par 
l'action des eaux, les éboulements survenus dans certaines 
parties des excavations, et les amas de décombres entassés 
jadis à l'entrée ou plutôt sur l'entrée des sépultures, pour 
les cacher. 

Le premier obstacle se rencontre aux tombes n os 6. 9, 11, 
15 et 19, sans parler du n° 14 (Taoser et Setnekht), dans 

1. Publié dans les Actes du sixième Congrès international des Orien- 
talistes tenu en 1883 à Leyde, 1884, p. 183-196; tirage à part de cin- 
quante exemplaires. — G. M. 



Col» SUR QUELQUES FOUILLES ET DÉBLAYEMENTS 

lequel les éclats du roc qui encombrent les grandes salles 
funéraires et quelques chambres ne gênent pas d'une ma- 
nière absolue l'examen des scènes ou des textes. 

Au n" G (Ramsès IX), il y aurait à déblayer le premier 
et le deuxième corridor, où sont en partie masqués, et les 
deux scènes initiales de droite et de gauche, et le début de 
l;i composition que plusieurs égyptologues nomment le 
Livre noir, et la Litanie du Soleil, et les chapitres 125 
et 139 du Livre 'les Morts. La salle du sarcophage, au n° 6, 
est aussi remplie de pierres, mais tout le stuc qui se trou- 
vait derrière ces pierres est tombé, et leur enlèvement 
n'aurait pas d'intérêt. 

Au n" 9 (Ramsès VI), plusieurs passages d'un précieux 
exemplaire du Livre de l'Hémisphère inférieur restent à 
déblayer clans les cinquième et sixième couloirs à droite et 
à gauche. 

Aux n" s 11 et 15 (Ramsès III et Séti II), le bas des lignes 
de la Litanie solaire qui se trouvent dans le premier corridor 
est caché : de plus, au n° 15, divers fragments sculptés, 
comme il en existe près de la porte, en dehors, gisent sans 
doute dans lamas qui encombre le corridor. 

Au n" Jî) (le prince Ramsès Mentouherkhepeshef), un 
énorme las de pierres, déplacé depuis Chanipollion, obstrue 
au milieu e1 a la lin du couloir plusieurs scènes, ainsi (pie le 
bas des jambages de la porte, où sont les titres et les (''loges 
du prince. 

L'ensablement produit parleseauxa plus d'inconvénients 
que l'embarras causé par les pierres. En ell'et, sauf au n" 17 
(Séti I er ) el ;iu début d<^ n os 7 (Ramsès II) et 8 (Ménép- 
tah I"j, ainsi que de quelques autres tombes, l'ornementa- 
tion des parois est creusée dans un stuc (pie l'eau détériore 
quand elle l'atteint. La sculpture ne résiste guère que dans 
les endroits où, par hasard, le ciseau a laissé dans le roc, a 
travers le stuc, des traces en qui persiste, si faibles ou si 
ées qu'elles -oient, comme une sorte d'ébauche des dé- 



A FAIRE DANS LA VALLÉE DES ROIS A THÈBES 237 

cotations endommagées. On pourrait mettre en cloute les 
ravages de l'eau, si l'on s'en rapportait au dire des voyageurs 
affirmant, d'Hérodote à la Commission d'Egypte, qu'il ne 
pleut jamais dans la Thébaïde; mais la vérité est qu'il 
tombe à Bab-el-Molouk, une ou deux t'ois par an, dos pluies 
d'orages que le roc calcaire dont la vallée est faite ne saurait 
absorber, et qui forment ainsi de vrais torrents coulant sur 
une pente rapide et entraînant tout ce qu'ils rencontrent 
dans la montagne, c'est-à-dire des pierres, des graviers et 
du sable : ces matières, poussées dans les creux où l'eau 
pénètre, s'y déposent en lits plus ou moins réguliers, et 
détruisent presque toujours les sculptures qu'elles effleurent 
ou qu'elles masquent. L'effet de l'eau seule est presque le 
même, comme on peut le voir au n° S (Ménéptah I er ), où 
il y avait encore, en mars dernier, des traces d'humidité 
très apparentes : là, l'ancien niveau de l'eau est marqué sur 
les murs de la salle à quatre piliers, au-dessus des lits de 
sable, par une ligne nettement horizontale. 

Les tombes plus ou moins obstruées par l'action des eaux 
sont les n 0s 5, 7, 8, 10,12, 13, 20 et 21, ainsi que diverses 
excavations, sans sculptures apparentes, qui n'ont pas (Hé 
numérotées par Wilkinson; aux n os T>, 7, 12. 13 et 20, 
d'anciens trous de fouilleurs serpentent encore visiblement, 
mais à demi obstrués, à travers les couches de sable. 

Le n° 5 (anonyme) est comblé jusqu'à l'entrée. C'était 
sans doute une tombe royale, car on y distingue, au jam- 
bage gauche de la porte, les traces de la déesse ailée qui 
figure au même endroit dans les autres tombeaux des rois, 
surtout jusqu'à Ramsès III inclusivement. 

Le n° 7 (Ramsès II) qui était comme fermé quand la 
Commission d'Egypte visita Thèbes en 1799, n'a encore de 
vraiment accessible que le côté gauche du premier corridor, 
déblayé en 1829 par Champollion. 

Les n os 8 et 10 (Ménéptah I ec et Amenmésès) sont ensa- 
blés d'une manière plus ou moins incomplète avant leur 



238 SUR QUELQUES FOUILLES ET DÉBLAYEMENTS 

deuxième salle, et d'une manière complète après cette salle. 

Le n° 12, sépulture anonyme, dont le plan ne rappelle en 
aucune façon celui des tombes royales, est à peu près obstrué 
à partir de l'escalier qui suit la salle d'entrée. 

Le n" 13, découvert par Belmore et Corry, est la tombe 
d'un grand chancelier dans lequel on peut voir, avec une 
quasi-certitude, le grand chancelier Baï, qui se vante sur 
quelques monuments d'avoir fait régner Siptah : cette 
tombe, inachevée et ensablée, touche presque, en effet, à 
celle de Taoser, où Siptah (dont la sépulture manque) figure 
comme pharaon et sans doute comme époux de la reine. 

Le n" ïQ (anonyme) est une succession de couloirs qui 
décrivent en plongeant une sorte de grand demi-cercle dans 
la montagne. Il a été vu par la Commission d'Egypte, et le 
1)' Lepsius en a relevé le plan dans sa partie la plus acces- 
sible, sur une longueur d'environ soixante-dix-sept mètres ; 
il sciait difficile aujourd'hui d'en franchir le second couloir. 

Le ir' 21 (anonyme) reste enfoui même à l'entrée, et les 
pierres amenées par les eaux occupent encore la moitié de 
la porte. 

Quant aux autres excavations plus ou moins ensablées et 
non numérotées, elles se composent de cinq puits et de trois 
hypogées dans lesquels, comme aux n" s 20 et 21, on ne re- 
marque aucune trace de décoration. 

Le troisième obstacle, ou l'éboulement, n'existe qu'au 
commencement du n° 16 (Ramsès I er ) et à la lin du n" 17 
(Séti I er ) : l'entrée du n" 16 est depuis peu recouverte par 
suite d'un accident de ce genre, tandis que l'espèce de sou- 
terrain creusé, sans doute en vue du sarcophage, dans la 
granch,' salle de Séti I er , est interrompu de la même façon 
depuis un temps immémorial. 

La dernière des dillicultés à vaincre, et assurément la plus 
grande, est celle qui résulte de l'enfouissement (1rs tombes 
par les Égyptiens eux-mêmes. 

On n'a pas encore exploré complètement la partie du site 



A FAIRE DANS LA VALLÉE DES ROIS A THÈBES 239 

que les Arabes appellent l'Ouadi-ên, c'est-à-dire l'embran- 
chement qui contient deux tombes de la XVIII e dynastie, 
celles d'Aménophis III et d'Aï, avec deux autres petites 
tombes anonymes et nues. L'opinion générale est «pic la 
plupart des Pharaons de la XVIII e dynastie avaient là leurs 
sépultures, et, en effet, le nombre de graffiti hiératiques, 
d'enceintes en pierre ayant abrité les ouvriers, et de tas de 
décombres qu'on y remarque en différents endroits, indique 
un travail plus considérable que celui de quatre tombes 
dont une seule a de l'importance. Dès maintenant, on peut 
remarquer, dans l'espèce de cirque où s'ouvre la tombe 
d'Aménophis III, à droite, une grande cavité, soit naturelle, 
soit artificielle comme celle qui a déjà trompé Rhind : elle 
est imparfaitement bouchée par de grosses pierres que quel- 
ques hommes écarteraient sans beaucoup de peine. 

Une autre excavation facile à retrouver existe de l'autre 
côté de la montagne. C'est une tombe composée de deux 
corridors et de quatre chambres, qui a rencontré le plafond 
du quatrième corridor au n° 9 (Ramsès VI), et dont les 
travaux ont été interrompus pour ce motif : les murs en 
sont nus, au moins dans leur partie visible, mais la porte 
d'entrée demeure enfouie tout entière. 



II 

Telle est, en peu de mots, la liste des fouilles ou déblaye- 
ments à entreprendre dans la Vallée des Rois : il convient 
d'examiner maintenant dans quelle mesure ces travaux 
seraient utiles et possibles. 

On ne saurait se dissimuler que certaines opérations 
pourraient être dangereuses, ou du moins qu'il ne faudrait 
toucher sans précautions ni au souterrain du n° 17, ni aux 
couloirs du n° 20, à cause des éboulements à craindre dans 
des excavations aussi profondes et aussi étroites. Dans ces 



240 SUR QUELQUES FOUILLES ET DÉBLAYEMENTS 

doux numéros, il serait intéressant de vérifier l'état des 
lieux, en recherchant si le souterrain du n° 17 s'arrête avec 
la couche de calcaire, comme le pensait Mariette, et si le 
n° 20, contrairement à l'idée exprimée dans le Guide Murray, 
est bien une tombe analogue aux autres, avec des différences 
qui tiendraient à son ancienneté. 

Quoi qu'il en soit, deux détails montrent que ces deux 
excavations étaient bien destinées au transport des sarco- 
phages : d'une part les parois du n° 20 ont de place en place 
des encoches ou entailles comme il en existe dans presque 
toutes les tombes, et, d'autre part, le souterrain du n° 17 
commence par un escalier dont le milieu se compose d'un 
plan incliné lisse, dispositions qui s'expliquent, si on les 
suppose destinées à faciliter un travail de traction. 

Ce sont les fouilles de pure recherche qui promettent le 
plus de résultats, et qui présentent le plus de difficultés, 
surtout dans l'Ouadi-ên. 

Les deux bifurcations de l'Ouadi-ên, encombrées d'énormes 
rocs, se prêtent peu aux investigations; y creuser un fossé 
continu au long de la montagne, comme on l'a proposé, 
serait impraticable. Avant de travailler là, il serait bon de 
s'éclairer, par tous les moyens possibles, aussi bien en se 
livrant à de patientes observations personnelles qu'en utili- 
sant le flair et l'expérience des fouilleurs arabes qui habitent 
dans le voisinage à Gournah. Ils savent depuis longtemps 
que la Vallée des Rois ne contient ni momies, ni trésors, de 
sorte qu'ils verraient sans trop de jalousie des fouilles dirir 
gées de ce côté : ils les aideraient même, s'ils en bénéficiaient. 
L'un des plus intelligents et des plus relativement honnêtes 
affirmait, cet hiver, connaître une dizaine de tombes nou- 
velles à Bab-el-Molouk et dans l'Ouadi-ên : c'est là une 
parole d'Arabe, mais peut-être, au lieu de dix tombes, en 
connaît-il une. 

L'hypogée, qui a rejoint celui de Ramsès VI et dont 
l'entrée est inconnue', aurait ici, à ce qu'il semble, l'avantage 



A FAIRE DANS LA VALLÉE DES ROIS A THÈBES 241 

de renseigner exactement sur la manière dont on fermait et 
cachait les sépultures : de plus, il est extrêmement pro- 
bable qu'on trouverait là le nom d'un des derniers Rames- 
sides, car il n'y a point à Bab-el-Molouk un seul hypogée, 
taillé sur le plan royal, qui n'ait eu sa porte sculptée aux 
noms et aux titres d'un pharaon. 

L'enlèvement ou le déplacement des éclats de pierres 
oubliés dans les tombes serait plus aisé que le reste, s'il 
était moins fructueux. 

En ce qui concerne la Litanie du Soleil, bien connue 
depuis la belle publication de M. Naville, on ne pourrait 
retrouver que des variantes ; il en serait de même pour les 
scènes du Livre noir, mais non pour un de ses textes, 
presque entièrement inédit, qui occupe les vingt-trois co- 
lonnes terminant la paroi droite du premier corridor au 
n° 6 (Ramsès IX). Une partie, inédite aussi, du Livre de 
l'Hémisphère inférieur reste cachée au cinquième corridor 
du n° 9 (Ramsès VI). 

Les décombres du premier couloir, au n° 15 (Séti II), re- 
cèlent, à ce qu'il semble, des documents d'un autre genre, 
qui pourraient renseigner sur le roi Amenmésès, dont la 
tombe (n° 10) est cependant assez éloignée de celle-ci. Un 
morceau de beau calcaire blanc, qui se trouve à quelques pas 
de ces débris, en dehors, a l'un des cartouches d' Amenmésès, 
et deux lignes fragmentées d'hiéroglyphes, peints en bleu : 
la disposition de ces lignes sur deux parties de la pierre qui 
se rejoignent à angle droit indique la quelque chose comme 
un couvercle de sarcophage. Les autres morceaux du mo- 
nument, quel qu'il soit, ne sauraient se trouver bien loin, 
et leur réunion aurait sans doute un intérêt historique 
d'autant plus grand, que la place d' Amenmésès dans la 
XIX e dynastie est encore peu connue. 

Les dernières opérations, c'est-à-dire les déblayements à 
l'aire dans les cavités remplies par le sable, seraient moins 
longues et moins pénibles qu'il ne semblerait au premier 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 16 



242 SUR QUELQUES FOUILLES ET DÉBLAYEMENTS 

abord. Les matières poussées par l'eau s'entassent surtout 
dans les parties étroites et engorgent ainsi les portes plutôt 
que les salles. Si l'on tient compte de cette remarque, on 
verra que la dépense de temps et d'argent serait relative- 
ment minime aux n os 5,7, 8 et 10 : mais, — quoique minime, 
— serait-elle productive? Il est permis de l'espérer. 

On courrait d'abord la chance de trouver quelque sarco- 
phage, en mauvais état à la vérité, tous les sarcophages 
royaux ayant été endommagés, notamment celui du n° 8, 
dont quelques fragments en granit rose se voient sur le 
chemin même du tombeau. Au n° 10, creusé pour Amen- 
mésès et attribué successivement à deux reines, à Takhat 
dans la première salle et à Baktournour dans la seconde, la 
fin du tombeau pourrait révéler en outre quel fut en réalité 
le dernier occupant ou la dernière occupante. 

A un autre point de vue, la connaissance complète des 
n os 8 et 10 fixerait le moment précis d'une modification 
capitale dans le plan des hypogées royaux, c'est-à-dire le 
moment où leur axe ne varie plus. 

A la fin de la XVIII e dynastie et au commencement de 
la XIX e , les tombes complètes (celles d'Aménophis III, de 
Séti I er et de Ramsés II) ne suivent pas la même direction 
dans toute leur longueur. La tombe d'Aménophis III dévie 
deux fois, a ses deux grandes salles, c'est-à-dire à la salle 
qui précède les corridors de YAp-ro, et à la salle du sarco- 
phage. La tombe de Séti I er dévie à la salle qui précède les 
corridors de YAp-ro, et celle de Ramsôs II à la salle du sar- 
cophage, chacune de ces deux dernières sépultures retenant 
et perdant ainsi quelque chose du plan antérieur. 

Depuis Ramsès II, au contraire, toutes les parties connues 
des U unîtes royales de Bab-el-Molouk s'enfoncent en ligne 
droite dans la montagne, excepté au tombeau de Ramsès III 
qui fait un coude entre ses deuxième et troisième corridors, 
mais pour un motif accidentel, la rencontre du tombeau 
d'Amenmésès. 



A FAIRE DANS LA VALLÉE DES ROIS A THÈBES 243 

C'est seulement au n° 14 (Taoser) que s'observe pour la 
première fois la véritable rectification du plan, qui devient 
dès lors définitive. Les tombes des souverains compris entre 
Taoser et Ramsès II, celles de Ménéptah I er (n° 8), de Séti II 
(n° 15) et d'Amenmésès (n° 10), s'arrêtent, soit en réalité, 
soit en apparence, à l'endroit où pourrait commencer leur 
première déviation, c'est-à-dire aux corridors de YAp-ro, 
lesquels manquent certainement au n° 15 : manquent-ils aux 
n os 8 et 10? C'est là ce qu'il importerait de savoir et ce 
qu'un déblayement nous apprendrait ; les deux hypogées, 
enfouis au point précis où leurs corridors de \'Ap-ro devaient 
s'ouvrir, semblent se prolonger à partir de là d'une manière 
rectiligne et ne pourraient, s'il en est ainsi, ressembler au 
n° 17 (Séti I er ), mais ils pourraient ressembler au n° 7 
(Ramsès II), dont la grande salle dévie, en admettant toute- 
fois qu'ils aient une grande salle, fait douteux pour la tombe 
d'Amenmésès, roi peu important, et possible pour celle de 
Ménéptah I er , l'un des derniers grands pharaons. Quoi qu'il 
en soit, on saurait d'une manière certaine, en explorant ces 
deux hypogées, à quelle époque remonte l'abandon de tra- 
dition qu'il s'agit de dater. 

Le roi Siptah n'a pas été mis ici en ligne de compte, bien 
qu'il ait perdu la couronne ou la vie avant Taoser : c'est 
que sa tombe, encore inconnue, ne saurait avoir été consi- 
dérable, vu le peu de durée de son règne, dont la date la 
plus élevée est l'an III. Siptah accompagne Taoser dans le 
premier corridor du tombeau de cette reine (n° 14) avec ses 
cartouches surchargeant ceux de Séti II, puis il disparaît 
complètement, et Taoser cesse d'être traitée comme une 
reine pour tenir le rôle d'un véritable roi dans le tombeau, 
décoré dès lors comme celui d'un roi et non plus comme 
celui d'une reine. Siptah n'a donc participé au long règne 
de Taoser que juste le temps de faire remplacer dans un 
corridor les cartouches du premier associé de la reine par 
les siens, et cela est assurément l'indice d'une domination 



244 SUR QUELQUES FOUILLES ET DÉBLAYEMENTS 

éphémère. On pourrait à la rigueur lui attribuer le n° 5, 
qui est enfoui, ou le n° 18, qui est surchargé, parce que ces 
deux petites tombes ont à leur porte une déesse ailée qui ne 
figure plus guère dans la décoration après Ramsès III, mais 
ce seraient là des conjectures qu'il n'est pas besoin d'émettre 
pour montrer le peu de place que Siptah doit tenir dans 
l'histoire. 

Il ne reste plus qu'a mettre en relief l'importance d'un 
dernier déblayement, celui du n° 7 (Ramsès II). Fort peu 
connu encore, sauf dans son plan général publié par le 
D 1 ' Lepsius, le n° 7 ne semble guère ensablé qu'à l'entrée 
ou dans sa première moitié, et il serait vite mis à la dispo- 
sition de la science, qui y trouverait un profit certain. Si 
endommagé qu'on le suppose, en effet, il est difficile de le 
croire entièrement dénué de scènes et de textes : or, les 
moindres indices, comme un reste de figure ou d'hiéroglyphe, 
suffiraient pour jalonner les recherches à faire sur les com- 
positions, nouvelles ou non, qui pouvaient orner l'hypogée 
du conquérant. 

On peut bien restituer, a priori, par analogie, plus de la 
moitié de ce tombeau. Ainsi, le premier corridor devait être 
consacré, comme le second, à la Litanie du Soleil, le troi- 
sième, a deux heures du Livre de l'Hémisphère inférieur, 
la première salle à la réception du roi par différents dieux 
infernaux, les trois salles suivantes à deux divisions du 
Livre de V Enfer, à trois heures du Livre de V Hémisphère 
inférieur et au culte de Sôti I er , les quatrième et cinquième 
corridors au Livre de l'Ap-ro (l'ouverture de la bouche des 
statues royales), et enfin la salle où aboutissent ces deux 
corridors à une nouvelle réception du roi par certaines 
divinités. 

Mais la grand*. 1 salle sépulcrale vient ensuite, et différentes 
questions se posent, auxquelles, pour le moment, on ne 
-aurait répondre. 

En premier lieu, la grande salle de Ramsès II étant plus 



A FAIRE DANS LA VALLÉE DES ROIS A THÈBES 245 

conforme, par la disposition de ses huit colonnes et de ses 
quatre chambres annexes, aux grandes salles de Taoser et 
de Ramsès III qu'à celles de Séti I er et d'Aménophis III, 
faut-il en conclure qu'on avait adopté là une décoration 
semblable a celle des n os 14 et 11 (Taoser et Ramsès III), et 
qu'ainsi le Licrc noir, qui rend si confuses par son manque 
de cohérence les parties des tombes où il domine, aurait fait 
sa première apparition sous le règne de Ramsès II ? Si, au 
contraire, la ressemblance avec les tombes plus récentes 
devait se borner au plan, la grande salle de Ramsès II 
était-elle ornée comme les monuments plus anciens, et 
avait-elle comme le n° 17 un souterrain? Enfin, où était 
placé le sarcophage ? 

En second lieu, cette salle a une chambre annexe de plus 
que la grande salle d'Aménophis III, laquelle en a deux de 
plus que la grande salle de Séti I er , preuve qu'on pouvait 
alors ajouter indéfiniment de nouvelles chambres à un tom- 
beau dont le développement régulier était accompli, ce qui 
n'a plus lieu dès le règne de Taoser, époque à laquelle le 
plan des tombeaux est systématisé. Inférerons-nous de là 
qui' l'excavation ajoutée ainsi à la grande salle, en dehors 
de l'analogie, avait sa décoration particulière, et quelle 
pouvait être ici cette décoration? Y entrait-il des textes 
nouveaux, et lesquels ? 

Voilà une série de problèmes qui ne seront résolus que 
sur les lieux, et dont l'énoncé montrera, peut-être, que rien 
n'esta négliger en matière de documents, surtout lorsqu'il 
s'agit de ce qu'on faisait, on pensait, au plus beau siècle et 
sous le plus grand roi d'un pays. 

Que les considérations qui précèdent atteignent on non 
leur but, et reportent ou non l'attention soit sur toute la 
Vallée des Rois, soit sur l'un de ses hypogées les plus impor- 
tants, il n'en est pas moins légitime de les présenter. Thèbes 
est trop riche en ruines pour que le grand nombre n'en 



246 SUR QUELQUES FOUILLES ET DÉBLAYEMENTS 

fasse pas négliger quelques-unes : l'imagination se fatigue 
ou se blase parmi tant de souvenirs, et c'est ainsi qu'il est 
devenu nécessaire de rappeler la tombe oubliée d'un Sésos- 
tris. Laisserait-on ailleurs les sépultures d'Alexandre ou de 
César, si elles existaient encore, accessibles seulement aux 
vipères et aux chauves-souris, quand il suffirait de quelques 
centaines de francs, à peine, pour les rendre à l'examen des 
savants et à la curiosité des voyageurs? 



UNE SCÈNE DE HAREM 



L'ANCIEN EMPIRE EGYPTIEN' 



Les représentations de l'Ancien Empire ne nous montrent 
guère que des scènes, soit de funérailles, soit d'offrandes ou 
de préparations d'offrandes, qui se passent dans la tombe, 
sur le fleuve, ou dans la campagne. Un des tombeaux de 
Saqqarah, le n° 31 de Lepsius, nous introduit par exception 
dans l'intérieur d'un harem : c'est le tombeau, publié en 
partie dans les Denkmâler*, du scribe en chef Ptahhotep. 

Là, le harem reçoit le nom assez rare de n J] (la maison 
des femmes, le gynécée), mot caractérisé par l'absence de la 
marque du pluriel, assez souvent omise sous l'Ancien Em- 
pire 3 , et par une pose des jambes du personnage assis qui 
appartenait plus particulièrement à l'homme W, mais qu'on 
donnait aussi à la femme ; : l'hiéroglyphe manque au type 
de Berlin. D'autres recueils nous fourniraient sans doute 
d'autres exemples du même mot à la même époque, mais 
on ne le retrouve aux Denkmâler, pour l'Ancien Empire, 
qu'au tombeau n°24 de Gizéh, où sont représentés plusieurs 

1. Publiée dans les Études dédiées à M. le D 1 C. Leemans, p. 69-72; 
tirage à part à vingt-cinq exemplaires in-4°. — G. M. 

2. Mariette, Description du parc égyptien, 1867, p. 29-34. 

3. Cf. Denkmâler, II, 3, 13, 43, d, 148 ; etc. 

4. Id., II, 47 et 143, 2; cf. Prisse d'Avennes, L'Art égyptien, texie, 
p. 82. 



248 UNE SCÈNE DE HAREM 

hommes devant le défunt avec la mention *J^ J) V vue 

•<s>- n SU 
de l'administration du gynécée. A une époque plus récente, 

l'expression reparait sous la forme Jj '" et _n 3 : 

elle ne doit pas être confondue avec (1(1 Jj % femme de 
maison. Le tombeau n° 31 occupe les planches 101-104 des 
Denkmâler, II. A la planche 101, on voit s'éloigner du 
gynécée', dont un homme ferme la porte, le cortège funèbre 
de Ptahhotep, c'est-à-dire la vache traînant ou précédant 
la momie, le prêtre en costume, les danseuses, ou recluses 
du kiosque < (J , les chanteuses", Q I , et les 

A/WvAA /WWV\ 11 I I /\ I /rz—U 

personnages de marque. Vient ensuite la navigation de la 
momie et du matériel funéraire en deux pavillons clos que 
supportent deux barques remorquées 7 : c'est le dernier 
voyage, la traversée d'Orient en Occident, le passage du 
fleuve, l'acheminement depuis le gynécée jusqu'au (bon) ci- 
metière vers le dieu grand, 1 1"%\ l\ nJ <ow| 
_ & I ^J^> A_S^ £1 t m. a, 

© ca ♦ a. 

A . L opposition marquée par les prépositions ^\ et 

<==> entre le point de départ et le point d'arrivée prouve 
bien que lenJ] est le contraire de la tombe, n^l, ou 



° u n,„ 

1. Denkmâler, II, 20. 

2. Stèle de Piankhi, 1. 34. 

::. Stèle Métier nich, Brugsch, Zeitschrift, 1879, p. 2. 

4. Mariette, Abydos, t. I, pi. 6, 1. 47. 

5. Cf. Denkmâler, II, 43. 

6. Trémaux, Egypte et Ethiopie, p. 190, et Cailliaud, Voyage à 

de Thèbes, p. 103, 1. 

7. Cf. Champollion, Notices, I, p. 836. 

8. Dûmichen, Historische Inschriften, II, 40, a. 

9. Denkmâler, II. 50, a. 

10. Zeitschrift, 1872, p. 31. 



j I 1 » I 

bien U \\ o ^vLJ©", et même, d'après M. Goodwin, 

D 



sous l'ancien empire égyptien 249 

La planche 102 montre une arrivée de bœufs et de gazelles 
devant le défunt, sous la conduite d'un préposé de l'étable, 
tandis que la planche 103 nous ramène au gynécée, où se 
passent, sous la présidence en quelque sorte idéale du défunt, 
assis avec sa femme accroupie devant lui, deux genres de 
scènes connexes, figurant la livraison des objets de toilette, 
par le gynécée ou les gynécées, pour le défunt 1 . Les détails 
de ces scènes s'entremêlent dans les trois registres qui 
subsistent du tableau. 

Au registre supérieur, devant les jambes du défunt, deux 
hommes reçoivent deux colliers, qui paraissent offerts par 
deux femmes, dont l'une dit : « Qu'Hathor octroie la vie à 
mon surveillant » A ^\ ■¥• aaaa^(1 - (]; un autre homme dit à 

'huile douce » 



une femme : « Donne de 
une autre femme dit en remettant à un homme un objet co 
nique, sans doute un gâteau : « (En) voici à souhait », 
(I ^è\ aaama o \j — «— . Le verbe (l >h s'employait assez souvent 
alors avec le sens de voici, ou c'est, comme dans (I v> U 
« c'est pour ton génie », phrase adressée à la Suten rekh-t 
Nepher-s, dont la tombe est à Gizéh 2 . 

Au deuxième registre, -deux préposés du coffre et un 
3 réposé de sac se tiennent debout entre un chancelier 
U^V)' et un scribe du don du coffre, pQi f\ À 3 : ils 
attendent les offrandes, dont plusieurs petites scènes figu- 
rent l'apport d'une manière en quelque sorte anecdotique. 
« Donne une étoffe vraiment bonne », ^\ ' 1 1 î S^ 7 , dit un 

homme à un préposé du gynécée, 5k nJ; « donne une 

k i" ' "" i ri ^ <d^> Ll 

M (I , dit un autre collecteur à une 

femme qui répond : « Qu'Hathor octroie la vie à mon sur- 

1. Cf. Denkmâler, III, pi. 21. 

2. Denkmâler, II, 90. 

3. Cf. Denkmâler, II, 96. 



250 UNE SCÈNE DE HAREM 

veillant, le maître ». Une nouvelle transmission du même 
genre se fait en silence, mais les conversations recommen- 
cent avec deux femmes portant des paquets ; l'une d'elles 
se retourne vers l'autre : « charmante, la vue de ton étoffe », 
|\ — ^ 1 1 £=*. Un préposé et un directeur du 

gynécée, ^ n 3 et y n 3 , portent chacun un paquet et 
une bande d'étoffe, de même qu'un personnage marchant 
devant eux, qui arrive auprès d'un tas de ligues qu'on me- 
sure au boisseau : « Allons, maître des figues », dit-il à un 
scribe du gvnécée qui tient une figue, « voici un vêtement 

(que)jelivre» Ajy ^J^()^f jpy^]; 
Au troisième registre, on mesure devant des greniers 

deux tas de grains extraits d'épis et de gousses (du blé et 
des pois) ; ces grains proviennent des gynécées, du don de 
quantité (grande) des gynécées |X ft fl fl • 

_Hr^ /www I i w i £ii îil îli 

« Ferme, cache le grenier », crie un surveillant à l'homme 
qui tient le boisseau pour le blé 5 . Après les greniers figurent 
les pains, comptés par un scribe du pain : « donne du pain », 
dit un hom me à une femme avec laquelle il échange un 
paquet, 1\ rvflvN^w^ a , « voici de l'or, livre », ou : 

o voici de l'or (que je) livre ». Le dernier verbe n'a malheu- 
reusement pas de pronom, ce qui empêche de savoir si la 
livraison (\^ pains se fait sur paiement, en échange de 
quelques objets en or, ou bien si, d'après l'analogie du 
deuxième registre, l'on a voulu dire simplement : « Je 
donne de l'or, tu peux bien donner du pain. » 

Dans tous ces petits discours, 1\ équivaut à -|s^, forme 
ordinaire du mot donner, livrer. Cette valeur est suffisam- 
ment indiquée par le contexte, ainsi que par les pronoms 
s = 5 et <^z^. L'espèce de marché public reproduit aux Denk- 



1. Cf. Lieblein, Dictionnaire des noms propres, n" 124. 

2. Cf. Champollion. Notices, II, p. 317, S". 



sous l'ancien empire égyptien 251 

mâler\ d'après la tombe n° 1 de S aqqarab, fournit plusieurs 
exemples du même genre : fe*- " (j), .Jk- *l^_ j, «donne 



une sandale, donne un éventail ». etc.; au tombeau de 
Ptahhotep, la phrase : « Donne du pain » , est écrite €\ A 
en parlant à une femme 2 et, en parlant à un homme, 

Le dernier tombeau, pour l'ensemble duquel on peut con- 
sulter une notice de M. Mariette 1 , se termine aux Denk- 
mâler par le transport à la nécropole des meubles et des 
comestibles, en dix-huit barques, dont quelques-unes ont 
une femme au gouvernail. Le D r Lepsius a ajouté à cette 
scène trois petits tableaux détachés, qui montrent une statue 
de Ptahhotep qu'on traîne à la corde, ainsi que des bœufs et 
des gazelles qu'on amène 3 . 

En ce qui concerne la vie intime d'un grand seigneur 
égyptien, les scènes du tombeau de Ptahhotep rappellent 
assez les curieuses Lamentations d'Isis et de Nephtys, les 
invocations efficaces faites par les deux sœurs de la maison 
d'Osiris roJr', pour ramener à la vie et au gynécée 
Osiris mort, qualifié là de taureau fécondant, ami du harem ' , 
QA (I . Voici le début des deux discours d'Isis et 

<^ > d rV aa/ww I I I 

de Nephtys. 

o Appel d'Isis. Elle dit : « Viens à ta maison ! » (bis) 
. Ani. viens a ta maison ! les ennemis ne 
sont plus. O beau lévite, viens à ta maison! Regarde-moi, 
je suis ta sœur qui t'aime. Ne te détourne pas de moi. 

1. Denkmâler, II, 96. 

2. ld., 103. 

3. Ici., 104, b. 

4. Description du parc égyptien, 1867, p. 29-34. 

5. Denkmâler, II, 104. 

6. J. de Horrack, Les Lamentations d'Isis et de Nephtys, p. 1, 1. 2. 

7. ld., p. 5, 1. 4. 



252 UNE SCÈNE DE HAREM 

beau jeune homme, viens à ta maison, vite, vite ! Je ne 
te vois plus et mon désir est de t'embrasser. Mes veux te 
cherchent. Je te cherche pour te voir. Est-ce que cela n'est 
pas ma chose de te voir. 1 4^f "ik (](] J) — ^ '^z* (bis) ? 
Beau seigneur, est-ce que cela n'est pas ma chose de te voir 
(bis)'l C'est bon de te voir (bis). Ani, c'est bon de te voir. 
Mens à ton amie, Unnefer véridique ! Viens à ta sœur, 
Urt-al) ! Viens à la maîtresse de ta maison! Je suis ta sœur 
de mère ' . » 

« Appel de Nephtys. Elle dit : « O beau seigneur, viens 
à ta maison! Calme ton cœur, tes ennemis ont péri, tous! 
Tes deux sœurs sont auprès de toi, pour la garde de ton lit, 
à t'appeler en pleurant. Tu es renversé sur ton lit. Vois les 
belles, I J| |2 > c i lu ' parlent avec nous, seigneur notre 

maître. Détruis tous les chagrins qui sont dans nos cœurs. 
Tes compagnes, il (1(1 3 i, d'entre les dieux et les hommes 
sont à te regarder. A elles ta face, seigneur notre maître 3 . » 

Bien que les Lamentations d'Isis et de Nephtys soient de 
beaucoup postérieures au tombeau de Ptahhotep, néanmoins 
le papyrus ptolémaïque et le vieux monument donnent tous 
deux une même idée générale du harem. Voici ce que la 
tombe de Ptahhotep nous apprend du harem, ou plus exacte- 
ment du harem des hauts fonctionnaires sous l'Ancien Em- 
pire. 11 était la résidence intime de la Camille, et la momie 
partait de là pour aller au puits funéraire. Ses habitants 
étaient la femme en titre (souvent sans doute sœur aînée 
• lu maître, suivant la coutume que rappellent les Lamen- 
tations d'Isis et de Nephtys), les concubines'', ou tout au 

1. J. de Ilorrack, Les Lamentations d'Isis, p. 2, 1. 1 et suiv. 

2. Cf. Mariette, Ab'ydos, t. I, pi. 6, 1. 17; Champollion, Notices, I, 
p. 546; Dumicben, Tempel Inschriften, I, 32, etc. 

3. .1. M- Horrack, Les Lamentations d'Isis, p. 3, 1. 1 et suiv. 

4. Cf. Denkmâler, II, 143, et Reinisch, /Egyptische < 'hrestoniaihie, I, 
pi. 21, 1. 12. 



sous l'ancien empire égyptien 253 

moins les recluses 1 , chanteuses et danseuses (les nefer-t-u 
ou « jeunes belles » des époques postérieures), et tout un 
personnel administratif, préposés ou intendants, scribes et 
directeur, sans parier des domestiques mâles et femelles. Les 
dépendances comprenaient des fruitiers, des greniers, des 
boulangeries et des parterres ou parcs avec pavillons de 
plaisance, qu'égayaient les danseuses. La grande quantité 
d'étoffes fournies par les femmes suggère l'idée qu'on fabri- 
quait du linge à domicile : la confection complète des habits 
de la famille était, en effet, un des travaux d'intérieur les 
plus habituels dans les temps anciens. Il est inutile d'ajouter 
que, malgré cette abondance de ressources, le harem ne 
pouvait pas toujours se suffire à lui-même, comme le prou- 
vent les scènes d'achat en place publique dont il a été parlé 
plus haut. Enfin on remarquera que la même famille se divi- 
sait ici en plusieurs gynécées, prenant part au deuil, d'après 
le tableau où sont mentionnés les dons en grains des harems, 
soit qu'il s'agisse de la mère, des filles ou des sœurs du 
défunt, qui pouvaient avoir leurs maisons particulières, 
surtout en qualité de femmes mariées' 2 , soit que le défunt 
lui-même, comme ce roi de Sparte qui avait deux maisons 
parce qu'il avait deux femmes", possédât plusieurs gynécées, 
rattachés plus ou moins directement à une maison principale. 

.1. Cf. Dévéria, Le Papyrus judiciaire de Turin, col. 4, pi. 2, 1. 2, et 
col. 5, pi. 3, 1. 1. 

2. Cf. Mariette, Abydos, t. III, p. 281, n° 844. 

3. Hérodote, V, 40. 



LETTRE A M. DE MILLOUÉ 

SUR UN 

MONUMENT DE THOTMÈS III 



Monplaisir, le 3 juillet 1883. 

Cher Monsieur, 

Le sens de la petite inscription gravée sur le Nou r- — , de 
Déir-el-Bahari est : le dieu bon Ra-men-kheper (c'est le pré- 
nom de Thotmès III), fondation pour Amenserk hou, c'est- 
à-dire souvenir' de Thotmès III et de lafondation du temple 
Amenserkhou. C'est un objet commémorant la construction 
d'un édifice religieux, édifice déjà identifié, mais sur lequel 
je ne pourrais vous renseigner en ce moment plus au long, 
n'ayant pas sous la main le Dictionnaire géographique de 
Brugsch. Ce n'est pas là d'ailleurs un point essentiel. Ce 
qu'il importe, c'est de déterminer le sens de l'inscription, 
qui se retrouve sur différents objets funéraires trouvés à 
l'Assasif, comme on peut le voir au catalogue du Musée de 
Boulaq, que je vous envoie (cf. p. 202-3). Malgré l'embarras 
de Mariette devant ce texte, je le crois d'un sens assez clair. 
La fondation de Y Amenserkhou ayant été une œuvre pie, 

1. Inédit. Cette lettre a été communiquée par M. de Miiloué, con- 
servateur du Musée Guimet, à M. Virey, qui a bien voulu me la com- 
muniquer à son tour. — G. M. 



256 LETTRE A M. DE MILLOUÉ 

les objets consacrés en cette circonstance avaient bénéficié 
cl' la bénédiction générale répandue sur l'œuvre par le dieu 
et le roi. < >n les avait donc placés dans les tombes comme 
amulettes douées d'une efficacité spéciale, de sorte qu'ils rap- 
pellent à la fois nos médailles commémoratives et nos chape- 
lets bénis. 

Le Nou avait pour but d'ouvrir magiquement la bouche 
et les yeux des momies comme des statues divines et hu- 
maines, afin de permettre à l'esprit qui devait les animer de 
s'y introduire. C'est le pendant exact de l'idée qui a inspiré 
la cérémonie japonaise que M. Guimet a eu l'obligeance de 
me signaler. Trois tombes royales à Bab-el-Molouk con- 
tiennent, avec variantes, le Livre de l'ouverture de la bouclie, 
publié par Schiaparelli d'après l'hypogée de Séti I or . Le livre 
montre que l'on consacrait une statue du mort en la touchant 
aux yeux et à la bouche avec différents instruments, et qu'en- 
suite l'ombre du mort revenait habiter la statue, croyait-on. 
L'ombre était préalablement reprise en rêve dans la tombe 
par un prêtre représentant le fils; il la ressaisissait dans un 
tilet sous la l'orme d'un insecte, scarabée, mante religieuse, 
ou guêpe. Schiaparelli n'a pas compris cette partie infini- 
ment curieuse du Livre, faute de comparaisons faites par 
lui avec les croyances des peuples peu civilisés ou très 
anciens. 

En résumé, le Nou de Thotmès 111 était un bon Nou, 
dûment béni dans une circonstance solennelle. 11 ne se trou- 
\ ai t certainement pas dans le sarcophage du Pharaon, car il 
aurait été imprégné en ce cas de l'odeur de momie qu'exhalent 
les petits objets ci-joints, que je prends la liberté d'offrir à 
M. Guimet 1 . Ils viennent de la momie même de Thotmès 111, 

1. Les objets auxquels il est lait allusion se trouvent au Musée 
Guimet, dan- la vitrine royale de la Salle égyptienne, sauf le morceau 
'!•■ chasse mouches, qui a dû être égaré, ou peut-être déplace sans indi- 
cation, luis du transfert du Musée de Lyon à Paris. — Note de M. Virey, 
i après des indications fournies par M. de Milloué. 



SUR UN MONUMENT DE THOTMÈS III 257 

au déroulement de laquelle j'ai assisté, et se composent de 
deux morceaux de la toile entourant le cadavre, de quelques 
parties de guirlandes composées d'une petite fleur qui sem- 
ble être celle du Sant ou acacia égyptien, analogue, sauf 
l'odeur, à la fleur de cassier, puis d'un fragment de chasse- 
mouches posé sur la momie avec les guirlandes, et d'un 
morceau d'une des trois petites rames qui flanquaient le 
corps, sans doute pour aider à la navigation d'outre- 
tombe 

Ma femme est heureusement accouchée d'un garçon le 
23 juin. Sans être malade elle est encore souffrante, ce qui 
m'empêche de venir vous apporter moi-même les renseigne- 
ments sur le Non, comme j'aurais désiré le faire, afin de 
pouvoir présenter à M. Guimet l'expression de ma recon- 
naissance la plus vive pour le précieux concours qu'il veut 
bien apporter à l'Ecole du Caire ' 

1. Ce passage fait allusion aux négociations alors engagées par 
M. Lefébure pour publier, dans les Annales du Musée Guimet, les 
inscriptions des hypogées royaux tbébains, qu'il avait copiées l'hiver 
précédent. — G. M. 



BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 17 



^ tM 



LE CONTE 



Personne n'ignore qu'il a existé dans l'antiquité et qu'il 
existe encore aujourd'hui une littérature enfantine et popu- 
laire, celle des contes, qui durant de longs siècles n'a jamais 
eu rien à souffrir ni à craindre des révolutions du goût, des 
différentes conceptions de l'art, et même des grands dépla- 
cements d'idées qui ont bouleversé la face du monde. L'hu- 
manité a passé de l'antiquité au moyen âge, et du moyen 
âge à l'ère moderne, les civilisations grecque et romaine, le 
paganisme, la féodalité et bien d'autres choses ont vécu, mais 
ni le Petit Poucet ni le Petit Chaperon rouge ne sont morts, 
et ils sont pourtant plus vieux que tout cela. 

Quelle est, au fond, cette littérature d'une vitalité assez 
puissante pour assurer à des récits de nourrice l'immortalité 
qu'obtiennent si difficilement les chefs-d'œuvre ? Peut-on, 
malgré son ancienneté et son étendue, l'apprécier avec 
connaissance de cause ?■ Peut-on déterminer ses caractères, 
ses origines et ses limites ? 

11 ne paraît pas que ce soit impossible. 

1. Conférence municipale du 29 février 1884. Le texte en fut publié 
dès 1885, à Lyon, chez Pitrat, en une brochure in-8° de 18 pages. — 
G. M. 



260 LE CONTE 



I. — Caractères 

Un des principaux caractères du conte est assurément celui 
qui vient d'être signalé, sa durée, et sa durée tient à son 
public, les enfants grands et petits dont l'humanité est en 
partie composée. 

Voici à peu près comment et pourquoi. 

Un conte, comme on le verra tout à l'heure, est généra- 
lement un ancien mythe, et un exemple suffira pour montrer 
ce qu'est un mythe. Quand on disait, en Grèce, Persée est 
le libérateur d'Andromède, c'est-à-dire le Ravageur délivre 
la Bienfaitrice, c'est-à-dire les luttes atmosphériques de 
l'aurore et du printemps ramènent la lumière et la chaleur, 
les Grecs personnifiaient ainsi des phénomènes naturels 
en leur donnant une apparence humaine : ils créaient un 
mythe. 

On voit que le mythe, possibilité future du conte, est une 
fable tirant ses héros des phénomènes. A ce titre, il ne peut 
manquer d'attribuer aux personnages qu'il met en jeu des 
facilités particulières de locomotion et de transformation ; 
c'est ce qu'on appelle le merveilleux. Les scènes du merveil- 
leux ressemblent parfaitement à celles du rêve, et l'on sait 
que l'enfant est un rêveur éveillé, toujours en train, dans 
ses jeux, d'animer les choses d'une vie factice, momentanée 
et changeante. Un besoin en quelque sorte prophétique le 
pousse a prendre possession, grâce à la mimique plus ou moins 
habile c| ;ni décor plus ou moins ressemblant qu'il crée, des 
rôles d'homme ou de femme auxquels il se sent prédestiné. 
11 est le dramaturge et l'acteur par excellence, puisqu'il passe 
son temps a jouer lui-même et à faire jouer aux choses le 
drame ou la comédie aux cent actes de la vie. C'est cette 
aptitude à l'illusion plus ou moins clairvoyante, lui faisant 
prendre pour autanl d' temps qu'il le veut un bâton pour un 



LE CONTE 261 

cheval, par exemple, qui le rend éminemment propre à goûter 
le conte, image exacte de son esprit : le conte est une féerie 
dramatique et l'enfant est un auteur dramatique, il y a 
donc de l'un à l'autre une convenance et une adaptation 
parfaites. 

Mais il n'y a pas en ce monde d'enfants que les enfants. 
Sans parler du bon La Fontaine, le plus grand enfant qui ait 
jamais existé, il y a toujours eu, clans les classes populaires 
surtout, des hommes et des femmes à l'imagination neuve et 
jeune. Il y a eu chez les anciens des peuples et il y a chez les 
sauvages des tribus d'une tournure d'esprit analogue; il y a 
au désert les Arabes, il y a partout les nourrices, tous gens 
qui font d'une manière imaginative ce que l'enfant fait d'une 
manière scénique, c'est-à-dire qui aiment à déplacer le pos- 
sible et à supprimer l'impossible, pour voir eux et les choses 
autres qu'ils ne sont en réalité, par un besoin de déguisement 
et de renouvellement analogue à celui qui fait encore aujour- 
d'hui la fortune du Mardi gras. Ce sont là autant d'auditeurs 
ou de narrateurs composant le public habituel des contes. 

On remarquera maintenant que, pour l'enfant, la nourrice, 
le sauvage, l'Oriental, etc., ce monde-ci n'a pas d'histoire, ou 
plutôt n'en a qu'une, variée d incidents et de fond identique, 
le cercle de la vie. Pour eux, le développement de l'humanité, 
qui modifie sans cesse les événements comme les croyances, 
n'existe pas : ils l'ignorent. Ils voient les choses rouler sans 
tin dans la carrière bornée de l'existence pour l'homme et de 
l'année pour la nature. La marche de la civilisation passe 
au-dessus ou à côté de ces esprits naïfs, dont l'activité intel- 
lectuelle se dépense dans le même rêve d'une vie métamor- 
phosée, et métamorphosée à peu près de la même manière 
pour tous, parce qu'ici toute variation historique est absente. 
La même littérature leur suffit donc éternellement, en offrant 
à des besoins toujours semblables des satisfactions toujours 
les mêmes. 

Ainsi, l'une des particularités du conte est la durée. 



262 LE CONTE 

A côté de cette caractéristique il en existe une autre, qui 
est, si l'on peut dire, l'universalité. 

Dans la naïve littérature dont le recueil de Perrault ne nous 
représente qu'une bien faible partie, la même donnée se re- 
trouve souvent presque sous les mêmes formes chez un grand 
nombre de peuples, et de peuples très éloignés ou très diffé- 
rents les uns des autres. Quand on ne sort pas d'une même 
famille de peuples, ou tout au moins de langues, le fait 
s'explique : dans l'intérieur du groupe indo-européen, par 
exemple, dont la langue s'est développée et ramifiée d'une 
façon régulière et connue depuis la période qui a précédé la 
civilisation hindoue, les contes ont pu et ont dû se trans- 
mettre de peuple à peuple, avec la langue et avec tout un 
bagage commun de croyances, d'idées et de coutumes. Il n'y 
a par suite rien d'étonnant si l'on rencontre la même fable dans 
l'Inde, la Grèce, l'Allemagne, etc. 

Mais les contes ne sont pas seulemcment manifestés de 
cette manière relativement simple : ils semblent encore, au 
moins à première vue, avoir passé d'une race à une autre, 
sans qu'on aperçoive aujourd'hui quels chemins ils auraient 
pu prendre, et de quels intermédiaires ils auraient pu se 
servir. Ainsi, la fable des Sirènes était commune à la Grèce, à 
l'Irlande et à l'Allemagne, ce qui n'est pas surprenant ; mais 
que dire quand on constate que la ballade où Goethe dépeint, 
si poétiquement, le pouvoir fatal de l'Ondine, n'aurait rien 
appris aux indigènes de Madagascar? Que dire quand on 
voit l'histoire de Cendrillon aussi familière aux Égyptiens 
qu'aux Hindous? Faut-il simplement reconnaître son igno- 
rance et l'impossibilité actuelle où l'on est d'adapter une 
explication plausible à des singularités de ce genre? Car il 
semble vraimenl que la littérature des contes ait eu sa Tour 
de Babel et sa dispersion miraculeuse sur toute la surface 
du globe. 

Il y a la sans doute une difficulté, mais elle n'est point 
insoluble, et l'on a déjà mis en avant plusieurs causes pour 



LE CONTE 263 

le fait à éclaircir, par exemple, l'existence possible de tra- 
ductions littéraires, servant de véhicules à certains contes, 
ou bien l'esclavage transportant un peu partout, grâce aux 
femmes, les récits enfantins des différentes races ; toutefois, 
de semblables explications, valables en certains cas, n'ont 
point l'ampleur nécessaire pour rendre compte du remarquable 
phénomène dont il s'agit, l'ubiquité des contes, et elles. lais- 
sent subsister une interprétation plus compréhensive, fondée 
sur l'analogie. 

Dans le domaine des mythes, très voisin de celui des contes, 
on a déjà remarqué chez différents peuples des coïncidences 
singulières au premier abord, mais explicables à la réflexion 
par le motif que voici : le fond d'un mythe est généralement 
une métaphore suscitée par un fait, et le fait générateur du 
mythe suggérera plutôt, chez les spectateurs, la même image 
que des images différentes. 

C'est ainsi que, presque partout, les nuages et les ténèbres 
ont été considérés comme des monstres engloutissant la 
lumière ; que, par suite de cette idée, les éclipses de lune 
ou de soleil ont passé presque partout pour être produites 
par un monstre en train d'avaler l'astre, et que, presque par- 
tout aussi, on a cherché à effrayer ce monstre en lui faisant 
un charivari. Ces conceptions sont assez naturelles pour qu'on 
n'ait pas besoin de supposer une entente entre les peuples 
qui les possèdent. L'exemple ici n'a rien d'embarrassant, mais 
en voici un autre où la rencontre est plus singulière. 

La constellation de la Grande Ourse, que nous appelons 
aussi le Chariot ou le Chariot de David, a été souvent re- 
gardée par les anciens comme un attelage de bœufs, conduit 
par un personnage stellaire nommé Bootès ou le Bouvier par 
les Grecs, tandis que la constellation elle-même a été appelée 
par les Latins le Septentrion, c'est-à-dire les sept bœufs, du 
mot triones, qui désignait les bœufs dans la langue des 
paysans du Latium. En Egypte, la Grande Ourse est aussi 
un bœuf, et, si l'on demande d'où viennent de semblables 



264 LE CONTE 

assimilations, on reconnaîtra que la Grande Ourse tournant 
très visiblement autour du pôle Nord, c'est-à-dire autour de 
l'axe du ciel, elle semble par suite le faire tourner, d'où son 
nom d'Hélice en grec. Or, l'animal que les anciens em- 
ployaient d'habitude pour faire tourner l'axe des pressoirs ou 
des machines à eau était le bœuf ; c'est donc le bœuf qu'on 
a choisi instinctivement pour représenter le moteur supposé 
de l'axe céleste, c'est-à-dire la Grande Ourse. 

Un troisième exemple révélera une nouvelle coïncidence 
plus difficile peut-être à comprendre, mais encore possible à 
éclaircir. En Egypte, en Grèce et à Sumatra, dans la Malaisie, 
le Temps a eu pour emblème une corde tressée par un homme 
et mangée par un animal. Pourquoi? C'est que le Temps, 
avec son alternance de jours et de nuits, éveille aisément 
l'idée d'une trame toujours faite et toujours défaite, comme 
la toile de Pénélope. L'auteur du Temps est un dieu bon, 
représenté comme tel sous la forme humaine ; le destructeur 
du Temps est un dieu mauvais représenté comme tel sous la 
forme bestiale, et nous retrouvons ainsi, sans trop d'efforts, 
tous les éléments du mythe, conçu de la même manière en 
Egypte, en Grèce et à Sumatra. 

11 serait facile de multiplier les comparaisons de ce genre; 
mais les trois exemples cités montrent assez que ce qui a eu 
lieu pour les mythes a pu et a dû avoir lieu aussi pour les 
contes, qui ne sont à l'origine que la mise en œuvre, par le 
narrateur ou l'aède, de mythes déjà combinés par le sorcier 
ou le prêtre. Voici, en conséquence, le critérium à adopter: 
lorsqu'un sujet de conte se retrouve chez les peuples d'une 
même race, il peut dériver, par emprunt, d'une souche com- 
mune ; lorsqu'un sujet de conte se retrouve chez (les peuples 
de race différente, il peut provenir, sans emprunt, d'une 
conception identique. 



LE CONTE 265 



II. — Origines 

Nous venons de constater deux traits importants de la lit- 
térature des contes, c'est-à-dire son extension et sa vitalité; 
en négligeant ses attributs littéraires, tels que la simplicité, 
la candeur, l'enfantillage, attributs qui sont trop connus 
pour qu'on les rappelle et qui tiennent à l'état d'esprit déjà 
analysé de son public, il reste à déterminer son origine et à 
présenter sa définition. 

Si le conte est très souvent un ancien mythe, comme il a 
été dit plus haut, en quoi est-il un mythe, et comme quoi 
est-il un ancien mythe? La réponse à ces deux questions ne 
saurait être douteuse aujourd'hui. 

En premier lieu, la littérature dont nous parlons doit être 
regardée comme mythique par la raison fort simple qu'on 
ne pourrait expliquer autrement ni sa naissance, ni sa nature. 
Rien ne vient de rien, et comme c'est dans la mythologie 
seule qu'on trouve l'analogie de l'absurde et du merveilleux 
qui sont le propre du conte, il est naturel et nécessaire d'ex- 
pliquer le conte par la mythologie. Voici un exemple qui 
fera comprendre la corrélation signalée. 

Il n'est personne qui ne connaisse, de nom bien entendu, 
le chapeau de Fortunatus, qui a la propriété de rendre in- 
visible d'après nos contes européens. Ce chapeau a-t-il été 
inventé de but en blanc, par un pur caprice d'imagination, 
qui en aurait fait une sorte de création ex nihilo? Il n'y a 
guère apparence : tout a sa cause en ce monde, le caprice 
comme le reste et le chapeau de Fortunatus comme le caprice. 
Cette merveilleuse coilîure n'a pas tellement de pouvoir 
qu'elle rende invisible jusqu'à son origine, qui n'a rien d'ex- 
traordinaire. Il existait en elïet, dans la mythologie grecque, 
un certain casque de Pluton qui rendait invisible : Pluton 
peut se traduire par riche, et c'est ainsi l'équivalent exact de 



266 LE CONTE 

Fortunatus. Son casque rendait invisible pour une raison 
bien simple; c'est qu'il symbolisait ce voile de plomb qui 
s'étend sur la vue et la pensée quand on meurt et qu'on va 
disparaître de ce monde, ou, en d'autres termes, devenir in- 
visible pour les vivants. Le casque de Pluton a donc sa raison 
d'être dans une métaphore très naturelle, que nous employons 
aussi dans notre langue quand nous disons un voile de mort 
ou le voile du trépas. Peut-être se rappellera-t-on ici un 
poème de V. Hugo, le Voile, dans lequel une femme arabe 
qui a levé son voile est tuée par ses frères pour ce motif. Elle 
dit en mourant : 

Sur mes regards qui s'éteignent 
S"étend un voile de trépas, 

et ses frères lui répondent : 

C'en est un que du moins tu ne lèveras pas. 

Voila, sous la forme la plus simple, le casque de Pluton 
des m\ fches et le chapeau de Fortunatus des contes. 

La jolie non voile allemande de l'Homme qui a perdu son 
ombre trouve de môme son explication dans une croyance 
ancienne. Cette croyance était qu'un homme mort n'a plus 
d'ombre, et, en effet, un corps couché et immobile ne pro- 
jette plus, comme le l'ait un corps debout et en marche, ce 
simulacre animé de lui-même que les hommes primitifs 
confondaient avec l'âme. D'après les Grecs, tout homme ou 
tout animal qui entrait dans le temple du Jupiter arcadien, 
sur le mont Lycée, perdait son ombre et mourait dans l'année, 
ce qui veut «lire, sans doute, qu'à uni; certaine époque on 
sacrifiait la tout être vivant qui pénétrait dans l'enceinte du 
temple : pour qui commit le sens de la croyance, en effet, ce 
n'est pus la perle de l'ombre qui causait la mort, mais c'est 
la mort qui entraînait la perte de l'ombre. Voilà sur quels 



LE CONTE 267 

fondements, peut-être inconnus de lui, Adalbert de Chamisso 
a composé une des œuvres les plus agréables de la littérature 
allemande. 

Nous venons de remonter jusqu'aux temps homériques 
pour expliquer une nouvelle du commencement de ce siècle. 
Il faut aller encore plus loin et recourir au plus ancien livre 
de l'Inde, le Rig-Véda, si l'on veut savoir ce que signifie le 
Petit Chaperon rouge. 

L'héroïne du conte est une petite fille à coiffure rouge, qui 
s'attarde à cueillir des fleurs dans les bois et qui est mangée 
par un loup. Les hymnes du Rig-Véda parlent aussi d'une 
jeune fille mangée par un loup et personnifiant l'Aurore. Le 
Petit Chaperon rouge est donc quelque chose comme l'aube 
du jour, ou si l'on veut la lumière du jour, à chapeau d'au- 
rore, que le loup, c'est-à-dire la nuit, mange comme sa 
grand'mère, la vieille aurore de la veille. 

Ainsi le conte a été un mythe à l'origine, mais à quel signe 
reconnaît-on qu'il n'est plus un mythe? 

Simplement à ceci qu'il n'est plus religieux, c'est-à-dire à 
ce qu'il s'est détaché de l'ensemble mythologique pour des- 
cendre dans une région inférieure, où s'atténuent de plus en 
plus ses anciennes relations avec les grands phénomènes 
naturels. C'est dès lors un mythe déchu, qui se souvient des 
cieux sans doute, mais qui en est tombé, et qui a par là même 
conquis une liberté d'allure favorable et indispensable à sa 
transformation ou à sa déformation, si l'on veut, dans le sens 
du roman : il est le roman primitif et rudimentaire. 

Il ne devient pas le roman proprement dit, sans doute, car 
il est trop alourdi par ses origines pour rejeter l'absurde et 
le merveilleux qui le caractérisent; mais il cesse clairement 
d'être le mythe, puisqu'il oublie dans ses héros le phénomène 
pour l'homme, et qu'il est entraîné ainsi à refondre ses élé- 
ments constitutifs pour donnera leur combinaison une appa- 
rence plus humaine et plus romanesque, mieux appropriée, 
en un mot, à un désir bien naturel, celui de tirer d'une 



268 LE CONTE 

situation dramatique toute la somme d'émotions agréables 
qu'elle peut donner. 

Il suit de là un fait nouveau et remarquable; c'est qu'il se 
forme, pour les besoins de ces nouveaux arrangements, une 
réserve d'incidents, de personnages ou même d'instruments, 
séparés désormais de tout support, et servant simplement de 
lieux communs à la littérature populaire ou enfantine dont 
ils font partie. 

Ainsi, les coiffures qui rendent invisible, et les bottes de 
.sept lieues, composent, avec bien d'autres objets, l'outillage 
des contes. Quant au personnel, si l'on peut employer ce mot, 
il comprend principalement, en Europe, d'abord les jeunes 
princesses ou endormies comme la Belle au bois dormant, ou 
persécutées comme la princesse Aurore, ou déguisées comme 
Peau-d'Ane, toutes héroïnes qui sont les images de la lumière 
ou de l'aurore cachées sous le nuage, sous l'horizon ou dans 
la nuit ; viennent ensuite les princes libérateurs, reflets des 
héros atmosphériques ou solaires qui chassent tous les 
monstres et lèvent tous les voiles de l'obscurité; les petits 
héros habiles et industrieux qui se glissent partout comme le 
Petit Poucet, et comme le vent dont il semble l'image, s'il 
est, ainsi qu'on l'a dit, analogue au Mercure grec, une des 
formes du vont ; l'Ogre, toujours affamé comme l'enfer qu'il 
personnifiait jadis en Italie sous le nom presque identique 
d'Omis; enfin les fées bonnes ou mauvaises qui président 
aux incidents et aux métamorphoses, parce qu'elles repré- 
sentent à, la l'ois et les Parques, auteurs de la destinée 
humaine, et les sorcières d'origine plus ancienne encore que 
les Parques, car elles remontenl elles el leurs baguettes jus- 
qu'à la période du fétichisme. Tous ces personnages à noms 
européens se retrouvenl ailleurs sous des qualifications di- 
verses, bien entendu, par exemple dans le magicien, le 
djinn, la ghoule, l'Avisé, le sultan el la favorite des coules 
arabes. 

Un épisode emprunté au Roland furieux de l'Ariostc, et 



LE CONTE 269 

comparé à quelques mythes grecs, montrera avec netteté 
quelle est la part d'indépendance conquise par le conte. 

L'Arioste, érudit comme l'étaient les poètes de la Renais- 
sance, avait puisé beaucoup plus aux sources de l'antiquité 
classique qu'à celles du moyen âge, tout en choisissant ses 
emprunts avec un tact que bien d'autres poètes n'ont pas eu. 
Il s'est approprié de la sorte une foule d'éléments mythiques 
qui font de son poème un conte ancien autant qu'un roman 
de chevalerie. 

C'est aux 8 e , 9 e et 10 e chants du Roland furieux que se 
trouve l'épisode dont il s'agit. L/Arioste y représente une de 
ses héroïnes préférées, Angélique, prisonnière dans une île 
du Nord, où existait la coutume d'offrir tous les jours une 
jeune fille en pâture à un monstre marin. Angélique est en- 
chaînée au bord de la mer et le monstre s'avance pour la 
dévorer quand survient un paladin, Roger, monté sur un 
hippogriffe et armé d'un bouclier magique dont la splendeur 
aveugle et stupéfie. Grâce à son bouclier et à sa monture, le 
chevalier délivre la jeune fille. Nous n'avons pas de peine à 
retrouver ici le mythe grec de Persée et d'Andromède, 
introduit dans le poème comme hors-d'œuvre ou comme 
simple incident ; mais que de changements apportés à l'ancien 
fond ! Roger a une monture ailée et Persée n'en a pas : c'est 
Bellérophon, héros de Corinthe analogue au Persée d'Argos, 
qui monte Pégase pour combattre la Chimère, mais Pégase 
est un cheval, tandis que l'hippogriffe tel que le conçoit 
l'Arioste n'a du cheval que le fait de servir de monture, et 
appartient à la race des griffons septentrionaux à tête d'aigle, 
qui représentaient les vents du Nord, les aquilons. 

Roger a un bouclier à l'éclat magique, tandis que Persée 
porte simplement la tête de la Gorgone, de Méduse, image de 
l'éclair qui aveugle et de la foudre qui pétrifie. La tête de la 
Gorgone ne se fixe sur un bouclier qu'avec la Pallas athé- 
nienne, déesse qui a parmi ses attributs celui de personnifier 
aussi la foudre et l'éclair. Enfin, Andromède est exposée à 



270 LE CONTE 

Joppé, c'est-à-dire au midi, tandis qu'Angélique est exposée 
au nord, à l'imitation d'une autre héroïne des mythes grecs, 
l'Hésione troyenne, et la cause de la condamnation est em- 
pruntée aussi, non à la légende d'Andromède, mais à celle 
d'Hésione, avec des différences qui tiennent, d'une part au 
caractère un peu léger donné par l'Arioste à son poème, 
d'autre part, à la nécessité de relier l'aventure d'Angélique 
aux aventures environnantes, et notamment aux récits con- 
cernant la cour de Charlemagne. 

Si nous examinions de même la propre légende de Persée, 
nous verrions qu'elle avait commencé aussi à se rappro- 
cher du conte chez les Grecs, dès le temps d'Hésiode, et 
qu'elle s'était grossie d'éléments disparates étrangers à la 
conception primitive. Persée avait par exemple le casque de 
Pluton, qui le rendait invisible, et les talonnières d'Hermès, 
qui lui permettaient de voler. Ces talonnières, analogues à 
nos bottes de sept lieues, symbolisaient la course rapide du 
vent. Ni les talonnières ni le casque n'appartenaient à Persée : 
on les lui avait donnés sans qu'il en eût besoin, lui qui était 
un des demi-dieux de l'ouragan, pour expliquer ou pour 
s'expliquer comment un homme avait pu se soutenir dans 
l'air, puis aborder Méduse sans être aperçu par le regard du 
monstre, qui l'eût pétrifié. 

On avait commencé à retoucher le mythe, signe qu'il était 
entré en dégénérescence. 

Si le mythe de Persée tourne au conte et le conte de 
l'Arioste au roman, on vient de voir que, dans l'Arioste, le 
conte tourne aussi à l'histoire, ou du moins qu'il comporte 
une donnée vaguement historique, ayant le nom de Charle- 
magne pour centre. 

Le caractère mixte du conte lui permet en etïet de confiner 
à L'histoire, mais il ne le fait naturellement que dans sa me- 
sure; comme il ignore profondément les faits réels, il ne 
leur prend que ce qu'ils lui imposent, c'est-à-dire quelques 
situations assez éclatantes pour pénétrer jusque dans son 



LE CONTE 271 

domaine et assez romanesques pour s'identifier avec les 
siennes, comme celle de la chevalerie. Quant aux rois ou aux 
empereurs dont il finit par adopter, non pas les exploits, mais 
les noms, il faut aussi que ces personnages, Salomon, Alexan- 
dre, Charlemagne ou Barberousse, soient assez illustres pour 
se confondre, dans l'imagination populaire, avec les héros 
ou avec les dieux. 

Ainsi, pour résumer ce qui précède, le conte, cher aux 
enfants de tous les âges et aussi ancien que répandu, est d'or- 
dinaire un mythe humanisé, ou une combinaison de mythes 
humanisés. En d'autres termes, c'est une donnée roma- 
nesque extraite d'éléments mythiques dont le sens est perdu 
et dont la forme est restée. 



III. — Limites 

Au fond, et en définitive, la véritable place du conte est 
entre le mythe et le roman. Presque aussi merveilleux que 
le premier, presque aussi humain que le second, il tire sa forme 
et son charme de cet état intermédiaire, entre ciel et terre, 
si l'on peut dire, qui le relie à deux de nos sentiments les 
plus puissants, la religion et la sympathie, et qui lui permet 
de toucher à la fois à presque tous les genres, sans s'attacher 
à aucun. 

Dès qu'il admet un nouveau degré de développement, il 
perd son mobile équilibre et se transforme, ce qui lui arrive 
souvent, en vertu de sa nature un peu flottante. Mais cette 
facilité de transformation va nous révéler toute la puissance 
du conte, qui a par là donné naissance aux œuvres les plus 
diverses dans les littératures de tous les temps. 

Renfermé en lui-même, il s'est montré, tour à tour, simple 
et naïf dans les différents patois populaires, plus raffiné dans 
les vastes recueils de l'Orient, comme les Mille et une Nuits, 
digne de La Fontaine dans le livre immortel de Perrault, et 



272 LE CONTE 

aussi précieux pour les enfants que pour les archéologues 
dans le recueil des frères Grimm. 

Dosé de façons différentes, il a produit ou abordé presque 
tous les genres littéraires qui relèvent de l'imagination. Avec 
l'addition de l'élément poétique, il est devenu une épopée sur 
la lyre d'Homère, Y Odyssée, et il s'est transformé en fantai- 
sies exquises dans La Tempête de Shakespeare, par exemple, 
YObéron de Wieland, le Lai la Rookh de Moore et la Fée 
aux Miettes de Nodier. Avec l'addition de l'élément poétique 
et de l'élément superstitieux, il est devenu un cauchemar 
dramatique ou grandiose sous la plume d'Hoffmann et 
d'Edgar Poe. Avec l'addition de l'élément historique et 
héroïque, il est devenu le roman de chevalerie, depuis la 
Chanson de Roland jusqu'à YAmadis de Gaule. Avec l'élé- 
ment licencieux, il est devenu Y Ane d'or d'Apulée et toutes 
les œuvres plus ou moins avouables qui s'en inspirent. Avec 
l'élément moral, il est devenu la fable hindoue, grecque, 
latine et française, qui a immortalisé Ésope et La Fontaine. 
Avec l'élément satirique, si cher à notre caractère gaulois, il 
est devenu le fabliau des vieux trouvères. Avec l'élément 
satirique assaisonné d'érudition, il est devenu le Gargantua 
et le Pantagruel, ces débauches de savoir et de génie, où la 
Renaissance a donné la mesure du dévergondage de ses mœurs 
et de la profondeur de ses vues. Avec l'élément satirique et 
philosophique, il est devenu le conte du dix-huitième siècle, 
qui a mis en circulation tant d'idées puissantes sous des 
dehors frivoles. Aujourd'hui, enfin, où l'élément scientilique 
le pénètre, le conte subit encore une nouvelle transformation, 
qui indique à la vérité l'arrêl définitif de son développement, 
parce que le point de vue scientifique s'impose de plus en 
plus et que la science, n'admettanl pas le merveilleux, ne 
peut le remplacer que par l'extraordinaire, ce qui n'est pas du 
tout la même chose. 

I ).uis ees conditions, levéritable conte, enfantin et primitif, 
ne sera bientôl plus qu'un objet d'étude, une partie de l'ar- 



LE CONTE 273 

chéologie scrutée avec d'autant plus d'intérêt qu'elle reste dès 
maintenant le seul témoin et le seul dépositaire de choses à 
jamais disparues. 

En effet, les différentes rédactions d'un même conte ren- 
ferment, suivant les temps ou les lieux, et nonobstant l'im- 
mutabilité du fond, des détails très variés, très curieux, très 
intimes, très locaux et souvent uniques, sur les mœurs, les 
caractères, les croyances et les superstitions, tous détails 
dont la vérité naïve était comme exigée par l'auditoire 
spécial du conte. La chevillette et la bobinette fermant la 
porte de la mère grand, dans le Chaperon rouge, offrent un 
bon exemple des humbles particularités que l'on recueille 
dans le conte et que l'on ne trouve pas dans l'histoire. C'est 
grâce à cette richesse de détritus qu'il roule dans son sein que 
le conte fournit maintenant à l'étude un sujet fécond et vaste, 
dont les principales lignes seulement sont arrêtées, mais qui 
attire de plus en plus l'attention et les recherches. L'exemple 
des frères Grimm a été suivi dans toutes les directions et 
surtout dans le champ indo-européen, qui nous est plus 
accessible que les autres. Sous le nom spécial de Folk-lore, 
ou tradition populaire, le conte en est arrivé à former le centre 
d'un véritable mouvement archéologique, ayant ses recueils 
et ses journaux, par exemple, en France, la Mélusine. 

Cette curiosité empressée est assurément de mauvais 
augure pour le conte. On se hâte, parce qu'il va disparaître; 
mais du moins, avant de céder ainsi aux envahissements de 
la science partout où pénétrera la civilisation européenne, il 
nous aura laissé le meilleur de lui-même, qu'il contenait en 
germe dès le principe. Ce meilleur de lui-même est le roman, 
qui, dans le livre ou sur le théâtre, représente depuis long- 
temps l'élément humain du conte purifié de tout alliage, 
et qui est capable d'exprimer dans tous leurs détails toutes 
les possibilités de la vie, sans plus les faire, malheureu- 
sement peut-être, autres qu'elles ne sont. Si l'on peut et 
si Ton doit dire tout le mal possible du roman quand il est 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 18 



274 LE CONTE 

mauvais, il a du moins le rare mérite, quand il est bon, de 
relever un peu notre âme trop souvent écrasée ou rabaissée 
sous les exigences et les compromis de tous les jours. N'est-ce 
pas en effet le roman qui sait, mieux que toute autre œuvre, 
ramasser et éclairer, en quelques types saisissants et en quel- 
ques situations dramatiques, les traits épars ou cachés de 
vertu, de grandeur et d'héroïsme, dont nos sociétés modernes 
sont moins dépourvues qu'on ne pourrait le croire? 



REMARQUES 



DIFFERENTES QUESTIONS HISTORIQUES 



y 1 



M. le docteur Eisenlohr consacre aux tombes royales de 
Tkèbes, dans l'avant-dernier fascicule de la Zeitschrift, une 
page du récit de son récent voyage en Egypte 5 . 

Il a visité le puits de Deir-el-Bahari, et il le croit en com- 
munication avec le n° 20 de la Vallée des Rois. Il a vu les 
Arabes mettre en vente différents objets qui lui semblent 
provenir d'une tombe royale, entre autres le portrait d'un 
prince Mentu/.opesef, et il se refuse à voir dans cette tombe, 
qu'il croit nouvelle, le n° 19, regardé par lui comme l'hypo- 
gée du sixième fils de Ramsès III, le prince Mentu/.opesef. 
Enfin, il a cherché au tombeau de Tauser le cartouche de 
Séti II, que Champollion y a copié, mais, ne l'ayant pas vu, 
il conclut que Champollion a pris pour le prénom de Séti II 
celui de l'usurpateur du tombeau, Setne/t. M. Eisenlohr 
soulève ainsi des questions qui ont leur intérêt, et qui peu- 
vent être ou résolues, ou tout au moins traitées dès main- 
tenant : leur examen fait l'objet du présent mémoire. 

1. Publié dans la Zeitschrift fur àgyptische Sprache und Alter- 
thumskunde, 1885, t. XXIII, p. 121-127. — G. M. 

2. Zeitschrift, 1885, t. XXIII, p. 54-55. — G. M. 



276 SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 

I 

Séti II était-il contemporain de Tauser? 

M. Eisenlohr a passé ici à côté de la solution qu'il cher- 
chait. Le cartouche-prénom de Séti II, Râuser/eperumer- 
amen, ne se trouve pas, ou ne se trouve plus, au tombeau 
de Tauser, mais on voit encore là quelques traces du car- 
touche-nom de Séti II, Sétimerenptah. 

A la troisième scène de la paroi gauche du premier cor- 
ridor, le roi Siptah offre Ma-t à Isis, et dans son cartouche- 
nom propre, écrit Ptahmerensiptah, on distingue en outre 
les signes (I et ™™ disposés ainsi : 

^ n ^\ Le docteur Lepsius ' a même vu, à la suite du signe 
( , un second (1 presque confondu avec le déterminatif 
du premier nom de Ptah appartenant au cartouche 
de Siptah. Le môme savant a noté sur la paroi d'en 
face (2 e scène), une lettre U engagée dans les dernières 
lettres du cartouche-nom propre de Siptah 2 . Or, à la 
lin de la XIX e dynastie, c'est dans le nom de Set/meivqttah 
seul que figurent, à la même place, les lettres dont il s'agit. 
On ne peut donc voir là que Séti II. 

Cette constatation et celle de Champollion se confirment 
et se fortifient mutuellement. Si l'un des cartouches de 
Séti II se, trouvait deux fois au premier corridor de Tauser, 
à côté des deux seules représentations de Siptah qui existent 
dans le tombeau, il n'y a rien d'étonnant à ce que Cham- 
pollion ait copié l'autre cartouche de Séti II au second cor- 
ridor '. 11 est inutile de supposer ici, comme l'a fait M. Chabas 
<l;ms ses Recherches sur la XIX e dynastie, une erreur de 

1. Denkmâler, III, 206. 

2. Denkmâler, III, 201 bis. 

3. Champollion, Notices, t. I, p. 451. 



ISM^I 



SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 277 

gravure remplaçant /.a-u du cartouche-prénom de Setne/.t 
par /eper-u du cartouche-prénom de Séti II. Le cartouche- 
prénom de Setne/.t est partout écrit dans le tombeau 
Rauser/ausetepenrameramen, tandis que le prénom relevé 
par Champollion est beaucoup plus court : Rauser/eperu- 
meramen. 

La destruction va vite aux tombes royales, et il est im- 
possible qu'un corridor presque entièrement dégradé du 
temps de Champollion' ne soit pas en plus mauvais état au 
bout de 55 ans. Dans ce corridor, aujourd'hui ruiné, figu- 
raient le roi adorant Anubis, et les gardiens des l 1 ", 2 e , 3 e , 
4 e et 6 e portes du chapitre 145 du Todtenbuch. Chacune des 
portes était accompagnée d'un texte où entrait le nom du 
roi : c'est là sans doute, au début de la paroi de droite, que 
Champollion a lu le cartouche qu'il donne. 

Si l'on veut savoir maintenant qui a régné le premier de 
Séti II ou de Siptah, il n'y a qu'à examiner sur place quel 
est le cartouche qui a été surchargé a la troisième scène du 
premier corridor (paroi gauche). La vérification à faire et la 
conclusion à tirer sont aussi simples l'une que l'autre. 

Le groupe d'hypogées auquel appartient la tombe de 
Tauser, c'est-à-dire les n os 13, 14 et 15, est véritablement 
très curieux au point de vue historique. Le n° 13, qui n'a 
pas été poussé loin, appartenait sans aucun doute au grand 
chancelier Bai, un Ramesside, protecteur de Siptah. Le 
n° 14, usurpé postérieurement par Setne/.t et creusé pour 
Tauser, porte au début les cartouches de Siptah et de Séti II, 
comme on vient de le voir, tandis qu'à la fin Tauser, régnant 
seule, prend le titre royal complet, et ajoute à son premier 
cartouche celui que Lepsius a découvert sur la paroi gauche 
de la première salle à huit piliers, avant la voûte'. Enfin, 
le n° 14, qui appartenait à Séti II, Sétimerenptah, présente 

1. Champollion, Notices, t. I, p. 450. 

2. Denk/nàler, III, 206, b. 



278 SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 

au début des traces incontestables de surcharge dans les 
cartouches du Pharaon, qui sont superposés à d'autres car- 
touches où se lisait aussi le nom de Ptah. 



II 

Le quartier des Memnonia était-il en communication 
souterraine avec la Vallée des Rois ? 

L'hypothèse de M. Eisenlohr relative à une jonction entre 
le puits de Deir-el-Bahari et le n° 20 de Bab-el-Molouk est 
très vraisemblable. Le prolongement en souterrain du tom- 
beau de Séti I er et le long développement en demi-cercle 
des corridors du n° 20 ne s'expliquent guère que si l'on 
suppose aux anciens Égyptiens l'intention, plus ou moins 
bien réalisée, de mettre le quartier des Memnonia en rapport 
direct avec la Vallée des Rois. 

On sait de bonne source que plusieurs tombes royales 
avaient des souterrains, entre autres les quatre pyramides 
qui communiquaient ainsi, d'après Hérodote 1 , avec les quatre 
angles du Labyrinthe, monument dans lequel se trouvaient 
sans doute les temples funéraires des rois de la XII e dynastie. 

Le témoignage du Papyrus Abbott, au sujet de la tombe 
d'Aménophis I er est aussi précis que celui d'Hérodote au 
sujet des pyramides du Fayoum : 

« L'horizon éternel du roi Sorka, fils du Soleil, Amen- 
» hotep, qui a 120 coudées de profondeur à sa chambre 
» principale ; le long corridor qui en dépend est au nord 
o de l'Aménophium du vignoble" » : 



1. Hérodote, II, 148. 

2. Traduction de M. Cliabas, Troisièmes Mélanges, t. II, p. 60; 
cf. Maspero, Une Enquête judiciaire, p. 13. 



SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 279 

,iiuuiui, rt - """^ q i n aaaaaa -o>- o< = : \ (2 0. «\n <2 



JflP 



^ □ j , \\ <^> a n n 

w 



ŒZJ 






I 



~=*S 



V 



=»QSûJïlP i "-&V"k* 



Le fait que le couloir du tombeau d'Aménophis débou- 
chait vers un Aménophium conduit à penser que cet Amé- 
nophium n'était autre chose que le temple funéraire du 
tombeau, tous les grands édifices de la rive gauche, à Thèbes, 
étant des temples funéraires. L'hypogée d'Aménophis I er , 
creusé dans la montagne puisque sa grande salle avait 
120 coudées de profondeur, n'était donc pas trop éloigné du 
quartier des temples, et il n'y aurait pas grande hardiesse 
à induire de là qu'il pourrait bien ne pas différer du n° 20 : 
il avait servi pour un temps de cachette aux principales 
momies royales de Deir-el-Bahari, ce qui conviendrait bien 
à un endroit situé entre la Vallée des Rois et le puits de 
Deir-el-Bahari, comme le n° 20. 

L'excavation numérotée ainsi est creusée en effet d'après 
le plan des tombes royales, qui se divisent, lorsqu'elles sont 
un peu développées, en deux parties bien distinctes, formant 
comme un tombeau faux et un tombeau vrai. La première 
partie se compose de corridors qui aboutissent à une 
chambre originairement à puits (Aménophis III et Séti I er ), 
et assez souvent accompagnée d'une ou de plusieurs salles 
à colonnes ; la deuxième partie s'ajuste à la première avec 
une déviation de l'axe du tombeau dans les anciennes tombes 
(Aménophis III et Séti I er ), et se compose aussi de couloirs 
aboutissant à une ou à plusieurs salles. 

Dans ce qu'il a de connu, le n° 20 reproduit cette dispo- 
sition. Il comprend deux couloirs de début, une salle à puits, 

1. Papyrus Abbott, p. 2, 1. 2, 3 et 4. 



280 SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 

et un nouveau couloir s'embranchant à droite d'après le plan 
de Lepsius 1 : la suite reste enfouie. 

On remarquera que l'excavation présente, comme les 
autres tombes, dans les murs de son premier corridor, des 
trous carrés faits évidemment pour aider au transport du 
sarcophage; si elle n'a pas d'inscriptions, la tombe d'Amé- 
nophis III, jadis décorée sur stuc, n'en a pas non plus, au- 
jourd'hui, dans sa partie correspondante. 

Enfin, les différences qu'on peut remarquer entre le n°20 
et les autres tombes, plus développées en largeur qu'en 
longueur, s'expliqueraient bien par le fait que la tombe 
d'Aménophis I er est sinon la première, au moins l'une des 
premières qui aient été creusées dans la montagne par les 
Pharaons : de là des tâtonnements, avant d'arriver à la con- 
ception complète d'un plan, qui fut d'ailleurs aussitôt mo- 
difié qu'obtenu. 

La preuve qu'avant Aménophis I er les rois n'étaient pas 
ensevelis dans des grottes se poursuit jusqu'à la XII e dy- 
nastie, avec la longue chaîne de pyramides qui va de Mem- 
phis au Fayoum, tandis que, de la XIII e à la XVII e dynastie, 
toutes les tombes royales mentionnées au Papyrus Abbott 

sont aussi dites pyramidales, Y ^S^ /\ czrzi". L'hypogée 

d'Aménophis I er , bien que compris dans le total cle ces 
tombes, y reçoit soûl le nom de Montagne de l'horizon éter- 
nel, l'une des désignations cle Bab-el-Molouk d'après les 
graffiti de la vallée. Le changement dans le mode de sépul- 
ture remonterait donc au règne de ce Pharaon ou tout au 
plus au règne de son père, le fondateur de la XVIII e dy- 
nastie, car les Taaet Kamès, qui terminèrent la XVII e dy- 
nastie, avaient des pyramides, construites sans aucun doute 



1. Denkmàler, I, 96. 

2. Papyrus Abbott, p. 2, 1. 1. 



SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 281 

clans le quartier des Memnonia au milieu des tombeaux des 
particuliers, comme celles de la XIII e dynastie'. 

Quand Aménophis I er , par une conception hardie, prit la 
montagne elle-même pour pyramide, il ne voulut sans doute 
pas séparer son hypogée de son temple, la tombe égyptienne 
se composant essentiellement d'un puits et d'une chapelle, 
de sorte qu'il unit par un long souterrain le temple à l'hypo- 
gée, ce qui pourrait être aussi le cas pour l'édifice funéraire 
d'Hatsepsu, reine dont la tombe ne serait alors que le pro- 
longement du temple de Deir-el-Bahari. 

L'extension en longueur qu'Aménophis I er dut donner à 
son tombeau concorde bien avec l'idée qu'on se faisait de 
l'hypogée royal, conçu comme un passage. Le Papgrus 
Mayer A du Musée de Liverpool, étudié par M. Goodwin 2 , 

donne le nom général de , _ i , the corridor-houseSj 

I .A i 

aux tombes de Ramsès II et de Séti I er , tout en désignant 

la dernière d'après son nom particulier de tombe Quarante, 

d'après M. Goodwin, à peu près comme on l'appelle au- 

L_ i — <j>— 

jourd'hui le n° 17. M. Goodwin rapproche le du 

cq — (D— . . ^\ 

, couloir sacré, et, en effet, un des grafliti hiératiques 

du tombeau de Ramsès IX donne, pour désigner l'extraction 
hors de la tombe, l'expression de mise hors du sacré cou- 

loir, v @ y\^\ v uru. 

En somme, que le n° 20 soit ou non l'hypogée d' Améno- 
phis I er , il n'en est pas moins vrai que cet hypogée très pro- 
fond, et prolongé en souterrain vers les temples de la rive 
gauche du Nil, ressemblait fort au n° 20, ce qui appuie 
l'opinion de M. Eisenlohr qu'une communication cachée 
existait entre la montagne et la plaine. 



1. Pap;/rus Abbott, p. 3. 

2. Zeitschrift, 1873, p. 39, et 1874, p. (31-65. 



282 SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 



III 

Le prince Ramsès Mentalier/epesef était-il Jîls 
de Ramsès III ? 

M. Eisenlohr pense que les Arabes exploitent en ce mo- 
ment une nouvelle tombe royale appartenant à l'un des 
Ramessides. Il n'y a la rien d'impossible. On ne connaît pas 
tous les hypogées royaux de la XX- dynastie, et, de plus, 
quelques excavations de Bab-el-Molouk restent inexplorées, 
entre autres les n os 5, 12 et 21 : à la place de cette dernière, 
dont la porte même est ensablée aujourd'hui, Belzoni indique 
sur son plan et dans son livre une excavation étendue et 
décorée 1 . 

On remarquera toutefois, au sujet de la figure qui porte 
le nom de Mentu/.opesef, qu'il y a plusieurs raisons pour 
qu'elle ne vienne pas d'une nouvelle tombe de Bab-el-Mo- 
louk. En premier lieu, ce personnage n'a pas le cartouche, 
et c'est par une exception rare, ainsi que pour des motifs 
particuliers, qu'un prince pouvait être enseveli au milieu des 
rois. Ensuite, la ligure dont parle M. Eisenlohr (elle serait 
,i examiner) peut tort bien provenir du tombeau n° 19, où 
plusieurs portraits du possesseur, Ramsès Mentuherxepesef, 
sont masqués par un énorme tas de décombres qui a été dé- 
placé, sans doute par Lepsius, depuis la visite de Cham- 
pollion. 

Une dernière observation à ce propos, mais assez impor- 
tante, est que le prince du n° 19 ne peut être identifié, 
comme on le croit pourtant et comme le dit M. Eisenlohr, 
avec un de ces fils de Ramsès III qui sont représentés à 
Médinel Abou, tenant le flabellum à plume d'autruche qui 

1. Narratioe o) the Opérations andrecent Discoveries in Egypt <m<l 
Nubia, pi. 39. 



SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 283 

a fait prendre par Hécatée, au Ramesséum, les fils royaux 
pour des juges'. 

Ici, deux objections se présentent. 

Et d'abord, un simple coup d'œil jeté sur le portrait du 
prince figuré au n° 19, et sur le portrait de Ramsès III d'après 
son tombeau 2 , montrera que ces deux œuvres d'art appar- 
tiennent à des époques bien différentes. Si au contraire on 
compare le profil tout sémitique du prince avec celui de 
Ramsès IX', on sera frappé de la ressemblance; mais les 
analogies ne se bornent pas là quand on examine les tom- 
beaux de ces deux derniers personnages, les n os 6 et 19. 

Leur entrée a été conçue clans de vastes proportions, le 
stuc qui revêt leurs murs est d'une blancheur et d'une finesse 
remarquables, les dieux thébains Ammon et Khons y 
figurent, on y remarque une même tendance, dans les textes 
ordinaires, à un remaniement du système graphique, ten- 
dance visible seulement, aux tombes antérieures, dans cer- 
taines compositions d'origine ou d'allure archaïques, qui 
donnent les curieuses variantes i — n pour Osiris, pour 



Isis, ©^ pour H , ^^ pour n ^ 

_32r mi 1 1<=r> i i i r Q 

pour Atum, etc. Puis, ce qui est encore plus caractéris- 
tique, l'entrée de deux couloirs est flanquée, dans ces deux 
tombes seulement, de portes non décorées peintes sur les 
parois, et il se trouve sur ces portes des inscriptions en 
hiératique, ou analogues, c'est-à-dire le chapitre 123 du 
Livre des Morts (n° 19) et le début du chapitre 130 (n° 6), 
ou identiques, c'est-à-dire le texte des quatre Qàsi-u, 

mis==*(J i gai. 



1. Diodore de Sicile, I, 48. 

2. Denlanàler, III, 215 et 216 ; cf. Prisse d'Avennes, L'Art égyptien, 
planches. 

3. Rosellini, / Monumenti dcll' Egitto e delta Nubia, t. I, pi. 8, 
n°31. 



284 SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 

Rien de cela ne se voit au tombeau de Ramsès III ; or, la 
décoration et le plan des tombes royales s'étant modifiés de 
règne en règne, une certaine concordance d'ensemble et 
surtout de détails ne peut appartenir là qu'à des monuments 
contemporains l'un de l'autre. C'est évidemment pour ce 
motif que le docteur Lepsius rattachait avec toute raison à 
l'époque de Ramsès III cette reine Titi que plusieurs savants 
se sont obstinés à confondre avec la reine Taia de la 
XVIII e dynastie. Champollion avait bien remarqué aussi, 
dans la Vallée des Reines, l'analogie de style qu'ont entre 
elles et avec Médinet-Abou les tombes de certaines prin- 
cesses ' . 

Ramsès IX serait un des lils de Ramsès III, comme le 
croit M. Ermaiv, que l'hypogée du premier n'en manifes- 
terait pas moins une autre époque de l'art que l'hypogée du 
second. Or, si Ramsès Mentuher/epesef était encore un 
fils du fondateur de la XX e dynastie, mort du vivant de 
son père, son tombeau ressemblerait certainement à celui 
de Ramsès III et non à celui de Ramsès IX. 

Arguer maintenant que le prince aurait pu mourir au 
temps de Ramsès IX, tout en étant le lils do Ramsès III, 
serait se heurter directement à la seconde objection, plus 
forte encore que la première : c'est qu'il est impossible que 
le prince soit lils de Ramsès III. 

Le Mentuxppesef de Médinet-Abou était au moins le 
sixième lils du Pharaon', tandis que le prince Mentu- 
herxepesef du n° 19 était le lils aîné et l'héritier présomptif 
d'un r<»i, ce <pii explique pourquoi il a pu se préparer une 
sépulture dans la Vallée des Rois, en prévision de son pro- 
pre règne. Les inscriptions de son hypogée, qui le nomment 

I "'II 1 '!" /*v <^, 

Ion jours Jj iïj l /vw /* '" h*^^, le disent : 

1. Notices, t. I, p. 395 et 396. 

2. Die Sohne Ramsès III, dans la Zeitschrift, 1883, p. 60-61. 

3. Erman, Die Sohne Ramsès III, ibid., p. 00-01. 



SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS HISTORIQUES 285 



D 



M 



®==f_£r|j^ \n qK 



AA/WV\ 



— — U 1 _-/_i A/VWV\ A 

Dira-t-on que 1"^^ est un titre qui ne désigne pas néces- 
sairement le fils d'un roi, comme l'a montré M. Wiede- 
mann 2 ? Mais ce n'est pas le cas ici, puisque la filiation est 
nettement indiquée par les mots *"ww y | *R *^ et *wwvs a, 1 1 . 

Dira-t-on aussi que I <%\ ne signifie pas nécessairement 

le fils aîné d'un roi, en s'autorisant de ce fait que, dans la tombe 
d'une reine anonyme, les textes appellent premier fils du 

roi, 1 , le prince AK fî , qui était le cinquième 

fils de Ramsès III d'après la liste de Médinet-Abou ? Mais 
ici l'explication se présente d'elle-même. C'est qu'il s'agit, 
non d'un aîné de tous les fils royaux, car le prince n'est ni 
semés, ni erpâ, mais seulement du premier fils que le roi a 
eu de la reine dans le tombeau de laquelle ce fils et ce roi 
figurent. Au contraire, le n° 19, où il n'est pas question de 
reine, concerne bien l'aîné de la famille, i¥\ — *— , l'héritier 
de la couronne, □ , et par conséquent le véritable premier 

nè > iN^*n' ^ e tous ^ es en * ants d u rcn sans distinction de 
mères. 

L'identification adoptée jusqu'à présent pour Ramsès 
Mentuher/.epesef ne saurait donc être maintenue. 

1. Cf. Champollion, Notices, t. I, p. 464, 809 et 813, et Lepsius, 
Denkmàler, III, 217, a-d. 

2. Zeitschrift, 1885, p. 79 et 80. 

3. Champollion, Notices, t. I, p. 395-6; et Lepsius, Denkmàler, III, 
217, /et g. 



286 SUR DIFFÉRENTES QUESTIONS^HISTORIQUES 

Ainsi, sur la parenté du prince jadis enseveli au n° 19 
comme sur l'absence du cartouche de Séti II dans l'hypogée 
de Tauser, il est impossible de partager l'opinion de M. Ei- 
senlohr; mais, relativement à l'existence d'une ancienne 
communication entre Bab-el-Molouk et les Memnonia, les 
conjectures du savant égyptologue sont par contre fort 
acceptables. 

Paris, le 30 octobre 1885. 



LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 



L'EXODE, LE CANAL DE LA MER ROUGE 



M. Naville devait exposer le résultat de ses fouilles en 
Egypte dans la Revue de ï Histoire des Religions, mais 
d'importants travaux l'ont empêché de donner suite à ce 
projet, et maintenant l'ouvrage où il présente le tableau 
détaillé de ses découvertes en 1883 vient de paraître ; il 
devient donc possible, comme l'a pensé M. le Directeur de 
la Revue, de suppléer au compte rendu de M. Naville par 
l'analyse de son livre, The Store-City of Pithom and the 
Route qfthe Exodus. 

I 

La Société anglaise The Egypt Exploration Fund a 
entrepris la grande tâche d'explorer l'orient du Delta, avec 
le désir de résoudre le problème de l'Exode ; elle a chargé 
des fouilles à faire le savant égyptologue genevois, et il est 
inutile d'ajouter qu'elle ne pouvait choisir mieux. 

M. Naville n'a pas seulement le goût des recherches, il a 
l'instinct des découvertes ; à ce point de vue, c'est assuré- 
ment Tégyptologue qui aura rendu de son propre chef, et 

1. Publié dans la Revue de l'Histoire des Religions, 1885, p. 302- 
326. Tirage à part de cinquante exemplaires. — G. M. 



288 LES FOUILLES DE M. NA VILLE A PITHOM 

sans secours étrangers, le plus de services à la science des 
religions. On lui doit, aussi les Textes du temple d'Edjbu, 
relatifs au Mythe d'Horus, composition rassemblant une 
foule de légendes locales dans le cadre à demi épique d'un 
voyage divin; la Litanie du Soleil, où s'affirme de la façon 
la plus nette le panthéisme officiel du Nouvel Empire ; 
enfin le Conte déjà célèbre de la destruction des hommes 
par les dieux, extrait, comme la Litanie solaire, des hypo- 
gées royaux, et montrant, par un exemple qui s'ajoute à 
bien d'autres, avec quelle persistance s'imposait aux pre- 
miers peuples civilisés l'idée d'un grand cataclysme ancien, 
placé sur les limites de l'histoire et de la préhistoire. 

En dehors de ces publications d'initiative privée, M. Na- 
ville a entrepris en 1875, conformément au désir exprimé 
par le Congrès des orientalistes, une édition du Livre des 
Morts, destinée à réunir les différentes versions ou va- 
riantes que présente le grand recueil funéraire de l'Egypte 
à l'époque thébaine. Cette œuvre immense, qui a nécessité 
de longues recherches dans les principaux musées, va bien- 
tôt paraître et apporter, par conséquent, une foule de révé- 
lations sur l'écriture, la langue, les idées et les croyances 
du peuple égyptien. 

Préparé de la sorte à l'examen et à la comparaison des 
documents et des monuments, M. Naville pouvait accepter 
avec une entière compétence la difficile mission qui lui était 
proposée. 

II 

Les nouvelles fouilles dans le Delta eurent lieu pendant 
l'hiver de 1883, à partir du mois de février, vers le point 
central de l'isthme ut du canal de Suez, c'est-à-dire à quelque 
distance d'Ismaïliah. De Tell-el-Kébir à cette dernière ville 
s'étend l'Ouadi-Toumilat, vallée que suivent côte à côte non 
seulement le chemin de 1er et le canal d'eau douce allant 



l'exode, le canal de la mer rouge 289 

de Zagazig vers Ismaïliah et Suez, mais encore les deux 
anciens canaux, toujours reconnaissables, qu'on appelle le 
canal de l'Ouadi et le canal des Pharaons; c'est dans l'Ouadi- 
Toumilat, entre les anciens canaux et le nouveau, que s'élève, 
à plusieurs kilomètres d'Ismaïliah, la butte de décombres 
qui était comme désignée d'avance aux premières fouilles. 
En effet, le monolithe d'où elle tire son nom actuel de Tell- 
el-Maskhoutah, la colline de la Statue, représente Ramsès II 
entre deux divinités, Toum et Ra, et le D r Lepsius avait vu 
là l'indice d'un temple dédié au Pharaon, de sorte que la 
ville ruinée n'aurait été autre que la ville de Ramsès bâtie 
avec Pithom par les Hébreux, d'après Y Exode. Corroborée 
en apparence par la découverte faite en 1876, au même 
endroit, de quelques monuments au nom de Ramsès II, 
l'opinion du D r Lepsius avait été adoptée par la majorité, 
mais non par la totalité des savants; M. Brugsch, auteur 
ou plutôt rénovateur d'une théorie de l'Exode, plaçait au 
contraire Ramsès à Tanis, et M. Chabas l'identifiait avec 
Péluse. 

Il y avait donc là une vérification d'autant plus intéres- 
sante à tenter qu'on était sur le terrain de l'Exode, et que 
le site paraissait assez riche en ruines pour suggérer quel- 
ques conclusions instructives. 

Outre le monolithe de Ramsès II, les membres de la 
Commission d'Egypte avaient déjà signalé à Tell-el-Mas- 
khoutah, alors Tell-Abou-Keyched, plusieurs blocs de grès 
et de granit couverts d'hiéroglyphes. Plus tard, en creu- 
sant le canal d'eau douce, on avait déterré là des momies 
contenues dans des jarres et un grand nombre de sarco- 
phages en calcaire, dont quelques-uns étaient sculptés en 
forme de momies. De plus, en 1876, pendant les derniers 
travaux nécessités par le percement de l'isthme, on avait 
mis à jour, près du monolithe, les monuments dont il a été 
parlé plus haut, c'est-à-dire un monolithe semblable au 
premier, deux sphinx en granit noir aux cartouches de 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 19 



290 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

Ramsès II, un naos en grès rouge du même règne, conte- 
nant une sorte de sphinx à tête humaine, une stèle de 
Ramsès II en granit rouge, couverte d'un texte malheureu- 
sement banal, et pareille à une autre stèle trouvée près de 
là depuis longtemps, enfin, deux fragments de statuettes en 
granit noir, l'une d'un personnage dont il ne reste que le 
surnom, qui la date, Raneferab-nebpehti (Raneferab est le 
prénom de Psammétik II), l'autre d'un prêtre de l'endroit, 
VAnhaou qui habite l'horizon de Toum de Thoukou, le 
nourricier de Harsamtaoui (le jeune dieu du temple). 

M. Naville reprit les fouilles du côté où avaient eu lieu 
celles de 1876, à l'angle sud-ouest d'une vaste enceinte 
rectangulaire encore visible par places, faite de briques 
crues, et contenant le Tell ou butte des décombres que si- 
gnale le nom de l'endroit. Il constata que les monolithes et 
les sphinx déjà connus marquaient l'avenue d'un temple à 
l'entrée de l'enceinte, que le naos trouvé plus loin corres- 
pondait au sanctuaire du temple, et que l'édifice tout entier 
n'occupait qu'une faible partie du rectangle. Cet édifice, 
d'ailleurs, n'avait pas été achevé, à en juger par les pierres 
à demi taillées, l'une par exemple en stèle, l'autre en statue, 
qui jonchaient encore le voisinage du sanctuaire. Il formait, 
comme la grande enceinte qui l'enveloppe, un rectangle 
entouré de murs extérieurs en briques. Ses murs intérieurs 
étaient laits d'un calcaire friable dont il ne reste plus que 
de menus débris, où apparaissent çà et là des traces d'hié- 
roglyphes ; ses parties conservées, comme le naos, les sphinx, 
etc., et quelques blocs transformés plus tard en meules ou 
en mortiers, ont généralement pour matière soit le granit 
rouge ou noir, soit une sorte de grès rouge. 

Le temple une fois reconnu et délimité, M. Naville diri- 
gea les recherches vers l'angle nord-est du grand carré, et 
rencontra ainsi un groupe étendu de singulières construc- 
tions, entièrement recouvertes par le sable. Ce sont de 
Qombreuses chambres rectangulaires, sans communication 



l'exode, le canal de la mer rouge 291 

les unes avec les autres, destinées à n'être accessibles que 
par le haut, et formées de murs épais solidement construits 
en briques crues, qu'un peu de mortier relie entre elles. 
M. Naville, ayant désensablé deux de ces chambres, observa 
qu'un peu au-dessus du fond chaque mur était percé de trous 
correspondants où l'on avait enfoncé des poutres, que chaque 
chambre avait une niche à égale hauteur, et que les murs 
avaient été enduits de plâtre blanc à leur partie supérieure. 
A la basse époque, pour niveler le sol et asseoir un camp, 
les Romains remplirent toutes les chambres avec .des briques, 
du sable, de la terre, des débris de calcaire, etc. M. Naville 
y trouva la tète et le buste d'une belle statue en granit noir, 
représentant un roi assis , probablement un Bubastite 
(XXII e dynastie), et un fragment de pilier en calcaire du 
règne de Nectanébo I er (XXX e dynastie), orné de scènes 
d'offrande au dieu Toum, et entièrement doré sur une de ses 
faces. Cet assemblage de chambres était évidemment un 
groupe de magasins ou de greniers, renfermés avec le 
temple dans la grande enceinte comme dans une forteresse. 

Les magasins ont été envahis autrefois, du côté de l'est, 
par les maisons de la ville romaine qui s'étendait autour de 
la grande enceinte. M. Naville, qui a poussé ses fouilles 
jusqu'au nouveau canal d'eau douce dans l'espoir de ren- 
contrer la nécropole, n'a trouvé là que de petites briques 
crues, des monnaies de cuivre, des fragments de pierre dure 
convertis en mortiers, des poteries brisées ou intactes, 
coupes, cruches ou grandes amphores, enfin une sorte d'édi- 
fice d'un genre à part, consistant en deux masses de briques 
qui imitent à peu près un pignon et qui recouvrent un puits 
où des os d'homme, des os de chien et des arêtes de pois- 
son étaient mêlés à quelques amulettes de petite dimension. 

En négligeant divers objets de médiocre importance, 
parmi lesquels se trouve toutefois une base de statue aux 
deux cartouches d'Arsinoé Philadelphe, et des fragments 
de corniches en calcaire où le nom d'Osorkon II a été peint 



292 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

en rouge, les principaux monuments découverts en 1883 
dans l'emplacement ou le voisinage du temple sont, d'après 
l'ordre chronologique suggéré par M. Naville : 

1. Un épervier de granit noir (emblème d'Horus) avec le 
cartouche de Ramsès II. 

2. Un fragment de grès rouge appartenant au naos, déjà 
connu, du temple : on y lit les cartouches de Ramsès II, le 
nom géographique de Thoukou et le titre divin de Maître 
de Thoukou. 

3. Une pierre calcaire à trois faces gravées, où figure un 
roi adorant un Horus à pschent dont la figure est dé- 
truite, — tenant l'arc et la massue, — et traînant un pri- 
sonnier par les cheveux; le bas des cartouches royaux existe 
encore, mais semble indéchiffrable à M. Naville, qui con- 
jecture que le monument pourrait être de la XX e dynastie. 

4. Un petit fragment de stèle en granit noir, où deux 
déesses reçoivent les offrandes du roi Sheshonk I er , de la 
XXII e dynastie. 

5. Une statue en granit rouge, représentant un homme 
assis, le lieutenant d'Osorkon 11 (XXII e dynastie), le lieute- 
nant de Thoukou, le grand inspecteur du palais, le bon com- 
mémorateur de Pa-Toum-neb-An (c'est-à-dire du temple 
de Toum, Le maître d'An-), Ankh-renp-nefer. 

6 <'t 7. Un fragment d'une slatue d'homme et un fragment 
d'une stator de femme, qui avaient été érigées ensemble, 
comme leur ressemblance générale l'indique, et que M. Na- 
ville croit de la XXVI e dynastie. L'homme est dit l'Anhaou, 
le supérieur de la production de L'offrande (mesuten), l'in- 
tendant du magasin (nier ai), lo scribe du temple de Toum 
de Thoukou, le prophète d'Hator dame d'An, le prophète 
Pe mes-hes-t. Le nom et !<■ titre de la femme manquent, 
mai- les quelques hiéroglyphes qui restent sur la statue 
montrenl qu'elle appartient à une famille d'Anhaou (classe 
de prêtres locaux), <•( mentionnenl Horsamtaoui, l'un des 
dieux de la ville. 



L EXODE, LE CANAL DE LA MER ROUGE 293 

8. Une statue en granit noir, représentant un homme 
assis qui tient un Osiris clans un naos, ie noble héritier de 
Sapt, maitre de l'Orient (Horus, dieu du nome Arabique), 
le chef des prophètes de Tum, le prophète supérieur de 
Thoukou, le Keb-aa (ou Ma-aa, titre inconnu, peut-être la 
grande confiance, d'après une interprétation de M. Chabas 1 ) 
de Pa-Toum et de Bast ou Bubaste, Aak, contemporains 
peut-être de Nectanébo I er (XXX e dynastie). Ce monument 
donne, dans une prière adressée à la classe sacerdotale par 
le défunt, le titre complet de certains prêtres locaux, An- 
iment ounti (probablement le portier* géant, par allusion à 
quelque légende). 

9. Une stèle ptolémaïque, de quatre pieds de haut sur 
trois de large, qui a été trouvée près de l'endroit où était 
le naos, et qui est la pièce capitale de la découverte. Ptolé- 
mée II Philadelphe, son auteur, y est représenté trois fois en 
adoration, d'abord devant Toum, le grand dieu de Thoukou-t, 
Osiris, le maitre de Ro-Ab (l'Arabie?) qui habite Pi-Kehe- 
ret, Horus, Hator ou Isis, et la reine Arsinoé en déesse, avec 
deux cartouches, — ensuite devant Toum, Hator et Arsinoé, 
— enfin devant un roi divinisé, qui est évidemment Ptolé- 
mée I er , le chef de la dynastie. Le texte, malheureusement 
peu lisible et peu clair, mentionne l'achèvement et la dédi- 
cace de Pi-Keheret, du temps de Toum, le grand dieu 
immortel de Thoukou ; il parle aussi de chevaux amenés de 
To-neter (l'Arabie), de Pa-Toum, des bienfaits du roi qui 
a arrosé les sables au moyen du grand canal oriental de 
l'Egypte, et d'un voyage du roi en compagnie d' Arsinoé, 
l'an XII, voyage pendant lequel furent fixés certains reve- 
nus du temple, en nature et en argent ; puis il ajoute que le 
roi vint au port de Kemour-ma ; qu'il fonda (?) une grande 
ville au nom de sa sœur ; qu'un sanctuaire contenant les 
statues des dieux Philadelphes fut élevé en l'honneur de la 

1. Chabas, Troisièmes Mélanges, t. II, p. 282. 



294 LES FOUILLES DE M. NA VILLE A PITHOM 

reine et que la dédicace en fut faite par les prêtres de 
Touin; que le roi envoya son premier général de Kemour- 
ma au pays des Nègres par la mer Rouge : que le général 
franchit le lac du Scorpion (dans le 8 e nome) et fonda (en 
Ethiopie) une ville au nom du roi, sans doute Ptolémaïs 
Thérôn, et ramena un grand nombre d'éléphants qui furent 
transportés par le canal de l'Orient ; en outre, qu'après ces 
choses, le roi honora Apis et Mnévis, les taureaux sacrés, et 
les réunit pendant quelque temps. La stèle se termine par 
l'indication d'un revenu annuel de '.'50 argentei, alloué au 
sanctuaire de Pi-Keheret, sur les impôts de la ville (par 
maison comme par habitant), par la mention des revenus 
de même provenance alloués à tous les temples de l'Egypte, 
la vingtième année du règne, sur le pied de 90.000 uten 
d'argent, taxe des maisons, et de 660.000 argentei, taxe des 
habitants, enfin, par ce renseignement, que le roi fit la 
dédicace du temple de Toum le jour anniversaire de son 
couronnement, qui devint le jour de fête de la ville. 

10 et 11. — Deux inscriptions latines. La première, gra- 
vée sur un fragment de porte voisin du monolithe, linit. 
après cinq signes peu lisibles, par : 

POLIS 

ERO 

CASTRA. 

L'autre, qui porte les noms de Maximien et de Severus, em- 
pereurs, ainsi que do Maximin et de Constantin, Césars. 
indique une distance de neuf milles entre llero et Clusma : 

ABEROINCLVSMA 
M VIII 



l'exode, le canal de la mer rouge 295 



III 

Lorsqu'on ne connaissait encore d'Abou-Keyched ou Tell- 
el-Maskhoutah que le monolithe de Ramsès II, assis entre 
Ra et Toum, M. Chabas, dans un remarquable mémoire sur 
lequel il eut le tort de revenir, avait conclu, de ce que Toum 
est le dieu principal du groupe, qu'il était le dieu principal 
du temple : il y avait là un Pa-Toum, et il ne fallait pas 
chercher Pithom ailleurs. Avant les fouilles, M. Naville 
avait conclu de même sur le simple vu des objets décou- 
verts en 1876. Depuis les fouilles, le doute n'est plus permis. 

Des neuf monuments pharaoniques qui viennent d'être 
énumérés d'après l'ouvrage de M. Naville, cinq, c'est-à- 
dire tous ceux qui contiennent quelques indications géogra- 
phiques, mentionnent la région de Thoukou-t; de ces cinq 
derniers, deux mentionnent la localité de Pa-Toum, et quatre 
le dieu Toum, qui était la grande divinité de Thoukou-t, 
d'après les monuments d'Aak, de Pe-mes-hes-t et de Phi- 
ladelphe. Il s'agit donc bien de Thoukou ou Thoukou-t, ainsi 
que du culte de Toum, et l'on sait depuis longtemps que le 
mot Thoukou-t, qui s'emploie tantôt comme nom de con- 
trée, tantôt comme nom de ville, a pour variante, dans le 
dernier cas, le mot Pa-Toum. 

Thoukou-t était le nom vulgaire, et Pa-Toum, ou quelque- 
fois Ha-Toum, le nom sacré de la capitale du huitième nome, 
dans la Basse Egypte. On avait déjà, par les listes géogra- 
phiques, plusieurs renseignements sur le huitième nome, 
sur sa capitale, ses sanctuaires Pa-Toum et As-Keheret ou 
Pi-Keheret, sa consécration au dieu Toum, ses prêtresses, 
ses arbres et ses serpents sacrés, son port Kharma, son lac 
Sha-serek (l'étang du Scorpion), son territoire d'An ou An-t, 
et sa proximité de la frontière; un des papyrus Anastasi 
relate la permission donnée aux chefs arabes d'Atouma, 



296 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

l'an VIII de Ménéptah I er , de venir au fort du roi, à Thoukou, 
vers les étangs de Pa-Tum de Ménéptah de Thuku, pour 
nourrir leurs troupeaux à la grande ferme du Pharaon 1 . On 
possédait ainsi la description, mais on ignorait la situation 
du huitième nome (et il en est encore ainsi pour plusieurs 
nomes de la Basse Egypte). Tout change, grâce aux fouilles 
de M. Naville. Le huitième nome ne peut plus côtoyer le 
lac Menzaléh, comme le croyait M. Brugsch, et une grande 
découpure de la topographie encore flottante du Delta se 
fixe et se précise immédiatement, autour du site de Tell- 
el-Maskhoutah. 

Voici les conséquences que M. Naville tire de sa décou- 
verte : 

Au point de vue de la géographie, — Thoukou-t est Souc- 
coth de la Bible, comme l'avait déjà constaté M. Brugsch. 
Pa-Toum est Pithom de la Bible, le Patoumos arabe d'Héro- 
dote, et non le Thou, Tohu, Tlioum, etc., de l'itinéraire 
d'Antonin. Pi-Keheret, le sanctuaire osirien ou le Séra- 
péum do la capitale, est Pi-Hahiroth de la Bible. Ero ou 
Héroopolis (la ville des magasins, en égyptien ar-u) est le 
nom grec de Pithom. Kemour-ma est un port de Kemour, 
qui est le lac Timsah. Atouma, pays voisin d'un étang salé 
nommé Kemour d'après le Papyrus n° 1 de Berlin (XII dy- 
nastie), n'es) pas Edom, mais la lisière arabe du lac Timsah 
(encore fréquentée aujourd'hui par la tribu des Éthamis)'. 
Les Tennu, qui, d'après le Papyrus n° 1 de Berlin , formaient 
une tribu d' Atouma, sont les Daneon de Pline, dont le port 
était joint aux lacs Amers par un canal. An-t est le Aent ou 
golfe Eïéroopolite du même auteur. Enfin, Arsinoé, appe- 
lée aussi Cléopatris, est Clusma, l'ancien port de la mer 
Rouge, et, comme Clusma se trouvait à neuï milles d'IIé- 
roopolis, d'après la deuxième inscription latine, la mer 

1. Papyrus Anastasi Vf, 4. 

2. F. de Le eps, dan P. Merruau, L'Egypte contemporaine, p. 312. 



l'exode, le canal de la mer rouge 297 

Rouge se serait étendue, au temps de la domination romaine, 
jusqu'aux environs de Tell-el-Maskhoutah, c'est-à-dire jus- 
qu'à Ismaïliah et au lac Timsah. Au point de vue de l'Exode, 
— tout le début de l'itinéraire des Hébreux s'explique 
maintenant, bien qu'on ne sache pas encore avec certitude 
où placer la contrée de Ramsès, que la Genèse' assimile à 
Gessen, c'est-à-dire à Héroopolis clans le pays de Ramsès, 
d'après la version grecque, et, d'après la version copte, à 
Pithom, dans le pays de Ramsès. Les Hébreux partirent de 
Ramsès, ville et région assez rapprochée de Pithom, comme 
on vient de le voir, et située peut-être à l'un des bouts du 
canal dont Pithom occupait l'autre bout 2 . Leur deuxième 
station est à Succoth, c'est-à-dire à Pithom; leur troisième 
à Etham, dans le désert, c'est-à-dire au pays d'Atouma, et 
leur quatrième, à la suite d'un retour en arrière, devant 
Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer, en face de Baal-Tsé- 
phon, c'est-à-dire près du quartier ou faubourg de Pithom 
nommé Pi-Kaheret, dans le voisinage d'un sanctuaire arabe 
(Baal-Tséphon) et d'une citadelle égyptienne, Migdol, nom 
donné souvent aux forteresses pharaoniques de l'isthme. 

Au point de vue de l'histoire, — le fondateur de Pithom 
est Ramsès II, conformément au récit biblique, d'après 
lequel les Hébreux bâtirent Ramsès en même temps que 
Pithom, et par conséquent Ramsès II est le Pharaon de 
l'oppression, ce qui maintient l'Exode sous Ménéptah I er . 
Après Ramsès II, les Bubastites de la XXII e dynastie, 
notamment Sheshonk I er et Osorkon II, embellirent ou for- 
tifièrent Pithom, ainsi que le premier Pharaon de la dernière 
dynastie nationale, Nectanébo I er . Il est à remarquer que 
ce sont les mêmes noms royaux qu'on retrouve vers l'autre 
extrémité du canal, dans les ruines de Bubaste. Ptolémée II 
fit pour le huitième nome presque autant que Ramsès II 

1. Genèse, xlvi, 28, et xlvii, 6 et 11. 

2. Lepsius, Chronologie der /E<jyptei\ p. 358. 



298 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

lui-même; il y vint plusieurs fois, il y rétablit le canal de la 
mer Rouge, il y fonda la ville d'Arsinoé pour favoriser le 
commerce avec les régions les plus lointaines de l'Ethiopie 
et de l'Arabie, il y institua le culte de sa sœur Arsinoé 
(considérée sans doute comme une divinité égyptienne légi- 
timant les droits des Ptolémées à la couronne), et il y 
acheva le temple de Pi-Kaheret. Moins soucieux du culte, 
les Romains ne songèrent qu'à fortifier Pithom et en firent 
un camp, Ero castra, pour l'installation duquel ils détrui- 
sirent le temple de Toum et ensablèrent les greniers des 
Pharaons. 

IV 

Tel est le résultat des recherches de M. Naville. Plein de 
faits groupés avec une clarté parfaite, et discutés avec une 
haute compétence, le livre The Store-City qf' Pithom and 
the Route qf the Exodus atteint complètement son but, 
puisqu'il détermine, avec autant de précision que faire se 
peut, et le début de l'itinéraire et l'emplacement de la 
ville. 

Mais ces deux points ne sont pas les seuls que l'ouvrage 
de M. Naville signale a l'attention. On a vu qu'il touche 
aussi d'une manière plus ou moins directe, suivant les 
hasards (\r* fouilles el des trouvailles, à différentes questions 
-m lesquelles il fournil presque toujours de précieux ren- 
seignements. Il sciait difficile autant que délicat de revenir 
ici sur l'étude serrée que M. Naville a t'ait de toutes ces 
questions; toutefois deux sujets, en quelque sorte centraux, 
auxquels ramènenl les déductions et les documents du livre, 
on! hop d'importance pour qu'on ne les examine pas de 
nouveau à la lumière des récentes découvertes. Il s'agit, 
en effet, du synchronisme égyptien de l'Exode et du per- 
cemenj ancien de l'isthme. 



l'exode, le canal de la mer rougk 299 



V 

Relativement à l'époque de l'Exode, deux opinions sont 
en présence, la plus ancienne rapportant le fait au règne de 
Ménéptah I", et la plus récente à des règnes postérieurs. 
La première théorie invoque la construction de Pithom et 
de Ramsès sous un Pharaon qui ne peut être qu'un Ramsès, 
■ — le très long règne de ce souverain qui ne peut être que 
Ramsès II, père du Pharaon de l'Exode, puisque c'est le 
seul Ramesside ayant régné très longtemps ; - - enfin le 
témoignage de Manéthon, qui place l'Exode sous le fils de 
Ramsès II. M. Chabas, à la vérité, n'a pas tenu compte du 
récit de Manéthon', accepté par MM. Lepsius et de Rougé, 
mais il a signalé d'autre part quelques textes égyptiens, 
d'après lesquels certains étrangers, nommés Aperi-ou, tra- 
vaillaient aux constructions de Ramsès II. 

La seconde théorie, qui a obtenu assez de vogue pour 
pénétrer jusque dans les ouvrages anglais de vulgarisation", 
s'appuie sur ce fait que l'affaiblissement de l'Egypte s'accen- 
tua surtout vers la fin de la XIX e dynastie, époque à 
laquelle eut lieu une invasion syrienne. 

La découverte de Pithom donne un poids nouveau à la 
première théorie, en faveur de laquelle il ne semble pas, 
d'ailleurs, qu'on ait épuisé tous les arguments à fournir : 
ces deux considérations rendent possible de revenir sur le 
sujet. 

Ramsès II fut le grand Pharaon de l'Egypte, mais on sait 
ce que coûtent les règnes glorieux, et Ménéptah pourrait 
bien avoir reçu de son prédécesseur une armée déjà affai- 
blie et un trésor déjà amoindri. 

1. Chabas, Recherches sur la XIX" dynastie, p. 111-113 et 158; cf. 
Robiou, Le Système chronoloyique de M. Lieblein, p. 20-22. 

2, Watkins, Popular History o/Egtjpt, p. 269-270. 



300 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

En effet, l'invasion de Libyens et d'insulaires qui assaillit 
l'Egypte l'an V de Ménéptah I 1 ' 1 désorganisa certainement 
le pays jusqu'au sud du Delta, où les Barbares avaient 
atteint Prosopis. La grande inscription hiéroglyphique qui 
raconte leur défaite montre et dit que l'Egypte fut éprou- 
vée alors comme au temps des Pasteurs 2 : 

« L'abattement s'était fait dans les terres arrosées par le 
Nil ; elles voulaient se soumettre à l'ennemi qui avait violé 
toutes les frontières du pays, les armes à la main. 

» (Mais le roi prit des mesures) pour protéger Hélio- 
polis, la ville de Toum, pour défendre Memphis, la forte- 
resse de Tonen, et pour remettre en état ce qui était 
désorganisé. 

» (Il établit des postes) devant Pa-Baris, aux environs 

du canal Shakana, au nord de l'étang d'Horus (d'après 
M. Brugsch 3 , le canal Miti, du nome Héliopolite), 

» (sur un terrain) non cultivé qu'on avait laissé en 

pâturages à cause des Barbares. Cet endroit était infesté 
dès le temps des ancêtres 

» Vous tremblez comme des oies, dit le roi à ses offi- 
ciers, et vous ne savez pas ce qu'il est bon de faire; on ne 
répond pas 

» (a l'ennemi, et l'Egypte) désolée est abandonnée aux 
incursions de toutes les nations: les Barbares dévastent ses 
frontières; dos révoltés la violent chaque jour; tout le 
inonde pille. 

» Les ennemis dévastent nos havres mêmes; ils pénètrent 
dans les campagnes do l'Egypte; le Nil les arrêtera-t-il ? 
Ils demeurent des jours et des mois; ils s'établissent 

» (dans le pays). Qesl arrivé qu'ils sont parvenus jusqu'aux 
montagnes du pays d'Outi, qu'ils ont ravagé h 1 pays de 



1. Cl. Maspero, Zeitschrift fur œgyptische Sprache, 1883, p. 65. 

2. Chabas, Recherches sur In XIX dynastie, p. 84-89, 
:;. Histoire d'Egypte, 2' édition, [>. 141. 



l'exode, le canal de la mer rouge 301 

To-ahou (il s'agit des oasis) en exacte analogie (de ce qui 
s'est passé) dès les rois appartenant à d'autres temps, aux 
époques inconnues 

» On n'avait pas vu cela au temps des rois de la Basse 
Egypte, lorsque le pays d'Egypte leur appartenait et que 
le fléau se tenait debout, 

» à l'époque des rois de la Haute Egypte. On n'avait pas 
pu les repousser alors. Cet état de choses dura (jusqu'à ce 
que les dieux fussent touchés) de l'amour de leur fils et 
qu'ils voulussent que l'Egypte fût gouvernée par son sei- 
gneur, afin de restaurer les temples de l'Egypte selon les 
prescriptions de la valeur divine pour la suite des an- 
nées'. » 

Cette dernière phrase, dont on n'a peut-être pas signalé 
l'importance, rattache indirectement l'invasion des Libyens 
à la sortie d'Egypte, telle qu'elle est racontée dans la ver- 
sion indigène qui fut connue d'Hécatée d'Abdère 2 , recueillie 
par Manéthon, et imitée plus tard, d'une manière fautive 
ou burlesque, par Chérémon et Lysimaque. 

Le fils de Ramsès II, Aménophis (c'est-à-dire Méné- 
ptah I er , appelé dans les listes Aménophis, Aménoptah, 
Aménéphthis, etc.), voulut voir les dieux comme l'avait fait 
un de ses prédécesseurs, Horus, et consulta, à ce sujet, un 
sage nommé Aménophis, fils de Paapios. Le sage conseilla 
au roi de purifier d'abord le pays en chassant tous les lépreux 
et tous les impurs, de sorte que le roi les envoya aux 
carrières, mais il se trouvait parmi eux des prêtres, et le 
fils de Paapios comprit que les dieux s'irriteraient de cette 
violence faite à des prêtres ; il devina en outre qu'un secours 
viendrait aux Impurs, qui domineraient l'Egypte pendant 
treize ans. Ce secours fut une nouvelle invasion des Pasteurs, 



1. Traduction de M. Chabas. 

2. Fragia. Hist. grœc, édit. Didot. t. II, p. 391-2; cf. Diodore, 
XXXIV, 1. 



302 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

qui s'établirent à Avaris avec les Impurs, sous la conduite du 
prêtre héliopolitain Osarsiph, ou Moïse. Aménophis quitta 
le pays avec les animaux sacrés (qui pouvaient en effet 
voyager'), mit en sûreté son (ils Séthon, âgé de cinq ans 
(Séti II), et se réfugia en Ethiopie ; il revint au bout de 
treize ans et chassa les Impurs, ainsi que les Pasteurs, avec 
l'aide de son fils 2 . 

Telle est la version égyptienne de l'Exode. Elle ajoute aux 
détails fournis par la Bible la mention d'un retour offensif 
des Pasteurs, ce qui ne doit pas surprendre : puisque 
l'Egypte fut envahie sous Ménéptah I er par les peuples de 
la Méditerranée, elle a pu l'être aussi par ceux de la Syrie, 
qui, sous Ramsês II lui-même, gardaient, sans aucun doute, 
un pied en Egypte. En effet, la stèle de l'an 400, trouvée à 
Tanis, est datée rétrospectivement du régne de l'un des 
rois pasteurs, et dédiée à Set, le dieu des Pasteurs, « nou- 
velle preuve, d'après M. Mariette, que, sous Ramsès II. la 
Basse Egypte nourrissait un fond dépopulations étrangères 
auxquelles la civilisation égyptienne n'avait pas enlevé leur 
complète autonomie. N'oublions pas, ajoute le même savant, 
que, parmi ces populations, vivaient, confondus avec les 
descendants des Hycsos, ces mêmes Israélites (pie, quelques 
années plus tard, Moïse devait ont rainer à sa suite, et qui, 
eux aussi, avaient conservé sans doute une partie de leurs 
institutions nationales : . » 

La visite aux dieux entreprise par le roi est une sorte 
d'inspection dos temples, comme celle (pie lit l'Ethiopien 
Piankhi 4 . Lorsque Ramsès III rétablit l'ordre en Egypte, 
il lit aussi inspecter et purifier les temple '. Le roi Ilorus, 
qui aurait lait une visite aux dieux avant Ménéptah I er , est 

1. Ci. Naville, The Store-City, etc., p. 18 et 19. 

2. Josèphe, Contre A-pion, I, 26-27. 

3. Catalogue '/" Musée de Boulaq, 3 e édit., p. 279-280. 

1. Stèle de Piankhi, 1. *.)7 et 105 ; cf. Stèle du Son<jr, 1. 15 et 10. 
5. Papyrus Harris n" /, pi. 25, 1. 8 et 10. 



l'exode, le canal de la mer rouge 303 

l'Horemheb de la XVIII e dynastie, qui succéda aux rois 
hérétiques et à qui il était naturel, par conséquent, que le 
désir vînt de purifier le pays ; il restaura les temples des 
gouffres d'Ateh à To-Kens, c'est-à-dire du Delta à la Nubie'. 
Manéthon ne nous dit pas pourquoi Ménéptah I er eut le 
même désir, mais la grande inscription de Karnak nous 
l'apprend : ce fut à l'occasion de sa victoire sur les envahis- 
seurs libyens. 

On peut jusqu'ici admettre sans difficulté le récit de 
Manéthon : toutefois, l'intervention d'Aménophis, fils de 
Paapios, ne supporte pas l'examen. Ce personnage fabuleux, 
cité sur les monuments égyptiens depuis l'époque d'Amé- 
nophis III, avait à Thèbes le même rôle de savant légendaire 
qu'Imhotep, fils de Ptah, a Memphis, avec cette différence 
qu'Imhotep, le Dédale égyptien, était un dieu. 

Si l'on passe sur ce détail, d'ailleurs profondément égyp- 
tien, le reste de l'histoire reprend sa vraisemblance et se 
réduit à ceci : une persécution des Sémites restés en Egypte, 
un retour offensif des Sémites de Syrie faisant reculer le 
vieux roi, peu belliqueux de son naturel 2 , et l'expulsion finale 
des Impurs, parmi lesquels se trouvait Moïse. Quoi qu'en 
dise Josèphe, le témoignage de Manéthon n'est pas en con- 
tradiction ici avec celui de la Bible, tel que l'ont compris 
la plupart des égyptologues. Les monuments égyptiens, il 
est vrai, ne mentionnent pas la défaite de Ménéptah, mais 
on sait qu'ils ne mentionnent que les victoires. Il existe 
d'ailleurs un moyen de savoir si Ménéptah a été heureux 
jusqu'au bout : en déblayant l'hypogée du Pharaon, acces- 
sible aujourd'hui jusqu'à sa deuxième salle seulement, on 
verrait si son plan et sa décoration indiquent, comme c'est 
le cas pour les autres tombes, une lin de règne troublée ou 

1, Zeitsehrift fur œyyptisclic Sprachc, 1879, p. 169. 

2. Cf. Diodore, I, 59, et Chabas, Reclicrclws sur la XIX e dynastie, 
p. 87. 



304 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

tranquille. On peut déjà remarquer, en attendant, et que 
la deuxième salle du monument a été sculptée avec négli- 
gence, et que la grande chambre annexée à cette salle est 
restée presque entièrement nue. 

Malerré le silence des monuments, les malheurs du Plia- 
raon de l'Exode ont trouvé place jusque dans les récits des 
historiens grecs, et l'on reconnaît certaines concordances 
avec ce que disent ManéthoD et la Bible, dans une légende 
racontée par Hérodote et Diodore au sujet du fils de Sésos- 
tris 1 . Irrité contre le Nil qui ravageait le pays, le Pharaon lui 
lança des flèches, et fut frappé d'aveuglement en punition 
de son impiété. La cécité du roi, qui dura plus de dix ans, 
d'après Hérodote, l'appelle assez bien son exil de treize ans 
dans Manéthon, et les dégâts causés par le Nil débordé ne 
sont pas sans analogie avec les plaies d'Egypte, eaux rouges, 
sauterelles, rats, grenouilles, mort des bestiaux et des pre- 
miers-nés. On sait qu'aux époques de troubles la canalisation 
du Nil n'étant plus surveillée ni maintenue, la répartition 
des eaux se fait mal, de sorte qu'il s'ensuit d'ordinaire toute 
une série de calamités. 

L'hymne au Nil des Papyrus Sallier II et Anastasi VII, 
datés du lils de Ménéptah I er , Séti II, donne quelques dé- 
tails sur les fléaux d'Egypte, qui étaient au nombre de sept, 
d'après un autre papyrus' : 

« S'il y a un fléau venu du ciel, les dieux (tombent) sur 
la face, les hommes périssent, la terre tout entière se fend 
pour les bestiaux, les grands et les petits sont sur le lit 
funèbre » ; 

El : 

« Quand ou demande l'eau annuelle, on voit les gens de 
la Thébaïde et du Nord, on voit tout porteur d'outils, pas 
un ne rejoignant l'autre; plus d'habits pour habiller, plus 

1. Hérodote, IF, 1 II. el Diodore, I, 59. 

2. Chabas, /.<■ Calendrier Sallier, p. 79. 



l'exode, le canal de la mer rouge 305 

ne se parent les filles de la noblesse ; plus de dieux dans la 
nuit. » 

Les calamités de ce genre qui eurent lieu sous Méné- 
ptah I er durent être terribles, puisqu'elles ont laissé un écho 
retentissant dans la mémoire des Egyptiens aussi bien que 
dans celle des Hébreux. Un exemple semblable d'une tradi- 
tion commune aux deux peuples se retrouve dans Hérodote 1 
et dans la Bible" au sujet de l'invasion de Sennachérib, ra- 
contée de même des deux côtés pour le fond, mais avec des 
détails différents. 

Ainsi l'antiquité tout entière avait conservé ou recueilli 
le souvenir, confus et profond, des grands désastres surve- 
nus sous le règne du fils de Ramsès II. Ce sont là des événe- 
ments qui ont accompagné et facilité l'Exode. Les fouilles 
de Pithom confirment cette conclusion d'une manière inat- 
tendue, en montrant, selon M. Naville, que la ville de 
Pithom a été construite par Ramsès II et non par un autre 
roi : la Bible plaçant l'Exode sous le règne qui suivit celui 
du fondateur de Pithom, on se trouve encore ramené au 
temps de Ménéptah I er . 

M. Naville pense que Pithom date de Ramsès II, non 
seulement parce qu'il n'a trouvé dans ses fouilles aucun 
monument qui lui paraisse antérieur à ce Pharaon, mais 
encore parce que, à Tell-el-Maskhoutah, le naos et les co- 
losses du temple sont de Ramsès II, qui aurait ainsi élevé 
le temple à lui seul : les colosses correspondent, en effet, 
au commencement, et le naos, à la fin de l'édifice. Présentée 
ainsi, l'opinion de M. Naville est un peu exclusive. 

Le huitième nome de la Basse Egypte, qui avait Pithom 
pour capitale, n'était pas de création récente, et il semble 
bien mentionné sur un monument de l'Ancien Empire'. En 
tout cas, il était antérieur à Ramsès II, car il figure au temple 

1. Hérodote, II, 141. 

2. Ezùchiel,ch. xxxvu ; Rois, liv. II, xix; Clivonv[iws, liv. II, xxxn. 

3. Lepsius, Denkmdler, II, p. 3. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 20 



306 LES FOUILLES DE M. NA VILLE A PITHOM 

de Séti I er à Abvdos dans une salle construite et décorée 
sous ce dernier roi. M. Maspero, qui a publié dans la Revue 
archéologique un des deux sphinx découverts en 1876, doute 
qu'il soit de Ramsès II malgré les cartouches qu'il porte, et 
se montre disposé à y voir un monument de la XII e dynastie : 
le sphinx aurait pu alors être amené d'ailleurs, mais il aurait 
pu aussi être usurpé sur place, et emprunté à un vieux sanc- 
tuaire local. 

Du reste, la pierre sculptée de trois côtés, que M. Naville 
croit de la XX e dynastie, porte deux cartouches mutilés, 
dont les parties visibles correspondent aux cartouches de 
Séti I er et ne correspondent qu'à ceux-là. Si la sculpture était 
mauvaise, il ne faudrait pas rejeter pour cela L'assimilation, 
car on connaît de mauvaises sculptures du temps de Séti I er , 
même au temple d'Abydos'. De plus, le roi représenté sur 
cette pierre est deux fois accompagné par un personnage 
allant de pair avec lui, en qualité d'égal ou d'associé. Or, 
Ramsès II fut associé dès l'enfance à Séti I er , son père, dont 
les travaux de fortification et de canalisation de l'isthme sont 
bien connus. Il est donc vraisemblable que la construction 
ou la reconstruction de Pithom fut commencée sous le 
double règne de Séti I er et de Ramsès II, ce qui modilie un 
peu la proposition de M. Naville discutée ici. Toutefois, la 
(•(inclusion de ce savant sur la date de l'Exode ne saurait 
die ébranlée par la. Que Ramsès ait commencé seul ou non 
a bâtir on à rebâtir la ville, il n'en reste pas moins vrai que 
les premiers grands travaux connus y sont de lui, confor- 
mémenl au texte biblique. Il est même certain que ces tra- 
vaux, continués un moment sous les Bubastites, n'avaient pas 
été replis avec activité par les Ramessidcs qui succédèrent 
;i Ramsès II, puisqu'aucun de leurs cartouches ne se trouve 
dans les ruines et que le temple demeura inachevé. Ramsès II, 
construisant Pithom, correspond bien au puissant roi de 

1. Mariette, Abydos, t. I, p. 24, cour A. 



l'exode, le canal de la mer rouge 307 

l'oppression, tandis que Ménéptah I er , négligeant Pitliom, 
rappelle bien le Pharaon malheureux de la fuite. 

Si l'on ajoute ces faits à ceux qui viennent d'être étudiés 
ou cités, on reconnaîtra qu'il existe, en faveur de l'ancienne 
théorie sur l'Exode, tout un faisceau de concordances dont 
il faut tenir compte. On s'apercevra, de plus, que l'impres- 
sion laissée par le règne de Ménéptah n'est pas entièrement 
favorable au système qui se fonde sur elle pour rajeunir 
l'Exode, car on peut la résumer maintenant dans la question 
que voici : l'Egypte réduite à un état d' « abattement que 
signalent les inscriptions » avait-elle conservé trop de co- 
hésion et de force néanmoins, sous un vieillard faible et 
inactif, pour rendre possible « la fuite d'une bande d'es- 
claves 1 » cantonnés à la frontière? En admettant que les 
deux systèmes rivaux aient pu se faire équilibre, l'équilibre 
sera vraisemblablement dérangé par les constatations de 
M. Naville. 

VI 

Il reste à rechercher l'idée que l'on doit se former, d'après 
les récentes découvertes, sur l'isthme et son canal dans 
l'antiquité. 

A la faveur de l'inscription latine qui place un Klusma 
près d'Héroopolis, tandis que les auteurs anciens parlent d'un 
Klusma situé sur le golfe, M. Naville ramène jusqu'à Hé- 
roopolis la pointe du golfe avec ses villes riveraines, Klus- 
ma et Arsinoé. Il réduit ainsi la longueur du canal au par- 
cours de l'Ouadi-Toumilat, mais cette conclusion ne saurait 
être acceptée que dans une mesure très restreinte. 

Assurément c'est la mer Rouge qui a formé les lacs Amers 
en se retirant, et le fait peut être d'une époque relativement 
récente, comme l'a pensé Linant-Bey ; on peut même, dans 
le silence des textes, le croire postérieur à Ramsès II, mais 

1. Cf. Maspero, Histoire ancienne de l'Orient, 1" édition, p. 253-259. 



308 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

dès qu'on se trouve en présence des premiers documents 
écrits relatifs au canal, c'est-à-dire des Histoires d'Héro- 
dote, le doute n'est plus possible. 

M. Naville s'appuie pourtant sur le texte même d'Héro- 
dote', qu'il juge fautif et qu'il corrige d'après Larcher, dont 
la traduction est ainsi conçue : « le canal a de longueur 
quatre journées de navigation, et assez de largeur pour que 
deux trirèmes puissent y voguer de front. L'eau dont il est 
rempli vient du Nil, et y entre un peu au-dessus de Bu- 
bastis. Le canal aboutit à la mer Erythrée, près de Patoumos, 
ville de l'Arabie. » 

Les éditions ordinaires coupent le texte d'une manière 
bien différente, et font dire à Hérodote que le canal aboutit 
à la mer Rouge après s'être embranché près de Patoumos 
(traduction de Lepsius) ou après s'être dirigé vers Patoumos 
(traduction deGuiget), suivant le sens qu'on donne à la pré- 
position -t'A (tJxtoh 8s xaxuirepôe ôXi'^ov Boubàdrioç TtôXioç irapà flaTOOfJLOV 

-:>;, 'Apa6(T,v -)•./. Dans le premier cas, il y aurait eu au com- 
mencement du canal une ville arabe de Patoumos qui serait 
identique à Thumde l'itinéraire d'Antonin, comme l'a pensé 
M. Lepsius, et qui serait distincte de Pithom ; dans le se- 
cond cas, la ville de Patoumos, située sur le parcours et 
non an commencement du canal, serait la même ville que 
Pithom. 

Mais, qu'on puisse l'entendre ou non des deux manières, 
le texte d'Hérodote est correct, et la modification adoptée 
par M. Naville devient impossible à maintenir quand on 
considère la suite du chapitre : « On commença à le creuser 
dans cette partie de la plaine d'Egypte qui est du côté de 
l'Arabie. La montagne qui s'étend vers Memphis, et dans 
laquelle sont les carrières, est au-dessus de cette plaine, et 
lui est contiguë. Le canal commence donc au pied delà mon- 
tagne; il va d'abord, pendant un long espace, d'Occident en 

1. Hérodote, II. loS. 



l'exode, le canal de la mer rougk 309 

Orient, à-' li-àor,; -poç ~.i,-* f^, il passe ensuite par les gorges 
de cette montagne et se porte au Midi dans le golfe d'Ara- 
bie 1 », mot à mot à partir de la montagne du coté du 
Midi et du Notos, vers le golfe Arabique, obrà toû oupeoç irpôç 

[XE(Ta|xëpi7)V te scat vôxov àvE'jiov. ï; xôv v.'.i-.'yi xàv 'Apaêiov. 

La signification du passage et l'intention de l'auteur sont 
visibles : Hérodote décrit les deux directions du canal, l'une 
de l'ouest à l'est dans le sens de l'Ouadi-Toumilat, l'autre 
de l'est au sud, dans le sens des lacs Amer.-;. La montagne 
dont il parle est le versant méridional de la chaîne qui longe 
l'Ouadi, et la gorge de cette montagne correspond à l'ouver- 
ture septentrionale du bassin qui contient les lacs Amers. 
La topographie de l'historien ne s'accorde en aucune façon 
avec la carte de M. Naville, qui place l'ancien rivage de la 
mer Rouge entre Pi-Keheret et le lac Timsah, ne laissant 
ainsi aucun moyen de .tracer le coude décrit par le canal 
de l'est au sud, ni de comprendre, en outre, comment les 
vingt lieues de l'Ouadi-Toumilat auraient exigé quatre jours 
de voyage, quand la journée de navigation, en Egypte, était 
de treize à quatorze lieues. 

On remarquera que la description d'Hérodote est confirmée 
de plusieurs manières, et notamment par les traces du ca- 
nal creusé ou recreusé par les Perses, depuis les lacs Amers 
jusqu'aux environs de Suez. Entre ces deux points, la Com- 
mission d'Egypte a découvert des ruines et des inscriptions 
du temps de Darius, surtout dans le voisinage de Chalouf, 
près de l'ancien canal, appelé aujourd'hui canal des Pharaons, 
qui fut retrouvé par le général Bonaparte. 

Les ruines de Tell-Kolzoum, à quelques minutes de Suez, 
conservent encore le nom, et sans doute marquent encore 
l'emplacement de Klusma, le vieux port du golfe. 

Enfin, les passages où Pline et Strabon parlent du canal 
le montrent clairement, malgré des inexactitudes de détail, 

1. Traduction de Larcner. 



310 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

ou franchissant les lacs Amers (Strabon), ou aboutissant aux 
lacs Amers en partant de la mer Rouge (Pline). Il traverse 

les laCS Amers, v.a^sEl 8è xat Stà xtov 7tœp5>v xaXou[jiÉvu>v Xtjxvîôv, dit 

Strabon ', qui représente ces lacs comme dessalés par le canal, 
soit qu'il prenne quelque partie pour le tout, soit qu'il con- 
fonde les lacs avec le canal lui-même, qui était large 2 et pois- 
sonneux 3 . 

Pline, qui, selon sa coutume, a compilé ici sans réfléchir, 
supprime la partie du canal comprise entre Bubastis et 
Pithom, et croit, ou plutôt dit, que le canal de Sésostris, de 
Darius et de Ptolémée, partait de la mer Rouge, et s'arrêtait 
aux lacs Amers. Daneon portas, ex quo naur'gabilem aheum 
perducere in Nilum, qua parte ad Delta dictum decurrit, 
— primus omnium Sésostris JEcjypti rex cogitavit, mox 
Darius Persarum, dcinde Pto/emeus sequens, qui et duxit 
Jossam, — usque ad Fontes amaros. Ultra deterruit i non- 
dation is metus k . 

.Les lacs Amers de Pline et de Strabon ne peuvent se 
placer ailleurs qu'entre le canal de Darius et le Patoumos 
d'Hérodote, c'est-à-dire dans le site actuel des lacs du 
même nom. On ne saurait donc accorder à M. Navillc qu'il 
n'a pas existé de canal entre le lac Timsali et la mer Rouge. 
Par conséquent, les textes, en apparence contradictoires, qui 
groupent Klusma, Héroopolis, et Arsinoc au bord de la mer 
Rouge, demandent à être expliqués, si possible. 

Une première solution est suggérée au sujet de Klusma 
par l'énorme différence qui existe entre les distances de 
Héro à Klusma, signalées dans ['Itinéraire d'Antoninet sur 
la pierre de Pithom. La pierre indique neuf milles de Héro 
;i Klusma, tandis que ['Itinéraire dit que Héro étail à vingt- 
quatre milles d'une ville de Thoum, et à dix-huit milles de 

1. Strabon, liv. XVII. 

2. lit., et Hérodote, II, 158. 
:'.. Élien, Anim., XII, 29. 
4. Pline, VI, 2!». 



l'exode, le canal de la mer rouge 311 

Serapiu qui était à cinquante milles de Klusma. Le mot 
Klusma, qui signifie port, pouvait désigner bien des localités 
différentes, comme les mots Migdol ou forteresse, Serapiu, 
Sérapéum, etc.; il y avait donc deux Klusma dans l'isthme, 
l'un sur la mer Rouge, l'autre sur le lac Timsah, qui est un 
véritable port intérieur, suivant l'expression de M. de 
Lesseps. 

La solution qui convient pour Klusma ne convient pas 
pour Arsinoé, parce qu'aucun texte ne motiverait un dé- 
doublement de cette ville, dont le site reste douteux. Quant 
à Héroopolis, la ville des magasins, qui était située à Tell- 
el-Maskhoutah et qui avait néanmoins donné son nom au 
golfe, l'absence de documents formels ne permet guère non 
plus de la dédoubler. Or, si l'on n'admet pas deux Héroo- 
polis, il n'y a plus qu'une explication possible : c'est que les 
anciens, qui appelaient mer toute grande étendue d'eau, ont 
regardé les lacs Amers et leur canal tantôt comme faisant 
partie et tantôt comme ne faisant pas partie de la mer 
Rouge. On ne peut même comprendre autrement le passage 
où Aristote dit que Sésostris, le premier, essaya de canaliser 
la mer Rouge, xr ( v Ipuepàv eaXaxtav — ï-nziSh, Siopu-c-eeiv (Métêo- 
rolog., I, 14). Les lacs Amers étaient une sorte de mer inté- 
rieure à peine séparée de l'autre, si bien qu'on pouvait les 
réunir toutes deux sous un même nom, quand le sujet 
n'exigeait pas une précision d'ailleurs peu conforme aux 
habitudes de l'antiquité. On voit que Strabon, par exemple, 
décrit les choses grosso modo, quand il dit qu' Arsinoé a 
dans son voisinage, à la pointe du golfe, Héroopolis, Cléo- 
patris (ville qu'il vient pourtant d'identifier avec Arsinoé), 
et des ports, des villages, des canaux et des lacs (liv. XVII). 
Ces détails conviennent mieux aux environs de Pithom qu'à 
ceux de Suez. 

En définitive, les fouilles de Pithom ne modifient pas les 
indications fournies par les anciens sur le canal qu'a connu 
Hérodote, et qu'ont creusé ou déblayé tour à tour les Égyp- 



312 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

tiens avec Néchao, les Perses avec Darius, et les Grecs avec 
Philadelphe; par conséquent, l'isthme, le canal, les lacs et 
la mer Rouge différaient peu de ce qu'ils sont aujour- 
d'hui. 

Le canal partait des environs de Bubastis, suivait la vallée 
ouverte devant lui, aboutissait à Pithom, Patoumos ou Hé- 
roopolis, traversait les lacs et finissait à Klusma, absolu- 
ment comme le canal d'eau douce qui va de Zagazig à 
Ismaïliah, d'une part, et, d'autre part, comme le canal ma- 
ritime qui va d'Ismaïliah à Suez. Héroopolis, avec son port, 
correspond à Ismaïliah sur le lac Timsah. Le Klusma des 
Grecs correspond à Suez, et il n'est pas jusqu'au canal d'eau 
douce partant du Caire, qui n'ait son prototype dans le 
canal de Trajan creusé entre Babylone et Héroopolis 1 . 

La configuration du sol a indiqué d'elle-même le tracé 
des canaux comme l'emplacement des villes, et puisque ces 
canaux, comme ces villes, gardent à peu de chose près leur 
ancien site, c'est que la configuration du sol n'a guère 
changé. 

Ces conclusions ne sont valables qu'à dater de Darius. 
Nous ne savons pas. en effet, à quelle époque le Nil a été 
mis en communication avec la mer, et les fouilles de Tcll- 
el-Maskhoutah nous laissent ignorer si, contrairement à 
l'opinion de Letronne, mais conformément au dire des an- 
ciens, Ramsès II avait songé au canal de la mer Rouge. 

La découverte de Pithom ne nous apporte ici qu'une sug- 
gestion, mais une suggestion qui a son importance. C'est 
que le canal arrosant l'Ouadi-Toumilat, ou Gessen, allait, 
sous Ramsès II, jusqu'à Pithom, qui n'aurait pu subsister 
s;ins eau ; que !'• canal, arrivé à Pithom, touchait presque au 
lac Timsah, qui lui oiïrait un débouché naturel; que le lac 
Timsah était facile à mettre en communication avec la mer 
Rouge, si même il n'en faisait pas partie alors, et qu'ainsi le 

1. Ptolémée, IV, 5, 54. 



l'exode, le canal de la mer rouge 313 

problème du percement de l'isthme devait être déjà posé, 
ou résolu. 

En somme, M. Naville aura retrouvé la ville la plus im- 
portante de l'Exode, fixé les premières stations des Hébreux, 
apporté certains renseignements sur l'époque de leur fuite, 
comme sur l'état de l'isthme à la même date, et mis au jour, 
par suite des constatations, une foule de documents géo- 
graphiques ou historiques d'un haut intérêt. Peu de travaux 
auront porté plus de fruits. De quelque manière qu'on en- 
visage à présent l'ouvrage qui les résume, la découverte de 
Pithom demeure inattaquable, et c'est seulement du côté 
des conclusions secondaires que la critique fait ou fera quel- 
ques réserves : personne en effet ne saurait, avec des ma- 
tériaux aussi contradictoires parfois que ceux qui se trouvent 
ici en présence, atteindre du premier coup toute la vérité. 
Comme toutes les œuvres de ce genre, le livre de M. Naville 
peut donc avoir ses parties faibles ou obscures, mais cette 
espèce de pénombre ne fait que mieux ressortir le point cen- 
tral qui projette, sur une scène ou sur un sujet chers à tant 
de peuples, une des plus vives lumières que l'archéologie 
ait apportée à l'histoire. 



Depuis l'impression de cet article, il a paru à Londres, 
dans le journal The Academy, du 20 juin, une notice de 
M. Naville sur ses fouilles les plus récentes, celles de l'hiver 
dernier. 

Le résultat le plus important de cette nouvelle campagne, 
a été « ce que je considère comme la solution, dit M. Na- 
ville, d'une question géographique, le site du pays de 
Goshen », la résidence habituelle des Hébreux en Egypte. 
Le nom de Goshen, Gessen ou Gesem, en grec Phacousa 
(avec l'article égyptien), se retrouve dans le mot Kes ou 
Kesem qui désignait une des villes et même la capitale du 



314 LES FOUILLES DE M. NAVILLE A PITHOM 

nome arabique : la version des Septante appelle le pays de 
Goshen Gesem d'Arabie. 

M. Na ville a découvert les ruines de Kes au village de 
Saft-el-Henneh, dans le voisinage de la station d'Abou- 
Hammed, et non loin cle Zagazig. Ce village, où se tient 
chaque semaine un des marchés les plus importants de 
rOuadi-Toumilat, a pour place publique un Tell, sorte de 
butte de décombres, où se voient encore les traces d'un de 
ces- murs en briques qui entouraient les constructions reli- 
gieuses des Pharaons. 

Il y a une vingtaine d'années, les paysans trouvèrent là 
un naos monolithe en granit noir, qu'un pacha fit briser 
pour voir s'il contenait de l'or. Les fragments furent dis- 
persés : deux restèrent sur place, et deux autres allèrent au 
Musée de Boulaq. 

L'examen de ceux-ci montra que le monument datait de 
Nectanébo II, le dernier Pharaon indigène, qui l'avait dédié 
au dieu du nome arabique, Sopt. Les autres fragments, 
recueillis par M. Navillc, donnent le nom de la localité : 
le roi vint à Kes pour faire des offrandes au vénérable 
dieu Sopt sur son trône, et les images des dieux de Kes, 
avec celle chapelle, ont été faites sous le règne du roi, etc. 

Le site contient d'autres monuments de Ramsès II, de 
Nectanébo I er , et de Ptolémée-Philadelphe, ainsi qu'une 
grande quantité de fragments en pierres dures, granit, 
diorite et porphyre, sans parler d'un certain nombre d'ins- 
criptions qui ont été endommagées depuis par les habitants. 

Le nom du village moderne, Saft-el-Henneh, a retenu 
celui du dieu ancien Sopt. On identifiait généralement 
Goshen, Kes, Phacousa, avec une localité située au nord de 
Tell-el-Kébir, et appelée Fakous : M. Naville promet de 
réfuter cette identification dans le mémoire qu'il va publier 
sur les monuments de Saft-el-Henneh. 



LE 

NOM ÉGYPTIEN DE L'ICHNEUMON* 



Les communications faites en mars 1885 à la Société 
d' Archéologie biblique contiennent, entre autres mémoires 
d'un grand intérêt, une notice du Rév. A. Lôwy sur la 
belette et le chat, d'après le D r Placzek, et cette notice 
peut donner lieu à quelques remarques additionnelles. 

Si la belette, chez les Sémites, a précédé le chat comme 
animal domestique, sous le nom de choled ou chulda, et si 
le chat l'a remplacée sous le nom de shurra ou de chat/ml, 
nous retrouvons la même désignation appliquée en Egypte 
à un animal qui ne parait pas à la vérité avoir supplanté le 
chat, mais qui du moins a rendu et rend encore quelquefois 
les mêmes services : cet animal est l'ichneumon ou rat de 
Pharaon, en copte uj^-&ot'à, en égyptien ®T \ yciïru ou 

-/aOur } mot qui n'a pas encore été signalé dans les hiéro- 
glyphes. 

Au tombeau de Ramsès VI (Champollion, Xotices, t. II, 
p. 512-513), le nom de yaftur est donné à un ichneumon qui 
est là une forme d'Horus em /eut mer-ti, 5=£5_J|£= 
, dieu adoré particulèrementàOmbos, et cer- 



11111 q \\<2>- 

tainement aussi à Héracléopolis, centre du culte de l'ichneu 

1. Publié dans les Proceedings of the Socleti/ of Biblicaî Archœo- 
loqy, 1885, p. 93-94, — G. M. 



316 LE NOM ÉGYPTIEN DE L'iCHNEUMON 

mon (Strabon, liv. xvn). On trouve le personnage ichneu- 
monien, Khatri, T <è\ (1(1 , associé avec un personnage à 

tête de rat, A(fi, (j *~*~N\ <X {Denkmàler, III, 224, A), 
sans doute la musaraigne d'eau (cf. le mot copte g^feAcAe) : 
la musaraigne était consacrée aussi à Horus (Maspero, 
Guide au Musée de Boulaq, p. 159). 

Le culte de l'iehneumon paraît fort ancien : dès la XII e dy- 
nastie, Aménemhat III est dit, au Labyrinthe, l'ami du dieu 
Khatru, T^X ° \\^\ {Denkmàler, II, 140). La domes- 
tication de l'animal, qui a certainement favorisé son apo- 
théose (cf. Plutarque, D'Isis et d'Osiris, 74), n'a donc pas 
été précédée, au moins d'après les textes connus, par celle 
du chat qui n'est nommé qu'à partir de la XII e dynastie 
(Champollion, Notices, t. II, p. 381), tandis que l'iehneu- 
mon semble déjà représenté dans quelques tableaux de l'An- 
cien Empire (Denkmàler, II, pi. 12, 60, 77, etc., et Mariette, 
La Gâterie de l'Egypte ancienne, 1878, p. 26). Le chat 
était, comme l'iehneumon, divinisé sous le Moyen Empire 
(Lepsius, Aelteste Texte, pi. 3, 1. 35, etc.; et Zeitschrift, 
1885, p. 9). Il est clair que le point de départ de ces divini- 
sations doit être reporté à une époque encore antérieure. 

On voit que l'observation du Rév. A. Lowy sur l'emploi 
d'un même nom pour désigner différents animaux se trouve 
confirmée ici, car il n'y a pas de doute que la racine du 
nom égyptien de l'iehneumon ne soit la même que celle du 
nom sémitique de la belette et du chat. 



SUR UN SYLLABIQUE 1 



i 

M. Le Page Renouf lit aines ou amesi' 1 le syllabique qui 
représente le nom du dieu que les égyptologues appellent 
habituellement Khem. 

Cette lecture, si elle était juste, ne donnerait pas un mau- 
vais sens; ^è\ ^< ou < ¥^v ' étant le nom d'un sceptre 
attaché à un fouet, et le dieu ayant d'ordinaire un fouet à 
la main, ames-i signifierait alors le fouetteur, fia<rctYo<popo;, 
et c'est à peu près ainsi que se le représentait Suidas', 
quand il le dépeignait comme fouettant la lune. Mais la 
lecture âmes est-elle acceptable? 

Tout d'abord, il faut écarter la forme (1 ~~ JH, que 
M. W. Budge 6 a cru rencontrer sur une stèle publiée aux 
Denkmâler, mais où il est clair que àm-s signifie celui qui 
est en elle, c'est-à-dire dans le ciel. 

La difficulté se trouve ailleurs : elle gît tout entière dans 
un passage du Livre des Morts, chap. xvn, 1. 11 et 12, où 

1. Publié dans les Proceedings of the Society of Biblical Archœo- 
loc/y, 1886, p. 192-201. 

2. Transactions, t. VIII, part 2, p. 204, et Zeitschrift, 1877, p. 98. 

3. Todtenbuch, chap. cxlix, passim. 

4. Lepsius, JEltestc Texte, pi. 38. 

5. S. v. Priapos. 

6. Transactions, t. VIII, part 3, p. 305 et 318. 



318 



SUR UN SYLLABIQUE 



certains textes anciens que vient de réunir M. Naville dans 
son édition du Todtenbuch thébain ont f^-Hw Jj et -O-Hw Jj 

au lieu de ^p Jr . M. Le Page Renouf admet que f^ est là 



pour - -, et fonde sa lecture sur cette assimilation. 

Pourtant, les deux signes ne sont pas des variantes l'un 

de l'autre. Ils ont été quelquefois confondus, comme dans 

un texte où le tombeau de Séti I er a cizd ^^ n .n. 

^ U i i i i i i <r=> 1 ' ' 

¥\ > 2 et le sarcophage du même roi ^~~lkk, *> 

leurs offrandes sont auprès de celui qui est en elle. Mais le 
fait est rare, et on remarquera que les papyrus qui donnent 
la variante ■fH'W n'ont pas f\ pour la syllabe àm - -, non 
plus que le sarcophage de Mentuhotep 4 et un texte qui est 
aux Denkmàler* : ils distinguent les deux signes -(-. Donc, 

n u 

f-j- n'est pas - -. 

Les deux signes ont été confondus dans un seul papy rus 
pour le nom du dieu, qui est là Hh\\ J) et (1 — Jj)*, 
mais que faut-il conclure a priori de ce fait isolé, sinon que 
le scribe du papyrus a été seul ici à prendre un hiéroglyphe 
pour un autre? Pareille confusion avait lieu de temps en 
temps entre des signes qui se ressemblent : on trouve encore, 
dans Les belles publications de M. Naville, des cas de mé- 
prise entre y et - - ou A 7 , ce qui ne veut certainement pas 

dire que - - ou A puissent se lire yem ou se/em. 

1. Naville, Das JEgyptische Todtenbuch, t. II, p. 41. 

2. Champollion, Notices, t. I, p. 792, 1. 26-29. 

'A. Sharpe et Bonomi, T/w Alabaster Sarcophagus, 4, B. 

4. Lepsius. Mlteste Texte, 7, 32, et 8, 67 et 76. 

5. Denkmàler, III, 38, e. 

6. Naville. Todtenbuch, t. II, p. 41. 

7. ld., \>. 73, 71, et 441; cf. Naville, Transactions, t. VIII, part 3, 
I». 416, et Denkmàler, III, 262. a 4. 



SUR UN SYLLABIQUE 319 

On pourrait répondre que c'est le papyrus unique dont il 
s'agit qui possède la vraie leçon, bien que l'argument ait 
contre lui toute vraisemblance, mais il ne saurait tenir, en 
outre, devant les considérations suivantes : 

Un surnom du dieu Khem est bien certainement [ Q 1\\\ 
titre que M. de Rougé a signalé depuis longtemps', et dont 
M. Pierret a cité les variantes |s I et Q (r. Or, on 

trouve le groupe M-pj- I, (a If^NV, aux textes d'Edfou', 

où il désigne, dans le second cas, un dieu de la pêche, 

o 



^b^^te. ^v"^^ maître des oiseaux et des poissons, 
aux provisions nombreuses, 9 -R- \j) \ w (m 

Ce type divin, auquel on peut rattacher un ra in- 

fernal 5 , n'est autre évidemment que le dieu Khem, signalé 
comme dieu pêcheur dans ses deux nomes, par différents 
noms géographiques. 

Le pehu du nome Panopolite était v ^~~ savII , la pêche de 



ra Q <S=d 

Khem, le canal du nome Coptite était w««|\ , et le 

mouillage de la barque sacrée à Coptos, a5\ . On 

remarquera que les caravanes ou les troupes qui allaient de 
Coptos à la mer Rouge devaient être accompagnées de 
pêcheurs, comme l'indique une stèle de Ramsès IV \ D'après 
les textes du Mythe d'Horus 1 , Khem possédait un ^=œ, 



1. Naville, Todtenbuch, t. II, p. 41. 

2. Études sur le Rituel, p. 47, et Mélanges d'Archéologie, 3 e fasci- 
cule, p. 104. 

3. Vocabulaire hiéroglyphique, p. 381. 

4. J. de Rougé, Edfou,'t. I, pi. 40, 14, et t. II, pi. 102, 19. 

5. Tombeau de Ramsès VI, troisième corridor, paroi gauche. 

6. Stèle de Hamamat, 1. 16. 

7. 2, 1, et 7, 1. 



320 SUR UN SYLLABIQUE 

\\ 8 ^rr-n- typique, et le mot àh, qui pourrait désigner 
le collier §§| \ a certainement aussi le sens de filet*, 
comme le montre le texte d'une scène de Karnak 3 . Ram- 
sès II, précédé par Num et suivi par Horus, tire avec eux 
la corde d'un filet devant Tlioth, qui dit : Tire ta nasse, tes 
mains sur la corde du filet uftH, a vec tes deux frères 

filet', et n S (1(1 ', tresse). Le ^nnr de Khem est probablement 
l'objet de forme analogue parfois représenté" en combinaison 
ou non avec y, derrière le dieu, qui en est dit le maître 7 . 
Le y, devenu une sorte de mât de cocagne, (J^, v -^ 7 ^ dans 
les jeux gymniques 8 exécutés devant Khem 9 , serait le pieu 
auquel on attachait le filet, et auquel on donnait des formes 
très variées 10 . 

Mais quand même le dieu Khem n'aurait pas été le pê- 
cheur Heqes, il n'en resterait pas moins vrai, d'après les 
deux exemples cités plus haut, que le groupe heqes pouvait 
recevoir le f\ pour déterminatif, et par suite pour sylla- 
bique, conformément aux lois de l'écriture. C'est ce qui est 
arrivé au chapitre xvn du Todtenbuch, où l'on trouve dans 



1. Denkmàler, IV, 90, d. 

2. Cf. Pierret, Vocabulaire, p. 11. 

'À. Champollion, Monuments, t. III, pi. 287, et Notices, t. II, p. 42. 

4. Brugsch, Dictionnaire, p. 922. 

5. Brugsch, Dictionnaire, p. 128. 

6. Denkmàler, II, 149, c, 151, k; III, 275, c, etc.; Champollion, Mo 
numents, t. III, pi. 211 et 288; Prisse d'Avennes, Monuments égyptiens, 
pi. ') et 8, etc. 

7. Denkmàler, III, 283. 

8. Cf. Hérodote, II, 91. 

9. Denkmàler, IV, 42, b. 

10. Cf. Champollion, Notices, t. II, p. 380, et E. de Hougé. Études 
sur />■ Rituel funéraire, pi. 4 et 5. 



SUR UN'SYLLABIQUE 321 

le même papyrus j ? |1\\ et fl-Ow'. La valeur heqes de 
l'hiéroglyphe f\ a été signalée depuis longtemps par 
M. J. de Rougé dans le nom d'un Pehu, celui du huitième 
nome de la Haute Egypte, lequel touchait au nome Pano- 
polite : les variantes donnent f\ et ^ ^f\ ou Ni*. 

Puis donc qu'on trouve au Livre des Morts f\ accom- 
pagné de son complément phonétique I et même remplacé 
par | § jl\\, on est forcé de conclure que f^ vaut bien là 
heqes, phonétique déjà connu du signe, et surnom déjà connu 
du dieu. La lecture heqes étant fondée, la lecture contra- 
dictoire iimes, fournie par un seul texte, ne saurait plus être 
défendue. 

II 

Il se peut que -p|-, qui détermine tant de mots différents 3 , 
entre autres un nom d'habit 1 , représente ici quelque engin 
de pêche, un filet, par exemple, puisqu'il accompagne les 

mots ^'^ -ft- et ^"tx c^z> ft , signifiant filet et 

pêcher ! . 

Si le heqes était un filet, il serait possible de rapprocher 
ce mot de la racine henkes, hensek, henk, Q Ml , 

q „Yv — M — /VA/WVS ^ a/vwsa — h — 

Q \U , q • qui veut dire tresse de cheveux, de 

même que Senun signifiant à la fois chevelure etjilet. Henkes 
serait une forme nasalisée de heqes, comme 8 r est 
une forme nasalisée de < w "èx r T . 

1. Naville, Todtenbuch, II, 41. 

2. Reçue archéologique, 1867, p. 335, 336; cf. Edfou, pi. 20 et 51. 

3. Cf. Grand Papyrus Harris, passirn. 

4. Schiaparelli, 77 Libro del Funerali, t. I, p. 68. 

5. Todtenbuch, chap. cxm; cf. Naville, Todtenbuch, II, 74 et 433. 

6. Naville, Todtenbuch, II, 150 et 222. 

7. Brugsch, Dictionnaire, p. 971, et Pierret, Vocabulaire, p. 365. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. il 



322 SUR UN SYLLABIQUE 

On remarquera ici que, dans les deux cas, la lettre s ne 

semble pas faire partie de la racine 1 , puisqu'il y a une forme 

(] pour le titre du dieu, qui se rattache ainsi à plu- 

sieurs noms de l'Ancien Empire', et une forme fi pour 

le nom de la tresse, qui se rattache ainsi à une des désigna- 

^ I | ooo\ 

Strabon dit qu'autrefois la population de Panopolis se 
composait en partie de tisserands. Ainsi Khem aurait été, 
dans ses deux nomes, le dieu des tisserands comme des pê- 
cheurs. Si l'on se rappelle que seyet signifie à la fois filet 
et tissage, on ne s'étonnera pas de la relation signalée ici 
entre les idées de filet, de tissage et même de chevelure : 
au fond, c'est la notion de tresse qui est en jeu. 

La disparition de Ys, dont il vient d'être parlé, explique 
deux mots cités par M. Brugsch dans le Supplément de son 
Dictionnaire 1 , fi A , qui signifie pêcher, et fi fi v^' l 11 * 

est en rapport avec la chevelure. Le dernier mot explique 
lui-même une expression de la Litanie solaire, où on lit à 
la 53 e invocation : 

Salut à toi, Ra, à la liante puissance, corne étincelante, 



croissant des étoiles, a^w^IK jy^--^^ 

boucle <le la coiffure (cf. la boucle en demi-cercle y^ens, et 
le dieu lunaire Khons). 

1);iiis la forme keha, le déplacement de la première lettre 
n'aurait rien que d'ordinaire : ainsi, l'on trouve, pour le nom 
de la chèvre sauvage, les variantes heqes et kehes, fi ^ 4y?t 

1. Cl'. Brugscb, Dictionnaire, p. 971. 

2. Cf. Lieblein, Dictionnaire des noms propres, n * 248, 371, 383, 
551, 552, etc. 

3. Champollion, Notices, t. II. p. 310 et 361. 

4. 1'. N57 el 859. 

5. Naville, /." Litanie du Soleil, p. 60. 

• '». Pierret, Vocabulaire hiéroglyphique, p. 381, et Lieblein, Die 
Mgyptische Denknxàler, pi. 3:'., n 50. 



SUR UN SYLLABIQUE 323 

et s| l^a, mots qui nous ramènent directement au sur- 
nom heqsi du dieu Khem. 

On vénérait, en effet, dans une des deux villes du dieu, à 
Coptos, la dorcas femelle, suivant le témoignage d'Élien 1 , 
confirmé par les médailles des nomes'. Or, le copte s^ci, 
(S'ooce, (î'ooc, caprea, dama, gemella, dérivé de heqes ou 
kehes comme <s^£ de S8 W» damula 3 , est féminin, et c'est 
très vraisemblablement par suite d'un jeu de mots sur le 
nom du dieu et le nom de l'animal que la (-lièvre a été con- 
sacrée à Heqes. 

Elien ajoute que la dorcas était chère à Isis. Elle repré- 
sentait sans doute la sœur jumelle de la déesse, Nephtliys, 
femme du dieu Set à tête de gazelle 4 ; il y a, au Livre de 
l'Hémisphère inférieur, à la première division, une Ne- 
phtliys, TT, appelée la chèvre sauvage, <rr> <C-v '. 

III 

Si l'on examine maintenant les variantes du nom même 
de Khem, une nouvelle question se présente. Faut-il ra- 
mener à la lecture heqes ou heqs-i, comme l'a fait dans un 

cas M. de Rougé, les formes (h " du sarcophage de Mentu- 
hotep 6 , ^= du Ramesséum 7 , b=^\ ^", et ^z'° des pa- 

1. Hist. Anim., X, 23. 

2. J. de Rougé, Monnaies des Nomes, p. 12-14. 

3. Brugscb, Supplément au Dictionnaire, p. 1305. 

4. Cf. Langlois, Numismatique des Nomes, Nome Coptite. 

5. Denkmâler, III, 224, 1 ; cf. Description de l'Egypte, Atlas, t. V. 
p. 41. 

6. Lepsius, sEUcstc Texte, 1, 7. 

7. E. de Rougé, Mélanges d'Archéologie, fascicule 3, p. 104. 

8. Naville, Todtenbuch, t. II, p. 329.' 

9. Id., p. 381, et Lepsius, JEltcste Texte, p. 35. 

10. Naville, Todtenbuch, t. II, p. 381. 



324 SUR UN SYLLABIQUE 

pyrus funéraires? Cela n'est pas probable a priori, puisqu'il 
faudrait alors attribuer au syllabique -**- la valeur lièges 
et rejeter la lecture yem. 

De ces formes, la première se réduit à v " , yem (ou plu- 
tôt yem-i), comme l'a compris le D r Lepsius', car Yà appar- 
tient là au groupe précédent, , écrit (1 pour [|, 

avec la suppression du petit trait qui est fréquente dans ce 
texte quand les lettres sont serrées 2 . Le groupe Ç\ fl'^T' 3 
doit se lire aussi Horù-Kliem-ti, et non Hor-Akhem-ti. 

En second lieu, la forme ~»~ est une fausse lecture de 

M. de Rougé, réunissant le déterminatif d'un mot avec le 
syllabique d'un autre. Le texte, reproduit au Ramesséum 

et à Médinet-Abou, est i) "^flll \^? i== 'QQ — 4 , d'où 

^in\<rz>ll > ' f ilooo 

il suit (jue ooo ne représente là que le déterminatif bien 
connu du mot meri, qui désigne une espèce d'arbre ou de 
bois. Quant à 0^3, qui visiblement est pour -*»=-, il ne fait 
que fournir un exemple de la confusion des signes allongés. 



— =JOC^ 



Enfin, ~~*~ et ^z, dont il existe une curieuse variante 
au Papyrus de Neb-qed \ ne représentent qu'un redouble- 
ment graphique du syllabique : en ciïet, le mot Khem, sou- 
vent écrit ^? ,! , se rendait par — *— aussi bien que par -«a-, 
autre forme de l'objet. 

Jamais on n'a trouvé le surnom | 8 l\\ ou f\ l\\ accom- 
pagné du support ^f~, qui, au contraire, accompagne si 

1. Mlteste Texte, pi. 9, 1. 7, p. 32. 

2. Cf. id., pi. 1, 1.28. 

3. Lieblein, Dictionnaire des noms propres, n" 106"). 

1. Cf. Charapollion, Monuments, t. III, pi. 213; Rosellini, / Monu- 
menti dell' Ecjitto, t. III, pi. 75 et 85, et Denkmâler, III, 163 et 212. 

5. Pi. '■». 1. 7. 

(5. Cf. Lepsius, /Elteste Texte, p. 52; Naville, Todtenbuch, t. II, 
|, il et 381; Grand Papyrus Harris, 61, a, 12, etc. 



SUR UN SYLLABIQUE 325 

souvent le nom ^°^- } qu'il y a des cas où le simple mot 
support s écrit (I ^\ <=iV T _ w[ • Heqsi n est donc pas une 
variante phonétique du syllabique, mais une variante my- 
thologique du dieu, au même titre qu'Horus et Ammoir 
dans le rôle obscène où se réunissaient quelquefois ces trois 
types divins, comme à Edfou : vs, / -=&*>- (1 '. Baba 

_illi\5 I /W\AAA 

aurait pu aussi alterner avec Khem, d'après la variante 

SB- - On trouve fréquemment l'échange entre eux des noms 

ou des épithètes d'un dieu dans les exemplaires du Livre 
des Morts, par exemple : Unnefer pour Osiris 5 , Anubis 
pour Ap-ua-t-u 6 , Ra pour Tum 7 , Horus pour Bak\ etc. 

Il ne reste plus à expliquer que la forme indiquée par le 
redoublement du syllabique ou bien par la finale ti, dans 

-dOt=- M H 



Ici, l'emploi simultané de deux représentations un peu 
différentes du même signe n'a rien de contraire aux lo is du 
système graphique; c'est ce qu'on remarque dans CJ ©, 




accom- 

pagnant différents mots, (I x quand ce groupe est déter- 

miné ou exprimé par une ligure spéciale pour chaque cha- 
pelle 10 , etc. 

î. Naville, Todtenbuch, t. II, p. 113 et 193. 

2. Le Page Renouf, Transactions, t. VIII, part 2, p. 201. 

3. J. de Rougé, Edfou, t. II, pi. 103. 

4. Tombeau de Rainsès IX, troisième Corridor, Paroi droite. 

5. Naville, Todtenbuch, t. II, p. 29. 
G. Id., p. 114. 

7. Id., p. 23 et 63. 

8. Id., p. 198. 

9. Todtenbuch, chap. cxlv, 4. 

10. Naville, Todtenbuch, t. Il, p. 83; Textes relatifs au mythe d'Ho- 
rus, 19, 3; J. de Rougé, Edfou, pi. 101, 15, et 102, lb\ etc. 



326 SUR IN SYLLABIQUE 

Mais cette répétition du signe, et la finale ^ dont les va- 

H H 

riantes „ " ' et v -^k- 2 ont retenu chacune une lettre, indi- 
quent-elles un suffixe, ou bien un redoublement du mot, 
/cm/cm ou yymcnr! Les deux explications peuvent se sou- 
tenir. Voici, toutefois, quelques remarques à l'appui de la 
seconde. 

Une forme redoublée yjemem parait s'être conservée dans 
la prononciation grecque ^éfifjiiç 3 , du nom de Panopolis (ori- 
ginairement distincte de yepê pour yeb), dans la prononcia- 
tion copte ^xiijul, ujjuiu , du même nom, en égyptien v ^r~ ~, 
dans la prononciation arabe du même nom encore Akhmim, 
Akhmin, et dans la dernière prononciation égyptienne du 
nom de Khem, Min, le Pamulès de Plutarque d'après 
M. Ebers 5 . La forme Min, qui semble un archaïsme", rap- 
pelle peut-être moins le nom d'Ammon qu'une forme y/ni m , 
/.min, avec chute de la gutturale aspirée. 

Cette chute s'observe dans Num pour /nain, nom du 
dieu d'Éléphantine, à l'époque pharaonique 7 , et à l'époque 
grecque dans Armaios 8 pour Armakhis, nom du sphinx de 
Gi/eh (cf., dans Ératosthène 9 , yyoùëoç pour nub, «l'or))). 

Plutarque aussi donne a Horus le surnom de Kaimin, 

avec le sens (le ce qui est visible, Kai'fjuv, 07cep ècmv ôpa>|xevov 10 , 

1. Lepsius, Mltcste Texte, 1.7; Licblein, Dictionnaire (1rs noms 
propres, n" 1304 el |>- 170; Maspero, Sur quelques Papyrus du Louvre, 
p. 88. et Zeitschrift, 1885, p. 5. 

2. Naville, Todtenbuch, t. II. p. 381. 

:{. Hérodote, II, Dl, el Plutarque, D'Is. et d'Os., 11; cf. Diodore, 
I, 18. 

1. Champollion, L'Egypte sous les Pharaons, I. I, p. 05. 

5. Zeitschrift, 1868, |>. 10. 

6. Cf. Maspero, Zeitschrift, 1882, p. 129. 

7. ('i. E. de Rougé, Chrestomathie, t. I. p. '.15. 

8. Diodore, I. 64. 

9. Dana le Syncelle, I. 190. 

10. Traité d'Isis et d'Osiris, 56, 



SUR UN SYLLABIQUE 327 

par allusion sans doute aux apparitions du dieu que signa- 
lent le nom de sa fête <=> v y « l'Apparition », et le témoi- 

gliage d'Hérodote, tÔv ïlzoïii çaîveaGai, ô Bepa&b<; iirKpaîveffeat 1 . S'il 

faut accepter le rapprochement fait entre Kaimin et Min 
par le D r Lepsius* (qui lit xa> Mîv), cette transcription indi- 
quera encore un redoublement. On remarque une semblable 
tendance au redoublement dans les mots égyptiens, coptes, 
hébreux et arabes, ayant une même racine yem et dési- 
gnant la chaleur. 

Ainsi, le Pan égyptien avait pour surnom l'épithëte de 
Heqs-i, signifiant sans doute le Pécheur, et c'est là tout ce 
qu'on peut conclure des variantes qui ont été discutées. Rien 
ne porte atteinte à la prononciation yem de son véritable 
nom, démontrée, non pas assurément par la variante $ 3\ 
d'un papyrus peu correct 3 , mais par deux preuves qu'on 
peut dire irréfutables : d'abord les milliers d'exemples qui 
prouvent la valeur yem du syllabique -=><*=- (cf. JEL^^p) 1 , 
syllabique qu'on n'a aucune raison pour regarder comme un 
polyphone; ensuite, la transcription grecque xé^fiiç et Xejxuio 
de v ^ - @ . Panopolis, ville éponyme de Khem : tcôXiv iTttivufiov, 

v.%-% -t ( v 6T,oa(oa xaXoujiéviiv alv înzb :ôjv i-r/iozlio-i XefifAU), fxeGsofxiriveoo- 
;i.ivT,v 8è [lavât; itôXiv 5 . 

En soumettant cette discussion à la sagacité de M. Le 
Page Renouf, qui rend de si grands services à l'étude de la 
religion égyptienne, sera-t-il permis de le féliciter incidem- 
ment sur son curieux article relatif à l'expression Unnefer, 
et de lui demander, à ce sujet, si le lièvre Osiris* ne serait 

1. Hérodote, II, 91. 

2. Lepsius, /Elteste Texte, p. 34. 

3. Id., ibid. 

4. Brugsch, Géographie, t. I, n" 977; cf. Champollion, Notices, t. I, 
p. 233. 

5. Diodore, I, 18. 

6. Cf. Maspero, Guide au Musée de Boulaq, p. 273. 



328 SUR UN SYLLABIQUE 

pas, dans certains cas, par allusion au rôle lunaire du dieu 
(cf. ■^ a ), ce lièvre que tant de mythologies voient dans 

AAAAAA © . . . -, 

la lune, qui a l'air, en eftet, de dormir la nuit comme le 
lièvre, les yeux ouverts 1 ? 

1. Cf. Plutarque, Quœstionum Concivalium, IV, 5, 2. 



L'ÉTUDE DE LA RELIGION ÉGYPTIENNE 

SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS' 



Introduction à un cours sur la religion de ïÉgr/pte 
à l'École des Hautes Études (Section des Sciences religieuses) 



Quand on aborde un sujet d'étude, la première chose à 
faire est évidemment de le déterminer avec précision, c'est- 
à-dire de rechercher quels sont ses éléments propres, ses 
parties connues et inconnues, ses sources, ses limites, et sa 
philosophie générale. Il y a là un état de situation à dresser, 
ou, si l'on veut, un plan de campagne à établir, condition 
préalable sans laquelle on risquerait fort de marcher à 
tâtons et de piétiner sur place. Cette précaution est peut- 
être plus utile que partout ailleurs, si c'est possible, quand 
il s'agit de la religion égyptienne, encore si obscure et toute 
hérissée de difficultés, aussi bien extérieures qu'intérieures. 
Les quelques explications qui vont suivre donneront peut- 
être une idée de la question. 

1. Publié dans la Reoue de l'Histoire des Religions, 1886, t. XIV, 
p. 26-48. - G. M. 



330 l'étude de la religion égyptienne 



I 

Les auteurs anciens, d'accord en ceci avec les représen- 
tations monumentales, nous dépeignent l'Égyptien comme 
presque noir, avec de fortes lèvres, un gros corps sur des 
jambes grêles, et un parler guttural ; ils nous signalent là 
un type qui n'a certainement rien de caucasique. Lorsque 
de plus, et d'accord avec les textes originaux, ils nous 
montrent encore dans l'Égyptien une nature indolente, sen- 
suelle, superstitieuse, insolente et poltronne à la fois, ne 
reconnaît-on pas là aussi une race qu'on ne saurait considérer 
comme réellement supérieure, quelle qu'ait pu être sa 
parenté ethnographique, encore douteuse aujourd'hui ? 

Vraies ou fausses, ces considérations s'accordent en tous 
cas avec le caractère de la religion égyptienne, dont les 
côtés élevés existent avec des parties grossières qui ne se 
retrouvent plus, ou qui s'accusent à peine, chez les nations 
sémitiques et aryennes telles que nous les voyons dans 
l'histoire. 

Un peuple sauvage garde sans les dépasser ses supers- 
titions barbares; un peuple affiné, comme les Grecs ouïes 
[ndous, en vient promptement à des schismes qui trans- 
forment ses croyances ou à des philpsophies qui les sup- 
priment. Mais les Égyptiens, qu'ils doivent ou non leurs 
conceptions les plus hautes à une conquête, se sont trouvés 
dans une sorte de juste milieu entre le manque et l'excès 
d'activité intellectuelle, si bien qu'ils ont poussé sans entrave 
leur religion jusqu'au développement le plus complet qu'elle 
pouvait atteindre. 

C'est ce développement, auquel ne manque ni une cer- 
taine grandeur ni une certaine harmonie, qu'il faudrait 
d'abord examiner sous ses différents aspects, c'est-à-dire 
dans les conceptions relatives aux ancêtres, aux choses et 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 331 

aux animaux, aux dieux d'en haut, aux dieux d'en bas, et 
au dieu suprême. 

II 

Les premiers monuments que nous connaissons de l'Egypte 
sont des tombeaux, conçus d'une manière gigantesque et 
hors de proportion avec l'idée qu'on se fait aujourd'hui de la 
sépulture. C'est qu'autrefois, et à peu près partout, le culte 
des morts gardait une importance particulière dans la 
société, que plusieurs savants ont pu croire fondée sur lui. 
Les anciens s'imaginaient que les relations n'étaient pas 
interrompues entre les morts, qui avaient besoin d'être 
honorés par les vivants, et les vivants, qui avaient besoin 
d'être protégés par les morts. 

Ces derniers habitaient le grand sépulcre collectif de 
l'enfer, et communiquaient avec leurs familles par la voie 
des tombeaux particuliers. Mais en Egypte, plus qu'ailleurs, 
cette opinion était remplie ou entourée de ce qu'on appelle 
aujourd'hui des survivances. Ainsi, on momifiait le cadavre 
parce que la conservation du corps est indispensable à 
l'existence de l'âme, on offrait â date lixe des libations et 
des repas au mort, parce que l'âme endure la faim comme 
la soif, et on consacrait des statues à l'âme parce qu'il lui 
faut des supports pour assister dans sa chapelle aux ban- 
quets funèbres. 

Malgré cela, on admettait très bien, dès l'Ancien Empire, 
que les esprits s'en allaient à l'Occident comme le soleil, 
dans le pays de la Justice, où des dieux spéciaux proté- 
geaient les dévots et punissaient les impies; on assimilait 
aussi les mânes aux étoiles, et surtout aux étoiles circumpo- 
laires, qui symbolisaient l'immortalité parce qu'elles ne se 
couchent pas. 

Du reste, et dès une époque immémoriale, l'âme avait 
été dédoublée en deux parties dont la plus ancienne, ou le 



332 l'étude de la religion égyptienne 

génie, habitait plutôt les statues, et dont la plus récente, ou 
l'esprit, habitait plutôt les espaces, — le ka et le ba. 

Ce fut la conception de l'esprit, indépendant et puissant, 
qui domina à l'époque historique, bien que les scènes des 
vieux mastabas, à Sakkarah et à Gizeh, paraissent se rap- 
porter encore, en partie, au séjour de l'âme dans la tombe. 

Le côté fétichiste de la religion égyptienne ne prit pas et 
ne garda pas une moindre importance que le culte des 
mânes. L'emploi des formules et des conjurations soumet- 
tant les esprits et les dieux, l'espèce de vie ou de force mys- 
térieuse attribuée aux sistres, aux sceptres, à la plume d'au- 
truche, aux amulettes de tout genre, aux statues, à certaines 
plantes, à certains objets et même aux noms, la conviction 
que les malades étaient des possédés et que par conséquent 
la magie faisait partie de la médecine, toutes ces idées se 
font jour dans les livres religieux, aussi bien que dans les 
inscriptions monumentales. Mais c'est surtout dans le culte 
des animaux que s'accentue le fétichisme égyptien, à prendre 
le mot fétichisme dans le sens qu'on lui donne le plus 
souvent. 

Ce culte apparaît dès le début de l'histoire, dans la men- 
tion du bœuf Apis, et il conserve sa durée comme sa vigueur 
aussi longtemps que subsiste la civilisation pharaonique. 
Chaque nome vénérait uneespèce animale dont on s'abstenait 
de manger. D'ordinaire, un représentant de cette espèce 
était logé dans le temple du dieu local ; mais quelques bêtes, 
en vertu d'une sorte de hiérarchie, possédaient des sanc- 
tuaires et même, s'il faut en croire les Grecs, des harems. 
De plus chaque temple parait avoir eu comme protecteur 
un serpent sacré. 

Deux explications se présentent au sujet de l'adoration des 
animaux par les Égyptiens. Ou bien, comme dans le toté- 
misme des sauvages, les animaux sacrés étaient à l'origine 
des protecteurs ou des ancêtres choisis par les différentes 
tribus, grâce à des rapports obscurément établis entre cer- 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 333 

tains animaux et les âmes humaines ou les forces naturelles ; 
ou bien, au contraire, les animaux sacrés n'étaient que les 
emblèmes ou les hiéroglyphes des dieux auxquels ils ont été 
rattachés. Cette dernière explication peut être vraie dans 
certains cas; toutefois la plupart du temps, le point de con- 
tact entre le dieu et l'animal n'apparaît guère. Comment 
par exemple retrouver Ptah dans le bœuf Apis à Memphis, 
Ra dans le taureau Mnévis à Héliopolis, Osiris dans le bouc 
à Mendès, Horus dans l'ichneumon à Héracléopolis, et 
Uadji dans la musaraigne à Bouto? N'y a-t-il pas eu, dans 
les villes qui viennent d'être citées, une juxtaposition de 
cultes, au moins à l'origine? 



III 

Cette juxtaposition, que les prêtres expliquaient en disant 
que les âmes des dieux sont clans les animaux, nous révèle 
un autre aspect de la religion égyptienne, c'est-à-dire son 
côté polythéiste, ou, si l'on veut, son côté mythologique; 
qui dit l'un dit l'autre, une mythologie n'ayant pour but, 
ou plutôt pour effet, que de personnifier sous des formes 
multiples les grandes forces ou les grands corps naturels 
sous la dépendance desquels l'homme se sent si intimement 
placé. Les personnages divins obtenus de la sorte sont essen- 
tiellement agissants, puisqu'ils représentent des actions et 
des réactions, d'où il suit que la succession, le conflit et 
l'union des phénomènes physiques, transposés, deviennent 
des naissances, des guerres, des mariages, etc., bref des 
mythes. 

En Egypte, tous les aspects bienfaisants ou malfaisants 
de la nature étaient divinisés dès l'Ancien Empire, l'air, la 
rosée, le vent, l'eau, la terre, le Nil, le ciel, la chaleur, la 
sécheresse, l'humidité, le nuage, la tempête, la lune, les 
étoiles et le soleil. Ici, comme ailleurs, s'était formée toute 



334 l'étude de la religion égyptienne 

une couche de récits en apparence historiques, mêlés de 
détails de mœurs et compliqués par ce genre d'explications 
sui generis qui fait de la science primitive une chronique 
romanesque. 

Toutefois il ne faudrait pas croire qu'il y ait là un fouillis 
inextricable de fables et de dieux. Malgré l'introduction de 
quelques cultes étrangers dans le panthéon national, une 
certaine unité de conception, la conception égyptienne en 
somme, avait produit dans les différents nomes (\i^ divinités 
et des mythes qui n'étaient souvent que des variantes les 
uns des autres. On peut ainsi ramener à quelques tètes de 
ligne ces myriades de milliers de dieux dont parlent les 
textes. 

En général les principaux dieux mythologiques sont 
célestes ou infernaux. Ici les types célestes furent les dieux 
et les déesses de l'espace et de la lumière, en lutte avec les 
monstres de la terre, de l'orage ou de l'obscurité. 

La déesse égyptienne avait, à ce point de vue. deux 
formes distinctes, qui pouvaient d'ailleurs exister sous le 
même nom. Comme divinité de l'espace, elle était la mère 
du soleil, c'est-à-dire la vache (ou même le troupeau de 
vaches), qui, dans l'Inde, figura la nuée (Isis, Hathor, Nut). 
Comme déesse de la lumière, elleétait fille du soleil, c'est-à- 
dire la lionne, la chatte ou cet urœus dont nous avons fait 
le basilic, qui personnifiait la couronne brûlante ou l'œil 
étincelant du soleil, en d'autres termes la chaleur et la, 
clarté; on la dédoublait parfois, comme le diadème pharao- 
nique, suivant les deux divisions méridionale et septentrio- 
nale de l'Egypte et du monde (Nekheb, Qadji, Tefnut, 
Sekhel ci Bast). Les dieux célestes personnifiaienl aussi 
l'espace et la lumière. Dans le premier cas, ils ne repré- 
sentaient guère que la matière humide ou éthérée, répandue 
autour du monde (Num, Klinum, et peut-être Ammon.) 
Dans h' second cas, ils étaient atmosphériques on solaires; 
mais ces deux aspects, dont le premier correspond a Eïorus 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 335 

et le second à Ra, se sont intimement confondus, et ce qu'on 
discerne le mieux maintenant dans le type unifié, c'est sa 
forme naissante, sa forme belliqueuse ou sa forme vieillis- 
sante. Le dieu était donc l'enfant, ou le héros, ou le vieil- 
lard en barque, l'épervier et le scarabée essorant, planant 
ou descendant, selon qu'il sortait des ténèbres à l'aurore, 
après l'orage, et après l'hiver (Horus,-Nefer-Tum, Khepra), 
ou qu'il régnait au ciel pendant le jour et pendant l'été 
(Har-Khuti, Shu, Ra, Month), ou qu'il rentrait dans l'ombre 
du soir, du nuage, ou de l'hiver (Ra, Tum). 

Les divinités célestes avaient pour antagonistes les nuages, 
les orages, les vents, et même la terre ou l'enfer qui semble 
leur donner naissance ; c'est-à-dire le serpent dont le siffle- 
ment et les torsions rappellent le vent et le nuage (Apap), 
puis le crocodile, l'hippopotame, l'âne et le porc, dont la 
voracité ou la grossièreté symbolisaient les grands fléaux 
naturels (Set). De là vient sans doute l'idée, ou plutôt le 
renforcement de l'idée d'impureté, attachée dans presque 
toute l'Egypte aux bêtes typhoniennes, qu'on immolait dans 
les sacrifices, tandis que d'autres animaux, comme l'éper- 
vier, l'urceus, le lion et le chat, bénéficiaient de leur asso- 
ciation avec les personnages atmosphériques et solaires. 

Il va sans dire que le culte était l'image du mythe : on 
élevait en conséquence aux divinités de cette classe des 
temples figurant l'espace, d'où la lumière émerge pour 
triompher, et on les honorait par des fêtes en rapport avec 
la naissance ou la victoire des héros du firmament. 

Le type qui domine parmi les dieux célestes est donc 
celui d'un personnage actif ; au contraire, le type qui do- 
mine parmi les dieux infernaux est celui d'un personnage 
mort, confiné dans l'autre monde au milieu de monstres 
ténébreux, serpents et crocodiles, dont l'enfer est la retraite 
ou qui sont l'image de l'enfer. Avec les mânes dont il est 
le roi, il habite la vaste tombe souterraine, et sa famille, 
c'est-à-dire son fils Horus, le dieu belliqueux qui le vengera, 



336 l'étude de la religion égyptienne 

et sa femme ainsi que sa sœur, Isis et Nephthys, les déesses 
de l'espace qui l'ont enseveli, avait institué en son honneur 
toutes les cérémonies des funérailles humaines. Ce dieu est 
Osiris, la momie ou la mort par excellence, bien plus com- 
plet dans ce rôle que ses variantes (en quelques points) de 
Memphis et de Coptos, Sakar et Khem. 

Il est aussi l'astre qui pendant le jour reste dans l'ombre 
et ne montre que la nuit sa face morte, la lune ; il est enfin 
le soleil vaincu à son coucher par les puissances malfaisantes, 
car toutes les idées que peut suggérer la disparition d'un 
être bon se groupent autour de la personne osirienne, qui 
représente encore la végétation flétrie comme le Nil tari. 
Néanmoins, il semble bien au fond copié sur l'homme, et 
non par exemple sur le soleil, avec lequel il ne se confond 
pas. Ce dernier persiste à côté d'Osiris. Il n'habite pas 
l'enfer, il le traverse (Ra, Tum et Af) ; s'il y rentre chaque 
soir, c'est comme une âme qui revient visiter sa tombe ou sa 
momie, en conséquence de quoi il prend à l'Occident la tête 
de bélier qui symbolise l'âme. Or, cette tombe ou cette 
momie, c'est dans bien des cas Osiris lui-même, confondu 
alors avec l'enfer et par suite avec la terre, car les dieux 
terrestres, ainsi que les déesses célestes, tendaient à deve- 
nir infernaux, comme pères et mères des choses, des dieux, 
et du soleil ou de ses variantes, 

Mais l'Egypte ne voyait pas que la mort dans le type in- 
fernal, elle y voyait aussi la résurrection. Tous les jours, le 
soleil se couche, puis il se lève, tous les mois la lune 
s'échancre, puis elle se remplit, tous les ans la végétation 
reparaît et le Nil remonte. Et si Osiris, Nil, végétation, lune 
et soleil, renaît chaque jour, chaque mois et chaque année, 
pourquoi l'homme, dont il est aussi l'image, ne renaîtrait- 
il pas? 

Partout, dans l'éclosion d'un insecte connu, dans la réap- 
parition (rime «''toile, l'Égyptien trouvait autour de lui des 
images et des promesses de résurrection et d'immortalité: 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 337 

il en trouvait aussi en lui, dans les figures ou les voix des 
esprits qu'il pensait voir ou entendre, et dans sa conviction 
si fermement établie que la mort ne faisait que séparer le 
corps de l'âme. 

Toutefois, la difficulté était de revivre heureux, ce que 
l'on visait à obtenir par différents moyens : en se munissant, 
contre les mauvais génies, de talismans et de formules, en 
s'associant au sort d'Osiris par la connaissance ou la repro- 
duction des différentes scènes de son existence, et en prati- 
quant la justice. On chargeait donc les momies de textes 
et d'amulettes : on gravait et on mimait, dans des sanc- 
tuaires construits à l'image du tombeau, les mystères 
osiriens, et, par exemple, suivant un rite qui rappelle les 
Jardins d'Adonis, on faisait tous les ans une statue d'Osiris 
sur laquelle on semait du blé; enfin on cherchait à gagner 
la faveur et à éviter la colère des dieux et des monstres in- 
fernaux, par une stricte obéissance aux lois morales et re- 
ligieuses, de manière à devenir un personnage à la voix ou 
à la parole toute-puissante dans l'autre monde, un ma- 
kheru. 

Ici apparaît un sentiment supérieur, qui introduisit dans 
l'enfer une personnification nouvelle, la déesse de la Justice, 
Ma, aussi ancienne que l'Empire égyptien, car dès les pre- 
mières dynasties, l'enfer est représenté comme le pays de 
cette divinité. Qu'elle ait pris naissance ou non au milieu 
des mythes infernaux, en tout cas elle y a une place impor- 
tante; c'est devant elle et devant sa balance qu'Osiris, de- 
venu le juge des enfers, examinait les morts avec l'assistance 
de son greffier Thoth, et de quarante-deux assesseurs en 
rapport de nombre avec les quarante-deux péchés qu'il ne 
fallait pas commettre. 

En dépit ou à côté des divinités du sort bon ou mauvais, 
Shai et Renen, l'homme trouvait ainsi dans la Justice une 
règle et un appui : la vie avait un sens, une logique, un but. 
Et le rôle de la Justice ne se limitait pas à l'enfer : fille ou 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 22 



338 l'étude de la religion égyptienne 

substance du soleil, elle l'accompagnait au ciel dans son ins- 
pection journalière, et, en définitive, elle gouvernait le inonde 
comme une loi, mais, il faut le remarquer, comme une loi 
subordonnée à une volonté divine. 



IV 

L'idée d'un dieu supérieur aux autres s'imposait en effet à 
l'Egypte. Cette idée s'indique dans le système des Ennéades, 
d'après lequel chaque grand dieu pouvait présider comme 
chef à d'autres divinités, prises clans son groupe religieux 
ou simplement dans son voisinage géographique. Elle s'ac- 
centue dans le système des Triades, d'après lequel les prin- 
cipaux sanctuaires étaient le plus ordinairement dédiés à 
un dieu père, accompagné d'une déesse mère et d'un dieu 
fils. Ces deux genres de cycles, suggérés sans doute par les 
renaissances successives et les aspects multiples d'Horus, de 
Ra et d'Osiris, étaient pleinement artificiels, car ils juxta- 
posaient souvent des mythes sans liaison entre eux ; mais 
par cela même qu'ils étaient artificiels, ils montrent bien 
avec quelle puissance le besoin de l'unité divine se produisit 
ou se renforça en dépit des obstacles. 

Aussi les prêtres, bien qu'ils ne fussent guère fixés sur le 
nom, la nature et les attributs du dieu suprême, Font-ils 
toujours adoré pendant l'époque historique, au moins à ce 
qu'il semble : dans chaque grande ville ils le reconnaissaient 
sous un nom local, avec cette tendance d'ailleurs naturelle 
au polythéisme de combler de perfections le dieu qu'on 
adore au moment où on l'adore. Aux pyramides royales, on 
rencontre déjà la trace, relativement aux dieux élémentaires, 
des plus hautes abstractions de la théologie. 

On concevait ordinairement le dieu suprême comme un 
être unique, organisateur de l'univers et auteur des dieux 
qui n'étaient que ses formes, ou, selon l'expression égyp- 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 339 

tienne, ses membres. Mais les dieux personnifiant les diffé- 
rentes parties du monde, l'être collectif qu'ils composaient 
ne pouvait se distinguer entièrement du monde, à ce qu'il 
semble ; le monothéisme égyptien aurait donc été panthéis- 
tique. Bien des hymnes et bien des textes confirment cette 
appréciation : d'autres documents laissent la question indé- 
cise, en ne s'expliquant pas sur un problème que nous nous 
posons à présent, mais qui n'existait peut-être pas pour les 
Égyptiens. 

Dans tous les cas, l'être unique était au fond une âme 
composée d'éléments matériels et immatériels. Les prêtres, 
en spéculant là-dessus, s'étaient arrêtés à deux théories 
principales, l'une particulière à Mendès, où l'on adorait un 
bélier, hiéroglyphe de l'âme, l'autre propre à Hermopolis, 
où l'on adorait non seulement le dieu lunaire Thot, régula- 
teur du temps, puis par suite calculateur et inventeur par 
excellence, mais encore quatre couples de singes, person- 
nifiant les quatre grands aspects de la divinité. 

A Mendès, l'âme divine, ou le bélier à quatre têtes, était 
la réunion des quatre principes élémentaires, le feu ou Ra, 
l'eau ou Osiris, la terre ou Seb, et l'air ou Shu. A Hermo- 
polis, par une conception plus raffinée, on divisait la divi- 
nité en quatre couples mâles et femelles, Nun ou l'humide, 
c'est-à-dire la matière, Heh, ou le temps, c'est-à-dire le 
mouvement, Keku ou l'obscurité, c'est-à-dire le vide, et 
Nen ou le repos, c'est-à-dire l'inertie. L'école d'Hermopolis 
avait entrevu ainsi les deux principes fondamentaux de la 
philosophie hégélienne, d'un côté l'être, c'est-à-dire la ma- 
tière et le mouvement, de l'autre le néant, c'est-à-dire le 
vide et l'inertie. Là est, à ce qu'il semble bien, le suprême 
degré de la spéculation égyptienne. 

Il était difficile, pour les prêtres, de dégager complète- 
ment l'être unique qu'ils entrevoyaient dans la pluralité 
des dieux. Trop d'éléments divers, avec lesquels il fallait 
compter, existaient dans la religion comme dans la nation. 



340 l'étude de la religion égyptienne 

La classe supérieure pouvait bien grouper le panthéon 
sous quelques types principaux qu'elle tendait à identifier, 
mais la classe inférieure n'en était pas là. Le sentiment re- 
ligieux a des degrés. Entre le pontife qui connaissait les 
quatre hypostases de la divinité, et le paysan qui adorait 
les serpents de sa hutte, sa vaisselle de terre et les parties 
gauche ou droite de la tète ou des épaules, il y avait toute 
une série de conditions sociales et d'aptitudes intellectuelles. 
Sans doute le porcher, le marin, le marchand, le tailleur de 
pierres, le tisserand, le fellah et même l'homme du bas 
clergé, c'est-à-dire en somme la presque totalité du peuple, 
les impurs, les vils et les humbles, ceux-là ne nous ont guère 
laissé de monuments religieux, et pour cause ; néanmoins 
il est impossible de ne pas admettre qu'ils s'étaient fait des 
croyances à leur niveau, empruntées au fétichisme ou tout 
au plus à la mythologie. Ces esprits étroits pour qui le dieu 
du voisin restait un ennemi, à preuve les guerres des 
nomes, étaient loin de s'élever à la hauteur d'un monothéisme 
devant l'expression définitive duquel la pensée sacerdotale 
elle-même hésita toujours. 

Comment n'aurait-elle pas hésité? Si les dieux de chaque 
groupe entrevu différaient peu dans l'ensemble, ils diffé- 
raient beaucoup dans le détail. Chacun d'eux avait une 
existence, un passé, une histoire, un culte, un rôle et une 
place trop distincts pour qu'on les fît disparaître du pan- 
théon et du sol : il eût fallu raser les temples. 

Et, en dernière analyse, c'étaient les principaux types 
<li\ ins qui résistaient le plus au syncrétisme. Le type solaire, 
par exemple, l'emportait dans la conception du personnage 
qui gouverne le monde, mais non dans la conception du 
personnage qui crée le monde, de sorte qu'on pouvait tou- 
jours, et qu'on peut encore se demander, qui était et où 
était le véritable dieu égyptien. 

Était-ce le Ptah de Memphis, dieu momifié, c'est-à-dire 
père et primordial, qu'on assimilait a la terre ou à l'eau 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 341 

sous les titres de Ptah-Nun ou de Ptah Tan en ? Etait-ce 
l'Ammon de Thèbes, que les Grecs assimilaient à l'air ou à 
Zeus, tandis que les Égyptiens le représentaient criocé- 
phale comme l'âme, et bleu comme le ciel ? Était-ce le 
Khnum d'Éléphantine, dieu des cataractes et par extension 
des eaux, puis par extension encore de la création sortie 
des eaux ? Était-ce le dieu Ra d'Héliopolis, ou le soleil dans 
toute l'étendue de son rôle, de son symbolisme et de son 
indépendance, lorsqu'il en arrive, lui qui naît tous les jours, 
à supprimer son père et à devenir le dieu qui se donne 
naissance à lui-même, Klieper djesej ? 

Au point de vue théologique comme au point de vue po- 
litique, le problème restait difficile à résoudre, car adopter 
un dieu local c'était théologiquement et politiquement 
amoindrir les autres dieux. Tout ce qu'on put faire, pour 
donner satisfaction aux deux parties du pays, ce fut d'unir 
les deux principales divinités de la Haute et de la Basse 
Egypte, Ra d'Héliopolis et Ammon de Thèbes, en un seul 
type, Ammon-Ra. 

Mais la part n'était pas égale entre les deux dieux : si 
le criocéphale Ammon avait un rôle plus philosophique, 
l'hiéracocéphale Ra avait un rôle plus actif, et le rôle actif 
l'emporta presque toujours. Les tendances envahissantes du 
culte solaire sont sensibles dans l'histoire de la religion 
égyptienne, comme M. de Rougé l'a fait remarquer depuis 
longtemps. Soit que la pureté particulière du ciel égyp- 
tien, où le soleil règne en maître, ait favorisé ces tendances, 
soit qu'elles existent en général dans les religions poly- 
théistes, tout le inonde sait que le type solaire s'est, en 
Egypte, mêlé et souvent substitué aux autres. 

Cette prééminence se marque bien dans le fait que le 
Pharaon passait pour le fils et l'image non d' Ammon ou de 
Ptah, par exemple, mais du soleil, dont il était pour ainsi 
dire le fétiche, de sorte qu'il y avait deux soleils, l'un au 



342 l'étude de la religion égyptienne 

ciel, l'autre en Egypte, chacun d'eux prêtant et empruntant 
à l'autre une partie de sa puissance. 

Il s'ensuivit que l'union de Ra et d'Ammon fut plus ap- 
parente que réelle, puisque le premier l'emportait en un 
sens sur le second. On vit donc, au plus haut point de la 
grandeur pharaonique, et sous la pression peut-être de ri- 
valités sacerdotales ou gouvernementales, se produire le 
seul schisme qui ait déchiré l'Egypte, c'est-à-dire la religion 
exclusivement solaire de Khunaten, le quatrième Améno- 
phis de la XVIII e dynastie. Mais la tentative était trop 
hardie et trop brusque pour réussir. Il eût fallu sauver au 
moins les apparences, comme on l'avait fait avec le symbo- 
lisme osirien qui fut atténué, mais non supprimé, dans les 
livres royaux des hypogées pharaoniques. L'hérésie était si 
peu viable, qu'aussitôt après la mort de Khunaten Ammon- 
Ra reparut comme si rien de nouveau ne s'était produit. 
La décadence de l'Empire, au reste, vint briser l'unité du 
culte] avec l'unité du gouvernement, et le dieu national 
perdit ce que perdait le souverain national. Aussi quand 
l'Egypte fut définitivement soumise à l'étranger, le soleil 
qui n'avait pas su la défendre fut-il négligé, puis délaissé 
(au moins comme divinité, car son symbolisme avait laissé 
partout une empreinte trop profonde pour disparaître). Les 
Ptolémées ne songèrent pas à lui, mais à Osiris et à Apis, 
lorsqu'ils instituèrent pour les Grecs et les Egyptiens le 
culte mixte de Sérapis. Sous Auguste, le service même avait 
cessé dans le temple déjà ruiné d'Héliopolis, la ville solaire 
par excellence, tandis que d'autres cultes restaient en pleine 
vigueur, ceux, par exemple, d'Hator, de Thoth et d'IIorus, 
mais surtout ceux d'Isis et d'Osiris, dieux funéraires à qui 
la promesse d'immortalité, que leur mythe offrait aux 
fidèles, fit. faire le tour et presque la conquête du monde 
romain. 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 343 



V 

Voilà, bien suffisamment tracé, le tableau général de la 
religion égyptienne : avant d'aborder la philosophie du 
sujet, il reste à indiquer les sources d'étude, et à préciser 
les points déjà éclaircis comme les points encore à éclaircir. 

Le culte des mânes nous est connu par les textes ou les 
scènes des tombeaux memphitiques et thébains de l'An- 
cien et du Nouvel Empire, par le livre de YAp-Ro ou de 
l'ouverture de la bouche des statues, et par le Rituel de 
l'Embaumement. Il serait intéressant de rechercher d'après 
ces documents, qu'ont étudiés en grande partie MM. Schia- 
parelli, Maspero, Le Page Renouf et Dùmichen, dans quelle 
mesure ont pu se développer et s'accorder en coexistant les 
croyances à l'âme habitant la tombe et à l'âme habitant 
l'enfer. 

Les superstitions fétichistes ont laissé des traces dans les 
traités de médecine, tels que le papyrus Ebers, dans la 
stèle de Bakhtan, dans le calendrier Sallier, dans les re- 
cueils de conjurations guérissant ou préservant de la mor- 
sure des animaux dangereux tels que certains papyrus ma- 
giques publiés par MM. Pleyte, Rossi et Chabas, dans les 
innombrables amulettes des différents musées, dans les 
stèles du Sérapéum relatives au bœuf Apis, dans la stèle de 
Mendès, dans les temples d'Edfou et de Dendérah, où les 
principaux animaux sacrés concourent à certaines céré- 
monies, dans les monnaies des nomes, et dans les récits 
d'Hérodote, de Diodore, de Plutarque, de fStrabon et 
d'Élien, où se révèle l'étonnement que l'adoration des 
animaux causait aux Grecs ; enfin dans l'immense collection 
des Pères de l'Eglise, qui n'a pas encore été complètement 
dépouillée en ce qui concerne les croyances égyptiennes. 
Bien que signalé au XVIII e siècle par de Brosses dans un 



344 l'étude de la religion égyptienne 

livre aujourd'hui célèbre, le sujet n'a guère été étudié de 
nos jours que par M. Pietschmann. Il faudrait déterminer 
maintenant l'analogie que les croyances des Égyptiens pré- 
sentent avec les superstitions des sauvages, notamment avec 
le totémisme, et dresser le tableau des animaux adorés ou 
abhorrés dans les différents nomes; l'histoire du bœuf Apis, 
notamment, serait à faire. 

Sur les dieux du ciel et de la lumière, on rencontre des 
renseignements un peu partout : dans les tableaux des 
temples qui sont reproduits aux recueils de Champollion, 
Rosellini, Lepsius et Mariette, ainsi qu'au grand ouvrage 
de la Commission d'Egypte, dans les papyrus de Londres, 
de Turin et de Leyde, dans le Papyrus magique Harris, 
dans la Stèle Metternich, clans les différents exemplaires 
du Livre des Morts et dans les recueils analogues, dans le 
Livre des heures du jour, dans la Léyeride de la destruetion 
des hommes, dans les Textes relatifs au mythe d'Horus, et 
dans les auteurs anciens déjà cités, en y ajoutant quelques 
Pires de l'Église, comme Clément d'Alexandrie et Eusèbe. 
Ces documents ont été étudiés dans le Panthéon de Cham- 
pollion, dans l'ouvrage deWilkinson, dans les notices de 
MM. Bircli et de Rougé sur les musées égyptiens de Londres 
et de Paris, enfin dans les différents mémoires de MM. Lep- 
sius, Birch, Pleyte, Chabas, Goodwin, Naville, Golénischeff, 
Pierret et Brugsch. Dès le siècle dernier, Jablonski avait 
très bien résumé les renseignements contenus dans les 
auteurs anciens. Ici, le travail à faire consisterait dans la 
monographie de chaque dieu et dans le classement des 
dieux par cycles, par époques et par nomes; toutes ces di- 
vinités se son! on elïet partagé l'Egypte et le mythe de 
l'une n'est pas toujours celui de l'autre, malgré certains 
points de contact : il y a en particulier une grande quantité 
d'Horus dissemblables qu'il serait utile de distinguer dans 
une histoire d'1 [orus. Les travaux de MM. Pleyte et Meyer 
sur le dieu Sel foui nira ien t d'excellents guides pour lamé- 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 345 

thode à suivre. Quant au principal secours pour ces classi- 
fications, il se trouverait dans le Dictionnaire géographique 
de Brugsch, d'où il serait facile d'extraire la liste par 
nomes des dieux locaux, ainsi que la nomenclature des 
prêtres, des prêtresses, des barques, des arbres sacrés, et 
des fêtes de ces dieux. M. J. de Rougé a donné un aperçu 
de la matière dans ses mémoires sur la géographie des 
nomes. 

Pour l'ensemble du culte, encore peu étudié, si ce n'est 
par MM. Brugsch, E. de Rougé et Dûmichen, dans leurs 
recherches sur les calendriers de fêtes, on rencontrera aux 
grands recueils la représentation d'une foule de cérémonies. 
L'Abydos et le Dendérah de Mariette, entre autres, con- 
tiennent l'un le rituel de l'habillement des statuettes di- 
vines, valable pour les morts comme pour toutes les classes 
de dieux, l'autre les détails les plus circonstanciés sur tout 
ce qui se pratiquait dans un grand temple. L'étude de M. de 
Rochemonteix sur le temple d'Apet montrera par contre ce 
qu'était un petit temple. De plus le Papyrus Harris n° 1 , 
mis à profit par MM. Birch, Eisenlohr et Piehl, est rempli 
de renseignements sur le personnel et le matériel des sanc- 
tuaires. Chaque culte local avait sans doute ses rites parti- 
culiers, mais, de même qu'il existait certains cultes princi- 
paux, n'y avait-il pas certains rites principaux, sur lesquels 
on se réglait dans les différents nomes? Voilà encore un 
problème à résoudre. 

Les matériaux relatifs au monde infernal et à ses dieux 
abondent. Ce sont surtout les Textes des Pyramides royales, 
le Livre des Morts, le Livre des Soujfles, les Papyrus Rhind, 
les Hypocéphales, V Hymne à Osiris de la Bibliothèque 
nationale, le Livre d'honorer Osiris, les Lamentations d'Isis 
et de Nephthys, le Livre de l 'Hémisphère inférieur, le Livre 
de VEnfér, le Livre des Heures de la nuit, le Livre des 
Cavernes, qui ont été résumés ou utilisés dans la décoration 
de certains sarcophages, comme celui de T'aho, les cercueils 



346 l'étude de la religion égyptienne 

du temps des Ramessides et des Saïtes, le Conte de l'Ile du 
Ka, le temple de Séti I er à Abydos, les chambres d'Osiris 
à Dendérah, et le traité de Plutarque sur Isis et Osiris. 
Ces différents matériaux ont été publiés ou étudiés par 
MM. Maspero, Lepsius, Naville, Dévéria, Pierret, Brugsch, 
de Horrack, Szedlo, Rossi, Birch, Guieysse, Pleyte, Golé- 
nischeff, Leemans, Chabas, Mariette, Dumichen,Loret, Lan- 
zone et de Bergmann, mais il reste encore beaucoup à faire : 
par exemple, les Textes des Pyramides et du Livre des 
Morts à commenter, le culte ainsi que le mythe d'Osiris à 
décrire dans l'infinie variété de leurs détails, et une édition 
comparée à donner des Livres relatifs au monde infernal. 

Les personnifications plus ou moins abstraites, comme la 
déesse de la Justice, les dieux des sens, les dieux génies, les 
dieux du sort et les élémentaires, sont connus seulement par 
des textes disséminés et relativement rares. Le mythe de 
la Justice a été étudié par MM. Grébaut, Pierret, Stern et 
Wiedemann, tandis que le groupement des dieux élémen- 
taires a été déterminé par MM. Lepsius, Dumichen et 
Brugsch. Il y aurait là matière à quelques monographies in- 
téressantes. 

Bien plus nombreux sont les textes relatifs au dieu su- 
prême, sous ses noms de Ptah, d'Ammon et de Ra. Ce sont 
surtout les beaux hymnes du Livre des Morts, de la Litanie 
du Soleil, du temple d'El-Khargéh et des papyrus de Leyde, 
de Berlin et de Boulaq, traduits par MM. Chabas, Goodwin, 
Birch, Grébaut, Pierret, Brugsch et Naville. Ici il y aurait 
;i l'aire, pour chaque type divin, le départ de ce qui lui ap- 
partient en propre, de ee qui lui appartient comme person- 
nage plus ou moins assimilé au soleil, et de ee qui lui appar- 
tient comme dieu suprême. 

Les documents relatifs à L'hérésie de la XVIII e dynastie 
sont au\ Denkmàler de Lepsius; ils ont été appréciés dans 
les différentes histoires de l'Egypte, et, récemment, par 
M. Bouriant. On pourrait dégager en outre, à ce propos, 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 347 

les concordances qui ont dû exister entre la divinisation du 
Pharaon et celle du soleil, car les deux cultes semblent bien 
avoir progressé ensemble. L'adoration des rois est très ap- 
parente sous les XVIII e et XIX e dynasties, et cela dans les 
temples comme dans les tombes, où elle a surtout pour 
objet Aménophis I er et sa mère, Thotmès III, Aménophis III 
et Ramsès II. Elle s'atténue dès les premiers revers subis 
par les Ramessides, pour reparaître un instant sous les pre- 
miers Ptolémées; plus tard, les livres hermétiques la men- 
tionnent encore. 

VI 

On voit qu'il a été beaucoup fait et qu'il reste beaucoup 
à faire dans le vaste champ de la religion égyptienne. Une 
étude d'ensemble aujourd'hui serait assurément prématurée : 
on doit s'en tenir aux remarquables travaux de vulgarisation 
qui ont été publiés dans ces derniers temps par MM. Tiele, 
Le Page Renouf, Pierret, Lanzone, Brugsch et Lieblein. 
Ces travaux indiquent avec netteté le point d'arrêt de la 
science, et on peut les considérer dans une certaine mesure 
comme définitifs en ce qui concerne la religion officielle, qui 
a livré son secret. 

Il subsiste seulement quelques réserves à faire sur les 
tendances de M. Tiele à trop subordonner les changements 
religieux aux changements politiques, comme si chaque 
groupe de dynasties eût renouvelé le culte, et sur les ten- 
dances de M. Pierret à trop voir la clef du symbolisme 
solaire dans la division du monde en sud et nord par les 
deux yeux du soleil levant : les Égyptiens auraient alors 
regardé l'œil droit du soleil comme celui du nord et son 
œil gauche comme celui du sud, tandis que c'est le contraire 
qui a eu lieu, comme le prouvent, entre autres documents, 
les textes du mythe d'Horus. D'autre part, M. Le Page 
Renouf, d'un esprit pourtant si fin et si perspicace, semble 



348 L'ÉTUDE DE LA RELIGION ÉGYPTIENNE 

peut-être un peu trop enclin à retrouver l'aurore dans les 
mythes égyptiens. 

D'aussi légères taches, si elles existent, n'infirment en 
rien la valeur des ouvrages qui viennent d'être cités ; désor- 
mais l'extérieur, ou, si l'on peut dire, le revêtement de la 
religion égyptienne, nous est connu, et il faut déjà songer à 
mieux, c'est-à-dire à pénétrer plus avant dans le détail 
comme dans l'ensemble. 

Le détail, c'est l'œuvre de demain; quant à l'ensemble, 
rien n'empêche d'examiner dès maintenant les quelques 
théories, applicables ici, dont la philosophie religieuse dis- 
pose. Peut-être n'y aura-t-il pas lieu d'en choisir une, mais 
ce sera déjà quelque chose que d'envisager le sujet clans son 
ampleur et que de considérer, même à distance, les trois 
ou quatre hypothèses parmi lesquelles gît sans doute l'ex- 
plication cherchée. 

Nul ne conteste qu'en général un système religieux, 
comme tout autre groupe de faits historiques, obéit à une 
loi d'évolution qui règle sa marche. Mais cette marche est- 
elle toujours la même? Quel est son point de départ, quel 
est son point d'arrivée, et quels sont ses stages intermé- 
diaires? D'où vient-elle, comment se dirige-t-elle, et où 
aboutit-elle ? 

On a fait, depuis le commencement du siècle, plusieurs 
réponses bien connues à la principale de ces questions, celle 
du point de départ, qui contient implicitement toutes les 
autres. 

La première réponse a été fournie par Creuzer, pour qui 
l'Orient avait maintenu et propagé, sous des formes symbo- 
liques, la profonde philosophie monothéiste dont le Plato- 
nisme dégagea lentement la formule. L'opinion de Creuzer, 
abandonnée presque partout aujourd'hui, a encore sa place 
dans !<• domaine égyptologique, où plusieurs savants ad- 
mettent, après MM.deRougé et Chabas, que lepolythéisme 
égyptien eut pour fond un monothéisme primitif : le dieu 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 349 

unique, symbolisé par le soleil, aurait été fractionné en di- 
vinités secondaires. 

Sous le coup des grands découvertes philologiques de ce 
siècle, la doctrine du symbolisme a été généralement rem- 
placée par une théorie bien différente, celle de la maladie 
du langage, à laquelle Max Mùller a attaché son nom et 
qu'on peut résumer ainsi : d'une part, l'animation apparente 
que les mots prêtent aux choses aurait entraîné la person- 
nification des phénomènes ; d'autre part, chaque dieu aurait 
reflété dans ses formes et ses légendes les divers sens des 
mots qui lui auraient donné naissance. D'après certains 
savants, ce travail du langage aurait principalement porté 
sui les phénomènes solaires, et, d'après d'autres, sur les 
phénomènes atmosphériques. Parmi les égyptologues, 
MM. Brugsch et Le Page Renouf semblent adopter en 
grande partie les théories de Max Mùller. Aucun système 
n'a obtenu plus de faveur et de défaveur que celui-là. Un 
de ses grands torts est qu'il a régné, et que de hautes ré- 
putations scientifiques se sont échafaudées sur lui : on s'est 
lassé de l'entendre appeler juste, et l'on a appris à ses dé- 
fenseurs, un peu durement peut-être, qu'une hypothèse a 
le droit de se proposer, mais non de s'imposer. 

L'opinion qui lui fait échec aujourd'hui est que, dans le 
principe, l'homme regardait les phénomènes comme pro- 
duits par des personnes, humaines ou bestiales, ce qui sup- 
prime l'intervention du langage. Les partisans du nouveau 
système attachent tous une grande importance au culte des 
fétiches, qui seraient, soit l'un et l'autre, soit l'un ou l'autre, 
suivant les auteurs, les deux sources du polythéisme. Ils 
insistent en outre, et particulièrement M. Lang, sur certains 
développements mythiques et légendaires qui seraient dus, 
non aux aspects de l'orage ou du soleil, mais à de grossières 
tentatives pour expliquer les choses de la vie et du monde, 
d'après l'analogie de coutumes ou d'idées plus ou moins 
barbares. Les égyptologues ont fait aussi quelques em- 



350 l'étude de la religion égyptienne 

prunts à cette école, comme MM. Le Page Renouf , Maspero 
et Dùmichen relativement aux mânes, et comme M. Pietsch- 
mann relativement aux fétiches. 



VII 

Telles sont les trois grandes théories qu'on pourrait ap- 
pliquer en ce moment à l'étude de la religion égyptienne, 
religion qui serait le produit, ou du monothéisme ancien, ou 
du langage mythologique, ou de la pensée sauvage. En 
outre, il faudrait se prononcer dans le détail sur la préémi- 
mence à donner aux mythes du soleil ou aux mythes de 
l'orage, et au culte des ancêtres ou au culte des fétiches. 

Malheureusement aucune des trois théories n'est encore 
acceptée ni rejetée d'une manière définitive pour TKgypte, 
de sorte qu'il serait prématuré de se régler sur l'une d'elles, 
au moins dès l'abord, et avant un examen complet. Chacune 
a ici sa part de vérité. 

Rien ne prouve, par exemple, qu'avant l'époque histo- 
rique la religion égyptienne ne s'est pas constituée grâce à 
une sorte d'accord, ou de compromis, entre les croyances 
plus élevées d'un peuple conquérant et les superstitions 
plus grossières d'un peuple conquis, comme le pense dans 
une certaine mesure M. Flinders Pétrie. Rien ne prouve 
aussi que l'animisme et le fétichisme n'ont point prospéré 
pendant toute la durée de la civilisation pharaonique, car la 
momification des cadavres et l'adoration des animaux ne 
sauraient s'expliquer autrement. Quant aux mythes nés du 
langage ou rattachés aux phénomènes solaires et atmosphé- 
riques, on reconnaît aisément la trace des premiers dans les 
calembours des textes religieux, et la trace des seconds 
dans la légende du soleil, d'Horus et d'Osiris. 

D'ailleurs, une difficulté spéciale et qu'on a déjà dû en- 
trevoir se présente : c'est que nous ne pouvons fournir la 



SON ÉTAT ACTUEL ET SES CONDITIONS 351 

chronologie d'une évolution qui paraît s'être produite avant 
l'époque historique. Pour l'Inde, on connaît par le RigVéda 
une période pendant laquelle les dieux naturistes existaient 
à peu près seuls ; pour la Grèce, on sait que l'institution 
des mystères, qui prépara la philosophie, est postérieure à 
Homère et même à Hésiode; mais en Egypte il semble que 
tout était fait avant Menés. On ne voit plus ensuite que des 
changements de détail, comme ceux qui ont été signalés 
plus haut à propos d'Ammon, de Ra et d'Osiris, et, si l'on 
cherche le pourquoi des grandes modifications fondamen- 
tales, on est obligé de sortir du sujet, en invoquant soit des 
conquêtes et des diversités de races, soit des explications 
purement théoriques. 

Il y a donc là des éléments dont la coordination s'est faite 
suivant une loi qui nous échappe. Rien ne nous oblige pour 
le moment à remplacer cette loi par une hypothèse. Les 
tronçons que nous ne pouvons rapprocher encore se prêtent 
à des recherches spéciales dont les résultats suffisent, et 
au delà, pour payer les travailleurs de leur peine aussi bien 
que de leur attente. 

En définitive, l'Egypte a développé et maintenu, comme 
nul autre peuple ne l'a fait, toutes les parties qu'un système 
religieux peut comporter : l'animisme, le fétichisme, le po- 
lythéisme et le monothéisme. De ces parties, nous connais- 
sons mieux les dernières (et surtout la dernière), que des 
sources plus abondantes nous révèlent et que notre culture 
intellectuelle et morale nous rend plus aptes à comprendre. 
Ce qui nous manque, c'est de savoir quand, comment et 
pourquoi des matériaux en apparence aussi dissemblables 
se sont groupés puisque la religion de l'Egypte s'offre à 
nous toute formée. Nous assistons à sa longue maturité et 
à son lent déclin, mais sa jeunesse nous reste aussi cachée 
que les sources du Nil. Les choses étant ainsi, nous ne 
pouvons demander plus de lumière qu'aux nouveaux progrès 



352 l'étude de la religion égyptienne 

de la science égyptologique en particulier, et de la science 
religieuse en général, avec le ferme espoir que le succès ne 
se fera pas attendre. Si en effet l'égyptologie ne peut ré- 
soudre à elle seule les problèmes qui la sollicitent, comme 
c'est encore le cas aujourd'hui, le flux toujours montant des 
conquêtes intellectuelles ne manquera point de lui donner 
quelque jour une impulsion décisive, à peu près comme la 
marée soulevant les barques restées à sec sur la plage : 
l'essentiel, ici, sera de ne pas laisser la barque hors de la 
portée du flot. 



UN DES PROCÉDÉS 

DU 

DÉMIURGE ÉGYPTIEN 



i 

Dans son mémoire sur le texte qui concerne les quatre 
races humaines au Livre de V Enfer, M. Lieblein a atteint 
le but qu'il se proposait, et a très bien mis en lumière un 
fait que personne n'avait remarqué, l'allitération portant 
sur les noms de races. On peut même dire que le savant nor- 
végien n'a pas été assez loin en n'admettant point d'allitéra- 
tion pour le nom de la quatrième race, celle des Temeh-u; 
l'assonance du mot Temeh avec le hek est aussi prononcée 
que celles de 

Ret-u avec remi-t, 

Aam-u avec aa-ten , 
et Nehes-u avec nenuh. 

Ces jeux de mots ne sont guère que ce que nous appelons 
des calembours par à peu près, et M. Lieblein s'est proba- 
blement trompé en voyant un calembour complet dans la 
phrase qui concerne la deuxième race. Il en lit le début 
aa-mou, c'est-à-dire grande essence, d'après le sarcophage 
de Séti I er , mais le texte est corrompu et par conséquent 

1. Publié dans les Annales du Musée Guimet, 1887, t. X, p. 553-558. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIY. 23 



354 UN DES PROCÉDÉS DU DÉMIURGE ÉGYPTIEN 

douteux. La version que donne le tombeau du même roi' 
porte aa-ten, c'est-à-dire : « Soyez grands, parce que je 
» vous ai créés, en votre nom d'Aam-u! » Ce début est 
analogue au commencement du discours précédent, adressé 
aux Égyptiens : « Honneur à vous, troupes de Ra ! » 



II 

Ici, l'erreur de M. Lieblein n'est pas grande, si elle existe, 
mais il y a un autre point, la création des noirs, sur lequel 
il est plus important d'insister. 

Le texte dit clairement : Vois, je me suis masturbé pour 
vous, et je me suis soulagé par une multitude sortie de 
moi sous votre nom de Nègres. Le mot saillant, dans cette 
phrase, est nenuh, que M. Lieblein rapproche du verbe 
copte signifiant excutere, agitari, concuti, « de qui, pense- 
t— il, on peut facilement dériver le sens de travailler ». — 
a J'ai préparé pour vous ma paix de millions d'années. » 

Le sens de nenuh serait nouveau et donnerait une alliance 
d'idées peu satisfaisantes : secouer une paix, pour dire la 
préparer. Mais le verbe nenuh, sans lui chercher un nou- 
veau sens, en possède un qui est bien connu par la confes- 
sion négative du Livre des Morts, où il désigne d'une 
manière certaine la masturbation, dans une déclaration faite 
à un dieu de la ville de Memphis, où l'obscénité était parti- 
culièrement prohibée 4 . C'est ainsi qu'on a toujours compris 
le mot nenuh de la confession négative 3 , et les variantes 
réunies par M. Naville lui donnent presque toutes le phallus 
pour déterminatif : « Je ne me suis pas masturbé (nenuh 
et nenu). » — « Je ne me suis pas souillé (nek et nenek) '. » 

1. Annales du Musée Guimet, t. IX. partie II, pi. IV. 

2. J. de Rougé, Edfou, t. II, pi. 143. 

3. Brugsch, Dictionnaire hiéroglyphique, p. 782. 

4. Todtenbuch, ctiap. cxxv, 1. 25, et Naville, Todt., t. II, p. 302. 



UN DES PROCÉDÉS DU DÉMIURGE ÉGYPTIEN 355 

Le même mot se retrouve sous la forme nenu au début du 
chapitre xcm' : O ce phallus de Ra qui s'agite (nenu) dans 
la tempête! et sous sa forme plus usitée, nenuh, dans un 
papyrus inédit du British Muséum, étudié par M. Pleyte : 
tes membres sont délassés, y est-il dit à Osiris, par l'agi- 
tation amoureuse ou nenuh 2 . Il est probable que ie délasse- 
ment est exprimé là par le mot hetep, comme dans le texte 
d'El-Khargéh relatif à la création des dieux 1 , et comme 
dans le texte du Livre de l'Enfer, relatif à la création des 
noirs par Horus. 

L'acte obscène d'Horus était plus spécialement attribué à 
sa forme d'Horus-Khem. C'est à cause de cela qu'au tom- 
beau de Ramsès VI, dans une description de l'enfer, les races 
ont pour gardien Horus-Khem (surnommé dans le texte 
khent an merti, parce que sous ce nom il représente un 
animal consacré à Khem"). Dans le tableau, Horus-Khem est 
précédé immédiatement par les Nègres 5 , dont il était d'ail- 
leurs le dieu spécial en Egypte, puisqu'un prêtre noir était 
attaché à son culte". 

Les Egyptiens figuraient assez souvent la masturbation 
de Khem sur les murs des temples 7 , c'était un symbole de 
création et de fécondation. 



III 

Les textes qui ont trait à la cosmogonie employaient la 
même image pour exprimer l'acte du démiurge agissant seul. 

1. Naville, Todtenbuch, t. II, p. 24. 

2. Recueil de Travaux, t. III, p. 59. 

3. Ligne 29. 

4. Cf. J. de Rougé, Monnaies des Nomes, p. 18, et Maspero, Guide 
au Musée de Boulaq, p. 159. 

5. Champollion, Notices, t. II, p. 671. 

6. Ramesséum et Médinet-Abou. 

7. Champollion, Notices, t. I, p. 70, et t. II, p. 81. 



356 UN DES PROCÉDÉS DU DÉMIURGE ÉGYPTIEN 

M. de Rougé a signalé depuis longtemps la curieuse défi- 
nition du dieu de l'Amenti, donnée par le chapitre xvn du 
Todtenbuch : C'est l'âme de Ra, ee lui qui jouit en lui-même 
(nek-f am-f t'es-f), qui mœchatur in se ipso\ 

La phrase manque dans les textes correspondants de la 
XII e dynastie, mais l'idée, par contre, se trouve d'une ma- 
nière plus développée et plus énergique dans les vieilles 
formules des pyramides royales, à la VI e dynastie. 

C'est Tiun Kheper qui vient se masturbe?^ dans Hélio- 
polis (le déterminatif représente l'acte). // met son phallus 
dans son poing et il jouit par là, et il enfante deux ju- 
meaux, le couple de Shu et TefnuV. 

Le papyrus du British Muséum, qui a été cité plus haut 
et qui date du commencement de l'époque ptolémaïque, 
raffine et renchérit sur cette conception dans un passage où 
il fait parler le créateur Khepra : 

C'est moi qui ai été mon mari avec mon poing , j' ai for- 
niqué dans mon ombre. Je suis sorti de ma propre bouche 
(autre allusion à l'émanation), je me suis vomi en forme de 
S/m (l'air), et j'ai dégoutté de Tefnut (l'eau) 3 . 



IV 

Quand ce sont les déesses qui créent, elles peuvent prendre 
un rôle analogue, Isis en particulier. 

Le papyrus du British Muséum rappelle cette particu- 
larité du mythe d'isis dans une sorte d'éloquente lamenta- 
tion : 

.I/o// cœur se consume, dit la déesse à Osiris, de ce que 
tu es renversé <nt milieu de cela (les ténèbres). Moncwur 
se co nsume, (car) //' m'as tourné le dos. Jamais tu n'avais 

1. Ligne !•. et E. de Rougé, Étude sur le Rituel, p. 45. 

2. Recueil <!•■ Travaux, t. VII, p. 70. 

:: Proceedings, novembre 1886, p. 21-25. 



UN DES PROCÉDÉS DU DÉMIURGE ÉGYPTIEN 357 

imaginé cela contre moi. Le danger est de chaque coté : les 
chemins sont perdus. Je cherche à cause de mon désir de 
te voir. Me voici dans la ville aux immenses remparts ; je 
suis inquiète au sujet de ton amour pour moi. Viens seul, 
ne t'éloigne pas. Ton fils j'era reculer l'ennemi vers son 
égorgeoir. Je me suis dérobée dans les roseaux pour cacher 
tonjils, afin qu'il réponde [jour toi. J'ai cheminé seule. J'ai 
erré dans les roseaux pour écarter le monstre de tonjils. 
Une femme par la figure, un mâle (en réalité)'/ 

La virilité d'Isis est mentionnée plus longuement au Livre 
d'honorer Osiris, où on lit : 

Je suis ta sœur Isis. Il n'y a ni dieux ni déesses, ayant 
fait ce que j'ai fait. J'ai fait le mâle, étant femme, afin de 
faire vivre ton nom sur la terre* . 

Dans X Hymne à Osiris, traduit par M. Chabas, il est dit 
seulement que la déesse aspira la semence du dieu et fit un 
enfant qu'elle allaita toute seule''; Plutarque rappelle cette 
atténuation du symbolisme quand il rapporte qu'Isis eut 
commerce avec Osiris mort, après quoi elle mit au monde 
avant terme un Horus boiteux '. 

La légende à laquelle Plutarque l'ait allusion est figurée 
et décrite au chapitre xxn du Livre des Morts', où l'on voit 
Isis penchée au-dessus d'un lion qui est le phallus d'Osiris 
(cf. les phallus divins à tète de lion)" : 

Celui qui a déployé ses cheveux sur lui et qui hésite 
à l'entrée de son chemin, c'est Isis qui se cache. Voilà 
qu'elle a ramené ses cheveux sur elle (comme une veuve 7 , 

1. Proceedings, novembre 1886, p. 16-17. 

2. Pierret, Études ègyptologiques, fasc. 1, p. 22; cf. Chabas, L'Ègyp- 
tologie, t. I, p. 21. 

3. Ligne 16. 

4. D'Isis et d'Osiris, 19. 

5. Lignes 86-93. 

6. Mariette, Dendêrah, t. IL pi. LXXVI. 

7. Cf. Hérodote, IL 36. 



358 UN DES PROCÉDÉS DU DÉMIURGE ÉGYPTIEN 

sans doute. La chevelure d'Isis était d'ailleurs célèbre'). 

Au chapitre cxv du Livre des Morts, qui a pour but d'ex- 
pliquer l'origine des différents sacerdoces héliopolitains*, 
entre autres celui de Yur-maa, l'institution de la prêtresse- 
nommée Henkesti vient de ce que le grand dieu solaire, pour 
engendrer son fils Ur-maa, à ce qu'il semble, s'était changé 
eu une femme, henkesti, c'est-à-dire chevelue. 

Aux basses époques, apparaissent les dieux phalliques à- 
tête de déesses et les déesses à phallus', toujours en vertu 
de la croyance que le dieu père ou la déesse mère avaient pu 
créer seuls. 

Cette conception passa dans l'histoire naturelle des Egyp- 
tiens et même des Grecs, puis des Romains. Pour les Égyp- 
tiens, tous les scarabées étaient mâles* et tous les vautours 
femelles 5 , de sorte que les premiers engendraient sans 
femelles et les seconds sans mâles, le tout parce que le sca- 
rabée était l'hiéroglyphe du mot et du dieu Khepra, créa- 
teur et père, et le vautour, l'hiéroglyphe du mot et de la 
déesse Maut , ou créatrice, comme le savait encore Hora- 
pollon r '. 

1. Plutarque, Questions naturelles, 2r>, et Lucien, Contre un igno-- 
rant bibliomane, 14; cf. N'avilie, Un Ostracon égyptien (Annales du 
Musée Guimet, t. I, p. 51-60). 

2. Naville, Un Ostracon égyptien (Annales du Musée Guimet, t. I, 
p. 51-60). 

3. Todtenbuch, chap. clxiii et clxiv. 

1. Plutarque, D'Isis et d'Osiris, 74; Horapollon, I, 10; A ris to te, 
Histoire des Animaux, V, 19; Elien, De la nature des animaux, X, 
15, etc. 

5. Plutarque, Questions romaines, 93; Horapollon, I, 11; Elien, De 
la nature des animaux, II, 16; Ammien Marcellin, XVII, etc. 

6. I, 10 et 11. 



UN DES PROCÉDÉS DU DÉMIURGE ÉGYPTIEN 359 



V 

Au papyrus du British Muséum, le dieu créateur ajoute 
ceci à sa description de la création primitive : 

« J'ai rassemblé mes membres et j'ai pleuré sur eux : les 
hommes naquirent des pleurs sortis de mon œil » (p. 26). 

Cette forme de l'émanation, par les pleurs, est celle qu'in- 
dique le texte des quatre races relativement à la naissance 
des Égyptiens et des Tameh-u : il n'y a donc rien d'étonnant 
si l'émanation par la semence figure aussi dans les deux 
textes. 



L'ŒUF DANS LA RELIGION ÉGYPTIENNE 1 



i 

Deux partis se faisaient une guerre acharnée, au royaume 
de Lilliput, parce que les uns cassaient les œufs par le gros 
bout et les autres par le petit bout. Il ne paraît pas que, 
dans le monde réel, l'œuf ait causé de telles discordes : 
toutefois, les superstitions qui le concernent ont été et sont 
encore très répandues. On comprend qu'à un certain point 
de vue, pour un sauvage, par exemple, l'œuf ait quelque 
chose de mystérieux et d'inquiétant : son contenu n'est 
d'abord qu'une matière informe, et voilà qu'il en sort un 
être vivant, un oiseau, un crocodile ou un serpent : 

Quatenus in pullos animales vertier ova 

Cernimus alituum 

Scire licet gigni posse ex non sensibu' sensus*. 

Ne semble-t-il pas que le sauvage doit voir là un effet sur- 
naturel, un sortilège analogue à celui qu'il soupçonne dans 
le fusil, la montre ou la boussole de l'Européen? L'œuf ne 
sera-t-il pas toujours, pour lui, le domicile d'un esprit 3 ? 

Même aujourd'hui, l'usage persiste chez nous de briser 

1. Publié dans la Reçue de l'Histoire des Religions, 8 e année, t. XVI, 
p. 16 25. — G. M. 

2. Lucrèce, II, 927-930. 

3. Tylor, Civilisation primitive, trad. française, t. II, p. 199. 



362 l'œuf dans la religion égyptienne 

sur son assiette les coquilles des œufs qu'on a mangés, et le 
fait s'explique par une survivance, au même titre que les 
souhaits adressés à une personne qui éternue. 

Puisque nous agissons ainsi, nous ne nous étonnerons pas 
si, de nos jours, les Touaregs s'abstiennent de manger des 
œufs', et si, d'autre part, dans l'antiquité, quelques super- 
stitieux regardaient comme un malheur de casser un œuf, 

Ocoque pericula rvpto*, 

soit par hasard, soit dans quelque pratique de l'ooscopie, 
comme celle que mit en usage Livie, quand elle couva un 
œuf pour savoir si elle aurait un fils ou une fille 3 . 

Par suite, sans doute, de ces idées superstitieuses, l'œuf, 
avait pris dans certaines religions de l'antiquité une véri- 
table importance symbolique, indépendamment de son em- 
ploi dans les lustrations. Les Pythagoriciens et les Orphi-, 
ques s'abstenaient de manger des œufs, des cœurs et des 
cervelles, qu'ils regardaient comme des principes de vie*; 
dans ses Propos de table, Plutarque parle d'un songe ayant, 
provoqué la même abstinence pour le même motif, au sujet 
de l'œuf. Macrobe, dans les Saturnales*, dit que les initiés 
aux mystères de Bacchus vénéraient l'œuf, et l'appelaient, 
à cause de sa rondeur, le simulacre du monde, mundi sitnu- 
lacrum. On attribuait ces conceptions à Orphée 6 . 

1. Henri Duveyrier, Les Touarc</s. 

2. IVr<o, Hist. Nat., V, 185. 

3. Pline, X. 76. 

4. Plutarque, Quœst. Conmoalium, II, 3. 

5. VII, 46. 

6. Cf. Athdnagore, Legatio pro Christianis; Damascius, Quœst. de 
prim. principe 55 et 122; Proclus, In Platon. Tint., II, 130. 



l'œuf dans la religion égyptienne 363 



II 

On doit s'attendre à retrouver des croyances analogues en 
Egypte, où le plus haut point du développement religieux 
correspond assez exactement à la période des mystères chez' 
les Anciens. En effet, les Égyptiens, comme les Grecs, les 
Assyriens 1 , les Perses 2 , leslndous 3 , etc., voyaient dans l'œuf 
le principe de certaines naissances divines, sans compter que 
l'œuf, dans leur écriture, servait à désigner le mot fils et à 
déterminer le genre féminin. 

Une tradition bien connue sur le démiurge est celle que 
rapporte Eusèbe au sujet de Kneph : le dieu avait émis par 
la bouche un œuf d'où était sorti Ptah, et cet œuf était le 
monde, èpfzeveôeiv 8s xô ojôv xôv x6<r{jiov\ Kneph, c'est-à-dire 
Khnum ou Num, le principe humide, « est quelquefois re- 
présenté façonnant sur un tour à potier une figure d'homme 
ou l'œuf mystérieux d'où la légende fait sortir le genre 
humain et la nature entière' ». Un texte d'Edfou dit du 
démiurge : « Tu es le dieu unique qui est devenu deux 
dieux, tu es le créateur de l'œuf, et le générateur de tes 
jumeaux". ». Ces jumeaux, figurés hiéroglyphiquement par 
deux oiseaux 7 , sont le dieu Shu et la déesse Tefnut, sans 
doute l'Arès et l'Aphrodite d'Horapollon, qui semble bien 
les dire nés de deux œufs de corneille. La corneille, ici, 
serait le nycticorax (en copte, A*ï), hiéroglyphe de lame 
divine et humaine (en égyptien, ba) : d'après le chap. lxxxv 

1. Hygin, Fab., 197. 

2. Plutarque, De Is. et Os., 47. 

3. Lois de Manou, début. 

4. Préparation êoangèlique, m, 11. 

5. E. de Rougé, Notice sommaire, 4 e édit., p. 106. 

6. J. de Rougé, Edfou, t. I, pi. 59. 

7. Cf. Todtenbuch, chap. xvii, 44. 



364 l'œuf dans la religion égyptienne 

du Todtenbuch (1. 10), lame divine se faisait un nid, et une 
scène ptolémaïque représente l'offrande de l'œuf à Shu et à 
Tefnut'. Il y a, à Dendérah, une divinité ayant l'œuf pour 
hiéroglyphe 2 . 

La ville de Thèbes était surnommée l'œuf qui a produit 
les dieux 3 , et c'est peut-être là la ville de l'Œuf des pyra- 
mides royales*. 

Ptah est « figuré quelquefois portant l'œuf humain comme 
Noum 3 ». M. de Rougé, qui donne ce détail dans sa Notice 
sommaire, ajoute que c'est sans doute à l'œuf de Ptah que 
fait allusion l'une des formes du dieu, « calquée sur celle de 
l'embryon" », parfois en môme temps sur celle du scarabée 7 , 
et, d'après Mariette 8 , couvée par les déesses. Il semble bien, 
du moins, qu'on ait songé à représenter ainsi ou un état du 
fœtus, ou, en tout cas, quelque chose d'approchant, comme 
l'a pensé le D r Parrot\ L'idée de l'œuf et celle de l'embryon 
se reliaient, pour les Egyptiens, qui louaient souvent le 
Pharaon d'avoir remporté des victoires lorsqu'il était encore 
dans l'œuf, c'est-à-dire dans le sein maternel. Dans un sens 
très général, nous disons de même, quoiqu'en partant d'une 
;i utre idée, ah ooo. On remarquera qu'Osiris, à la basse 
époque, reçoit parfois une forme ovoïde"' qui rappelle l'em- 
bryon de Ptah. 

En général, les dieux égyptiens ayant forme d'oiseaux 
(épervier, ibis ou phénix) pouvaient être dits nés d'un œuf, 



1 Champollion, Notices, t. I, p. 37'.». 

2. Mariette, Dendérah, III, 12. 

3. Brugsch, Dictionnaire géographique, Supplément, p. 123;}. 
1. Recueil de Traoaux, t. V, p. 54, et t. VII, |>. 140. 

h. K. île Rougé, Notice sommaire, p. 108. 

6. Id., ibid., p. 108-10'). 

7. H., ibid., p. 129. 

8. Catalogue du Musée de Bonite/, 3 e édit., p. 114-115. 

9. Recueil de Travaux, t. II. p. 129-133. 

10. E. de Rougé, Notice sommaine, p. 120. 



l'œuf dans la religion égyptienne 365 

comme l'Éros, les Dioscures et les Molionides des Grecs 1 . 
Différents textes parlent des nids d'Osiris à Sais 1 , et 
d'Horus aux marais de Bouto] 3 . Les papyrus hiératiques 
mentionnent aussi le nid de l'ibis sacré du dieu Thot 4 . 
D'après un papyrus grec interprété par M. Goodwin, le 
magicien disait, en consacrant la bague d'Hermès et son 
scarabée : « Je suis l'œuf de l'ibis, l'œuf de l'épervier, le 
petit du phénix". » Les anciens parlent assez souvent du nid 
et de l'œuf du phénix" : 

Seque ovi teretis colligit in speciem 7 . 

Enfin, le chapitre de l'Épervier d'or, au Todtenbuch, 
commence ainsi : « Je m'élève sous la forme d'un grand 
épervier d'or sortant de son œuf 8 . » 



III 

Le soleil avait aussi son œuf, qui était son disque 9 : 
« O Soleil, qui es dans ton œuf et qui brilles dans ton dis- 
que 10 ! » lit-on au chapitre xvn du Livre des Morts dans 
un passage qui existait déjà à la XII e dynastie 11 . Ptah avait 

1. Cf. Athénée, II, 50. 

2. Brugsch, Dictionnaire géographique, p. 755 et 572, et Inscription 
d'El-Khargeh, 1. 32; cf. Hérodote, II. 170, et Strabon, XVII, 1, 23. 

3. Brugsch, Zeitschrift, 1879, p. 6 et 13 (stèle Metternich), et Dic- 
tionnaire géographique, Supplément, p. 1140. 

4. Pierret, Études ègypto logiques, t. I, p. 55. 

5. Chabas, Le Papyrus magique Harris, 183. 

6. Hérodote, II, 73; Tacite, Annales, VI, 28; Pline, X, 2. etc. 

7. Lactance, Carmen de Phœnice, 104. 

8. Todtenbuch, chap. lxxvii, 1. 

9. Cf. Todtenbuch, chap. c, 5. 

10. Todtenbuch, chap. xvn, 50. 

11. Lepsius, atteste Texte, III, 1. 41; XVIII, 1. 38, et XXXIII, 
1. 58-59. 



366 l'œuf dans la religion égyptienne 

créé l'œuf du soleil et de la lune 1 ; mais l'œuf du soleil 
avait encore un autre auteur, l'oie du dieu de la terre, sorte 
de poule aux œufs d'or des mythes égyptiens. 

Le dieu de la terre, dont le nom a été lu jusqu'à présent 
Seb et qui pourrait bien s'être appelé Keb, d'après les obser- 
vations de M. Brugsch 2 , avait pour hiéroglyphes une oie 
(l'un des noms de l'oie était Keb 3 ), et un œuf (l'un des noms 
de l'œuf, suh, devait être aussi keb\ d'où le jeu de mot 
suh se-keb', c'est-à-dire un œuf brillant ; cf. les radicaux 
sémitiques signifiant boule et peloton, cf. aussi les noms 
sémitiques de l'étoile, qui varie quelquefois dans les hiéro- 
glyphes avec l'oie et l'œuf pour désigner le dieu). 

En mythologie, c'était cette oie qui avait pondu cet œuf" 
en gloussant dans la nuit 7 . Le fait est mentionné au Livre 
des Morts, avec des détails assez instructifs qui montrent 
bien quelles étaient la part et l'importance du calembour 
dans les conjurations magiques. Il s'agissait de rendre l'air 
ou le souille au défunt, et, comme le mot suh, qui signifie 
œuf, signifiait aussi air, l'idée de l'œuf intervenait par là 
dans la conjuration : « Tum (le dieu ancêtre, l'Adam ou 
le héros égyptien, le Héron des Grecs), donne-moi l'air dé- 
licieux qui est dans tes narines. Je suis cet œuf de la grande 
glousseuse. Je veille sur ce grand œuf qu'envoie Seb (ou 
Keb) pour la terre. Je prospère, il prospère, réciproque- 
ment. Je vis, il vit 8 . » Le texte d'un des chapitres suivants" 

1. Mariette, Catalogue du Musée de Boulaq, p. 114. 

2. Zeitschrift, 1886, p. 1-5. 
:{. Denkmàler, II, 61. 

4. Cf. Brugsch, Zeitschrift, 1N<SG, p. 2, et Dictionnaire géographique, 
p. 904. 

5. Denkmàler, III, 29, a : Cbampollion, Notices, t. II, p. 628; etc. 

0. Cl. Le Page Renouf, Transactions qfthe Soc ofBibl. Archœol., 
t. VIII, part 2, p. 217. 

7. Chabas, Le Papyrus magique Harris, VII, 6 et 7. 

8. Todtenbuch, chap. llv, 1 et 2. 

9. îd., chap. lvi, 2. 



l'œuf dans la religion égyptienne 367 

ajoute : « Je respire l'air, il respire l'air » (sans que les 
Égyptiens aient su pour cela que le poussin respire dans 
sa coquille, assurément). 

C'est aussi à l'œuf de Seb ou Keb que fait allusion ce texte 
égyptien, cité par Diodore 1 , dans lequel Osiris dit : « Je 
suis l'aîné de Kronos (Seb ou Keb), je suis sorti d'un œuf 
beau et noble, et je suis devenu la semence de même ori- 
gine que le jour », ix /.aÀo^ -e /.aï eÙYsvoùç ûoù, etc., d'après la 
leçon généralement adoptée. 

Si ce que les anciens croyaient de la belette est bien 
égyptien, comme ils semblent le dire 2 , qu'elle pondait un 
œuf par la bouche et qu'elle avalait ses petits 3 , cette fable 
pourrait avoir été, à une certaine époque, une variante du 
mythe de la terre enfantant le soleil le matin et l'englou- 
tissant le soir. 

L'œuf solaire ou lunaire est encore mentionné dans une 
conjuration ayant pour but de charmer l'eau, qu'on pronon- 
çait à l'avant des barques royales, un œuf d'argile à la 
main 4 : « Œuf de l'eau 5 (céleste), émanation de la terre, 
essence des Huit (dieux élémentaires), grand au ciel d'en 
haut, grand au ciel d'en bas, toi qui résides dans les nids 
qui sont à Aatestes" (l'oasis de Dakhleh, considérée comme 
l'occident ou l'enfer) ! Je sors avec toi de l'eau, je passe 
avec toi hors de ton nid, je suis Khem de Keb-t », Coptos. 
Il est probable que Khem de Coptos intervient ici à cause 
de la prononciation Keb de l'un des noms de l'œuf. 

1. Diodore, I, 27. 

2. Cf. Plutarque, De Is. et Os., 74, et Horapollon, II, 110. 

3. Plutarque, De Solert. anim., 33. 

4. Chabas, Le Papyrus magique Harris, VI, 11, 13. 

5. Cf. Champollion, Notices, t. I, p. 906, et Brugscb, Dictionnaire 
géographique, Supplément, p. 1066. 

6. Cf. Inscriptions d'El-Kliargéh, 1. 27. 



368 l'œuf dans la religion égyptienne 



IV 

La divinité de l'œuf ne pouvait manquer d'avoir quelque 
effet et de laisser quelque trace dans les prescriptions reli- 
gieuses. 

Ainsi, c'était une grande impiété que de blasphémer 
contre l'œuf ou son contenu, comme le montrent les quali- 
fications des damnés à la première division du Livre de 
l'Enfer : « les fléaux de la grande salle du Soleil (le monde), 
ceux qui ont négligé le Soleil sur terre, qui ont maudit 
celui qui est dans l'œuf, qui ont repoussé la justice, et pro- 
féré des menaces contre Armacliis' ». 

Les prêtres égyptiens, d'après Chérémon, cité par Por- 
phyre' 2 , s'abstenaient dans les purifications de toute nour- 
riture animale, et même d'œufs, soit que leur abstinence ait 
eu réellement pour cause l'impureté de la nourriture ani- 
male, soit qu'elle ait été motivée par la sainteté de l'œuf 
divin, comme chez les Orphiques. 

Une autre prescription défendait même de casser des 
œufs, non pas sans doute aux cuisiniers qui en servaient sur 
la table des Pharaons ', mais, en tout cas, aux Pharaons eux- 
mêmes, tenus à une pureté particulière et astreints à des 
pratiques innombrables 1 . Le jeune dieu, appelé l'enfant 
dans son nid", comme le dernier jour épagomène, le jeune 
(/ni est (huis son nid'', ne dit-il pas, au chapitre lxxxv du 
Todtenbuch : « Que mon nid ne soit pas vu, que mon œuf 
ne soit pas brisé »? ce qui rappelle incidemment les dan- 

1. Bonomi et Xharpe, Le Sarcophage de Sèti /'''. 4 et 3. D. 

2. De Abstinentia, IV, (> et 7. 

3. Cf. Papyrus Anastasi II l. 

4. Cf. Diodore, I, 70 et 71. 

5. Todtenbuch, chap. liv, 3. 

6. Chabas, Le Calendrier des jours fastes et néfastes, p. 106. 



l'œuf dans la religion égyptienne 369 

gers encourus dans les contes arabes par ceux qui brisent 
l'œuf fabuleux de l'oiseau Rokh 1 . 

Un roi égyptien se glorifie de n'avoir pas enfreint la dé- 
fense dont il est question ici. C'est Ramsès IV, qui fait 
montre d'une piété un peu exagérée dans ses deux stèles 
d'Abydos, soit qu'il ait ressenti le besoin d'une protection 
divine plus grande, dans la décadence de l'empire, soit qu'il 
n'ait pas eu la conscience très nette au sujet de la mort de 
son père : celui-ci, qui eut certainement à se défendre contre 
les complots de son harem 2 , passait pour s'être suicidé 3 
(d'après Diodore, qui l'avait confondu avec Ramsès II), et 
son testament, le grand Papyrus Harris, semble bien une 
pièce forgée pour les besoins d'une cause. Quoi qu'il en soit, 
voici l'espèce de confession négative que fait Ramsès IV 
sur la plus grande des stèles : 

« Je n'ai pas repoussé mon père, je n'ai pas écarté ma 
mère. Je n'ai pas repoussé le Nil (du lieu) où il vient. Je 
n'ai pas marché à l'encontre d'un dieu en face de lui dans 
son temple. J'en jure par mon amour pour le dieu au jour 
de sa naissance dans le lac enflammé ! Je n'ai pas fait de con- 
juration contre un dieu. Je n'ai pas offensé de déesse. Je n'ai 
pas cassé d' œuf pondu. Je n'ai pas mangé de ce qui est im- 
pur pour moi. Je n'ai pas tourmenté le faible pour ses biens. 
Je n'ai pas massacré le malheureux. Je n'ai pas enlevé les 
poissons du vivier d'un dieu. Je n'ai pas jeté le filet, je n'ai 
pas lancé la flèche contre le lion fascinateur à la fête de Bu- 
bastis. Je n'ai pas juré par le bouc de Mendès dans le temple 
des dieux. Je n'ai pas proféré le nom de Tanen (le dieu de 
la terre) et n'ai pas diminué ses pains''. » 



1. Cf. Lane, The Thousand and One Nights, chap. xx, note 62 : 
« the Egg of the Rukh, and the conséquence of breaking it ». 

2. Papyrus judiciaire de Turin. 

3. Diodore, I, 58. 

4. Piehl, Zeitschrift, 1884, p. 39, 1. 15-17, et 1885, 15 et 16. 

BlBL. ÉGYPT., T. XXXIV. 24 



370 l'œuf dans la religion égyptienne 

Dans ce texte, les restrictions apportées aux défenses ne 
manquent point d'intérêt. 

On pouvait chasser le lion (qui devait son antique 1 sur- 
nom de /oscillateur à ses yeux brillants et perçants 2 ), 
excepté le jour de la fête de Bubastis, déesse dont le fils 
se nommait le Lion fascinateur, Ma-hes 3 . 

Il était permis aussi de casser un œuf, pourvu qu'il ne 
fût né (kheper-tu), c'est-à-dire pondu. Ici, la restriction, 
qui est très étroite, montre qu'on s'était posé un curieux 
problème de casuistique : celui qui casse un œuf dans des 
circonstances ordinaires est coupable ou souillé, puisqu'il 
commet une contravention évidente, mais le chasseur, par 
exemple, dont la flèche brise un œuf dans le ventre d'un 
oiseau? Dans des cas de ce genre, où la responsabilité ne 
saurait être mise en cause, la règle avait dû fléchir. Le 
pharaon pouvait donc casser un œuf avant la ponte. Telle 
est la loi qui ressort de la confession de Ramsès IV, con- 
firmant, s'il en est encore besoin, la remarque d'Hérodote 
que les Égyptiens étaient les plus religieux, c'est-à-dire les 
plus superstitieux de tous les hommes. 

1. Cf. Recueil de Travaux, t. MI. p. loi. 

2. Plutarque, Moral., t. II, édit. Didot, p. 814; Quœst. Convioal., 
Manéthon, Fragm. Ilist. Grœc., t. II, p. 616; Ëlien, Anim., xn, 7, et 
Horapollon, I, 17. 

3. Brugsch, Dictionnaire (jèograpJiiniie, p. 177. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Notice biographique, par Ph. Virey i-xci 

Hymnes au Soleil 1-9 

<=>1\ \\ , le Per m hrou. Étude sur la vie 

future chez les Égyptiens 11-29 

Le chapitre cxv du Livre des Morts 31-54 

Les quatre races au jugement dernier 55-60 

The Book of Hades (from the Sarcophagus of Seti I.) . . 61-132 
Discours prononcé à l'ouverture des Conférences d'ar- 
chéologie égyptienne, à la Faculté des Lettres de 

Lyon, le 26 avril 1879 133-150 

Les races connues des Égyptiens 151-168 

Note sur les chars de guerre 169-171 

Le puits de Deir-el-Bahari 173-184 

Sur différentes formes des mots dérivés 185-201 

Un chapitre de la Chronique solaire 203-213 

L'art égyptien 215-222 

Sur l'ancienneté du cheval en Egypte 223-234 

Sur quelques fouilles et déblayements à faire dans la 

Vallée des Rois à Thèbes 235-246 

Une scène de harem sous l'Ancien Empire 247-253 

Lettre à M. de Milloué, sur un monument de Thot- 

mès III 255-257 



372 TABLE DES MATIERES 

Le conte 259-074 

Remarques sur différentes questions historiques 275-286 

Le< fouilles de M. Xaville à Pithom. L'Exode, le canal 

de la mer Rouge 287-316 

Le nom égyptien de l'ichneumon 315-316 

Sur un syllabique 317-328 

L'étude de la religion égyptienne, son état actuel et ses 
conditions. — Introduction à un cours sur la religion 
de l'Egypte à l'École des Hautes Études, section des 

Sciences religieuses 329-352 

Un des procédés du démiurge égyptien 353-359 

L'œuf dans la religion égyptienne 361-370 



CHALON-SUR-SAONK, IMP. FRANÇAISE ET ORIENTALE E. BERTRAND. 55Ï 



pj Lefébure, Eugène Jean 

1027 Baptiste Louis Joseph 
L4 Oeuvres diverses 

t.l 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 



UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 



ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, HUE BONAPARTE, 28 



BIBLIOTHÈQUE ÉGYPTOLOGIQUE 

PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE 

m. Gr. MASPERO 

Membre de l'Institnl 



Tomes I. II. — G. Maspero. ETUDES DE MYTHOLOGIE ET 

VRCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNES. 2 volumes in-S\ figures. 

Chaque 12 fi. 

Tome III. — Marquis de Rocheincateix. ŒUVRE*-' ' IVLRSES 
In-8', avec planches 15 fr. 

rowE IV. — Th. Devéria. MÉMOIRES h* FRAGMENTS. — 

Première partie. In-8°, avec j> •:•' ait. de sins, planches en couleur et 
en phototypie 20 if . 

V. — Deuxième pai Lie. i ■ '-". figures et planches 16 fr. 

Come VI. - P. Jollois. J< >URNAI D'UX INGÉNIEUR ATTACHÉ 
A L'EXPÉDITION D'EGYPTE, 1798-1802. Notes de voyage et 
d'archéologie. Avec des fragments tirés des journaux de Fourier, 
Jomard. Delille, S lis, Descostiis, Balzac et Corabœuf. Publié 
par P. Lefèvre-Pontalis. ïn-8°, avec 2 portraits 7 lr. 50 

Tomes VII et VIII. — G. Maspero. ÉTUDES DE MYTHOLOGIE ET 
D'ARCHÉI ILOGIE ÉGYPTIENNES. 2 vol. in-8°, fig. Chaq. 15 fr. 

Tomes IX. X. XI. XII. - F. GhaboiS. ŒUVRES DIVERSES. 
Tomes I. II. III. IV. In-8°, les. ( haque vol... 15 fr. 

roME XIII. — Tome V, in-8 ". avec figures et onz*> planches... 20 fr. 

Tome XIV. - F. Chabas. MÉLANGES ÉGYPTOLOGIQUES. 

Tome VI des Œuvres diverses, in-8». En pri-par, (ton. 
roME XV. — Aug. Baillet. ŒUVRES . vil; ;ES. To.ue I. Publie 

par A. et .1. Maillet. In 8' . avec une planche . 15 fr. 

XVI. Tome II, 1" fasc. fn-8 D , avec cinq ta i< .îes 10 fr. 

FomeXVIL— Ph.-J. de Horrack. Œl - DU ERSES. in-8°, 
c port rail el planches 15 fr. 

XV1II.- A. Mariette-Pacha. ŒUV -ES DIVERSES. Tome I. 
In-8 20 fr. 

Iomis XIX el XX. A. Mariette-Pacha. ŒUVRES DIVERS 
II el III. In-8*, figures et planches. En préparation.)